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(TERMINE) The game of secrets has just begun, you better watch your backs. [Niels ft. Alexandra]

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MessageMer 11 Avr - 1:28

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Le froid s'était à nouveau emparé de la pièce aseptisée, jetant sa glace sur la chaleur bienveillance qui m'avait précédemment étreinte. Désormais, tout s'était dissipé pour ne laisser place qu'à un vide immense. Ce qu'on n'avait jamais connu ne nous manquait pas, ce qui nous avait fui depuis longtemps voyait son souvenir se dissiper  pour que le manque disparaisse : comme le sable efface les pas des hommes à chaque nouvelle vague d'écumes venant manger les côtes, des processus visant à nous protéger œuvraient afin nous permettre de ne pas nous noyer. Seulement, nous les bafouions. Nous faire du mal faisait partie de notre nature. C'était comme goûter au fruit défendu et sentir ses lèvres se fendiller sous le croquant de la pomme alors que la saveur retrouvée nous criait que nous ne serions plus jamais rassasiés. Et je l'étais pas. J'avais encore besoin que la compassion me saisisse et me crée ce vertige si beau, j'avais besoin rien qu'une minute encore d'être la véritable Alexandra, celle qui aurait dû déployer ses ailes dans un monde sans éruption solaire. Au lieu de quoi, on me les avait coupées. Je n'étais qu'une corneille malheureuse, un oiseau de mauvais augure. La force du doux chant des rossignols au printemps m'avait quittée, je n'étais plus que capable d'émettre un croassement infâme.

Alors trop lasse de souffrir, je me relâchais, je me fâchais et laissais la colère prendre le pas sur tout le reste parce que c'était facile. J'avais tant d'autres choses à cacher que je ne pouvais m'accorder une dépense d'énergie inutile à fonctionner sur d'autres sentiments que la haine et la rancœur. Tant de fois je m'étais répété que si elles étaient mis au service d'une noble cause, elles devenaient acceptables que j'avais fini par m'en persuader. Toutefois, un moment de confidence hors du temps avait suffi à ranimer des espoirs perdus et à refaire surgir du néant des souvenirs terribles. Puis, aussi exceptionnel qu'il avait été dans son doux désespoir, Niels avait subitement allumé cette étincelle qui m'avait fait replonger, une accusation à demi-mot qui m'avait touchée bien plus que je ne l'aurais admis. Cependant, qu'avais-je pu espérer ? Une inconnue, c'était tout ce que j'étais pour lui.

Les secondes s’égrainaient sur l'horloge et le silence venait nous reconduire un peu plus loin de l'oasis dans laquelle nous avions créé une parcelle irréelle. Je m'en voulais de lui avoir montré une faiblesse, fut-elle ancienne et cicatrisée... Foutaise ! La blessure était toujours vive maintenant qu'on en avait arraché le pansement et je le maudissais d'avoir retourné mon arme contre moi. Sans doute avait-il perçu le changement dans mes traits, le frisson dans mon regard et ce givre dans ma voix, car, lorsqu'il osa ouvrir la bouche, son ton avait changé. Ses paroles se firent plus compatissante et je lui en voulus plus encore d'oser me tendre une main à travers l'obscurité. Noire d'encre, elle m'enveloppait depuis si longtemps que je savais n'être plus digne d'accéder à la lumière : du moins pas autrement qu'en faisant tout pour atteindre mon objectif, tout pour les sauver quitte à me perdre en chemin. De toute manière, cela faisait des années que je m'étais égarée dans une zone industrielle parsemée de fondus : il m'arrivait souvent de penser que je n'en étais jamais réellement sortie tant ma vie se résumait à une course sans fin vers un but inatteignable.

Grâce à sa proposition, il flottait dans l'air un parfum rare, si inhabituel qu'on l'aurait dit étranger. Il caressait mes narines, s'infiltrait dans mon corps et m'embaumait l'esprit tant et si bien que bientôt la colère fut presque totalement tarie, évaporée aussi vite qu'elle était remontée à la surface. Même si je sentais ses pointes d'acier fendre mon âme, la tristesse gagnait le duel. Sans doute était-ce elle qui apaisait doucement la colère et le ressentiment, elle les étouffait de sa brume légère pour y glisser la bienveillance de Niels tel un cadeau empoisonné qui coulait déjà dans mes veines. Ce jeune homme avait cette facilité à dompter les sentiments et je m'en voulais de ne pas l'avoir pris au sérieux lorsque j'avais constaté l'aisance qu'il affichait face à un recruteur chevronné. Je n'étais pas la seule à avoir érigé des murs si hauts qu'on se perdait dans leur contemplation, si bien qu'on en oubliait que derrière leurs remparts se cachait tellement plus que ce que nous affichions à la vue de tous.

Et puis à quoi bon à la fin, je n'en pouvais plus de soutenir son regard ! Son écho à ma propre compassion ne changeait strictement rien. Mes paumes se serraient, mes ongles coupés courts se plantaient dans ma peau, toute douleur physique était bonne à prendre pour rester connectée avec la réalité. Et la réalité, c'était ça : une existence foutue en l'air parce qu'un certain nombre de mes congénères avait des idéaux fabuleux et une éthique merdique ! Les souvenirs arrivaient, tournaient en boucle dans ma tête. Niels avait tort.

- Si justement... murmurai-je d'une voix sourde, dans laquelle on ne pouvait que discerner la mélodie d'une tristesse refoulée.

A l'intérieur de ma bouche, le goût ferreux se faisait amer, écœurant. Je m'étais légèrement mordue la joue pour me forcer à me taire, pour éviter de laisser libre cours à ce tonnerre qui grondait dans ma gorge et menaçait de lâcher des éclairs qui réduirait en cendres mes efforts de tant d'années. *Il est trop tard, beaucoup trop tard* me répétai-je comme une litanie censée me maintenir loin du chagrin.

Trouver un ancrage était la seule façon de me sortir de ce bourbier sans nom, je me raccrochai donc désespérément à cet examen de malheur et lui donnai les dernières consignes. Il les suivit à la lettre, riant même au souvenir d'un de ses anciens patients. Son art de la comédie était exceptionnel si on en croyait cette aisance qu'il avait eu à faire taire ses larmes et à réussir à sourire quelques minutes seulement après avoir cédé sous la pression. L'analyse de toutes les observations que j'avais pu faire démarra, structurée et précise. Je détaillai chacun des indices, assemblai les pièces du puzzle. Cette mécanique me permit d'exorciser mes démons, de les renfermer dans leurs cages d'argent où brillaient mille lames acérées qui auraient pu me transpercer d'une douleur que je n'étais pas prête à supporter.

Lorsque ses paupières devinrent closes, j'en profitai pour fermer les miennes aussi un instant. Ce n'était pas professionnel, mais cela me fit un bien fou. Un long soupir s'échappa, emportant avec lui toute la tension et les fantômes du passé qu'il avait osé réveiller. Finalement, j'ouvris les yeux juste à temps pour constater qu'il était presque arrivé au bout de la ligne invisible qu'il suivait : un timing parfait, il ne saurait pas que j'avais vacillé. Puis il retourna à sa place, nouvelle démonstration sur les talons cette fois. Ses longs bras fins commençaient à se tendre dans le vide comme s'il risquait de chuter, il n'en aurait pas eu besoin s'il se contentait d'avancer plus rapidement au lieu de jauger à chaque pas le sol devant lui comme s'il risquait de s'effondrer ou qu'un obstacle y serait soudainement apparu. Le pire vînt avec le dernier test. Dès son premier mouvement, j'avais pu noter l'incertitude de ses pas, par miracle il était parvenu à maintenir une trajectoire relativement rectiligne jusqu'à ce que le drame survienne. Partant totalement sur sa droite, il avait failli se vautrer et instinctivement j'avais avancé d'un pas pour le retenir : c'était finalement lui qui m'avait trouvée, ses mains agrippant ma blouse tandis que son corps s'était plaqué contre le mien dans un sursaut pour éviter la chute.

Aussi surpris que moi quand il réalisa l'immensité de sa bourde, il s'empressa de se détacher de ma silhouette. Quant à moi, j'affichai encore des yeux ronds et une expression flirtant entre incrédulité, amusement et embarras lorsqu'il s'excusa à sa façon. C'était terriblement maladroit, aussi gauche que sa perte d'équilibre qui avait failli lui faire manger les dalles de carrelage blanc ! On aurait dit un gamin qui essayait d'atténuer sa bêtise en évitant de prononcer un mot d'excuse. S'il m'avait fait cela avant la scène sincère que nous avions vécue, je crois que je lui aurais sauté à la gorge : cinglante et intransigeante, il aurait senti mon énervement passer sur lui tel une machine de démolition sur une vieille maison surannée. Cela aurait été épique, grandiose pour moi et abyssal pour lui. Toutefois, ce moment avait existé.

- Je confirme ! Pas du tout un meuble ! lâchai-je naturellement dans un petit soupir railleur assorti d'un sourire un peu gêné. Heureusement que les magasins de porcelaine ne sont plus à la mode, on aurait fait des ravages à deux !

A nouveau, je riais de moi si spontanément que cela ne choqua guère. Le contact avait été bref mais j'admettais intérieurement avec une certaine pointe de malice que j'avais imaginé autre chose pour la prochaine fois où je me retrouverai agrippée par un mec à moitié nu... Pensée à la noix décidément ! Quoi qu'en réfléchissant bien, tout était bon pour occulter ce qui s'était passé tout à l'heure !

Lui avait changé de sujet pour énoncer la conclusion à voix haute, un soupçon d'insatisfaction dans sa déduction. Devrais-je ajouter "perfectionniste" à la liste de ses défauts ? Sans nul doute pour monsieur-premier-de-la-classe ! Je suffoquai sous la multitude d'émotions qui m'avaient traversée en si peu de temps, j'avais peur d'en être à l'overdose tandis que mes réflexes défensifs, bourrés d'une ironie qu'il risquait de mal interpréter, brûlaient d'envie de franchir mes lèvres.

- On va dire ça oui, ne pus-je m'empêcher de dire d'une voix rieuse en me dirigeant déjà vers le chariot pour noter les observations de ce premier domaine exploré. Puis quand il ajouta qu'il pouvait recommencer, je me contentai de lui répondre sans relever la tête afin qu'il ne puisse pas être certain de mon expression :  Tu peux te rassoir sur la table, face à l'échelle de Monoyer, ça va aller comme ça pour la coordination !

Je terminai une dernière notation quant à l'équilibre que je jugeai "correct" sur le dossier où j'apposai mon écriture nerveuse aux courbes fines. Puis m'approchant de la table avec la feuille de passation sur laquelle j'indiquerai son acuité visuelle, je ne pus plus me retenir d'ajouter avec mon humour habituel :

- C'est que j'aimerais vraiment éviter que tu sois tenté de me faire une nouvelle fouille au corps !

D'accord, c'était absolument pas fin. Sans compter qu'il y avait toutes les chances que cela le mette très mal à l'aise... Et alors ? Il allait falloir que je me fasse une raison : malgré ce désir nuisible que j'avais de mieux le connaître, je n'étais pas là pour le couver ni pour préserver sa sensibilité ! Après tout, c'était ma façon d'être et elle était bien plus sympathique avec lui qu'elle ne l'avait été avec la plupart des membres de mon équipe. Il avait tout à gagner à découvrir que cette audace doublée d'une capacité à jouer du verbe pour railler les autres - et pas toujours avec une gentillesse débordante ! - était mon moyen d'expression et de défense favori : ma manière personnelle de gérer les conflits, les doutes et les épreuves en somme. Comprendrait-il la subtilité de cette presque connivence que j'instaurais sans le vouloir ? Ou s’évertuerait-il à rester ce bon petit élève modèle à l'accent british pour qui rien ne devait dépasser ?

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MessageMer 11 Avr - 10:46

Niels
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Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Il lui avait proposé son aide, d’une manière ou d’une autre, sa confiance, pouvait-on dire. Pourquoi d’ailleurs ? Sa compassion avait parlé, elle avait été plus forte, mais malheureusement, elle n’avait pas eu son effet escompté. En effet, il notait que ses mots, bien que sympathiques et dénués de mal avaient rendu Alex encore plus triste.. plus mélancolique.. Si elle avait été une fleur, elle n’aurait pas survécu au printemps. Non, Alexandra serait directement passée à la saison de l’automne pour tout simplement faner avant même d’avoir pu fleurir entièrement.. C’était triste, et d’ailleurs la réponse qu’elle avait presque chuchoté avaient suffit à lui serrer le cœur. « Si justement ».. Deux petits mots pouvaient suffire à expliquer la souffrance interne. Il était trop tard pour elle et en plantant ses prunelles dans les siennes, il lisait clairement un « trop tard » même. Mais pourquoi ? Chaque être humain pouvait avoir une deuxième chance et il la trouvait bien pessimiste. Elle avouait trop vite vaincue et cela lui fit froncer les sourcils. Il aurait voulu se pencher, la cueillir avec légereté et la tremper dans un grand vase d'eau qui lui aurait redonné toutes ses belles couleurs.

- Si tu le dis..

Mais non, Niels n’en était pas certain. "Mais non je ne pense pas", brûlait-il d'envie de sortir. Il y avait quelque chose en elle à ce moment-là qui méritait d’être sauvé, et aussitôt que cette pensée traversa son esprit, sa raison corrigea son cœur en le frappant avec fermeté. « Non ! Ne dis pas de sottises pareilles ! Monstre du WICKED rappelle toi ! » faisait la raison. « Ah oui peut-être oui.. » répondit le cœur embêté d'avoir fourni une réponse si banale qu'il aurait été difficile de faire pire. Que pouvait-il rajouter de plus maintenant qu’il sentait l'envie de la brune de clore le sujet ? Rien, mais il ne s’interdisait pas d’y revenir plus tard, un autre jour si l’occasion se présentait de nouveau. Le lui dire semblait lui avoir coûté, comme cela lui avait fait du mal quand les rôles avaient été inversés avec l’histoire de son père. Il aurait voulu poser sa main sur la sienne comme elle l’avait fait pour lui en guise de réconfort, mais il ne fit rien, à part l’observer. Il apprenait encore comment elle fonctionnait et il n’était pas certain de quel genre de geste pouvaient lui plaire. Niels était plus lent à l'observation, il avait ce besoin d'établir des plans avant de foncer. Et puis ici, c’était elle qui dirigeait les choses, elle lui avait bien fait comprendre. Alors il s’était levé et le test d’équilibre avait démarré pour finir sur une belle chute de sa part. Au moins, la marche normale avait été très correcte.

Non, Alexandra n’était pas un meuble et comme il avait eu les yeux fermés, il se demandait si son corps avait dévié tout seul vers elle ou si elle avait avancé de quelques pas pour venir le rattraper afin de lui éviter de se manger le beau carrelage blanc. Elle n’était pas en colère, ce qui semblait un très bon point. Elle riait même s’il sentait sa petite gêne. Ah oui. Il était juste en caleçon. Ceci expliquait cela. Mais sa réplique d’après lui fit lâcher un rire. Il ne s’y attendait pas, cette phrase avait été si spontanée venant de la jeune femme.

- C’est clair ! Les vendeurs nous auraient carrément chéris !, rajouta-t-il en réponse à la soudaine bonne humeur de la jeune femme.

Pourquoi se laissait-il entraîner dedans ? Rire avec un monstre était un crime. « Oui, c'est un crime Niels, mais par contre, tu le l’as met dans la poche comme ça », insista sa raison en voyant bien que le cœur avait été trop naturel. Par la suite, il avait admis - après s’être repris -que le résultat était médiocre à son goût. Là encore, la colère paraissait l’avoir quitté pour de l’amusement. Tant mieux. Elle avait ensuite baissé les yeux pour noter ses observations dans son dossier tout neuf. Il devinait la mention « équilibre moyen » parce qu’il n’était pas certain que la première démonstration puisse rattraper les deux autres. Après chacun pouvait interpréter la chose à des degrés différents. Il espérait juste que celui d’Alexandra soit plus positif que le sien qui avait tendance à être un peu trop perfectionniste. Ce trait-là, il l’avait hérité de son frère qui était cent fois pire que lui, si bien que tout le monde avait envie de le frapper. Isaac n’était pas seulement perfectionniste avec lui-même, mais il l’était avec… tout le monde ! Raison très compréhensible pour laquelle la terre entière voulait l’étrangler pour le faire taire. Cela fit sourire le jeune blond qui ne s’occupait même plus de l’expression que pouvait faire à cet instant-là la brune. Il revint à la réalité lorsqu’elle lui sortit qu’il n’avait pas besoin de le refaire, car elle n’avait pas besoin d’une nouvelle fouille au corps. Alors celle-là, il ne s’y attendait pas !  Il aurait dû être gêné, car elle faisait clairement référence au fait que leurs corps avaient été si proches par sa maladresse, mais il ne parvenait pas à l’être totalement. L’amusement prenait le dessus bien que ses joues avaient cette douce couleur rosie. Le jeune homme l’avait à la première fraction de seconde regardé avec surprise avant d’éclater de rire. Un rire nerveux ? Ou un rire réellement amusé ? Les deux se confondaient.

- On va éviter oui. Et encore ça va, je t’ai pas déchiré ta blouse comme vos vieux films américains auraient pu le faire à l’écran
, fit-il avec une soudaine malice qu’il avait du mal à capter.

Quelle était donc cette nouvelle part de lui ? Étrange.. lointaine même. Il n’usait de ce genre d’humour qu’avec les gens qu’il connaissait à la perfection ! Hors ici, ce n’était clairement pas le cas et les gens qu'il connaissait très bien n'existaient plus ! Il espérait qu’elle ne le prendrait pas mal, mais les Américains avaient la réputation d’être quand même moins coincés que les British. Mais ça.. c’était encore les gros clichés de la société qui n’avait qu’une simple vue de l’extérieur et pour avoir passé toute sa vie en Angleterre, il savait pertinemment qu’eux ne l’exprimaient tout simplement plus facilement dans un cadre purement privé. Et puis des Américains coincés, il en existait aisément. Il se rassit alors sur la table d’examen comme elle lui avait demandé avant qu’il ne s’emporte un petit peu par l’amusement et il pouvait à présent s’intéresser à l’échelle de Monoyer. Dernier pallier « fun » qui ne lui faisait pas peur, pensa t-il aussitôt en chassant ses peurs afin de se concentrer sur les rangées de lettres qu’elle allait lui demander. Il était prêt et attendait les instructions de la jeune femme.

- On parie, je ne sais pas encore quoi que je vois très bien, souris légèrement le jeune homme.  

Maintenant qu’il avait vécu dans un monde sans écran et tout le tralala, il était certain que sa vision avait bien été conservée. Il le saurait bientôt, mais il était soulagé de voir que l’ambiance s’était détendue. Cela ne durerait probablement pas, car il comprenait parfaitement que son angoisse jouait terriblement sur son humeur et sur l’atmosphère générale, mais il fallait le savourer.

 
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MessageJeu 12 Avr - 1:36

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Avec la justice allait le jugement. Rendu sans aucune preuve, il pouvait être hautement toxique : l'aveuglement par des préjugés qui se basaient sur l'apparence était si aisé à accepter. J'aurais cru qu'il serait différent, peut-être parce que ses parents étaient avocats ou parce qu'il m'avait paru avoir assez de jugeote pour être capable d'envisager que s'il avait enfoui tant de souffrance en lui d'autres pouvaient avoir mis sous clef des douleurs tout aussi tragiques. A la place, j'avais eu le droit à quoi ? Mon aveu avait été reçu avec un regard observateur et perçant qui avait cherché à sonder mon âme : elle était si noire que je doutais qu'il y perçoive quoi que ce soit de satisfaisant, son air perplexe le confirmait tout comme cette réplique qui s'éleva bientôt pour venir rendre un verdict. "Si tu le dis..." Ces quelques mots sonnaient à mes oreilles comme un reproche. Teinté d'insatisfaction, de condescendance presque... Il n'avait pas la moindre idée de ce que j'avais pu vivre, mais cela ne l'empêchait pas de juger ma réponse comme décevante. De me juger.

Il aurait pu ajouter n'importe quoi pour rendre sa déclaration moins abrupte, il préféra se taire. A cause de cette vague de souvenirs qui avait déferlé, je n'avais même plus la force d'être en colère, juste de regretter de m'être trompée d'avoir espéré qu'il pouvait être différent. Il ressentait peut-être encore de nobles sentiments, toutefois ce n'était pas pour autant qu'il était capable de trouver les mots pour apaiser ceux des autres. Ses expressions engageantes et ses gestes rassurants me revinrent en mémoire, il avait été si prévenant avec ces anonymes que j'en étais sans doute venue à croire qu'il pourrait afficher la même bienveillance avec n'importe qui... Avec moi ? Ce que j'oubliais c'est que tout le monde avait une raison. Il l'avait tellement sous-entendu et, malgré cela, j'avais été trop bête de croire que cela ne s'appliquait peut-être pas à lui. Là était l'origine de sa proposition et que je ne tombe pas dans ses filets était la source de cette contrariété que j'avais cru voir passer furtivement dans son regard clair. Du moins, c'est la conviction flagrante que je m'étais forgée à force de laisser mes prunelles se fondre dans les siennes dont l'argent me paraissait soudainement si tranchant surmonté de ses sourcils froncés.

Heureusement, les faits suivants avaient eu le don de nous replonger dans une ambiance moins pesante. Celle-ci ne me faisait néanmoins pas oublier le soupçon de déception, même si j'aurais tout le loisir de m'en ronger plus tard : quand la nuit serait tombée et que je me repasserai la scène encore et encore, allongée seule sous les draps. Une maladresse plus tard, il y avait un autre spectacle que j'allais pouvoir visualiser à nouveau, sauf que ce dernier serait bien plus cocasse !

Finalement, malgré la gêne éprouvée lorsque nos corps s'étaient frôlés, il se rangea à mon attitude pleine d'un humour tout personnel. En bons éléphants s'invitant dans un magasin de porcelaine, nous renversions les conventions. C'était dangereux, cependant je n'avais jamais affirmé ne pas être une adepte des conduites à risque... Sans compter que dans cet endroit, je gardais la main. Le pouvoir m'appartenait et savoir que je pouvais stopper le jeu à tout moment avait quelque chose de suffisamment sécurisant pour que j'accepte de jouer avec le feu. Après tout, s'il dépassait les bornes, il y aurait toujours la possibilité de la douche froide !

En vérité, j'étais surprise de le voir tellement à l'aise maintenant que l'orage était fini, se pouvait-il que la confrontation avec son passé l'ait aidé à s'offrir à plus de liberté ? La pression n'entravait plus ses traits qui avaient gagné en mobilité, distribuant un sourire plus vrai et un rire plus franc. Après notre équilibre précaire de tout à l'heure, voilà qu'il critiquait ouvertement nos classiques culturels ! Décidément, les anglais avaient cette sale manie de ne pas savoir apprécier nos talents pour l'hyperbole, surtout dans nos monuments cinématographiques. Néanmoins, ce n'est pas sur cela que je décidai tout d'abord de répliquer.  

- Alors comme ça tu veux déchirer ma blouse, c'est bon à savoir... osai-je rien que pour le plaisir de voir ses joues rosir davantage.

Cela avait quelque chose de grisant de voir à quel point il était facile de déclencher ces réactions de léger malaise chez lui, de le voir se laisser porter si aisément par une émotion fugace et d'en tirer un sourire si large qu'il ne pouvait se retenir de vous le rendre. Verrai-je son regard s'éclairer à cette boutade ou au contraire serait-il à nouveau tel que je l'imaginais - l'élève du premier rang plutôt coincé - qui rougirait jusqu'aux oreilles ? Dans les deux cas, j'apprécierai parce que l'ensemble de nos derniers échanges commençait à créer entre nous un jeu idiot. Nous lancions des dés chacun notre tour, nous jouions notre coup et nous attendions de voir l'autre réagir à notre action. Cette partie n'était qu'un pansement sur les plaies que nous avions rouvertes, seulement nous nous en contentions parce qu'elle laissait nos pensées vagabonder loin de nos préoccupations secrètes.

- Et je t'interdis de critiquer les vieux films américains, je ne parle pas de votre cuisine alors tu ne touches pas à nos chefs d’œuvre si réalistes ! dis-je sur un ton si moqueur qu'il était impossible de ne pas comprendre que je plaisantais.

Je me prenais au jeu, je renchérissais et doublais même la mise ! Toute cette situation n'avait absolument rien de professionnel et je m'apprêtai à me rattraper - dans un réflexe désespéré pour que cet examen retrouve un semblant de sérieux - quand il eut le malheur de me proposer un pari... Demander à une abeille si elle n'aime pas le miel... Néanmoins, ce n'était point un réel défi : c'était une pure rhétorique et j'en vins à me questionner sur ce qu'il attendait vraiment de moi en cet instant. Qu'est-ce que sa réplique était censée appeler comme réponse alors même qu'il affirmait déjà une victoire ? L'employée parfaitement formée reprit le dessus, surpassant la joueuse dont elle garda toutefois un brin de malice afin de mieux amadouer la cible, puisqu'il me tendait une perche que je devais tenter de saisir.  

- Tu es du genre à ne parier que si tu es sûr de gagner ? lui demandai-je carrément. Parce que j'espère que tu as conscience qu'avec ce travail tu vas être amené à prendre des risques, même sans garantie.

Des risques, nous en prendrions sur le terrain : il nous y suivrait très prochainement et je devais trouver un moyen détourné pour savoir si je pourrais alors compter sur lui. Les immunes manquaient à l'appel, on nous l'avait annoncé dans une récente note de service et cette nouvelle ne me réjouissait pas. Elle m'avait frappée de plein fouet à vrai dire mais je devais en faire abstraction, me résoudre pourtant à poursuivre mon stratagème dans l'ombre. *De petites aides discrètes valent mieux que pas d'aide du tout* me répétai-je pour me convaincre que mon inaction restait ma meilleure option jusqu'à parvenir à trouver un moyen de sortir les blocards de cet enfer. Le labyrinthe était aussi majestueux que mortel, les immunes en étaient la chair fraîche donnée en pâture à des idéaux merdiques. Il faudrait qu'il l'apprenne tôt ou tard, comme tous les employés qui travaillaient à la recherche d'un remède et se contentaient de cette justification bateau pour tout accepter. Invariablement, c'est là que mes espoirs se briseraient : il se rangerait à leur avis, rejoindrait de plein gré leur cause... Ils faisaient tous cela.

L'examen ophtalmique se déroula sans accroc majeur. Si je lui avais demandé de lire toutes les lignes qu'il pouvait réussir à distinguer, j'en avais également profité pour me placer légèrement en biais et observer ses mouvements oculaires. Parfaitement fluide, autant que sa lecture des lettres qui s'alignaient et qui me prouvait qu'il n'avait donc pas menti. Quoique...

- Finalement, j'aurais dû parier... 9/10ème à gauche, ce n'est pas la perfection ! lui souris-je lorsque nous terminions, notant déjà les résultats sur la feuille de passation. A peine les valeurs inscrites, j'enchaînai : Par contre, ça m'étonnerait que tu sois hypermétrope à ton âge, mais on essaye. Tu lis à partir du paragraphe avec la plus petite écriture que tu puisses déchiffrer, on descendra encore plus bas dans les tailles des caractères si ça marche.

D'un geste ample, j'avais sorti d'un des tiroirs du bas du chariot une feuille blanche sur laquelle s'étalaient plusieurs textes imprimés dans une police banale mais dont la taille variait d'un paragraphes à l'autre. Puis, je lui avais tendu cette échelle de Parinaud. Il n'y avait quasiment aucune chance que Niels puisse présenter une hypermétropie vu son âge mais il fallait que nous y passions. Sans aucune surprise, mon cher patient releva haut la main le défi et je raturai immédiatement de mon écriture rapide les cases correspondant à la mesure de l'acuité visuelle de près.

- Ok, tout aussi satisfaisant. On va pouvoir passer aux organes de la sphère ORL, donc on testera aussi l'aspect pneumo dans la foulée.

Mon annonce avait été automatique et naturelle avant que je ne me rendes compte que j'avais évoqué ce qui risquait bien d'être le principal point noir du bilan de ma recrue. Dans une mimique embarrassée en repensant à l'épisode du salbutamol, je pinçai mes lèvres légèrement.

- Du coup, puisque je sais que tu es asthmatique... Je pense que tu connais les questions de routine que je dois te poser à ce propos ? l'interrogeai-je avec douceur.

Mes questionnements précédents l'avaient plongé dans un désarroi tel que je n'étais pas prête à renouveler l'expérience d'un interrogatoire en règle... Alors, je lui donnais cette solution un peu moins barbare pour qu'il m'en parle car, invariablement, cela ferait ressortir des souvenirs. Souffrait-il d'asthme depuis tout-petit ? A quel âge avait-il fait sa première crise ? Y avait-il eu des hospitalisations en rapport avec cette pathologie ? Des allergies connues étaient-elles présentes et, si oui, jouaient-elles chez lui un rôle déclencheur ou étaient-elle un simple terrain favorisant l'apparition de la détresse respiratoire ? De même, était-il sujet à de nombreuses infections ORL ? De quand datait son dernier examen médical pour cet ennui de santé ? Se souvenait-il des derniers résultats aux tests pratiqués ? Et le plus important, de quand datait sa dernière crise et comment se traitait-il depuis les éruptions solaires, la Braise et le terrible manque de médicaments qui avait suivi ? Autant de questions qui pouvaient réveiller sa mémoire et le pousser dans ses retranchements... Or, je n'avais aucune envie de le voir se refermer à une nouvelle reprise. Une chance de pouvoir gérer à sa façon. C'est ce que je lui offrais, sincèrement.

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MessageJeu 12 Avr - 15:14

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Alexandra
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Le jeune homme n’avait pas réalisé que son manque de geste envers elle l’avait refroidi, mais il avait intérieurement brûlé de poser sa main sur la sienne. Il aurait tellement voulu le faire, mais il n’avait pas osé, tout simplement. Alexandra était pour lui une femme assez sauvage et imprévisible qui demandait beaucoup plus que de la simple observation, mais qui avait aussi besoin d’être apprivoisée. Peut-être qu’il oserait un jour, lorsqu’il aurait mieux cerné comment elle pouvait réagir à certaines choses. Sur le coup, il s’était tout de même bien senti coupable et bien égoïste. Le goût du regret s’était installé dans sa bouche, se mêlant avec celui de la culpabilité. Ce dernier sentiment était tout de même incroyable, car il se sentait coupable de ne pas avoir fait plus pour calmer sa mélancolie, mais de l’autre côté, il s’en voulait pour justement ressentir de la moindre pitié envers l’ennemi. La suite avait été un peu mieux que ce qu’il avait espéré et fort heureusement, l’ambiance avait réussie à se détendre grâce à l’humour de la brune. Il semblait être rentré dans ce jeu assez malsain voir presque pervers qui encore une fois ne ressortait que lorsqu’il était familier avec les gens. Mais son esprit avait-il compris que ces gens n’étaient plus là et qu’il était temps de s’en créer d’autre ? Cela pouvait-il expliquer pourquoi il avait réagi comme ça au lieu de s’outrer ? Il fallait l’avouer, cette dernière option était plus gênante, alors autant passer par la plus arrangeante. Il était certain de l’avoir surpris d’ailleurs, car elle s’était probablement attendue à le voir repousser ce genre de répliques. Alexandra n’arrêta pas le jeu, car elle sortit quelque chose de tout de même assez puissant pour le coup. Vouloir déchirer sa blouse, lui ? Quand même pas si ? Il l’avait bien vu déjà non ?

- Mhm ? Évite de prendre tes désirs pour la réalité, mais c’est déjà arrivé non ? Sauf que c’est toi qui as retiré ta combinaison vu que vous aimez vous "la jouer léger", souviens-toi, fit le jeune homme d’une voix chantante avec ce sourire malicieux qui ne s’était pas affiché depuis bien longtemps sur son visage.

Il fallait éviter d’aller trop loin quand même. Il avait senti ses joues rosir sur le coup, comme si la remarque qui était sortit comme ça lui provoquait quand même un peu de gêne. Il nageait entre deux univers très étranges, mais il était plutôt content de ne pas l’avoir mal prit. Ils n’avaient pas besoin d’une autre ambiance pensante, n’est-ce-pas ? Mais aussitôt pensé, aussitôt que la jeune femme attaquait et corrigeait ses dires sur leurs films américains en parlant.. de leur cuisine.

- Oh notre cuisine vraiment ? Pourquoi t’en parle ? Elle est superbe. Dans les clichés, la nôtre est sans doute beaucoup plus saine que la vôtre.., répondit-il avec amusement.

Qui pouvait penser que la cuisine américaine était saine franchement ? Probablement beaucoup de gens, mais comment était-il possible de comparer avec l’apocalypse maintenant ? Et puis que cherchait-on ici ? Le plaisir du goût ou bien la sanité ?

- Notre cuisine est très bonne, je te signale ! Nous ne mangeons pas que du pudding à toutes les sauces, c’est un pur cliché ! Et nos deux pays ont toujours été très en avance sur la nourriture végétarienne par exemple. Donc je dirais qu’il y a simplement des différences, mais que les gens pensent que notre cuisine est moins bien que la vôtre, si c’était possible, je t’aurais mis au défi de tester. J’aime bien les deux en-tout-cas, finit Niels avec un grand sourire.

Revenus à présent sur un aspect tout de même un peu plus sérieux, l’examen était de retour et il s’était mis à parier. Mais quoi exactement ? La brunette ne tarda pas à dire ce qu’elle en pensait en lui demandant d’une manière implicite s’il ne se mouillait que s’il était sûr. La question avait un véritable sens derrière et il avait de suite capté qu’il n’avait pas intérêt à répondre avec autant peu de sérieux comme précédemment avec leurs blagues.

- Mhm et bien ça dépend des situations. Il faut quand même peser un minimum le pour et le contre, surtout dans notre domaine. C’est vital de se lancer, mais aussi suicidaire de le faire. Alors il faut voir selon les facteurs qui rentrent en jeu.


Et oui, il avait bien conscience qu’il allait devoir prendre des risques, elle refaisait un plaisir de lui rappeler.

- Dans tout ce qu’on entreprend, il y a des risques Alex. Un monde sans risque serait une pure utopie et sans doute pas très fun, finit-il sérieusement.

Ils passèrent ensuite à la suite, et il avait hâte de vérifier s’il avait juste ou pas. Il avait réussi à lire toutes les lignes qu’elle lui avait demandé même si à la fin il avait pris un peu plus de temps avec les toutes petites lettres tout de même pas évidentes. Mais dans tous les cas, il avait été bien plus fluide que des patients qu’il avait eu. Il ne pensait pas s’être trompé, mais à la fin Alexandra lui annonça que 9/10 n’était pas la perfection. Et mince !

- Mais tu n’as pas parié !, s’exclama t-il avec un sourire.

Il n’était pas fâché d’avoir 9/10 à un œil, il avait l’excellant score de 10/10 à droite ce qui n’était quand même pas rien. Pour tester s’il était hypermétrope - ce qui serait tout de même insensé et très peu commun à son âge - il restait une épreuve. Ce fut sans aucun mal qu’il parvint à tout lire sans que les lettres deviennent trop floues. Alors comme ils l’avaient tous deux pensé, le résultat était bien satisfaisant. La vision chez lui n’avait jamais été un problème et ne l’était toujours pas. Tant mieux, car ce qui arriva risquait d’être beaucoup moins glorieux. Un examen ORL. Son asthme allait gâcher le bilan assez positif, sans aucun doute, et si elle l’avait annoncé très naturellement de prime abord, il sut par le pincement de ses lèvres, qu’elle venait de réaliser que ce pilier-là risquait de poser problème. En effet. Elle se souvenait donc très bien de son asthme, vu qu’elle lui avait même donné un inhalateur l’autre jour. Cependant, elle ne semblait pas désirer procéder comme tout à l’heure avec ses multiples questions qui le stressait. Commençait-elle à bien le cerner ? Ici, elle avait bien visé, et il venait de comprendre ce qu’elle attendait de lui : qu’il en parle tout seul, à son rythme.

Cela le plongeait aussitôt dans de terribles souvenirs où il revoyait principalement la panique et la bienveillance de sa mère. Les lumières du plafond. Les médecins à ses côtés. Les couloirs qui défilaient bien trop rapidement. Ces murs blancs. Le brouhaha qu'il ne distinguait plus tellement il était ailleurs. Les mots de sa mère. L'hopital. La terreur. Son sang qui se glacait dans son corps. Sa poitrine qui se soulevait avec grande peine. Tout venait de revenir. Il n'avait rien oublié.

Elle avait toujours été là pour lui, sauf une fois où il avait été avec Isaac qui était encore lui aussi si jeune. Ils avaient sept-huit ans et s’amusaient dans le jardin. Poussé par l’adrénaline et l’envie de passer du temps avec son grand-frère, le petit blondinet s’était forcé à tenir - tout essoufflé sans que son frère ne s’en rende compte, tellement prit dans le jeu - jusqu’au bout jusqu’au terrible moment où cela n’avait plus été possible. Il s’était alors effondré dans l’herbe pour tenter de reprendre son souffle devant un Isaac qui avait de suite capté la situation. Leur mère n’était pas là et son petit frère venait de se laisser tomber par terre totalement incapable de respirer normalement. Heureusement pour lui, Isaac avait eu le réflexe de l’aider à se relever et d’aller chercher son inhalateur. Mais des situations comme celles-ci à des moments où il ne s'y attendait pas, avait été le plus difficile à gérer. Les émotions étaient aussi un des facteurs les plus importants après l’effort physique qu’il pouvait plus facilement réguler.

- Hm oui, je les connais, répondit-il après avoir revu cette scène rapide mais intense dans son esprit.

Il se remémorait très vite les questions principales qu’il avait tellement eues dans sa vie. Il en avait eu l’habitude, mais il avait toujours du mal à s’y faire. Il allait commencer dans l’ordre pour éviter de s’éparpiller. S’il était le plus clair possible, plus vite, il aurait fini d’en parler, il le savait très bien, alors il allait devoir encore prendre sur lui le poids de ces affreux moments qui surgissaient dans sa tête les uns après les autres d’une manière violente qui le fit grimacer.

- Ça a commencé quand j’avais quatre-cinq ans dans un cours de sport où le professeur voulait à tout prix que l’on se surpasse coûte que coûte, commença t-il en ressentant déjà de la colère pour ce personnage immonde si lointain mais qui l’avait pourtant marqué.

« Relève-toi et ne fais pas la comédie », lui avait-il sortit la première fois qu’il lui avait dit qu’il ne pouvait plus faire l’exercice. Le petit avait commencé à pleurer en disant qu’il avait mal à la poitrine face à un professeur qui avait levé les yeux au ciel, exaspéré par toutes les escuses du monde que les enfants passaient leur temps à lui fournir.

- Il n’aimait clairement pas les gamins, je sais pas ce qu’il foutait ici d’ailleurs, sortit-il d'une voix haute assez brusquement. « Continues et arrêtes de faire semblant », pff. Enfin bref, décida-t-il d’écourter la chose avant qu’il ne se mette réellement en colère. Il ne m’a pas écouté, et voilà ce qui arrive quand on n'écoute pas les enfants. J’ai fini à l’hôpital quand il a réellement compris qu'un enfant allongé sur le sol en suppliant pour avoir de l’air était réellement problématique. Comme c’était la première fois, j’arrivais pas à gérer, je comprenais pas ce qui se passait et j’ai été hospitalisé. Ils m’ont ensuite donné un traitement adapté pour les enfants de mon âge, car il fallait éviter d’en donner un trop fort au cas où que ça s’aggrave plus tard. J’ai donc commencé par un traitement quotidien sur les premiers jours pour poursuivre sur un traitement de fond. Au fil des années, j’ai testé plusieurs choses pour toujours mieux adapter quand ça revenait. Donc montélukast puis théophylline en plus quand j’avais environ huit-ans, je crois. J’étais encore à un stade d’asthme persistant modéré jusqu’à l’âge de onze ans, je dirais.

Il avait été tellement perdu même. Il avait cru qu'il allait mourir sous cette immense peine dans ses poumons qui se compressaient. Mais c’était après que ça s’est aggravé et ça lui avait clairement pourri la vie au collège à certains moments.

- C’est à partir de ce moment-là qu’un autre facteur est rentré en jeu après celui de l’effort physique : les émotions.

Évidemment, l’adolescence y était pour beaucoup et c’était à l’âge de douze-treize ans qu’il avait eu une catastrophe. Une bagarre à l’école dans laquelle il avait été emporté par des idiots. La peur avait énormément joué et repenser à tout ça était difficile qu’il se forçait à en venir aux éléments purement médicaux. Il n’avait aucune envie de raconter sa vie.

- En bref, c’était plutôt un asthme persistant modéré donc on a changé mon traitement. Ce n’était plus que des corticoïdes inhalés à dose moyenne forte, mais j’ai essayé le tiotropium et les bronchodilatateurs bêta-2 mimétiques à longue durée d’action, là, c’était mieux. Jusqu’à l’âge de quinze ans, ça s’est assez régulé jusqu’à ce que les émotions reviennent.

Ce moment-là de sa vie était le moment le plus difficile et il avait besoin de réfléchir à comment le tourner pour éviter de tout revoir dans sa tête. Mais c’était trop tard. Le jeune homme se revoyait au sol, étranglé par son père. Le coup de la balle résonnait de nouveau à ses oreilles ce qui le fit clairement sursauter. Il sentait son cœur s’emballer dans sa poitrine et il était certain d’être devenu plus pâle. Il se força à expirer pour relâcher toute cette mauvaise pression en fermant les yeux comme pour faire en sorte d’être de nouveau seul dans la pièce.

- Il s’est passé beaucoup de choses dont le silence que j’ai mentionné. À un moment j’ai fait une forte crise et j’ai dû être hospitalisé.

Il se souvenait pertinemment de comment s’était arrivé. Lui qui avait pensé que ce serait vraiment arrivé sur le coup des événements affreux, il s’était bien trompé, le "après" avait été un choc. Il revoyait cet ascenseur et l’explosion de souvenirs qui surgissaient. Son père mort. Ses agresseurs dans cette salle de classe. Toute cette horreur qu’il avait cumulée avait fini par lâcher. Le blond venait de poser sa main droite sur son bras pour éviter de le faire trembler et ne regardait plus la jeune femme dans les yeux. Sa poitrine se serrait déjà et rien que de penser à tout ça suffisait à le rendre mal.

- On a gardé le même traitement qui était déjà fort, mais en parallèle je voyais quelqu’un pour m’aider psychologiquement. Jusqu’à maintenant ça s’est assez régulé, parfois les crises sont plus fortes que d’autres et la dernière remonte à l’autre jour dans la foule où tu étais là. Celle-ci était petite.

Il ferma les yeux et soupira de nouveau pour évacuer cette énergie négative qui l’oppressait. Il passa ses bras autour de sa poitrine comme pour contrôler la chose en se penchant légèrement vers l’avant tandis que ses mots sortaient plus lentement et d'une manière plus espacée.

- Mon dernier bilan était encore en Angleterre dans le cabinet où j’étais, à dix-huit ans et l’asthme n’avait pas empiré. Mais c’était difficile de trouver les médicaments encore plus quand je suis arrivé ici, alors je me suis débrouillé pour trouver la base, ça aide, mais j’arrive de moins en moins à le ..

Le jeune homme se stoppa sentant soudainement dans sa poitrine un mal persistant. Voilà où il en était aujourd’hui.. son traitement de base trop faible par rapport à ce qu’il prenait avant ne lui permettait pas de contrôler le facteur désormais numéro un : les émotions. L’effort physique était sans doute de la rigolade à côté.

- Contrôler, finit-il en s’allongeant pour se calmer et tenter d'apaiser la peine.

Alors oui, ce pilier était même un gros point noir, car il avait peur du moment où ça finirait par dégénérer. Il avait posé sa main au niveau de sa gorge et fermait les yeux en se répétant que ça allait aller. Il avait déjà tenu avec Matthew, ce qui était incroyable. Il avait joué un rôle, il avait été loin du Niels réel, mais ici, il était forcé de replonger dans ses souvenirs les plus réalistes qui soient..

 
CODAGE PAR AMIANTE

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We'd stared into the face of Death, and Death blinked first. You'd think that would make us feel brave and invincible. It didn't.”
by wiise



Dernière édition par Niels Welligton le Dim 15 Avr - 0:21, édité 1 fois
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MessageVen 13 Avr - 2:33

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Ce mec n'était pas croyable ! Un instant il nous jouait les coincés avec ses longues tirades pompeuses et celui d'après il me prouvait qu'il avait une sacrée répartie ! Cela m'amusait, me faisait oublier son reproche et mon amertume. Comme on goûte une douceur pour faire passer une saveur acide, cette atmosphère permettait de se laisser flotter vers d'autres horizons. J'en avais tant besoin, juste m'éloigner de la côte abrupte pour sentir l'onctueuse ondulation des vagues sur mon âme : elle criait son envie d'être enveloppée de l'écrin rassurant d'un océan à la couleur azur. C'était l'argent de ses yeux taquins qui prédominait pourtant face à moi.

Il était entré dans la danse, suivait mes pas et tentait même maintenant de dépasser ma propre audace. Sans doute voulait-il croire en cette détente illusoire au moins autant que moi pour alimenter ce jeu totalement déplacé ? Et dire que j'étais censée être sa supérieure et que, grâce à mes conneries, je venais de réussir à griller toute forme de crédibilité en moins de cinq minutes ! Le problème, c'est que j'avais vraiment besoin de faire retomber la pression et, pour cela, tous les moyens étaient bons, y compris cette provocation que je savais parfaitement manier. Lui aussi s'en sortait plutôt bien même si son corps le trahissait : ses joues rosies de gêne contrastaient avec sa réplique trop familière, il était loin d'être à l'aise dans ce rôle et cela avait quelque chose de plutôt séduisant. Décidément, je déconnais carrément avec ce genre de pensées. Après avoir voulu le protéger, l'avoir inconsciemment invité dans ma vie et avoir témoigné tant de compassion à son égard, voilà qu'il devenait trop facile de me comporter avec légèreté en sa compagnie. Baisser la garde ne me ressemblait pas, pas du tout même... Alors pourquoi était-ce si simple avec lui ?

- Mais ce n'est pas moi qui ai interprété mes dires trop..."légèrement" ! ajoutai-je d'une voix basse en vrillant mes yeux de biche vers lui.

La surprise qui m'avait étreinte lorsqu'il avait osé me tenir tête n'avait pas entamé ma malice ! J'avais vu passer tant de jeunes de mon âge dans des salles similaires, mais pas une fois ne m'était venu ce genre de paroles. Avec eux, je n'avais pas été titillée par l'espièglerie qui avait souvent été ma marque de fabrique avec mes proches. L'ironie et le sarcasme, c'était pour les autres. Ces derniers traits avaient fini par ronger tout mon être, les années de peine m'avaient rendu hermétique : un moyen de défense comme un autre, rien de plus.

Ces remparts, j'allais être obligée de les rebâtir. Peut-être mieux valait d'ailleurs y œuvrer dès maintenant pour éviter de rendre leur reconstruction plus douloureuse si je m'évertuai à continuer la dégustation d'une désinvolture imprudente. Ressentait-il la même nécessité car il n'hésita pas une seconde à répliquer à propos de mon injonction culturelle que je pensais qu'il laisserait simplement filer. A force de l'entendre se perdre en répliques, les questions fusaient dont la principale restait de savoir si le fait de me sortir tout un laïus était sa façon à lui de remettre une distance entre nous. Je le voyais bien être assez aveugle pour ne pas se rendre compte que cela me faisait sourire uniquement parce que cette partie de lui si irréprochablement casse-pied me tapait sur les nerfs ! Un simple "ne touche pas à notre bouffe" m'aurait suffi : au lieu de quoi, son attitude du premier rang ressortait plus vivace quand il tenta de me démontrer d'un air diplomate que nos deux cuisines se valaient. Au pied de la lettre, voilà comment il avait pris ma boutade ! Si cela aurait dû m'agacer, ce n'était pas le cas. Je finissais même par trouver cette manie d'apporter constamment son grain de sel de petit génie plutôt amusante, à défaut d'être adaptée !

- Tu es toujours comme ça ? soupirai-je avec un brin d'incrédulité dans la voix tout en me retenant de lever les yeux au ciel. Non, ne réponds pas !

J'avais préféré lâcher un rire et mettre fin à cette conversation ridicule plutôt que de le relancer encore sur le sujet ! Déjà qu'il venait de se faire un plaisir de discourir sur les pour et les contre des tableaux culinaires de nos pays respectifs, je n'allai pas tenter le diable en lui permettant de rebondir sur ce sujet qui, à l'heure actuelle, m'intéressait au moins autant que la migration des gnous en Tanzanie !  

Au lieu de poursuivre notre jeu, le piéger s'était révélé tout aussi séduisant. Derrière ma mine toujours aussi adorable, je cachais une Créatrice redoutable quand elle prenait la peine de pousser les sujets dans leurs retranchements. S'il n'en était pas un, cela ne m'empêchait pas d'utiliser des techniques tout aussi douteuses pour le pousser à se livrer et à m'en révéler davantage sur lui-même. En y repensant bien, j'allai devoir passer tant de temps en sa compagnie : à le surveiller pour éviter qu'il ne détruise la réputation de mon équipe en moins de temps qu'il ne lui en fallait pour dire "Alex" , à le former pour qu'il saisisse que nous n'étions pas des enfants de chœur - et dire que j'étais certainement un des fruits les moins pourris du panier ! - et à veiller à ce qu'il s'intègre telle la pièce manquante d'un puzzle, que cela suffisait à justifier mon manège pour en découvrir davantage sur ses priorités.

Niels se défendit bien, du moins en apparence. Les mots qu'il utilisait pour débuter sonnèrent bien mieux que ceux qu'il finit par prononcer dans un élan qui paraissait tout droit sorti d'un manuel du type "comment plaire à sa patronne en dix étapes". Son défaut était d'être passé trop rapidement d'une idée d'un monde sans risque qui serait une "utopie" et donc potentiellement attirant, à celle du même monde vu comme "fun" ! *Lui... Voir le risque comme... fun ?* ne pus-je m'empêcher de détailler en optant directement pour le mensonge éhonté sans passer par la case hésitation.

Avec les évènements qui avaient secoué l'actualité internationale depuis une dizaine d'années, les risques tous ceux qui avaient survécu avaient dû en prendre... Cependant, il y avait ceux qui y avaient été contraints et il y avait les autres. Ceux-ci n'y avaient pas forcément pris du plaisir, mais ils n'avaient aucun scrupule à jongler avec les conduites limites et parfois ils leur étaient arrivés d'apprécier ces débandades atroces dans lesquels ils s'étaient retrouvés. Je faisais partie de ces derniers. Combien de fois Roman avait pu me lâcher avec un regard mi-soulagé mi-incrédule "tu es complètement barge Alex" tandis que nous venions tout juste d'échapper à une catastrophe mortelle et que j'avais explosé d'un rire sonore sous le coup de la montée d'adrénaline ? Une drogue, ni plus ni moins, lorsqu'elle coulait dans les veines elle enivrait et poussait à réitérer l'expérience... Je ne nous avais jamais mis en danger volontairement pour ressentir le grand frisson, pas quand mon frère était à mes côtés. Toutefois, maintenant que cette époque était révolue, je ne voyais plus aucune raison de m'y conformer. Alors parfois je lâchai prise et je misai tout connement malgré les statistiques, je tentai le coup quand j'étais la seule à pouvoir m'en prendre le revers.

Mes tatouages n'avaient pas poussé comme des champignons tout seuls... Certes quelques uns avaient été tracés avant mon long périple - ma mère étant complètement laxiste sur ce propos tant que l'argent sortait de ma poche et que je ne touchais qu'à des parties de mon corps peu exposées -, mais pour les autres j'avais dû faire confiance à des hommes qui bossaient dans des quartiers pas vraiment très fréquentables... Des endroits où on échangeait du Bliss sous le manteau et où tout avait un prix... Moi, je savais prendre des risques pour le fun. Lui, il jouait à celui qui savait en prendre.

- Fun... répétai-je pensive, énigmatique, un sourire au coin de mes lèvres qui articulaient ce mot avec un léger dédain qui laissait transparaître mon scepticisme.

Je n'attendais aucune réponse, je l'avais déjà. Il voulait être celui qu'on attendait de lui, trouver sa place et je ne pouvais l'en blâmer. Néanmoins être un caméléon qui essayait de s'adapter à chacune de mes questions sérieuses était aussi révélateur si ce n'est plus que s'il m'avait révélé sa véritable pensée, peut-être même l'était-ce encore plus...

- Tu as de la chance ! lui répondis-je avec une fausse mine contrite lorsqu'il me rappela après l'examen que je n'avais pas été suffisamment téméraire pour tenter ma chance au pari.

Le jour et la nuit se succédaient toujours, ce rythme n'avait pas été brisé par l'apparition de la Braise. Il fallait croire que même si le soleil commençait à faire des siennes à des milliers de kilomètres au-dessus de nos têtes, certaines choses étaient destinées à ne jamais changer. Ainsi, vînt l'obscurité. La feuille de notation des résultats me parut soudainement plus grise, elle qui était si éclatante de blancheur sous les néons quelques secondes auparavant. Elle avait viré de teinte, tourné vers un prochain examen dont je ne pouvais que prévoir l'ampleur de la complexité qu'il allait revêtir pour Niels. Car, bien qu'il ait tenu à faire bonne figure depuis son épisode de profonde détresse, je le devinais trop fragile pour résister à une nouvelle confrontation avec son passé...

Heureusement, il avait saisi la main que je lui avais tendue. Je n'en attendais aucune reconnaissance, le soulagement de constater qu'il ne se braquait pas à nouveau dans un silence terrible suffisait à apaiser cette crainte idiote qui m'avait saisi les entrailles à l'idée que la même scène puisse se rejouer. Impuissante tout à l'heure, j'avais décidé d'agir avant la tempête et grand bien m'en avait pris puisqu'il commença son exposé. Ses yeux avaient été gagnés par une brume épaisse, il se perdait intérieurement mais contrôlait la situation ou du moins essayait à en croire la grimace qui se figea dans ses traits quand il me raconta le premier acte. Entre colère et désarroi, il oscillait dans un contrôle presque parfait en parlant de cet homme pour lequel il semblait toujours nourrir une certaine colère. Les enseignants n'étaient pas forcément des gens respectables : la plupart se contentaient d'un tel job pour la sécurité de leur emploi et non parce qu'ils appréciaient la transmission d'un quelconque savoir. Ils étaient des moutons d'un système d'éducation dans lesquels les élèves devaient rentrer dans des moules préconçus qui laissaient peu de place à l'individualité, à l'originalité. En cela, le WICKED était différent. Il avait décelé en moi cette touche de fantaisie créative hautement rusée, servie par une intelligence que je m'étais toujours évertuée à garder dans le rang pour ne pas paraître différente. C'était simple quand on avait un minimum de jugeote de fournir uniquement le travail qu'on attendait de vous. Cela avait été bien plus difficile de montrer au WICKED la variété de mes capacités afin de rejoindre leurs rangs et, même si la haine vengeresse était incommensurable pour ce qu'ils avaient infligé à mon frère, il m'était arrivé de songer qu'ils avaient participé à l'éclosion de ma chrysalide : que je ne serai pas cette jeune femme aussi sûre d'elle et d'une détermination sans faille sans eux. C'était horrible à admettre, écœurant même à m'en donner la nausée, mais c'était un fait.

Ne voulant pas le brusquer, j'acquiesçai simplement à ses explications tout en notant les informations utiles : l'âge de sa première crise à côté de laquelle je précisai "initialement asthme d'effort", le nom des médicaments qu'il avait déjà expérimenté,... Mon écriture grattait le papier rapidement, le couvrant de ses formes où se mêlaient boucles et pointes. Afin de bien lui témoigner mon attention sans être pressante, mon regard faisait de courts aller-retour entre mes notes et ses prunelles claires qui s'étaient assombries.

Sensibilité à fleur de peau... Au moins une chose que j'avais parfaitement décelée avant même qu'il ne l'évoque de son plein gré. Dans les mots qui se traçaient, je ne faisais que résumer : personne n'avait besoin de connaître toute l'histoire qu'il me confiait, seules les données purement médicales comptaient - ce qui était faux en réalité puisqu'au WICKED nous aimions tout savoir de nos sujets et il en allait de même avec les employés : ce n'était pas pour rien que j'avais eu le droit à des séances pour parler de mon passé en parallèle de ma formation, ne pas pouvoir entièrement me décrypter les avait longtemps gênés avant qu'il ne comprenne que pour moi le passé était enterré, du moins en surface - alors les noms des médicaments bafouaient la blancheur immaculée du document, j'indiquai vaguement "facteurs aggravants : effort physique + émotivité". La pointe du stylo oscilla quand il évoqua cet évènement qui visiblement l'avait détruit vers l'âge de quinze ans. Un simple calcul. Quatre années s'étaient écoulées depuis et pourtant il en parlait comme si c'était hier, comme si à tout instant la douleur pouvait refaire surface et l'engloutir tout entier dans ses ténèbres. Bon sang... Qu'était-il donc arrivé ?

Si une curiosité pleine de compassion m'étreignait, je la refoulai. Ce n'était pas dans mes habitudes de ne pas mettre les pieds dans le plat, je ne faisais de cadeaux à personne mais me révélais incapable d'être responsable d'une nouvelle vague de souffrance dans son regard. Il luttait déjà suffisamment, je le voyais à sa peau devenue plus pâle, à sa respiration qui s'accélérait et à ses paupières qui devinrent closes pour chasser les mauvais esprits qui menaçaient de reprendre forme sous ses yeux à chaque parole.

Et puis zut... "Hospitalisation à 15 ans, asthme modéré persistant, prise en charge psychologique pour gestion". Ok, ce n'était pas tout à fait la vérité. Je venais de la travestir légèrement pour les besoins de l'affaire. Révéler dans un dossier médical que je soupçonnais un évènement tragique l'ayant profondément affecté au point de faire dégénérer son asthme, le plonger dans le silence et l'envoyer droit chez un psy n'aurait pas été du plus bel effet... Sans compter que s'il avait été catégorisé dans la liste des employés à surveiller, la moindre erreur l'aurait conduit à la porte. Ainsi, je l'en protégeai. Je regretterai plus tard.

Un léger sourire bienveillant sur mes lèvres, des prunelles aux reflets doux, je l'encourageai à continuer sans le questionner à voix haute malgré l'envie qui me brûlait la gorge. Tentais-je de me faire pardonner de mon précédent interrogatoire qui l'avait mis dans un sale état ? Peut-être bien, même si je n'étais pas prête à admettre avoir ce genre d'attentions pour quiconque.

Fuyant mon regard, il se refermait malgré l'espace. Il se contenait de ses bras fins et nus, luttait, me prouvait en avoir bien plus sous sa frêle carcasse que je ne l'aurais imaginé. Même s'il essayait de le cacher, il en tremblait. Finalement, Niels avait une réelle force de caractère... Il était seulement brisé et n'avait pas trouvé le moyen de cicatriser de ses blessures : je me pris à me demander ce qui lui manquait... Moi, ça avait été mon frère tant que j'avais été dans l'incertitude de son état. Tout s'était défait en moi quand j'avais su... Quel était son ancrage dans le passé qui l'empêchait d'avancer ?

- Ok, je vois, dis-je simplement quand il évoqua notre rencontre peu orthodoxe et la crise qu'il était en train de faire quand je l'avais débusqué.

Ma langue était passé sur mes lèvres nerveusement : si ce à quoi j'avais assisté était la version light, à quoi pouvait bien ressembler la version hard ? Franchement, je n'étais pas certaine de vouloir le savoir et me surpris à éprouver un grand soulagement en songeant que désormais il aurait accès à un meilleur traitement grâce à ce job. *Grâce au WICKED*, même si cela me révoltait de devoir l'admettre.

Un soupir de plus, ses bras se serrèrent davantage autour de sa poitrine en se penchant en avant. Sa respiration me paraissait de plus en plus anormalement difficile et j'entendis à peine sa dernière déclaration à propos de son dernier examen en Angleterre dont je notai dans un coin de mon esprit qu'il était juste beaucoup trop ancien pour être fiable aujourd'hui. Mon stylo avait stoppé sa valse, figé durant le temps où j'observai ce jeune homme que je sentais défaillir. Quand il s'allongea, un frisson me parcourut l'échine : il allait réellement me démontrer sa pathologie en direct à cause du trop plein d'émotions. Je me retournai et déposai plaquette et outil scripteur sur le chariot pour garder les mains libres avant de me tourner à nouveau rapidement vers la table où, étendu, il venait de porter sa main sur sa gorge tandis que j'apercevais sa poitrine lutter pour chasser l'air de ses poumons.

- Hey... dis-je doucement pour l'interpeller et qu'il rouvre les yeux. Je t'ai juste demandé de me raconter, pas de faire une crise en direct, ajoutai-je avec une voix posée où une touche de bienveillance venait harmoniser l'ensemble.

Ma méthode n'avait rien de conventionnel : le raccrocher au monde réel pouvait l'aider, j'en étais certaine. C'était le passé qui était l'origine de ses glissements si délétères et il était hors de question que je lui accorde d'y faire un tour sans réagir. Alors, me penchant légèrement vers lui, je posai une main gantée sur celle qu'il avait placée sur son cou et resserrai délicatement ma prise autour d'elle afin de la détacher de son larynx. Mettre du poids sur sa gorge n'arrangerait rien, c'était un réflexe mais aussi une mauvaise idée qui procurait au corps une impression de poids supplémentaire sur ses voies respiratoires dont il n'avait pas besoin et qui risquait d'augmenter la sensation d'étouffement.

- Ça va aller Niels ? demandai-je un peu inquiète en pensant entendre un stridor maintenant que j'étais si proche. Essaye de relâcher la pression de ton bras et de ta main sur ta gorge, tu ne vas que davantage te crisper et ça ne risque pas d'aider...

Puis je le guidai progressivement pour qu'il lâche sa prise. Une main après l'autre pour qu'elle regagne la table. Il se raidissait pourtant, se battait pour résister ce qui ne faisait que renforcer toute cette tension qu'il avait accumulée à force d'évoquer des souvenirs insupportables. Sans lâcher une de ses mains, je fis un pas sur le côté et me penchai pour attraper du bout des doigts un spiromètre électronique dans un des tiroirs. Avec le stress qui montait en moi, je me trompai deux fois de compartiments avant de mettre la main sur l'objet. J'y clippai d'un main un des embouts stériles en l'appuyant simplement le trou de l'appareil qui servirait à recevoir le souffle.

- Vas y, souffle là dedans... lui intimai-je en portant déjà l'embout à ses lèvres. J'ajoutai plus pour garder ma contenance malgré l'angoisse que réellement pour le guider : Tu inspires, tu retiens ta respiration deux secondes et tu souffles le plus fort que tu peux.

Je tins l'appareil le temps qu'il effectue le test visant à évaluer les débits et volumes expiratoires et, par là, l'obstruction bronchique que je devinai. Les résultats furent à la hauteur de mes espérances, pas tout à fait catastrophiques mais loin d'être fameux pour quelqu'un de son âge...

- Tu as besoin de ton inhalateur, n'est-ce pas ?

C'est seulement lorsque je lui posai cette question que je remarquai que j'avais toujours une main posée sur la sienne. Ce contact me rassurait, comme s'il avait été possible par ce simple contact de le rattraper avant qu'il ne plonge dans un gouffre si la situation s'était soudainement aggravée. Et, si j'avais songé à la retirer à l'instant où j'avais découvert cet oubli, je la laissai prolonger le toucher lorsque je compris qu'il ne l'avait pas chassée... D'ici peu, quoi qu'il me réponde, j'irai lui chercher un médicament parce qu'il en avait visiblement besoin et que, même s'il voulait se montrer fort, toutes ses manifestations physiques de sa détresse n'étaient que des moyens inconscients d'appeler à l'aide... Une aide qu'étrangement j'étais prête à lui accorder.  




Dernière édition par Alexandra Moore le Dim 15 Avr - 0:18, édité 2 fois
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MessageVen 13 Avr - 11:07

Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Le jeune homme avait en effet voyagé entre plusieurs univers, un coup, il pouvait être un peu trop sérieux et la minute d’après, il était capable de déconner avec une femme qui allait être - ou plutôt qui était maintenant - sa supérieure. Ils n’étaient pas encore au travail, alors cette petite récréation pouvait être acceptable. Si déjà dans leur pays, les relations entre employés et employeurs étaient bien moins distantes que dans certains pays d’Europe, il savait qu’en Amérique, c’était d’autant plus détendu, sans évidemment tomber dans le manque de sérieux total ! Il ne fallait pas non plus abuser, mais il fallait reconnaître que certaines différences culturelles jouaient énormément. Mais oui, après tout, c’était lui qui avait interprété ses dires d’une manière assez spéciale. Il se souvenait de l’avoir vraiment cru quand elle lui avait sorti qu’elle n’avait rien sous sa combinaison, il en avait même très probablement rougi, ce qui n’était pas de sa faute. Ce regard qu’elle lui avait lancé avait quelque chose d’intriguant, voir même de plaisant d’une certaine manière, mais il n’osait pas se l’avouer, encore pour une question de culpabilité et de sympathie avec l’ennemi. Il avait voulu jouer avec la surprise, mais ses maudites joues roses l’avaient sans doute un peu trahi, chose qu’il ne contrôlait pas spécialement, mais il n’était pas difficile de faire rougir un Anglais aussi bien élevé que lui qui n’avait pas l’habitude de tout ça dès une première ou deuxième rencontre. Elle en revanche, semblait être la spécialiste de ce genre d’ironie parfaitement calculée, comme si elle était née avec et que ce don s’était encore plus développé avec l’âge et l’expérience. Quel âge avait-elle au juste ? Sans doute un peu plus vieille que lui, oui, très probablement, mais pas non plus cinq ans en plus, ce serait trop.

- Oh et bien tu avais l’air tellement sérieuse en disant ça, se défendit-il avec un léger sourire.

Il s’était ensuite emporté tout seul dans un débat qui ne pouvait même pas être vérifié aujourd’hui, : les films et la nourriture, deux choses qui étaient bel et bien du passé. Il n’avait en effet pas besoin d’aller tout vérifier pour savoir que ce genre de données n’existaient plus dans leurs pays respectifs. L’apocalypse avait bien fait son travail, pas de doute là-dessus. Néanmoins, il venait redécouvrir le côté assez malin et malicieux de la jeune femme et quand elle lui demanda s’il était toujours « comme ça » avant de s’empresser de lui faire comprendre qu’elle ne voulait pas connaitre la réponse, il laissa un petit rire lui échapper avant de répondre instinctivement :

- Et toi alors ? Je pourrais te poser exactement la même question.

Avec leurs petits rires respectifs et leurs questions qui n’en étaient pas des vraies, ils avaient fini cette partie de la conversation. Elle avait totalement raison de ne pas le relancer sur un sujet qui pourrait faire débat, ça allait sans doute leur faire perdre du temps, car il n’avait pas encore compris que ça l’agaçait au plus haut point. C’était une part de lui, mais il ne voulait pas non plus en faire son prétentieux, ce n’était pas lui. Il faisait juste ça pour le plaisir de communiquer et ne pas rabaisser les gens comme certains prenaient grand plaisir à faire ici ou bien ailleurs, comme dans son école par exemple.

Cependant, pour la question sérieuse de la jeune femme, il sentait qu’il avait bien répondu sauf.. à la fin. L’adjectif « fun » n’était franchement pas le bon, il n’était pas adapté et il avait vu son regard le détailler directement à ce mot. Son cerveau y avait réagi et ce n’était pas pour rien. À quoi pensait-elle donc ? Elle venait alors de le répéter d’une manière très pensive qu’il aurait facilement pu interpréter comme du dédain. Il préférait se la fermer pour le coup et la laisser encaisser ça plutôt que de s’enfoncer encore plus, cela n’aiderait pas. Heureusement pour lui, elle enchaîna très rapidement en s’exclamant qu’il avait eu de la chance qu’elle ne parie pas. Il se contenta de lui sourire, satisfait et amusé aussi avant de se concentrer sur la suite.

Cette suite-là, douloureuse dans son esprit si bien que son corps avait aussi fini par réagir. Pendant les moments où il avait un minimum prêté attention au fait qu’il s’adressait à elle, il avait noté que ses yeux passaient de la feuille à lui, chose qu’il faisait aussi quand il voulait montrer qu’il était vraiment là, que la personne avait son attention. Il le faisait toujours bien évidemment, mais c’était plaisant de remarquer qu’elle lui en donnait aussi. Il avait tout de même pu gérer à son propre rythme les choses qu’il racontait et il avait tellement fait en sorte de ne pas s’égarer avec des détails inutiles qui ne feraient que le mettre plus mal. Le souci était ses poumons qui s’étaient resserrés au fur et à mesure. Depuis quelque temps maintenant, - depuis le moment où il n’avait qu’un petit traitement de base d’urgence et non-régulier - , son émotion semblait devenir toujours plus forte que lui, chose qu’il maîtrisait beaucoup mieux quand il était sous traitement solide. Bien évidemment, il avait eu des moments difficiles, les différentes molécules que son corps avait eu à faire face ne l'avait pas toujours très bien prit, au contraire. La fatigue était un des éléments les plus récurrents avec les maux de tête. Il avait eu aussi des nausées, des tremblements - chose bien embêtante -et des bouffées de chaleur. En somme, il avait expérimenté une bonne partie des effets non-désirables de tous ces médicaments, mais il n’avait pas eu le choix. C’était soit ça ou subir pire. Alors aujourd’hui, l’émotion le ravageait beaucoup plus vite, son passé surtout était le facteur placé numéro un car le présent lui, même s’il était difficile semblait l’aider, à part le moment où il avait eu peur dans cette foule qu’Alex ne le teste.

Qu’allait-elle dire de lui ? Le classerait-elle dans une case assez problématique pour le WICKED ? Avec tout ce qu’il avait subi, le dossier ne serait pas très glorieux et il regrettait d’avoir parlé de la psychologie. Il faudrait qu’il lui explique que c’était son asthme qui le rendait aussi.. faible, chose qui était aussi très vraie de toute évidence. À la fin, il avait carrément fui son regard, il s’était laissé entraîner par les affreuses mélodies du passé qui n’étaient que poison. Quand il eut fini de parler de sa dernière crise, il entendit enfin la voix d’Alexandra qui au final ne disait pas grand chose. Il relevait les yeux vers elle, mais il fut soulagé de voir qu’il n’y avait pas de l’indifférence dans ses traits comme il l’avait cru par ses paroles. Que pensait-elle de tout ça maintenant ? Ne se sentant pas bien, et pas capable de continuer un récit qui touchait de toute évidence à sa fin, le jeune homme avait posé sa tête blonde sur la table en fermant les yeux. Il l’avait senti se rapprocher de lui en lui disant de ne pas lui faire une crise en direct. Cela le fit sourire légèrement malgré l’horrible situation. Il n’avait pas choisi. Cependant, il avait rouvert les yeux pour se focaliser sur la pièce du présent au lieu d’être hanté par ses fantômes du passé qui ne cessaient d’entamer une danse sans fin devant lui. Il avait alors perçu de nouveau sur sa main cette chaleur indescriptible qu’il aurait bien voulu découvrir sans le plastique du gant, mais qui était déjà fort agréable avec. Pourquoi ? Il laissa ses doigts lâcher prise, - plus vite qu'il ne l'aurait imaginé -  comme si son corps obéissait encore plus à son geste qu’à sa voix. Les deux formaient évidemment un tout, mais son cerveau fondait à ce contact pour laisser la jeune femme le guider, alors c'était sans peine que ses doigts s'étaient déssérés et retirés de sa gorge. Il savait aussi qu’il ne fallait pas faire ça, cela ne faisait qu’augmenter la pression sur son corps. Oui, il le savait parfaitement même, mais sur lui, c’était un réflexe humain. Quand on avait mal, on était toujours tenté de toucher la source de la peine de ses propres mains comme si l’on pensait avoir soudainement un super pouvoir pour tout stopper. Il était aussi plus difficile de relâcher prise quand il sentait sa poitrine se rétrécir et réclamer de l’air.

Alexandra se penchait maintenant vers un tiroir sans pour autant le lâcher lui, grand signe de son inquiétude. Elle sortait un appareil qu’il connaissait très bien et elle lui demandait de faire ce qu’il savait déjà. Le jeune homme souffla dedans comme il put, car le plus fort qu’il pouvait était assez relatif, mais il fit en sorte de le faire pour le bien du résultat. Il scrutait l’appareil pour voir jusqu’à où l’indicateur monterait pour savoir si c’était similaire à ses souvenirs ou pas. Il savait parfaitement que pour son âge et sa taille, l’appareil devait indiquer un débit expiratoire de pointe d’environ 590, mais bien sûr, ceci était la valeur normale. Lui était loin de ça, il avait sans doute diminué de plus de 20 %.. Lorsqu’il avait été hospitalisé, les chiffres avaient plus ressemblé à du bon 30 %, pourcentage qui signifiait que son asthme était très élevé. Ici, il n’en était heureusement pas là et il le savait, sinon il se serait senti bien plus mal que ça encore. Alors que le jeune homme avait faire en sorte de lui faire comprendre qu’il avait besoin de son inhalateur, la brune le devança et cela lui enleva le poids de devoir lui demander, à bout de souffle. Il se contenta de hocher la tête pour lui faire signe et il n’y avait de toute manière plus de risque qu’elle tombe sur ses armes.. Ce fut à cet instant-là qu’il pensa « heureusement » . Oh oui.. ! Heureusement qu’au final, Alexandra les avait trouvé tout à l’heure, car si cela avait été le cas maintenant, il aurait sans doute été incapable de s’expliquer et la crise l’aurait emporté bien plus loin.. Il n’osait même pas penser à ça, alors il se sentait soulagé, même s'il n'avait pas eu le temps de voir le résultat. Quand elle lui tendit, le blond se redressa et prit une bouffée de son inhalateur qui eut pour effet automatique de le soulager. Cette chose marchait très bien dans les situations d’urgence au moins. Il ferma ensuite les yeux pour se reprendre et laissait la sensation l’envahir. Oui, c’était bien mieux quand il pouvait respirer.

Il releva les yeux vers Alexandra, il fallait qu’il la convainque qu’il n’était pas un problème pour le WICKED s’il ne voulait pas qu’elle classe dans une catégorie qui lui porterait préjudice pour la suite, car évidemment, si c’était le cas, elle se garderait bien de lui dire et cela lui retomberait trop vite dessus.

- Au travail, mon asthme n’a jamais été autant un problème qu’aujourd’hui, commença t-il doucement sans se presser. Mon traitement me permettait sans problèmes de gérer tout ça parce qu’il était solide.. mais ici comme ce n'est pas le cas depuis trop longtemps, ça me dépasse juste et je peux rien y faire.

C’était la pure vérité. Le manque de bases solides faisait totalement déconner ses émotions qui déclenchaient une crise tellement pour « rien » alors que ce n’était pas censé arriver. La bouffée lui avait fait du bien et il savait que son asthme le laisserait tranquille pour le moment. La crise avait été le reflet de tout ce qu’il avait dû accumuler. Il remarqua alors qu’elle avait toujours sa main de posée sur la sienne, ce qui lui fit chaud au cœur. Devait-il la retirer ? Il lui laisserait le faire, car il était trop bien comme ça.

- Merci de ne pas avoir paniqué, fit-il alors avec un petit sourire après avoir regardé discrètement leurs mains avant de relever les yeux.  

Il lui disait ça, car il se souvenait bien des fois où les gens avaient pu être totalement paniqués par ses crises ce qui ne l’avait franchement pas aider à gérer. Il avait dû faire abstraction à leur panique pour gérer tout lui-même dans des situations pas toujours évidentes.

- Juste avant que tu continues, par curiosité, j’étais à combien en DEP ?, demanda t-il désirant savoir pour comparer avec ses souvenirs.

Elle l’avait sans doute noté dans le dossier d’un examen qu’elle allait poursuivre. Au moins, il n’allait pas devoir lui reparler de ses sales expériences d'asthmatique. Il était encore vivant, et c’était l’important.

 
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MessageSam 14 Avr - 22:22

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Il avait été tellement facile d'ignorer ses petites répliques tout à l'heure, de lui répondre par un simple regard empreint de malice pour lui montrer que toute cette situation me plaisait autant que je soupçonnais qu'il l'appréciait. Nos rires s'étaient mêlés si facilement que c'en était étonnant, à croire qu'il fallait parfois uniquement céder à la simplicité pour retrouver le goût des bonheurs éphémères. Ceux-ci avaient fanés si vite quand la Braise était apparue dans nos vies que je doutais que le moindre humain en ait réellement fait le deuil. Sans doute était-ce pour cette raison que nous nous laissions séduire par ce petit jeu tranquille, parce que l'un comme l'autre nous avions traversé trop épreuves et que, même si nous avions conscience que nous n'en viendrions jamais à bout, une parenthèse heureuse n'était qu'un moyen pour s'échapper un court moment de la peur et de l'incertitude qui définissaient nos existences de survivants.

Elle aurait dû durer, cette ère d'insouciance. Elle aurait dû se prolonger car, après des années d'angoisse et de décisions difficiles, elle n'avait été que trop brève pour apaiser nos âmes en peine... En parallèle, la tempête en avait profité pour reprendre son souffle, pour s'amplifier sournoisement pendant que nous avions baissé la garde. Fourbe et maléfique, elle avait attendu son heure qui était venue bien tôt. Alors réveillé, l'ouragan qu'elle nourrissait en son sein avait pu se déchaîner dans le fort intérieur de Niels. J'aurais presque pu voir les relents de la tornade qui avait renversé son relâchement, emporté son espièglerie et disloqué son sourire. Ce n'était pas un simple mistral mais un typhon strident qui se déchaînait dans sa poitrine, faisant siffler sa respiration dans un stridor caractéristique. Tel le bruit sifflant d'une bourrasque qui s'infiltre dans la moindre interstice pour y faire entendre son cri déchirant, ce son prouvait que nous approchions de l’œil du cyclone. Et j'en étais terrifiée.

Mes traits n'en montraient rien pourtant. Je me bornai à appliquer les gestes nécessaires dans un protocole maîtrisé, sans rien laisser paraître de la peur et de la pointe de panique qui m'étreignaient le cœur. Cela me rappelait tant mon frère - bien moins atteint que ce jeune homme, certes -, mais il était impossible de ne pas me souvenir de la terreur qui me saisissait à chaque fois qu'il se plaignait de ne pas réussir à respirer convenablement. Alors, je me montrais forte pour lui, pour que Roman puisse se calmer en voyant que moi je gérais parfaitement la situation - même si les trois quarts du temps, c'était totalement faux l'illusion suffisait à le rendre plus serein et à l'apaiser en partie -, comme lors de mes propres crises dont je ne me plaignais jamais ouvertement. Cela m'avait valu de chouettes allers directs pour l'hôpital, quand je n'avais pas été fichue de signaler que j'avais décelé une aura qui précédait généralement les crises les plus importantes - les crises de grand mal dans le jargon populaire, vous savez celles qui font flipper absolument toutes les personnes qui vous entourent quand cela se produit car vous chutez comme une poupée de chiffon avant de convulser sur le sol qui vous a tant bien que mal réceptionné en vous offrant au mieux des ecchymoses, au pire un bon traumatisme crânien -, mais ça avait toujours été ma façon de fonctionner. Je veillais sur ma famille, avant de veiller sur moi. *Je ne suis pas importante, je dois les protéger* me répétai-je dans ces moments-là, *parce que je ne pouvais pas survivre sans eux*. L'apocalypse solaire et virale qui avait suivi m'avait donné tort.

Avec l'âge, mon épilepsie s'était régulée. Niels n'avait pas eu cette chance avec son asthme, son discours était clair : celui-ci s'était empiré pour atteindre un stade qui aujourd'hui l'empêchait de mener une vie normale. Mais qu'était-ce qu'une vie normale dans notre monde plongé dans un merdier sans nom ? J'aurais pu rire de cette pensée si seulement il n'avait pas été en train d'étouffer à côté de moi, même si ce n'était pas le terme exact... Les chiffres qui s'étaient affichés sur l'appareil de mesure ne m'avait pas détrompée. D'ailleurs, ça faisait quoi pour son gabarit ? Aux alentours des quarante-cinq pour cent de la valeur normale environ ? *Purée...* songeai-je alors que ma main trembla légèrement sous le coup du stress que je tentais de maîtriser avant qu'il ne l'aperçoive, il n'avait pas à avoir à gérer ma tension.

Les souvenirs revenaient au fil de ses expirations difficiles, je les chassais aussi vite qu'ils surgissaient. Serrant les dents de plus en plus, mes yeux tentaient de garder le contact avec les siens pour m'éviter de perdre pied : il avait plus besoin de moi que tous ces fantômes qui me menaçaient de leur transparence lugubre. Une mission fut finalement donnée, un petit hochement de tête à la place des mots qu'il était incapable de prononcer afin de me signifier que son inhalateur lui était plus que nécessaire. A contrecœur, ma main lâcha la sienne tandis que je me dépêchai de faire quelques pas et d'attraper son sac sur le sol. Les armes qui y étaient logées ne m'intéressaient plus, elles ne se rappelèrent même pas à mon esprit lorsque je me retrouvai à fouiller ses affaires le plus vite possible. Quand je sentis la forme de son inhalateur sous mes doigts, le soulagement me libéra un peu tandis que je lâchai déjà le sac sans prendre le temps de le fermer pour apporter le médicament à Niels.

Deux pas de plus, je la lui tendis pour qu'il puisse se l'administrer. Il se redressa pour mieux inspirer le produit, ses yeux se fermèrent : je crus revoir le visage soulagé de Roman lorsque je courrais lui chercher son inhalateur dans sa chambre à l'étage - où il l'oubliait toujours quelque part entre son ordinateur, ses jeux vidéos et ses tee-shirts jetés négligemment sur le dossier de la chaise - et que je lui glissai entre les lèvres en posant ma main dans son dos pour l'aider à bien se redresser. Niels, lui, s'en chargea seul mais, dans un réflexe, ma paume retrouva le dos de sa main. Cherchais-je à le rassurer ou à me rassurer ?

Même si je désirais m'enquérir de son état, je me tus. Mon frère avait toujours besoin d'un petit moment suite à la prise pour reprendre son souffle en laissant le produit agir, je réitérai seulement les actes que je connaissais par cœur, routine qui aidait à rester confiante et à apaiser les songes nerveux qui m'envahissaient. Je m'attendais à ce qu'il lâche un soupir de soulagement, qu'il me remercie ou encore se contente de me sourire le temps que tout rentre dans l'ordre pour lui. Au lieu de quoi, sa réaction fut surprenante : il tentait ni plus ni moins de me convaincre qu'il ne serait pas un poids pour l'entreprise... S'il ne le disait pas dans ces termes, ses paroles ne pouvaient pas être interprétées différemment. Croyait-il réellement que c'était tout ce qui m'importait là, maintenant, tout de suite ? Pensait-il vraiment que j'étais de ces personnes qui réfléchiraient d'abord à la faiblesse qu'il représenterait pour le WICKED avant de m'assurer qu'il avait récupéré ? En effet, c'est ce que j'aurais dû être. J'aurais dû, mais je m'en fichais.

- Ça va mieux ? lui demandai-je doucement, ignorant volontairement ses dires pour me concentrer sur ce qui m'importait.

Mon sourire se voulait doux, créant de petites ridules au coin de mes yeux. Si seulement il avait pu arrêter de s'en faire pour son embauche et se concentrer sur sa récupération... Tout était pourtant on ne peut plus logique. Je n'étais que sa supérieure, non pire en réalité... Son chaperon... Son évaluatrice. Celle qui devrait le surveiller et juger de sa capacité à être un atout ou un poids mort pour le WICKED. Certaines recrues ne le comprenaient jamais sous cet angle, ils se contentaient d'être eux-mêmes sans se soucier de l'appréciation que je formulerais dans leur dos. Niels était bien trop intelligent, beaucoup trop même pour ne pas prendre en compte cette variable : il savait que même s'il n'y avait guère de période d'essai, tout nouvel employé était sur un siège éjectable qui pouvait déployer son ressort à tout moment et le réexpédier dans la populace d'une seule case mal cochée par mes soins.

*C'était normal*. J'avais beau me le répéter, argumenter dans ce sens pour m'en persuader alors que je savais qu'il avait raison, je n'arrivais pas à ne pas me sentir blessée. D'un geste mécanique pour faire passer ce sentiment étrange, j'attrapai le stéthoscope autour de mon cou et calai les embouts dans mes conduits auditifs avant de prendre le pavillon dans ma main libre afin d'en chauffer le métal froid au contact de ma paume, avant de finir par le poser sur son torse en plusieurs endroits successifs. Le stridor expiratoire était toujours présent, bien moins important que tout à l'heure mais cela confirmait l'asthme modéré. Je devais me concentrer sur ces détails plutôt que de me laisser emplir par des émotions déplacées qui ne faisaient que réveiller la jeune femme au tempérament protecteur qui sommeillait depuis trop longtemps. Comme s'il l'avait senti, son expression changea et j'eus le droit à des remerciements bordés d'un discret sourire.

- J'ai paniqué, mais tu n'avais pas besoin de sentir cela en plus du reste, me contentai-je de répondre en enlevant le stéthoscope pour en replacer la tubulure autour de mon cou, avant d'ajouter dans un élan avec un petit sourire : On ne fait pas aux autres ce qu'on déteste soi-même.

C'était sincère, trop même. Essayais-je de panser des plaies ? Ce n'était pas le moment. Je me détournai. Je fuis. Le contact fut rompu. Sa main fut remplacée par le stylo qui recommença à gratter la feuille de papier. Ce genre de révélations à demi-mot était-il le signe que je désirais tisser un lien avec lui ? Peu importe ce que je désirais, je n'étais pas autorisée à y accéder. Répondre à ses interrogations purement techniques semblait tellement plus sage. Je relevai les yeux de la feuille pour le contempler, ses lèvres avaient déjà repris un peu de couleur désormais qu'il ne souffrait plus du manque d'oxygène.

- 340... soupirai-je en pinçant les lèvres. Soit 57% du peak flow normal pour toi si j'estime bien...

Ce n'était pas quelque chose de réjouissant. Pourtant, j'avais l'impression que cette nouvelle ne sonnait pas comme une défaite pour lui.

- Tu te souviens à combien tu étais hors crise auparavant ?

Il était évident que parler de tout cela n'avait rien de gai pour lui. Dans un soupir, je relâchai la tension qui s'était logée dans mes épaules avant de me tourner à nouveau vers lui en rabattant la plaquette où était accrochée la fiche de passation des examens sur mes cuisses, les bras baissés. Puis, je m'approchai de lui doucement, mes talons claquèrent dans un son léger sur le sol carrelé tant mes pas étaient lents, au moins autant que ma voix qui s'éleva avec calme.

- Tu n'as pas à t'en faire pour ton asthme Niels, commençai-je en réfléchissant à chacun des mots qui suivraient. Le WICKED sait prendre soin de ses employés. Si tu mets toutes tes compétences à son service, tu n'auras plus à manquer de médicaments.

Je crois que mon sourire aurait dû être plus franc, plus beau, plus radieux. A la place, il sonnait faux sur ma mine défaite. La douceur de mes traits ne remplacerait pas l'éblouissant éclat qui aurait dû illuminer mon visage, j'espérais juste qu'elle le tromperait suffisamment pour qu'elle ne soulève aucune interrogation de sa part. Car, s'il y avait une chose dont je ne désirais pas parler, c'était la manière dont le WICKED pouvait se révéler indispensable pour une personne comme moi. Lui pouvait survivre avec sa pathologie, même si une crise trop sévère pouvait lui être fatale. Moi, j'étais dépendante. Parfois, je m'étais déjà demandé si ce n'était pas à cause de cela que je n'avais pas mis en place des mesures plus radicales, des plans d'attaque plus pressés au lieu de tourner autour du pot en aidant les blocards qu'indirectement. Au fond, je me donnais peut-être simplement bonne conscience en leur envoyant des biens supplémentaires dans les livraisons que nous faisions dans le Bloc, en rendant les monstres que je créais moins résistants ou téméraires grâce à des lignes de code qui n'auraient pas dû se trouver là... Ce n'était que des pansements sur un mal qui ne cessait de les malmener, de les blesser, de les tuer même parfois. J'aurais dû traiter la racine du problème. Cependant, je n'étais pas sûre d'en avoir l'étoffe alors que je dépendais des médicaments que l'organisation me fournissait... Lui aussi deviendrait un asservi, pour un cadeau essentiel mais maudit.

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MessageDim 15 Avr - 15:05

Niels
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De l’ignorance et des petits sourires. La jeune demoiselle était grande gueule que quand ça l’arrangeait en fait. Mais cela n’avait pas dérangé le jeune homme, car il avait compris qu’elle appréciait leur petit jeu autant que lui. Il avait l’impression de s’évader de la réalité au moins quelques minutes, ce qui n’était franchement pas de refus après ce qu’il venait de vivre. Il pouvait aussi presque oublier que les piliers qui lui faisaient peur n’étaient pas encore passé. Le premier était alors arrivé avec des souvenirs les plus douloureux pour lui. Pendant longtemps, petit, il avait vécu avec la peur de revivre le cauchemar de sa première vraie crise qui l’avait menée à l’hôpital. Ado, il avait commencé à s’adapter et aujourd’hui, c’était encore mieux dans sa tête. Il y avait des choses bien plus graves que son asthme sur terre et s'il faisait une crise, il était maintenant au WICKED qui avait la technologie nécessaire. Il fallait dire que ces derniers temps, pour voler afin de survivre, il n’avait pas eu le choix que de courir. Fort heureusement, il avait réussi à les gérer et se cacher stratégiquement avant de courir plus et de tout faire merder. Il avait vraiment commencé à savoir où étaient ses limites au fil des années. Il n’avait plus personne avec lui pour l’aider à gérer, il n’était que par lui-même, et même si autrefois, les médecins lui auraient dit que c’était bien imprudent de sa part, la donne du monde d’aujourd’hui avait totalement basculé. Il n’avait pas le choix, apprendre à gérer tout seul ou mourir.

Pendant tout le long, la jeune femme n’avait pas paniqué. Peut-être qu’elle l’avait été intérieurement, mais vu de l’extérieur, cela n’avait pas été le cas, fort heureusement. Il se rappelait parfois des gens qui le stressait encore plus en lui disant de respirer s’il ne voulait pas mourir. Il avait tant dû faire taire ces voix pour ne se concentrer que sur lui-même. Le plus embêtant était aussi pendant la nuit. Il n’était pas rare qu’il se réveille, car il avait un mal fou à respirer l’air autour de lui. Les fois où il avait dormi avec son frère, ce dernier captait toujours que quelque chose n’allait pas et tentait de l’apaisait en lui parlant le plus naturellement possible. Il entendait de nouveau sa voix et il pouvait de nouveau le voir dans sa tête. Il n’avait pas oublié les traits de son visage ni le son de sa voix qui restait ancrée dans son esprit. Son cher grand-frère avait-il beaucoup changé aujourd’hui ? L’image qu’il avait de lui était-elle très différente de celle qui avait dans son esprit ?

« Tu veux que j’appelle maman Niels ? », lui demandait presque toujours Isaac en murmurant dans le noir.

Le jeune homme faisait toujours non de la tête, il ne voulait pas réveiller quelqu’un en plus pour une chose dont il avait tellement l’habitude. Le fait d’avoir perturbé la nuit de son grand-frère le faisait déjà assez culpabiliser comme ça, alors il n’avait pas besoin de sa mère. Elle travaillait déjà assez comme ça la journée, alors s’il y avait une chose qu’elle méritait bien, était de bien dormir.

« Sois pas si altruiste Niels bon sang.. »
, pouvait dire Isaac quand il avait l’impression que la crise était grave.

Mais pour son frère, toutes les crises étaient nécessairement graves, même si Niels lui montrait que ce n’était pas le cas. Combien de fois lui avait-il dit qu’il avait l’habitude ? Isaac avait eu du mal à être convaincu et encore aujourd’hui, il n’était pas sûr qu’il ne le soit pas. Lui manquait-il ? Selon le Bras Droit, le WICKED faisait subir des procédés dont personne ne savait rien pour leur détraquer la tête. Se pouvait-il que son grand-frère ne se souvienne plus de lui ? Et s’il le retrouvait un jour et qu’il ne rappelait plus qui il était ? Arriverait-il à supporter cela ? Le jeune homme tremblait d’avantage sur la table, c’était maintenant la peur qui l’avait saisi. L’horreur d’imaginer un Isaac lui demander ce genre de choses lui ferait tellement de mal. La main de la brunette avait alors lâché la sienne trop vite, si bien que ses doigts tremblèrent de plus belle avant de pouvoir les glisser sur son inhalateur. Il s’était redressé tout seul, mais la main douce d’Alex était revenue sur la sienne, comme pour le supporter dans cette épreuve, l’aider moralement en lui faisant comprendre qu’elle était là.

Déjà, sa respiration allait mieux grâce au produit. Il appréciait le silence qui lui permettant de reprendre sans pression afin de ne pas avoir à parler directement. C’était dans ces moments-là qu’Isaac le fixait le plus avec ses yeux foncés très inquiets. Mais ici, en reprenant la parole, il n’avait pas de suite dit l’habituel «  ça va » . Il avait commencé pas donner des explications pour la rassurer, il avait peur d’être ce problème trop vite classé. Cependant, comme n’importe qui l’aurait fait, la question du « ça va » revenait en tête de liste avant toute autre chose jugée secondaire. Ils n’avaient pas la même priorité. Le jeune homme hocha la tête, tenant toujours dans ses mains son inhalateur. Ses prunelles étaient elles aussi inquiètes, encore quelqu’un qui s’en faisait pour lui.. Il ne méritait pas toute cette attention. Il préférait donner la sienne aux gens, mais lorsqu’on lui en fournissait trop à son goût, il en était mal à l’aise. Isaac lui adorait ça, il disait que ça le rendait vivant et puissant tandis que le blondinet ne saisissait pas pourquoi. À un petit degré, il était vrai que c’était agréable, mais à un trop haut degré, il pouvait sentir ses maudites joues pâles prendre trop de couleurs. Ici, cela ne risquait pas d’arriver, car il était bien certain d’être blanc comme un linge.

Elle était maintenant en train de contrôler sa respiration qui ne devait franchement pas être fameuse, il pouvait encore très bien le sentir en lui. Il laissait le silence faire le boulot, inutile de s’essouffler encore plus. La panique. Voilà qu’elle lui disait qu’elle l’avait donc ressenti et il ne put s’empêcher de lui esquisser un petit sourire. Elle avait l’air de comprendre, comme si cela lui était déjà arrivé, mais il se doutait que les questions personnelles n’étaient pas vraiment adaptées avec elle. Ses prunelles fixaient ses mains si fines et si douces.. Il se surprenait à les imaginer caresser son torse pendant quelques secondes. Il fallait se ressaisir, il était clairement à l’ouest pour imaginer ce genre de choses non ?

- Oui, répondit-il tout simplement à son affirmation.

Elle avait bien raison. Lui aussi était toujours le plus calme possible avec les gens dans ce genre de situations périlleuses qui demandaient de la rapidité d’esprit. Les chiffres qu’elle lui annonça suite à sa question n’étaient pas fameux, mais loin d’être catastrophiques non plus. 340.. Il avait connu pire que ça, mais il se sentait loin..tellement loin de sa norme qu’il n’aurait sans doute jamais.

- À mon dernier examen, j’étais à du 70-75 % hors crise, alors si on arrondi correctement à du 72,5, ça donnerait du 433.. Mais avec le printemps qui est là.. ça devrait sans doute faire du 65-70 même si ici, c’est plutôt la grande ville alors ça risque beaucoup moins, annonça t-il d’une voix lente et fatiguée.

Si ses calculs étaient bons, sa crise avait été plutôt moyenne, environ un 20 % . Si ce genre d’émotions pouvait le faire descendre aussi vite, il se disait que le 30 % ou plus serait aisé, et ça, ça ne le rassurait pas des masses. La jeune femme tourna les talons pour se rapprocher de lui. Elle avait l’air d’avoir repris un sérieux assez haut pour lui annoncer qu’il n’avait pas à s’en faire. Le WICKED serait là pour l’aider. Il était maintenant en train de réaliser à quel point il s’embarquait pour une aventure qui risquait de durer. Le WICKED avait un bon moyen de le retenir ici. Que se passerait-il une fois qu’il parviendrait à faire évader son grand-frère ? Il ne préférait pas y penser. Le sourire d’Alexandra avait du mal à se dessiner, il s’en rendait bien compte. L’inquiétude sûrement.

- D’accord. Mais ne t’inquiètes pas, j’ai vu pire. Alors ne fais pas cette tête-là, ça aide pas, fit-il doucement avec un léger sourire en faisant tourner son inhalateur entre ses doigts.

Il voulait la rassurer. Sa crise était maintenant finie, alors il ne voulait plus voir cet air inquiet qu’elle s’efforçait à cacher avec des sourires qui puaient le faux. Il avait clairement besoin de mettre cette crise derrière lui, car ne cesser d’y penser le faisait toujours replonger dans les eaux trop obscures pour lui. Surtout à ce jour particulier, prisonnier de l’ascenseur et de son passé. Tandis que certaines images de médecins autour de lui revenaient, le jeune homme ferma les yeux. Les chasser. Il n’était plus dans cette salle de déchoc qui signifiait clairement que ce n’était pas n’importe quelle crise.

- Ok, fit-il en expirant tout en disant bye bye aux images.

Il venait de prendre une batte de baseball pour aller frapper très forts les images afin de les faire atterrir dans un lac. Noyées pour l’instant ! Bam !

- C’est passé vite, maintenant, j’oublie et ça, et toi, tu retournes faire un grand somme de préférence dans mon sac, fit-il en parlant à son inhalateur.  

Il affichait un peu de confiance extérieurement, même si à l’intérieur, c’était totalement un moyen de combattre sa souffrance interne du passé.  Le présent, bien qu'il sot inquiétant et angoissant était un très bon moyen de balayer ça..

 
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MessageDim 15 Avr - 22:50

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Voir sa poitrine s’abaisser et se relever dans un rythme plus calme et mesuré me permettait de retrouver une certaine sérénité intérieure. Elle montait, descendait, tels les serpentins s'élevant dans les airs les jours de carnaval. J'adorais contempler leurs couleurs vives sous les lumières du soleil, les colliers multicolores qui volaient dans les airs à leurs côtés pour finir autour de mon cou. Je ressemblais toujours à une vrai diva avec tous ses bijoux colorés pendus sur ma poitrine à la fin de la soirée, quand venait l'heure de regagner la fête d'une connaissance du lycée. Lors de mon dernier carnaval à la Nouvelle-Orléans, nos rires s'étaient élevés jusqu'au bout de la nuit. Certes, il y avait eu le drame aussi mais il n'avait eu aucune importance à mes yeux comparé au formidable moment que j'avais pu passer avec ceux qui avaient compté. Hypnotisée, les scènes défilaient. Le chatoyant de la nuit dans cette ville était splendide et quiconque ne l'avait vécu ne pouvait avoir qu'une pâle idée de la réalité. Là-bas, nous savions faire la fête. Nous savions nous échapper de toutes les conventions sociales et goûter à l'ivresse, les célébrations du Mardi Gras n'en étaient que l'apogée. Roman adorait y participer au moins autant que moi, si ce n'est plus. Même si nous avions deux ans d'écart, cela ne faisait pas grande importance dans nos cercles d'amis : nous avions suffisamment de caractère pour nous imposer l'un comme l'autre, avec un brin de popularité qui suffisait à nous faire apprécier du plus grand nombre. Il avait hérité de ma faculté à jouer les caméléons, disait maman. Moi, je préférai penser que c'était un cadeau qu'elle nous avait fait à tous les deux en nous éduquant avec amour.

Ma prise s'était resserrée autour de mon stylo, seul indice visible de mes pensées vagabondes. Une fois toutes les indications apportées à son dossier, je levai les yeux et me concentrai sur sa silhouette légèrement redressée sur la table d'examen avant de me fixer sur l'observation de sa respiration. Au fur et à mesure que son corps retrouvait de l’aisance, que sa peau reprenait des couleurs légères et que ses pupilles se refaisaient plus vives, l’inquiétude qui avait pris place en moi se dissipait : tout comme l’image de mon frère et de nos escapades qui s’effaçait pour ne redevenir qu’un souvenir d’un autre temps. Je le regardai regagner l’album nostalgique de mon existence passée, il se recouchait sur la page attendant une nouvelle occasion de refaire surface pour me narguer ou, plutôt, me blesser. Un oiseau au plumage terne maintenant que ses belles perles irisées n'étaient plus passées autour de son fin cou, c'était tout ce que j'étais désormais : l'ombre de cette fille qui croquait la vie à pleines dents sans se soucier du lendemain... Cette constatation me faisait plus souffrir que n'importe quel élément que ma mémoire aurait pu me jeter au visage.

- Tu penses que le printemps a encore un impact alors que les saisons sont totalement déglinguées avec les éruptions solaires ? lui demandai-je du tac au tac lorsqu'il évoqua les variations de son asthme. Parce qu’il ne risque plus trop d’y avoir énormément de bourgeons et d’arbres en fleurs si tu veux mon avis !

J’avais dit tout cela en vrillant mes yeux sur la feuille sur laquelle je notai les nouvelles données que Niels venait de me fournir. Ces paroles oscillaient entre ironie un peu piquante et plaisanterie, tant et si bien qu’on ne saurait quoi en penser. Alors, lorsqu'il me pria de ne pas avoir une mine aussi défaite, toute cette impression de ne pas être moi-même prit le dessus. Une unique question importait finalement : se pouvait-il que je sois sous l'emprise du WICKED bien plus que je ne l'aurais voulu ? Tout se bousculait à cause d'une simple affirmation de ma part visant à le rassurer. A cause de ce traitement que l'entreprise lui fournirait dès à présent qu'il en faisait partie.

L’orage était passé pour Niels, fugace mais suffisamment ravageur pour laisser des stigmates entre nous. Si en apparence nos corps étaient toujours dans la proximité nécessaire à l’examen, nos esprits ne se rencontraient guère. Le mien voguait loin, très loin dans des mirages aux couleurs ternes. Mon âme n’était plus qu’un désert dont l’horizon semblait m’appeler sans que je ne puisse jamais y accéder. Je souhaitais l’atteindre, pourtant, ce but ultime, cette utopie que je me fixais : cependant, plus que jamais je me surprenais à me demander si j’y croyais vraiment.

Je ne sais pas ce qu’aurait pu dire Niels à cet instant précis, alors qu’une mélancolie et une déception contre ma personne et le peu de cran que j’avais au final me pourrissaient le cœur… Si. Je savais exactement ce qu’il aurait pu dire et ce n’était pas les mots qui avaient franchi ses lèvres. Il n’avait pas fait le lien entre mon sourire artificiel et mes paroles envers la générosité du WICKED et j’aurais dû m’en réjouir. A la place, je me sentais encore plus seule dans mes tourments, encore plus perdue dans ces doutes terribles qui m’assaillaient et me poussaient à m’interroger quant aux véritables motivations à ralentir mes actions. Seulement, il y avait cette boîte chez moi. Glissée dans le faux fond, à côté de l’arme à feu, des munitions et de quelques souvenirs d’un passé que je me refusais à oublier, ce petit contenant cylindrique n’avait plus d’étiquette lisible à force de voir mes mains s’y agripper pour en tourner le bouchon et ainsi libérer les cachets salvateurs. J’avais terriblement économisé les doses, volé dans des pharmacies avec mon frère, fouillé le stock totalement pillé de certains hôpitaux mais aussi échangé, troqué et payé pour en avoir. La liste n’était pas exhaustive et peu reluisante si on y regardait de près : *la fin justifie les moyens*, ma devise y collait parfaitement.  

Avec mon arrivée dans cette fabuleuse organisation, je n'avais plus eu à m'abaisser à de telles pratiques. Tout était devenu bien plus simple. Finis les dérivés des médicaments réellement efficaces, bonjour les pilules à la pointe ! Un cadeau empoisonné tant il vous rendait dépendant. Cela faisait maintenant plusieurs mois que je ne prenais plus les doses prescrites par le médecin qui me suivait ici, j'acceptais les cachets qu'il me confiait chaque mois : ils étaient comptés à la dose près. Cependant, j'espaçai les prises. C'était très risqué, dangereux même d'opter pour ce stratagème mais là résidait mon seul espoir de pouvoir un jour avoir une réserve suffisante pour me passer du WICKED pendant au moins six mois, durée que j'estimais nécessaire pour trouver un plan B.

Oui, en y réfléchissant bien, je n'étais pas une mauvaise personne. J'étais seulement obligée de composer avec des aléas qui entravaient mes mouvements, contrariant mes desseins et alourdissait ma tactique. Dédramatiser un peu de la sorte me permit de retrouver un brin de légèreté en balayant ma culpabilité de jouer les égoïstes. Mes traits s'étaient détendus presque imperceptiblement pour quiconque ne m'aurait pas observée avec attention.

- Je fais quelle tête ? rétorquai-je en tentant à nouveau de passer sur le mode de la défensive malicieuse. Mais tu as raison, j’aurais peut-être dû me moquer de te voir trépasser, après tout tu n’es peut-être pas encore enregistré dans la base de données des employés donc je ne me serais pas fait taper sur les doigts !

Cet humour-là était clairement pourri ! Mais comment faire mieux quand des réflexions bien plus sombres vous habitaient dans la même seconde ?

- Je plaisante… préférai-je toutefois préciser sur un ton un peu rieur en levant les yeux au ciel avec un sourire, tellement plus vrai celui-là tant cela me plaisait de le titiller de la sorte.

Malgré mes doutes quant au fait que sa crise soit vraiment terminée, je respectai sa déclaration en commençant par ranger le spiromètre : il serait peu intelligent de prendre la mesure de la VEMS alors qu'elle serait faussée par la prise du salbutamol. De toute manière, il devrait revenir voir un des médecins pour passer des tests complémentaires. Ainsi, celui-ci pourrait déterminer le traitement le mieux adapté et lui fournir au compte-goutte les précieux médicaments. Si bienveillant, n'est-ce pas...

- Il faudra que tu aies une consult' spécialisée avec un des médecins, pour ton traitement... lui précisai-je tout en ajoutant cette mention dans la partie du feuillet réservée à l'aspect pneumologique. Puis je relevai la tête un bref instant pour lui préciser : Je pense qu'ils pourront te voir dès demain, parce qu'il est hors de question que je t'emmène sur le terrain avec cette épée de Damoclès au-dessus du crâne.

Au planning, j'avais noté plusieurs missions en dehors du complexe dans les semaines qui allaient suivre. La pénurie en immunes n'était pas étrangère à ce subit accroissement du nombre de sorties d'équipes entières pour des "contrôles". L'un d'eux devait même s'effectuer hors de la zone saine et je devais admettre que cette mention trop vague m'avait rendue quelque peu nerveuse lorsque je l'avais aperçue en face de la désignation de mon équipe.

J'étais en train de rassembler les instruments pour la suite des examens oto-rhino-laryngologiques tout en réfléchissant aux destinations vers lesquelles nous pourrions bien être envoyés, aux terrains propices à la découverte d'immunes restés cachés en dehors de la large zone entourant Kansas City et Denver, quand la voix de Niels résonna à coté de moi. J'avais levé un sourcil, incrédule, avant de comprendre qu'il causait en fixant son inhalateur.

- Tu parles souvent aux objets inanimés ? demandai-je sur un ton très, voire trop, sérieux. Parce que si c’est le cas, je te préviens que je ne gère absolument pas le côté psy : faudra prévenir Matthew, enfin M. Davenport, pour ça !

J’avais arrêté tout mouvement, je le regardais du coin de l’œil testant sa réaction avant de lâcher un petit rire pour lui faire comprendre que je n’étais pas réellement sérieuse. Quoique... En réalité, j’espérais bien qu’il aurait compris que ce genre d’attitudes me paraissait vraiment très bizarre et qu’il m’en ferait grâce à l’avenir ! Parce qu’entre les couteaux qui avaient des maîtres et les inhalateurs avec qui on pouvait se faire une petite conversation, il y avait de quoi le trouver carrément étrange. Je n’avais vu que peu de personnes se comporter de la sorte et tous pouvaient être classés dans une des deux catégories : cinglés ou solitaires.

- Ou c’est juste l’habitude d’être seul ? finis-je avec une touche de douceur dans la voix en lui tendant ma paume pour qu’il me remette l’inhalateur et que je puisse le remettre dans son sac.

Sans plus attendre, l'objet fut remis à sa place et la fermeture éclair zippée d'un seul geste. Puis je laissai volontairement le sac chuter d'une petite hauteur sur le sol, il ne cliqueta même pas prouvant que ma petite technique de bandage était au point. J'en tirai un sourire satisfait tandis que je poussai déjà le chariot où j'avais étalé les différents instruments pour la suite de nos péripéties médicales.

- Je vais contrôler le côté ORL maintenant, tu es prêt ou tu veux encore un peu de temps pour récupérer ?

J'avais attrapé la lampe frontale pour la glisser autour de ma tête, avant de prendre un spéculum auriculaire en métal. Sa fraîcheur provoqua des frissons qui remontèrent tout le long de mon avant-bras, heureusement cachés par la blouse.

- Si c'est bon pour toi, je regarde les tympans en premier, précisai-je. Aucun problème auditif à signaler ?

L'examen pouvait reprendre, minutieux mais nettement plus détendu maintenant que nous avions passé le cap de l'étape fâcheuse de l'asthme. Si j'avais pensé en apprendre plus à ce propos, je m'étais retrouvée face à une carpe tant il avait pris sur lui. J'admirais sa retenue autant qu'elle me frustrait. Mais, après tout, je ne devais pas oublier que j'aurais tout le loisir de mettre à jour la moindre de ses facettes au cours de prochaines semaines puisque nous étions destinés à passer pas mal de temps l'un avec l'autre par la faute de Matthew... D'ailleurs, me l'aurait-il collé dans les pattes s'il avait su que ce jeune homme deviendrait une source d'énigmes suffisante pour que je m'y intéresse autant ? Rien de moins sûr !

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MessageLun 16 Avr - 10:59

Niels
&
Alexandra
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L’apaisement revenait lentement, mais sûrement. Il avait toujours cette petite appréhension, mais son plus grand mal était passé, sa poitrine ne le faisait plus autant souffrir. Il était capable de reprendre la conversation, certes assez lentement, mais quand même. Cependant, son état fatigué lui avait permis de sortir une des plus grosses idioties qu’il n’avait jamais entendu. Les saisons. Il n’y en avait tout simplement plus comme Alex était « gentiment » en train de lui faire remarquer. Il avait entendu la raillerie dans le grain de sa voix et qui pouvait l’en blâmer ? Lui aussi avait envie de rire de sa connerie qui était en vérité.. une affreuse réalité.

- Je suis toujours un peu désorienté après une crise.. hm non il n’y aura aucun impact bien sûr.


Aurait-il pu faire pire ? Niels roi de la gaffe ? Lui qui réfléchissait un minimum avant de parler, ce n’était pas toujours le cas après ce genre de moment. Le produit mélangé avec cet instant de soulagement après crise le faisait juste un peu planer. Mais ici, ce n’était rien du tout. Néanmoins, il ne pouvait pas dire qu’il était le seul à être ailleurs, il l’avait bien remarqué pour Alexandra. Elle était même maintenant en train de lui demander des précisions sur sa tête avant de rebasculer dans ce sarcasme qui n’était absolument pas drôle. Il avait immédiatement froncé les sourcils, ayant tout à coup envie de l’étrangler de nouveau. Il ressentit aussi de la peine, pensant à son frère enfermé dans leur labyrinthe. Rien qu’avec ça, elle venait de confirmer que les seules personnes dont ils prenaient soin et qu’ils ne torturaient pas étaient les employés. Les autres, leurs sujets étaient les cobayes pour toutes les souffrances possibles et inimaginables. C’était donc vrai. Qu’avait-il cru ? Découvrir un pot aux fleurs bien plus agréable que ce qu’on lui avait dit ? Il était là, mais était-il réellement prêt à voir son frère malheureux, pire, torturé ? Pas sûr, mais il se voilait la face. Il avait envie de répliquer un « pas comme les ados dans le labyrinthe quoi vu que vous êtes des monstres avec », mais il se mordit les joues pour ne pas parler, ne pas laisser échapper cette chose qui lui serait fatale. À la place, il affichait un petit sourire quand elle lui précisa qu’elle plaisantait.

- Drôle d’humour, fit-il seulement remarquer en se forçant à garder son petit sourire.

Il n’avait aucune envie de répondre à l’autre question, elle était inutile de toute manière, et elle lui avait simplement demandé ça pour faire la conversation sans doute. Un coup, elle lui montrait une part sensible et appréciable d’elle et de l’autre elle ne cessait de lui rappeler le monstre qu’elle était. Quel statut avait-elle d’ailleurs ici ? Il avait fait la généralité de penser que tous les WICKED torturaient les ados du labyrinthe, mais ce n’était tout simplement pas possible, derrière, il y avait toutes les recherches. Oui, peut-être qu’Alexandra était dans les recherches et c’était tout. Elle lui apprenait qu’il faudrait qu’il ait une consultation spéciale pour son asthme et qu’il pourrait avoir un rendez-vous dès demain. Il ne put s’empêcher d’écarquiller les yeux, surpris par le délai si court, mais après tout, le WICKED ne s’occupait que de lui et laissait tous les autres crever derrière les postes de contrôle sans aucune pitié.

- Super. Comme ça, ce sera plus simple d’être fixé.


Super oui, mais la journée de demain s’annonçait encore terrible. Ces souvenirs le suivraient encore et encore même après la nuit de sommeil qui l’attendait. Elle se mettait à rassembler d’autres instruments pour la suite avant de se retourner vers lui. Elle avait levé un sourcil, elle était donc curieuse, voir interloquée. Ah oui. Les objets. Le faisait-il souvent ? Un peu oui. Et prévenir M. Davenport ? Lui psychologue ? Il le voyait plutôt comme un espèce de sadique, mais qui savait très bien manier les émotions, alors il devait sans doute être très bon, mais il n’en était juste pas question. Il se souvenait de son regard et de sa voix quand il lui avait montré la case concernant le système immunitaire. Son ton grave qui s’était accentué au « pour parler » était louche aussi, alors moins il le verrait et mieux ce serait. Mais oui, elle avait touché le bon point, il avait tellement eu l’habitude d’être seul qu’il avait pris cette manie assez étrange.

- Oh, tu sais les objets s’animent chaque nuit pour parler alors ils m’entendent très bien ! , s’exclama t-il en attendant sa réaction.

Il adorait faire flipper les gens deux secondes, alors qu’il était juste en train de raconter la plus grosse connerie qu’il soit.

- Mais non bien sûr que non, je plaisante ! Oui, c’est l’habitude d’être seul, mais je reconnais que ça doit te paraître étrange
, reconnu t-il en imaginant très bien son malaise.

Il ne put s’empêcher de rire, en repensant à la conversation qu’il avait fait à sa lame tout à l’heure, cela tombait carrément dans l’absurde ! Mais après tout, c’était à son tour de faire de l’humour pourri et inutile. Il essayerait de ne plus le faire ici, et puis il s’habituerait de nouveau à voir des gens, alors cela ne serait pas difficile. Il finit par lui tendre l’inhalateur pour qu’elle puisse le ranger et il ne comprit pas pourquoi la jeune femme laissait chuter son sac quand il avait bien vu que c’était un acte purement volontaire. Il y avait ses armes dedans ! Mais il n’avait rien entendu, c’était magique, alors il conclut qu'elle avait tout simplement désiré tester son stratagème. Elle les avait si bien emballé que cela passait ni vu ni connu. Il les réutiliserait sans doute demain. Ce serait bien utile, et personne n’avait besoin de le savoir vu qu’elle ne lui avait pas donné de réponse finale après avoir fait la fille qui comprenait sa peine. Elle allait maintenant passer à la suite et lui demandait s’il avait besoin de temps supplémentaire. On aurait dit cette fois-ci Isaac et pour la première fois, il réalisa qu’elle avait le même sarcasme détestable que lui. C’était étrange.

- Non, ça va merci, répondit-il tout simplement.

Elle allait commencer par les tympans, pour ensuite continuer probablement avec le nez et la gorge.

- Non aucun problème auditif à signaler. J’ai toujours eu une audition très bonne même. Un réel avantage sur le terrain, fit-il en se rappelant alors qu’Alexandra lui avait demandé s’il laissait toujours trainer ses oreilles lors de leur première rencontre vu qu’il avait saisi la situation.

Il n’aurait donc rien de ce côté, son audition avait toujours été parfaite, tout comme son nez. La seule chose qu’il aurait à lui signaler serait qu’il s’était fait opérer des amygdales quand il avait.. combien déjà ? Le blond cherchait déjà dans sa mémoire afin de lui communiquer l'information. Tandis qu’elle commençait, le jeune homme comptait dans sa tête et se rattrapa à un autre événement qui lui indiquait l’année. Il compta vite de tête et était maintenant revenu au temps où il avait huit ans. Oui, maintenant, il s’en souvenait clairement, il avait été tellement assommé au réveil, que son frère qui était là avait bien rit. Il se rappelait aussi de l’horrible sensation quand il avait essayé de parler, et qu’il avait fini par opter pour des signes approximatifs que son frère avait tenté de déchiffrer. « Repose-toi plutôt, tu auras tout le loisir de me parler plus tard, même si j’en suis très honoré, tu sais bien que j’aime beaucoup capter toute ton attention petit frère. » avait fait Isaac, ce qui l’avait fait sourire. Il avait mis aussi tellement de temps à capter ce qui se passait avec lui, se sentant totalement ailleurs. Il ne put s’empêcher de sourire à cet instant-là, même si par la suite ça avait été bien difficile. C’était fou comme chaque examen lui rappelait des choses.. Quand elles étaient bonnes et /ou amusantes, le jeune homme parvenait à être un minimum calme, mais lorsque des sales images revenaient, son corps flippait carrément. L’asthme était différent, il faisait partie de la troisième catégorie qui le peinait plutôt, alors c’étaient la tristesse et la difficulté à en parler qui prenaient aisément le dessus. Plusieurs facettes de lui qui s’exprimaient toutes en si peu de temps. La mélancolie puis le calme avaient été pour le moment au rendez-vous.

- Rien à signaler pour cet examen, sauf que je me suis fait enlever mes amygdales palatines et les végétations adénoïdes à huit ans à cause d'angines à répétition, dangereux pour mon asthme.

Elle allait pouvoir le noter dans son dossier et il allait avoir le loisir d'observer ses mains fines écrire avec le crayon qui grattait sur le papier. Pourquoi autant de contemplation avec ses mains d'ailleurs ?

 
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MessageMar 17 Avr - 1:32

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Avait-il de l'humour, oui ou non ? Voilà un mystère qu'il me faudrait élucider dans les prochains jours pour savoir jusqu'où je pouvais aller avec lui dans mes sarcasmes et autres joyeusetés ! En effet, jusqu'à présent, ses réactions avaient aussi peu de constance que la foulée d'un débutant que tentait de courir le marathon de New York ! S'il avait bien réagi dans un premier temps, entrant dans mon jeu et répliquant avec audace, cela était maintenant du passé... J'aurais dû être plus sympathique, songeai-je avant de me souvenir qu'il n'était rien pour moi si ce n'est une nouvelle recrue  - synonyme de boulet sans nom - potentiellement insupportable et doublée d'un verbe qui oscillait entre discours hautain de premier rang et tirade solitaire. D'accord, j'exagérais carrément la situation afin de me faire violence et me rappeler que cela allait être à lui de se plier à mes caprices, et non l'inverse. L'envie de lui simplifier la tâche était si présente malgré mes bonnes résolutions de le laisser se dépêtrer avec mon caractère intenable que j'en concluais qu'il m'importait bien plus qu'il s'adapte et trouve sa place dans mon équipe que je ne l'aurais jamais admis à voix haute. Et finalement, je m'agaçais moi-même !

Désorienté après une crise... Voilà une autre de ses répliques que je ne cessais de me répéter maintenant qu'il critiquait mon "drôle d'humour". Avait-il conscience que je ne m'en départirai pas pour ses beaux yeux ? Pas sûr vu le petit sourire forcé qu'il m'adressa. Bien. Il avait au moins compris qu'il fallait me caresser dans le sens du poil. Cette attitude que je ne pouvais m'empêcher de considérer comme un brin hypocrite me ramena à la dure réalité : il pouvait être un jeune d'à peu près mon âge avec qui j'aurais pu nouer des contacts et goûter à la légèreté qu'aurait pu revêtir mes relations avec les autres hors apocalypse, il restait un employé. Un membre de mon équipe qui devrait s'habituer à ma personnalité et, ce qui me gênait le plus, c'est que j'étais certaine qu'il le ferait sans problème juste pour rentrer dans le moule auquel on le destinait. Après tout, que pouvais-je attendre d'un premier de la classe ? Ceux-là savaient toujours comment répondre aux désirs de leurs enseignants, ils étaient capables de se montrer si malléables lorsqu'il s'agissait de se conformer aux attentes d'une tierce personne. Aujourd'hui, dans cette enceinte majestueuse du WICKED, j'étais cette tierce personne à laquelle il devait absolument plaire pour obtenir une note respectable. Je n'étais rien de plus qu'un moyen pour lui de profiter de l'opportunité qu'il avait su saisir. Comment lui en vouloir pour ça...

Si la suite de la conversation avait pris une apparence plus sérieuse, fixant rendez-vous pour le lendemain avec un des médecins, je ne m'attendais plus à être prise au dépourvu par une nouvelle réplique du jeune homme. *Les objets s'anim... quoi ?!* Je dois l'admettre, mon cerveau avait eu un blanc quand il m'avait répondu cela avec un naturel déconcertant ! Moi qui avait voulu scruter d'un regard discret sa réaction à ma boutade, j'étais totalement interloquée, voire estomaquée par ce qu'il m'avait servi. Ma tête s'était immédiatement redressée pour le dévisager, les yeux ronds et les sourcils tordus dans une expression entre étonnement et incrédulité totale. Il ne pouvait pas être sérieux, si ? Je crains que s'il m'avait laissé une seconde de plus songer aux possibilités qu'il soit atteint d'une démence quelconque, j'aurais déjà été en train d'évaluer la possibilité que le WICKED dispose dans ses réserves d'une camisole de force ! Au lieu de quoi, Niels lâcha un rire en m'avouant que tout ce cirque n'était que foutaise ce qui eut pour seul effet de faire sombrer ma mine dans une expression offensée, je lui en voulais autant pour sa facilité à me mener par le bout du nez que pour mon manque de clairvoyance !

- Au moins aussi étrange que ton humour ! pestai-je un peu vexée d'avoir été bernée aussi facilement par un petit nouveau. La solitude m'a jamais poussée à me servir un thé avec un pistolet ou à discuter chiffons avec un couteau, mais cela dit j'ai déjà insulté mon clavier et quelques ordinateurs qui doivent encore se souvenir de mon passage dans la salle de contrôle ! Ça compte tu penses ?

Après un passage par la case rangement, l'examen débuta enfin. Bien entendu, Niels ne put à nouveau se retenir de me fournir bien davantage qu'une réponse concise et précise à mon interrogation. Il m'avait toujours été impossible de comprendre les personnes qui se sentaient obligées de mettre constamment en avant leurs qualités : chez lui cela semblait être une seconde nature, un peu comme lorsqu'il avait trouvé les paroles nécessaires pour faire taire les doutes qu'auraient pu nourrir Matthew à son égard. Niels savait se mettre en valeur et vanter ses compétences. Tout mon contraire à vrai dire. Pour entrer dans cette fabuleuse entreprise, j'avais dû me plier à cette règle absurde : leur montrer que j'étais un atout avant de le leur prouver au fil de leurs tests... Encore un truc que je n'avais pas fait pour moi et, maintenant que mon reflet me faisait face dans le plateau supérieur du chariot métallique, je réalisai que cela faisait des lustres que je n'avais pas fait quelque chose seulement pour moi.

- Très bien... me contentai-je de lui répondre en fichant déjà le spéculum dans son conduit auditif gauche.

La couleur de son tympan était parfaite, d'un beau nacré qui luisait sous la lumière blanche de ma lampe frontale. A l'arrière, j'aperçus sans peine la proéminence malléaire et le manche du marteau. Quant à la vascularisation, elle était sans particularité. Le même tableau se retrouva au niveau de son oreille droite. Me retournant, je jetai le spéculum auriculaire dans le bac des instruments à stériliser, petit container accolé au bas du chariot, avant d'attraper un abaisse-langue pour poursuivre le tour du propriétaire.

- Tourne ta tête vers moi, lui demandai-je dans le but de ne pas le forcer à se rasseoir au bord de la table, le laissant se reposer encore un peu après la crise dont il avait été victime. Ouvre grand la bouche et dis "A" !

Cette phrase m'avait longtemps fait sourire lors de ma formation aux soins médicaux. Elle me rappelait tant la mine éternellement perplexe de notre médecin, quand il s'approchait de moi avec ses grands yeux globuleux derrière ses lunettes à double foyers, qu'un petit rire m'échappait à chaque fois ! C'en était ridicule et complètement inapproprié, mais les réprimandes qui suivaient n'avaient pas été très efficaces pour faire taire ce souvenir décalé. Aujourd'hui encore, j'avais l'impression de jouer au docteur à chaque fois que je la prononçai. J'avais banni le rire à force de voir les médecins qui me chaperonnaient s'arracher les cheveux, j'étais rentrée dans le moule moi aussi.

L'abaisse-langue trouva appui sur la face supérieure de sa langue et une simple observation rapide me permit de conclure qu'il n'y avait guère de problème particulier. Effectivement, on pouvait constater l'ablation des amygdales dont les cicatrices s'étaient dissipés depuis longtemps dans la muqueuse buccale. Les piliers du voile étaient symétriques et la luette située dans une position médiane. A y regarder de plus près, on aurait pu croire son palais un peu ogival : simple variabilité anatomique sans doute dû à une particularité fonctionnelle comme une tétine ou un pouce sucé trop longtemps pendant l'enfance, même si cela pouvait également être purement structurel. Bref, pas de quoi casser deux pattes à un canard !

J'en profitai pour faire un petit examen dentaire très sommaire - et qui se révéla tout aussi inintéressant que le précédent - car, je devais bien l'admettre, cela n'avait jamais été ma spécialité... Pour être honnête, tout ce bazar médical n'était pas ma spécialité. "Plus douée avec des machines qu'avec des gens", ainsi pourrait se résumer l'épitaphe gravée sur ma tombe si je ne pensais pas à m'améliorer dans les prochaines années !

Après un second changement de jouet, voilà que j'arborai fièrement autour de mes doigts gantés un spéculum nasal. Je le fis s'ouvrir et se fermer une fois devant lui, lui signalant que je passai à l'aspect nasal de l'examen.

- Incline légèrement la tête en arrière, s'il te plait.

Une narine après l'autre, l'objet métallique vînt se glisser dans son conduit nasal. Avec précaution, je l'y insérai doucement : zone sensible, il était très aisé d'y déclencher un chatouillis gênant ou un éternuement - et autant vous dire que me retrouver couverte de la morve d'un de mes subalternes ne faisait pas partie de mes priorités du moment ! Pas de déviation de la cloison nasal, à première vue bonne perméabilité des sinus,... Seule la muqueuse paraissait un peu plus rouge que la normale sans que cela ne révèle une réelle inflammation potentiellement d'origine allergique, comme il l'avait sous-entendu précédemment. Rien à se mettre sous la dent au final.

- Ok, parfait !

Rien à signaler. Telle était la mention qui figurerait sur l'ensemble des items de l'examen oto-rhino-laryngologique. La même qu'il avait lui-même utilisé pour me décrire la liste de ses antécédents inexistants.

Envoyant le dernier instrument rejoindre son prédécesseur dans le baril de stérilisation, j'avais repris en main le stylo pour reporter sur le feuillet d'examen la totalité des nouveaux résultats qui se bornaient à des "RAS" griffonnés à la va-vite. Ils laissaient de vastes espaces blancs à côté des différents items, créant une brèche étonnante de vide comparée aux lignes qui s'amoncelaient juste en-dessous dans la partie destinée à la pneumologie. Nous n'avions pas tout à fait respecté l'ordre chronologique des vérifications à effectuer mais qu'importe, nous n'avions pas eu le choix étant donné sa pathologie qui l'avait pris au dépourvu... D'un simple regard, je balayai les lignes précédemment remplies, relisant mes notes à la hâte avant de réaliser que nous avions manqué un détail. Je tournai la tête vers la machine installée à l'autre bout de la salle, me mordant la lèvre inférieure tandis que je pesai le pour et le contre de le pratiquer dès à présent.

Faisant la jonction entre les poumons et le cœur, le test d'effort était un incontournable des examens prenant en compte les différents étages viscéraux. Grâce à lui, nous évaluions la capacité ventilatoire du patient en fonction de l'effort physique demandé mais également son rythme cardiaque et la bonne concordance des deux valeurs obtenues. Néanmoins, je doutais que cela soit l'idée du siècle de lui demander de grimper sur le tapis de course et de lui poser des électrodes sur le torse avant qu'il ne doive se mettre à courir alors qu'il m'avait démontré être un asthmatique en roue libre ! D'un trait sec, je barrai la mention de cet examen et argumentai en parallèle : "Non réalisé en post-crise asthme. Résultats qui ne seraient pas concluants. A faire dans conditions optimales après consultation pneumo". Succinct, clair, net. Tout moi.

- Une bonne chose de faite ! lui lançai-je en reposant la plaquette sur le chariot tout en déroulant mon stéthoscope. Je vais écouter ton cœur maintenant, donc je te laisse t'allonger et te relâcher.

Mes doigts serrés autour du pavillon tentaient de réchauffer le petit rond de métal argenté. Le gant ne m'aidait pas à le rendre moins glacé, toutefois je ne souhaitais pas perdre davantage de temps et je le posai sur son torse. D'un geste sûr mais lent, je faisais se succéder les différents foyers : tout d'abord, le foyer aortique au niveau du deuxième espace intercostal droit avec ce son mat très reconnaissable, puis le foyer pulmonaire au même étage de l'autre côté de sa poitrine où le stridor expiratoire avait désormais disparu me prouvant que sa crise d'asthme s'était effectivement dissipée. Difficile de ne pas sourire à cette écoute, soulagée qu'il ne m'ait pas menti pour que je ne l'embête pas plus longtemps à ce sujet ou que cela ne lui porte pas préjudice quant à son recrutement : il me semblait tout à fait être le type de personnes prêtes à prendre sur elle et mentir si la cause leur paraissait en valoir la peine... Un autre mouvement me conduisit au foyer apexien non loin de la pointe du cœur pour terminer par l'écoute du foyer xiphoïdien à la pointe basse de son sternum. Concentrée, mes yeux étaient plongés dans les siens sans que je ne les distingue vraiment, trop concentrée que j'étais à écouter les bruits B1 et B2 : le "Tap-poum" était reconnaissable, fluide, sans bruit surajouté que ce soit lors de la transition entre la fin de la diastole et le début de la systole ou l'inverse.

Laissant tomber la pavillon sur ma poitrine pour attraper la tubulure et la replacer négligemment autour de mon cou, je terminai en saisissant son poignet pour y trouver son pouls radial que je tâtai de mon index et mon majeur. De l'autre bras, je frottai la manche de ma blouse sur mon côté pour tenter de relever légèrement ma manche sans avoir à lâcher le poignet de Niels. Fichue blouse ! Voyant que rien ne servait de s'acharner, je relâchai ma prise pour replier ma manche jusqu'à la moitié de mon avant-bras de manière à être sûre que cette coquine ne déciderait pas de venir se déplier en cours de mesure sur ma montre !

- C'est bien plus simple de garder ce genre de souvenirs sur soi, dis-je à Niels tout en lui indiquant le bijou d'un regard.

Ma mère me l'avait offerte à peine quelques mois avant d'être atteinte par la Braise. En acier, son aspect très métallique dont la couleur flirtait avec le gris sombre lui donnait une apparence plutôt masculine avec son cadran noir et ses aiguilles d'argent brillantes. Ce n'était pas réellement un souvenir important. Un dernier cadeau peut-être, mais pas mémorable comme d'autres qui dormaient dans mon appartement à la vue de tous. Un, deux, trois,... Le comptage avait commencé alors que le poignet de Niels s'était à nouveau retrouvé prisonnier de mon étreinte experte. Son rythme cardiaque était bel et bien un peu rapide pour son âge, comme j'avais cru le déceler à l'auscultation. Cependant, cela n'était guère étonnant suite à la crise précédente et ne revêtait aucun aspect pathologique tant qu'il restait isolé.

- Toujours nerveux ? lui demandai-je en souriant doucement. Ton cœur est rapide mais ce n'est rien, le stress ou ton asthme.

L'examen cardiaque venait de prendre fin, je rebaissai ma manche en dissimulant sous le tissu blanc le bas du tatouage qui recouvrait la majorité de la peau de mon bras et la moitié de mon avant-bras gauche. Quelques feuilles et la forme des pétales d'une des roses avaient pu se deviner un peu au-dessus de ma montre.

Après une nouvelle notation dans le dossier, je lui annonçai la suite de nos aventures, l'aspect dermatologique.

- Je vois que ta blessure a maintenant parfaitement cicatrisé. Les bords sont bien réguliers, d'ici quelques mois cela se verra à peine, précisai-je en me penchant et en écartant légèrement les limites de la cicatrice avec les doigts pour mieux évaluer la fiabilité des soins qui avaient été réalisés.

Visiblement, ceux-ci avaient été d'une très bonne qualité... Minutieux et propres.

- Tu m'avais dit que c'était un médecin qui t'avait aidé, lui demandai-je en continuant de contempler l'ancienne blessure, perplexe. Tu pourrais me donner son nom ? Vu ses compétences, on pourrait sans doute lui proposer un job.

Devenais-je accro au recrutement à la volée pour poser ce genre de questions ? Absolument pas ! Toutefois, passer à côté d'une occasion de bénéficier de l'expérience d'un autre médecin au sein de nos services n'aurait pas été du luxe. Nous cherchions toujours à recruter suffisamment de personnel médical, afin de pouvoir éventuellement pallier à des manques chroniques en personnel. Sans compter que cela était aussi un excellent moyen pour former de nouvelles équipes de contrôle pouvant être envoyée sur le terrain pour débusquer des immunes dans la population de la zone saine et en dehors... Une raison de plus pour ne pas laisser filer une information si précieuse.

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MessageMar 17 Avr - 11:54

Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Le blond parlait trop à son goût, depuis qu’il était là, il passait son temps à essayer de copier son frère que s’en était pour lui-même très agaçant. Mais pourquoi ne pouvait-il pas s’en empêcher au simple contact d’une personne travaillant au WICKED ? Était-ce une manière pour lui de ne surtout pas oublier qu’il était là pour sauver son frère et pas autre chose ? Il y avait dans son aptitude une chose qui ne tournait pas rond et il espérait que ça passerait demain. Le mot « parfait » était pour Isaac, pas pour lui. C’était son frère qui avait eu sa vie parfaite à l’école ! Capitaine de l’équipe de sport, un des garçons les plus désirés par les filles de l’école, des tonnes de potes que les deux mains ne suffisaient plus à les compter, et un Isaac en pleine forme. En bref, tout le contraire de lui. Le garçon grande gueule l’aidait à renforcer cette image de Golden Isaac. Lui était juste le blondinet bizarre, trop intelligent, fragile et introverti dans un coin, image pas très glorieuse. Alors à quoi jouait-il ici ?

Par contre, il n’avait vraiment pas apprécié l’humour de la jeune femme et il l’avait à peine caché. La chose avait été vite rattrapée par ses paroles si décalées, tellement étranges que cela lui aurait valu la mort au lycée rien qu’avec des yeux revolvers. Au final, si elle n’avait pas eu le regard qui tue, Alexandra n’avait pas caché son intense surprise. Elle était même totalement désarçonnée et le jeune homme n’avait pu s’empêcher de sourire. Il avait aussi compris que s’il attendait une seconde de plus avant de lui dire que c’était une blague, la situation aurait peut-être mal tournée. Elle se mit à pester, il y décelait un peu de la contrariété ce qui se comprenait, il l'avait bien eu et c’était une sorte de petite vengeance pour son humour pas appréciable. Le WCKED aurait dû être là pour soigner tout le monde, pas pour torturer des ados. Quel âge avaient les plus jeunes ? Seraient-ils capables d’envoyer des gosses de douze ans à l'intérieur de ces dédales ? Cette pensée l’écoeurait totalement. Et dire que cela aurait pu être lui… il était un immune. Niels ne put ensuite s’empêcher de pouffer de rire à ce qu’elle disait, elle avait une image assez anglaise tout à coup avec le thé et lui annonçait qu’elle parlait aussi pour s’énerver contres ordinateur.

- Oh, mais bien sûr que ça compte ! Ton pauvre ordi doit encore bien s’en souvenir ! , s’exclama-t-il avant de rire sans même se forcer tellement cela était venu naturellement.

La jeune femme se mit à faire un petit peu de rangement afin de ne pas mélanger les différents instruments qu’elle avait. Lui aussi était toujours très organisé, ça ne servait à rien d’en avoir cinquante mille alors qu’ils avaient déjà servi et qu’ils pouvaient retourner à leur place pour la suite. Elle avait bien raison. Il pouvait deviner la nature de la suite rien qu’avec ce qu’elle avait sortit et il sentit une pointe d’angoisse quand il devinait qu’elle ne tarderait pas à passer à un examen dentaire, chose qui l’avait toujours fait flipper. Il se disait dans sa tête qu’il fallait relativiser, car ce n’était sans doute pas sa spécialité. Tandis qu’elle regardait ses tympans, elle ne fit aucun commentaire, ce qui signifiait que tout était ok. Il s’était senti frissonner à la fraîcheur du spéculum. Le jeune homme avait senti son cœur battre plus vite, nervosité qui se manifestait trop vite dans son corps. Il avait de nouveau posé sa main gauche sur celle de droite dans le but de la masser un petit peu afin de faire taire cette stupide angoisse enfantine. Elle passa ensuite à sa gorge en lui disant de se tourner vers elle et d’ouvrir grand la bouche, ce qu’il fit. Il remarquait qu’elle ne le faisait pas trop bouger, sans doute par pure précaution après sa crise, ce qui était appréciable de sa part. Avait-elle peur qu’il en refasse une ?

Sur le moment, il était tellement focalisé à présent dans des souvenirs de son passé qu’il ne pensait plus à l’asthme. Il ne devait pas avoir plus de sept ans et était de retour dans une de ses salles trop blanches pour lui à l’époque, la lumière de la lampe lui faisait mal aux yeux et le dentiste à côté de lui ne lui paraissait pas très sympathique ni même rassurant. Il revoyait sa mère poser sa main sur la sienne pour le rassurer. Il se rappelait encore la tendresse dans ses yeux, cette douceur qui l’avait bercé pendant toute sa vie, des prunelles d’un bleu si vif qu’il ne pouvait pas les oublier. Ces yeux bleus avaient fini par partir dans ses derniers moments, mais pourtant, sa maman aurait pour toute la vie des yeux d’un bleu unique. Après l’avoir examiné, il lui avait dit d’un air presque totalement indifférent qu’il ne sentirait rien du tout. Le petit n’avait pas compris sur le moment jusqu’au moment où ses yeux avaient captés cette grande aiguille, celle qu’il nommait « la méchante aiguille des vaccins ». Le petit avait totalement paniqué en se mettant à pleurer qu’il ne voulait pas et que tout allait très bien. Seule sa mère l’avait rassuré, le médecin lui avait été totalement agacé dans ses souvenirs et avait fini par s’y prendre assez rapidement après un petit blond traumatisé qui avait fini par lui mordre le bras avant une énième tentative. Depuis ce jour-là, il avait vraiment eu du mal et tremblait dès qu’il voyait une aiguille s’approcher de lui. Cela restait une angoisse qui le rendait mentalement presque malade. Le plus difficile avait été de dissimuler cette peur quand il avait commencé son stage dans le cabinet qui comportait aussi un cabinet dentaire dans lequel il avait d'ailleurs appris énormément. Mais un Niels de l’autre côté passait beaucoup mieux, il s’en était vite rendu compte. Rôles inversés, vêtu de sa blouse blanche, lui ne craignait rien. Il possédait une sorte d’immunité, comme dans les vieilles émissions de télé où les candidats avaient le droit à une journée où ils pouvaient être tranquilles sans penser à être éliminé.

Le blond se répétait donc qu’elle ne faisait juste que regarder, un point c’était tout. Tandis qu’elle l’examinait, il s’était mis à compter les secondes dans sa tête et il espérait sincèrement qu’elle ne lui dirait pas qu’il faudrait qu’il consulte un autre spécialiste dans ce domaine. Son cœur qui battait trop fort dans sa poitrine était bien désagréable et son corps s’était crispé, il le sentait aisément dans ses épaules. Quand elle eu enfin fini, il se rendit compte qu’il avait flippé pour rien, qu’il était franchement bien pathétique et que si elle lisait ses pensées, elle le prendrait vraiment pour un idiot sans nom. Le tout avait duré très peu de temps vu le nombre de secondes peu élevées qu’il avait pu compter. Elle avait à présent changé de jouet, si bien qu’il en fut soulagé et qu’il eut enfin l’impression de pouvoir respirer de nouveau. Il laissa une expiration le libérer de son stress malsain et lui obéit en fermant les yeux pour se concentrer sur une seule chose : ne pas éternuer. C’était bien tentant, mais il devait avouer qu’elle s’y prenait bien en évitant avec brio les parties sensibles. Heureusement le tout ici fut très rapide, mais il ne put s’empêcher d’éternuer au moment où elle lui disait que c’était parfait. Elle notait les résultats sur du papier et il fut grandement soulagé par ce qu’elle avait dit. Elle ne l'enverrait pas vers un autre spécialiste. Victoire. Elle était plutôt rapide, par rapport à l’examen pour son asthme, ce qui était bon signe. Quand on ne notait pas grand chose, c’était qu’il n’y avait rien à signaler.

Alexandra lui annonçait qu’elle allait écouter son cœur et il hocha la tête, se rendant compte qu’il n’avait pas encore parlé. L’angoisse le faisait vraiment taire, alors pour la cacher, c'était presque mission impossible dans ce genre de situations. Son regard se posa au loin sur un tapis de cardio et il la regarda alors tout en s’allongeant.

- Je ne vais pas le faire aujourd’hui n’est-ce-pas ?

Ce serait un parfait moyen de lui refiler une crise. Il se relâcha comme il le put, après un bref sursaut sous la fraîcheur du rond argenté. Il sentait toujours son rythme cardiaque un peu trop rapide qu’il ne parvenait pas à contrôler. Il était toujours comme ça, et pensait systématiquement au fait que son cœur devait se ralentir justement à ce moment précis, mais en vain. Cela le rendait encore plus nerveux de ne pas y parvenir. Elle enchaînait l’écoute des différents endroits et quand elle passa à l’endroit très précis pour écouter le foyer pulmonaire, il espérait que ce dernier se serait parfaitement calmé. Elle ne fit aucun commentaire, et avait poursuivit, mais il avait été certain de voir un petit sourire qui avait été très léger. Du soulagement probablement. Il la regardait aussi, et se rendait compte que la couleur de ses yeux en mélangeait peut-être deux, ce qui les rendaient encore plus jolis.

Elle relâcha ensuite l’instrument pour prendre son poignet tout en se débattant avec sa blouse. Cela le fit sourire tandis qu’elle la remontait alors et ses yeux clairs se posèrent aussitôt sur la montre qu’elle portait. Elle avait sans doute capté son regard là-dessus et lui disait que c’était plus simple de garder un souvenir sur soi. « Comme mon pistolet donc », se fit-il aussitôt intérieurement. Le cadran était magnifique, le gris se mêlait à la perfection avec le noir. Elle était sans doute de grande valeur. Lui aussi avait toujours sa montre à sa main gauche, montre qu’on lui avait offert à son quatorzième anniversaire.

- Magnifique bijou que tu portes. Elle te va bien, osa-t-il dire.

Puis il se tut pour ne pas ne pas encore plus fausser le résultat qu’elle lui annonça au final trop rapide en lui demandant s’il était toujours nerveux. Sans blague ? Il était certain qu’elle l’avait bien sentit précédemment alors pourquoi le lui demander confirmation ?

- Sans doute les deux, répondit-il ne voulant pas avouer sur le coup que c’était à 90 % son angoisse.

Alors qu’elle redescendait sa manche, ses yeux en premier lieu attirés par la montre s’étaient arrêtés sur un morceau de tatouage qu’il avait pu voir quand elle avait retiré sa fameuse combinaison. Fin, magnifique et élégant furent les premiers mots qui lui venaient à l’esprit. Elle s’intéressait alors à sa blessure de son ventre, entaille bien refermée et cicatrisée comme elle le faisait remarquer. Il pensait qu’elle allait s’arrêter là avec ça, mais ce ne fut pas le cas. Elle était maintenant en train de la questionner sur le médecin qui était plutôt la médecin en réalité, et il ne pouvait pas donner son nom. Que faire ? Lui dire que la personne ne lui avait pas donné son identité serait sans doute très suspect, alors il allait devoir improviser.

- J’étais dans les vapes la plupart du temps, mais.. je me souviens de l’avoir entendu me reprendre au moment où je l’appelais « Monsieur ». « Appelle moi Philip » il me disait, fit Niels.

Pourquoi avait-il dit Philip sur le coup ? Pour la simple et bonne raison qu'il avait de suite pensé à Elizabeth, celle qui l’avait en réalité sauvé et soigné, mais il ne pouvait pas décliner son identité. Alors pour brouiller les pistes, il avait d’abord changé le pain de son sauveur et en bon Anglais il savait que le prénom de Philip dans la royauté anglaise, avait été le mari d’une des reines - nommée justement Elizabeth -  qui avait le plus marqué l’histoire en raison du règne le plus long de l’histoire, battant même une autre Hélène la QUEEN plus ancienne. Il espérait que cela suffirait et qu’elle n’allait pas le faire passer sous un détecteur qui servirait à lire dans ses pensées pour lui tirer le vrai nom de sa sauveuse. Ses doigts fins se posèrent sur sa cicatrice avec lenteur.

- J’ai vraiment eu de la chance en tout cas.. je n’aurais pas pu le faire moi-même surtout que j’avais aucun anesthésiant sur moi.

Oui, rien que de bander la plaie pour éviter de perdre trop de sang avait failli le faire s’évanouir en raison de la trop forte douleur.

- Se soigner soi-même et soigner les gens est totalement différents surtout pour des choses aussi douloureuses.

Il se demandait bien si ça lui était arrivé à elle aussi dans ses voyages, mais vu sa réaction de mélancolie face au passé, la cuisiner là-dessus alors qu’il n’était pas capable de lui fournir un nom de famille, était bien trop déplacé et ridicule. Qu’allait-elle faire maintenant ? Il pensait au reste des piliers, et un le fit rosir de gêne. Il regarda ailleurs, en mobilisant ses pensées vers autre chose. Il se disait que ce fameux pistolet aurait au final pu le tuer.
 
CODAGE PAR AMIANTE

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We'd stared into the face of Death, and Death blinked first. You'd think that would make us feel brave and invincible. It didn't.”
by wiise

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MessageJeu 19 Avr - 12:48

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Lâcher prise à son contact était si simple, trop certainement. M'en méfier aurait la seule véritable option acceptable, au lieu de quoi je persistais et signais à chaque fois qu'il se montrait réceptif à mon brin d'humour. Peut-être était-ce même cette légèreté qui rendait tout cet examen moins rébarbatif. La colère que j'avais pu ressentir face à Matthew lorsqu'il m'avait annoncé que ce jeune homme serait ma croix pour les prochains mois s'était envolée, disparue plus vite que tous les derniers accès de rage qui avaient ponctué les mois précédents. Combien de fois étais-je rentrée à mon appartement en gardant sur mon visage une façade impeccable avant de jeter le masque en passant la porte ? Mes affaires s'en souvenaient encore, tout n'était que feux d'artifice idiots dans ces moments-là. Les objets s'entraînaient à flotter dans les airs avant de retomber lourdement sur le parquet, tels des confettis jetés d'un char en bout de course lors d'un carnaval trop arrosé. Un verre s'était même brisé une fois, envoyant ses éclats dans toute la pièce : je m'étais alors effondrée sur le sol, dans les débris, mes jambes n'étant plus suffisamment fortes pour porter le poids qui alourdissait mes frêles épaules. Un ange déchu. C'était tout ce que j'étais à présent que le temps et son désastre avaient emporté tout ce que je chérissais autrefois.

Les reflets du soleil filtrant à travers les carreaux avant de se réverbérer dans les bris de verre translucides me revenaient en mémoire. Ils avaient exercé leur hypnose fabuleuse pendant une bonne heure, toute une heure durant laquelle j'étais demeurée là sans esquisser le moindre mouvement, sans émettre un quelconque son. Si cela avait été possible, je pense que j'aurais même arrêté de respirer et, à vrai dire, c'est l'impression que cette pause irréelle m'avait laissée. Une apnée prolongée pour laisser mon esprit se déconnecter de mon existence, comme si pendant cette courte durée je n'avais pas vraiment existé. Cependant, je m'étais réveillée et ce retour à la réalité et tout ce qu'elle impliquait de terrible m'avait terrassée tant et si bien que depuis je refusais le lâcher prise.

Trop facile. Pire, trop naturel. Voilà ce qui m'angoissait dans nos échanges. Niels était typiquement le genre de personnes qu'on ne croisait pas au WICKED : il avait cette douceur dans le regard, cette timidité aussi au premier abord, qui le rendait bien plus abordable que n'importe lequel des scientifiques binoclards et des créateurs sadiques qui peuplaient ce bâtiment austère. Cela m'avait simplifié la tâche lors des années passées dans ce nid de vipères car, quand on ne risquait de s'attacher à personne, on réduisait le danger d'en révéler trop. Or, avec ce garçon à peine plus jeune que moi, se laisser aller à une complicité inappropriée était tentant. Serpent vicieux, ce besoin de lui accorder une chance de devenir autre chose qu'un énième employé que je finirais par toiser de haut au début, avant de ne même plus le voir dans la masse informe de ces médecins sans éthique, se faisait plus pressant à chaque fois qu'il ouvrait la bouche pour montrer un soupçon d'humanité préservée à travers sa bienveillance et sa prévenance.

Prévenante, je l'avais également été en lui répondant qu'il n'aurait pas à passer le test d'effort aujourd'hui. En raison de sa crise d'asthme, les résultats seraient faussés et je n'avais pu m'empêcher d'ajouter :

- Sans compter que j'aimerais bien que tu n'étouffes pas une seconde fois.

Comme s'il avait voulu me rendre mon sourire et ma douceur, il avait été aimable à son tour lorsqu'il avait complimenté la montre que je portais tout en se retenant sans doute de demander plus de précisions quant à ce que j'avais sous-entendu à propos de ce qu'elle représentait pour moi.

- Merci, fis-je avec un sourire sans cesser de compter les pulsations de son cœur, puis lorsque je fus arrivée au bout du décompte je lui confiai : C'était un cadeau de ma mère.

Il y a déjà cinq ans que ce bijou avait pris place à mon poignet, suite à mon obtention du permis. Au fond, ce n'était pas un évènement particulier, ni même un évènement tout court d'ailleurs ! Cet examen n'avait rien eu de complexe et je devais bien admettre qu'en Louisiane connaître le code de la route se révélait le plus souvent être théorique que pratique tant les automobilistes ne respectaient quasiment rien une fois lâchés sur le bitume. Si j'avais réussi les tests et obtenu le précieux sésame du premier coup, déverrouillant ainsi le pallier de la voiture personnelle pour me rendre au lycée, je n'attendais rien d'autre qu'une étreinte et un petit mot de félicitations glissé entre "passe-moi le beurre" et "comment s'est passé ta journée ?". Au final, je savais que cela était totalement absurde de songer que ma mère ait pu se contenter de si peu : c'était plutôt moi qui fuyais les effusions pour un rien et qui nourrissait ce désir qu'elle n'en ferait pas toute une histoire. Toutefois, avec son sourire légendaire et son excitation florissante, elle avait cru bon de marquer le coup comme si cela représentait une étape de ma future indépendance et qu'elle désirait me laisser un petit quelque chose d'elle malgré mes ailes qui se déployaient. *Elle a réussi son coup*, me dis-je en laissant mon regard se perdre une petite seconde avant de reprendre le fil de mes observations.

S'il avoua à demi-mot qu'il était nerveux lorsque je lui annonçai le résultat concernant ses pulsations cardiaques, le fait qu'il soit suffisamment sincère pour céder à l'aveu de son angoisse me plut. D'accord, je voulais bien admettre que ce n'était pas une révélation et qu'il nuançait le propos mais il avait eu le cran de ne pas démentir pour paraître plus crédible à mes yeux et à ceux du WICKED que je représentais dans cette pièce et, pour cela, il monta un peu dans mon estime. Au moins, ma méfiance pourrait être modérée quant à ses paroles concernant son ressenti même si cela resterait une expérience à réitérer pour voir jusqu'où il était capable d'aller dans l'honnêteté. L'idée d'admettre ainsi une faiblesse m'était étrangère : j'étais incapable de m'avouer si vite vaincue, j'avais besoin de garder l'ombre autour de ma silhouette pour me sentir en sécurité. C'est exactement de cette façon que vous finissiez par vous rendre compte qu'il n'y avait plus personne sur cette terre qui vous connaissait vraiment.

Désormais, tout le haut du corps de ce jeune homme était passé sous mon œil inquisiteur. Mes doigts gantés s'attardaient sur sa peau pâle, légèrement rosie autour de la marque laissée par la blessure sur son flanc. D'un mouvement léger mais en y mettant une pression suffisamment forte pour ne pas qu'il ne le perçoive comme un chatouillis désagréable, je passai mon index sur la cicatrice. Aucune résistance, la plaie devait avoir laissé peu d'adhérences dans les tissus conjonctif et musculaire qui avaient dû être atteints, laissant les organes vitaux en paix dans un quasi-miracle.

- Mmmhhh... Oui tu avais dû perdre pas mal de sang... commentai-je lorsqu'il précisa avoir été dans les vapes suite à cette vilaine blessure, tout en réfléchissant aux dommages internes provoqués par la balle.

Une grimace vînt néanmoins barrer mon visage : il m'avoua ne connaître que le prénom de son sauveur. Comment était-ce donc possible de ne pas avoir la moindre idée du nom complet de la personne qui vous avait sauvé la vie ? Cela me paraissait impensable, voire même un chouïa irrespectueux ! D'autant plus que parallèlement à son sauvetage, cet individu l'avait fait entrer dans la zone saine.

Philip... répétai-je comme je tentais de me souvenir si un employé du secteur médical pouvait porter ce prénom.

Après tout, les médecins compétents étaient rares dans les temps qui courraient et beaucoup avaient d'ores et déjà été recrutés par le WICKED. Seuls les idéalistes restaient dehors à soigner des anonymes qui pourraient vous menacer d'une arme pour un soin pas assez rapide - ou même un soin que vous seriez incapable de donner s'il s'agissait d'une infection par la Braise -, les autres préféraient bénéficier d'une certaine sécurité grâce aux moyens de l'entreprise. Chacun pour soi et Grand Isaac pour tous avait même prévalu sur le serment d’Hippocrate finalement... Vu les compétences que décrivaient Niels, il était possible qu'il fasse déjà partie du staff médical. Malheureusement, je ne prenais jamais la peine de me rappeler Des détails techniques aussi insignifiants que le nom des collègues que je ne faisais que croiser. Seuls les membres de l'équipe avec laquelle je travaillais bénéficiaient de ce privilège. Après tout, je connaissais les principaux acteurs, les Créateurs : j'en faisais partie et, pour beaucoup, nous apprécions la solitude de la lumière bleue de nos écrans de contrôle. Je m'étais même déjà demandé si ce n'était pas pour cette raison que nous avions été choisis : manque d'empathie flagrant. Dans mon cas, ils se trompaient. Si j'aimais me retrouver seule devant un clavier c'était parce que ceux qui m'entouraient ne me donnaient aucune envie de les connaître avec leur froideur et leur morale à vomir, pas parce que j'étais asociale.

- Bien dommage que tu n'en saches pas davantage laissai-je échapper. Ce genre de personnes qui osent aider les autres se fait rare...

Les doigts fins de Niels s'étaient posés à côté des miens pendant que j'avais contrôlé l'état de sa cicatrice et j'avais eu un réflexe de recul en les voyant ainsi surgir dans mon champ de vision. Je me redressai en l'écoutant commenter son sauvetage, quand je butai sur une de ses affirmations.

- Cet homme avait des anesthésiants ? lui demandai-je, perplexe et suspicieuse. C'est que ça commence à être quasiment impossible d'en trouver en dehors des organisations comme le WICKED.

Pour ne pas dire "que" via le WICKED en réalité... Bien sûr, il y avait des groupes de survivants qui se créaient et l'un d'eux semblait même prêt à en découdre, mais ce n'était qu'un projet sans aucune chance de réussite à mon sens. Trop d'argent avait été englouti dans cette entreprise, trop de moyens pour garder en sûreté cette enceinte qui faisait figure de forteresse imprenable.

- Tu as eu de la chance en tout cas, commentai-je. Mais tu sais, quand on n'a pas le choix, on peut se surprendre.

Cette affirmation n'était pas sans fondement, j'avais à l'esprit plusieurs cas où j'avais dû faire sans aide extérieure. Bien entendu, cela n'avait rien à voir avec une balle en plein abdomen mais cela ne relevait pas de l'égratignure non plus. Dans un geste guidé par les souvenirs, j'avais porté ma main à ma poitrine : sous les vêtements se cachait une cicatrice fine, une estafilade blanchie par le temps et qui se fondait sur ma peau claire. C'était le seul souvenir visible que m'avait laissé ce fondu, que m'avait laissé ma terrible erreur de jugement : les conséquences désastreuses psychologiquement étaient bien plus importantes... Je me pris à songer que si j'avais eu des connaissances médicales aussi précises que Niels, je n'aurais peut-être pas fait fausse route dans mon diagnostic hâtif à coup de "infectée à coup sûr" et Roman serait peut-être encore en vie. "Avec des si, on mettrait Paris en bouteille" disait ma mère dans la seule expression qu'elle avait gardée de mon père, fils d'une famille d'émigrés français.

Il fallait que je retrouve une tangibilité, mon regard parcourut son corps à la recherche d'une quelconque autre marque à spécifier dans le rapport dermatologique. Sa cuisse, j'avais noté quelque chose au niveau de sa cuisse : je vrillai mes yeux dessus et constatai effectivement une légère marque.

- Tu as beaucoup de blessures de ce genre ? dis-je en lui indiquant du menton cette discrète cicatrice. Dois-je considérer que tu es malchanceux et me barder de grigris vaudous quand on partira en contrôle à l'extérieur ?

Mon ton s'était fait plus léger, même si on y avait perçu un accent douloureux quand j'avais évoqué les grigris. C'était typiquement des conneries de la Nouvelle-Orléans, des conneries auxquelles les habitants ne pouvaient que finir par croire... Sans doute prendrait-il mes dires comme une nouvelle boutade et heureusement, sinon j'aurais eu le droit à la raillerie vu son esprit scientifique et je n'avais aucune envie de supporter une remarque désobligeante sur mes origines et les superstitions qui entouraient ma ville natale...

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MessageJeu 19 Avr - 13:58

Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Ne pas étouffer une seconde fois. Oui, ça serait plutôt pas mal oui. Lui non plus n’avait pas envie de replonger dans les eaux très obscures.. Il n’aurait pas la force de lutter contre les vagues qui l’engloutiraient pour le mener tout au fond de l’océan.. Ce n’était que le milieu de la journée, mais pourtant le jeune homme était épuisé. Passer d’une émotion à une autre tout en faisant tout son possible pour les dissimuler était difficile et il espérait qu’il s’y habituerait et que les autres jours ne serait pas aussi difficile que l’entretien l’avait été.

- C’est vrai. Je n’y tiens pas non plus.


Sentir sa poitrine se serrer de la sorte avait toujours été bien désagréable et s’il pouvait l’éviter, il ferait tout pour ne pas y être confronté de nouveau. À la place, il laissait la jeune femme calculer les battements de son cœur trop rapides. Au final, son angoisse était passée presque inaperçue, ce qu’il trouvait étrange, mais sans doute s’était-elle habituée. Elle avait probablement pensé qu’il était juste tendu, mais avait échoué à deviner que c’était à cause de souvenirs passés. Après ce qui venait de se passer avec son asthme, la chose était peut-être moins visible. Ou bien avait-il fait encore des progrès pour le cacher ? Vu comment ses épaules étaient tendues, le jeune homme n’avait pas très envie de se féliciter de sa performance qu’il trouvait pour une fois minable et peu convaincante. L’angoisse était sa pire ennemie. Alexandra avait baissé sa garde, et puis au moins elle ne l’avait pas questionné. Il en avait déjà assez à répondre de toute manière. Alors était-ce juste de l’ignorance ou de l’envie de le laisser respirer un peu ?

Ses yeux clairs restaient sur la belle montre, chose qui lui changeait les idées, et le sable qui s’écoulait lentement du sablier ne cessait de se déverser sur cette montre pour lui indiquer où son cerveau devait se focaliser à l’instant même. Envolé le passé, le petit Niels, sa maman et sa peur. Ses doigts de sa main gauche avaient ralenti leurs caresses sur sa main droite, il avait réussi à s’apaisait maintenant qu’elle était passée à autre chose.

- Joli cadeau. Sans doute, une grande occasion, ne put-il s’empêcher d’ajouter.

La sienne était restée quelque part dans sa pile de vêtements, car il l’avait aussi retirée, car elle était toute aussi précieuse. Après un soupir pour se détendre, il s’était senti frissonner au contact des doigts de la brunette sur sa blessure qui soulevait encore trop de questions. Dire que son prénom était si étrange.. Après avoir confirmé son dire sur sa perte de sang, il avait vu une grimace s’afficher sur son visage. Elle allait avoir un mal fou à le croire et se démêler de cette situation ne serait peut-être pas aussi aisé.

- Peut-être qu’il ne voulait pas qu’on le retrouve, rajouta Niels en estimant que cela pouvait être une bonne solution.

Après tout, ce n’était pas de sa faute s’il ne savait pas le nom entier. Elle était en train de le stresser à répéter le prénom comme si elle était en train de chercher la faille dans ce qu’il disait, mais il était impossible qu’elle ne capte que ce soit une fille. Connaissait-elle la collègue qui avait fait passer un blond saignant aux cheveux platine dans les bras d’une autre blonde ? Serait-elle assez intelligente et détective dans l'âme pour chercher à reconstituer la scène ou s'arrêterait-elle ici ? Impossible de le savoir. Niels semblait être passé dans les mailles d’un filet ordinairement bien trop serré. Il avait un mal fou à se souvenir de la suite, le tournis l’avait tellement désorienté qu’il état incapable d’en dire plus. En pleine réflexion, il n’osait pas l’interrompre de peur qu’elle ne percute en même temps qu’il avancerait un autre mensonge d’une vérité en réalité simplement déguisée, mais il devinait bien que le nom lui disait rien. Niels haussa alors les épaules, l’air désolé et embêté. Jouer la comédie jusqu’au bout, ça, c’était simple, et cela venait assez naturellement pour ce coup-là.

- Bien dommage en effet.. La plupart des gens se seraient sans doute contenté de me laisser crever là où j’étais.


Il avait eu un espèce de réflexe d’aller lui aussi toucher sa cicatrice, geste qui avait eu pour effet de faire reculer la jeune femme. Elle avait été surprise, et lui avait sentit une petite pointe de déception. Si elle avait auparavant cherché le contact de leurs mains pour le réconforter, cela ne semblait plus être le cas maintenant. Il l’avait chassé, chose qu’il n’avait pas spécialement voulue.. Il les retira lui aussi presque aussitôt, tout deux laissant cette pauvre cicatrice toute seule de nouveau.

- Beaucoup de chance , répéta Niels pensif.

Et il était évident qu’elle n’avait pas tort, il y avait eu des situations où il s’était lui-même surpris, mais beaucoup plus quand il avait été question de soigner des gens. Le regard du blond avait suivi la main de la brunette, main que ses yeux ne parvenait pas à quitter en raison de la finesse de ses doigts. Elle l’avait posé à sa poitrine, comme si elle cachait quelque chose ou qu’elle voulait contrôler les battements de son cœur à son tour. Il se sentait observé par ses yeux inquisiteurs et être en caleçon devant elle ne l’aidait pas à cacher ses blessures internes tout comme externes. Il était nu et pas que d’un point de vue extérieur. Alors ce fut sans étonnement qu’elle le questionna sur une autre entaille maintenant refermée. Combien en avait-il ? Cela devait s’arrêter là non, à part le derrière de son crâne ? Mais alors qu’il allait répondre à la question, il referma la bouche en l’entendant parler de gris-gris. Les Américains ne croyaient pas dans ce genre de bidules qui pouvaient faire peur, sauf…

- Nouvelle Orléans.., murmura t-il presque d’un chuchotement inaudible tandis qu’il avait senti le tilt.

Il avait réagi assez directement, car son cerveau avait associé cette chose aux peu de trucs qu’il connaissait sur l’Amérique par rapport à son pays natal.. Des clichés oui, mais parfois, les clichés étaient marquants et aidaient à se guider.

- J’ai une cicatrice au niveau du crâne, ici, montra le blondinet en déglutissant avec difficulté en posant ses doigts sur le côté droit arrière de sa tête. Bien sûr, la cicatrice ne soit voit que si tu fais ça, continua t-il en dégageant ses cheveux sur l’endroit précis qu’il connaissait bien. Accident de meuble donc points de suture, fit-il assez rapidement ne désirant pas s’épiloguer sur ce souvenir douloureux.

Il posa alors sa main sur sa cuisse, abandonnant la tête pour passer à autre chose. Sans doute regarderait-elle les deux choses de plus près après ses explications.

- Et ma cuisse ? Un idiot qui n’a pas su contrôler sa force en voulant planter une lame dans la main d'un ennemi. Le couteau a aisément transpercé les fins tissus de la main pour atterrir dans ma cuisse, tout simplement, avoua t-il bien plus simplement que sa blessure à la tête.

Il y avait une réelle différence entre les deux, l’une provenait d’un passé affreux et l’autre datait d’à peine quelques semaines lors de sa « petite aventure » au marché du Bliss. Forcément, il était plus facile d’en parler.

- Et puis quant au gris-gris, tu peux sans doute en prendre un histoire d’assurer tes arrières, même si ma malchance reste assez contrôlée.

Malchance ? Vite dit ! Stupidité dans les un-tiers des cas tout de même ! Il repensait à la blessure de son ventre qui en était un bel exemple ! Il n’avait pas raconté de réels faits concernant la chose, à part à leur première rencontre, d’une manière assez brève, mais suffisante pour la convaincre avec son strip-tease improvisé qu’il disait vrai.

- Donc libre à toi, mais ne flippes pas. Je t’ai déjà montré que rien ne pouvait m’arriver aussi l’autre jour sur le terrain, non ?, finit-il avec un sourire dévoilant toutes ses dents.

Il y avait des histoires dont il valait mieux en rire qu’en pleurer et toutes celles arrivées en Amérique faisaient partie de cette catégorie. Pour le reste, il n’était pas sûr d’y parvenir un jour. Les enterrer était une meilleure option, mais le vent ne cessait de souffler sur la terre qui protégeait la tombe, alors il n’était et ne serait jamais à l’abri.

 
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MessageSam 21 Avr - 4:33

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Sous les néons, l'éclat du verre était encore plus captivant. C'était bel et bien le tic-tac des aiguilles qui m'intéressait mais, même si je restai concentrée sur le rythme lent de leur avancée saccadée, l'aspect si net du métal restait une source inépuisable de contemplation. Il y avait quelques égratignures, çà et là sur le côté, sans doute laissée par une course plus rude qu'une autre, une escalade désespérée ou un mouvement trop brusque pour me dégager d'un recoin dans lequel je m'étais cachée. Loin d'être des défauts, elles montraient que cette montre avait vécu. Comme moi, elle avait traversé des plaines arides, des villes désenchantées et des ruines cruelles. Son destin n'avait pas été celui pour lequel elle avait été conçue : donner l'heure du couvre-feu à une jeune fille qui aimait sortir n'était resté sa priorité que pendant quelques mois, si peu... Remplacés par des mesures du rythme cardiaque, du laps de temps si court que nous avions pour nous échapper d'un lieu avant d'être rattrapés par les fondus que nous avions piégés aussi, ses missions avaient évolué parallèlement à ma vie qui s'était fendillée.

- Pas vraiment, lâchai-je sur un ton légèrement pensif. Mais elle devait le penser...

Même si je luttais pour ne rien laisser paraître, une dose de mélancolie filtrait dans ma voix et dans mes traits. Niels avait-il ressenti la même chose au moment où les fantômes de son passé étaient revenus le hanter un peu plus tôt ? Était-ce les reflets de ses tourments que j'avais aperçus dans ses yeux clairs ? Et les miens, les voyait-il en cet instant ? J'espérais profondément que non. Il était hors de question de paraître faible dès le premier jour où je le côtoyais, d'autant plus dans ces conditions dans lesquelles il était impératif que je réussisse à conserver une certaine distance vu notre lien hiérarchique. J'oubliais pourtant que c'était moi qui avais commencé à jouer à me brûler les ailes en ressentant toute cette foutue compassion à son égard. Non, je ne l'oubliais pas : je le reniais pour m'éviter de songer à la facilité avec laquelle je m'étais précipitée dans le danger, céder à la tentation d'être autre chose que la pâle copie de moi-même que je servais depuis des années. Au final, je me sentais un peu plus vivante ; néanmoins, ne fallait-il pas l'être pour pouvoir mourir ? Tel un amateur de sensations fortes, je m'approchai du gouffre en risquant la confidence et je n'étais pas sûre de désirer tenter le grand saut en laissant chuter ne serait-ce qu'une barrière de plus.  

Comme une métaphore de cette dissimulation que j'avais finalement choisie dans une énième tentative de protection - les habitudes ayant la peau dure -, ma montre avait disparu sous ma manche, engloutie par la blancheur immaculée du tissu blanc avant que je ne poursuives l'examen. Mon esprit occupé par la recherche de l'individu qui l'avait aidé à s'en sortir, je laissai l'analyse se faire calmement. Toute mon attention se focalisait sur cet unique raisonnement, faisant taire toutes les émotions fugaces et personnelles qui auraient pu venir entraver mon jugement. Niels, quant à lui, affichait un air décidément bien embêté par ma question. Dans un haussement d'épaules désolé, il finit par lâcher que l'homme qui l'avait aidé ne désirait peut-être pas être retrouvé : drôle de réflexion ! Instantanément, mon visage se ferma.

- Pourquoi ne voudrait-il pas qu'on le retrouve ? C'est plutôt louche... commentai-je à voix haute autant par spontanéité pure que pour tester sa réaction.

Au sein de mes pensés, les possibilités dansaient. Elles étaient aussi nombreuses que les écailles d'un serpent, seulement ici c'était moi le reptile envoûtant qui savait faire dire à quiconque ce que je désirais savoir et le peu de perplexité qu'il ressentait à l'idée de ne pas connaître l'identité de son sauveur me paraissait franchement bizarre, voire même suspecte, pour quelqu'un qui semblait aimer disposer d'un certain contrôle sur sa vie et les choses qui l'entouraient. Sans compter qu'il avait joliment ignoré ma remarque à propos des anesthésiants... En fouillant dans ma mémoire, un élément me revînt à propos de ce qu'il m'avait révélé lors de notre première rencontre et je continuai immédiatement :

- De toute manière, tu dois bien te souvenir d'où se trouve sa maison puisque tu m'as dit qu'il t'y a emmené, annonçai-je sans ciller. Tu dois donc pouvoir le retrouver et éventuellement m'y conduire !

Même si mes paroles sonnaient davantage comme une affirmation que comme une interrogation, j'étais clairement en train d'attendre une réponse de sa part. Finalement, j'allai peut-être bien résoudre la crise de l'emploi au sein du WICKED à force de parvenir à effectuer des recrutements plutôt intéressants parmi la foule de survivants qui grouillait au dehors, se protégeant dans la zone saine comme des cafards auraient choisi le lieu le plus miteux pour se reproduire. Tels étaient les humains maintenant : des insectes, pire des parasites qui tentaient de survivre quel qu'en soit le prix... Comme si une existence pouvait se voir octroyer une valeur...

Un petit soupir d'assentiment, il évoquait le déclin de l'humanité et de l'altruisme qui avait définitivement quitté le cœur de la presque totalité de la population. "Marche ou crève" aurait pu devenir un slogan...

- Les tunnels... J'avoue que je ne m'y suis jamais trop aventurée, trop peur des culs de sac qui auraient pu être fatals.

Avoir des options de sortie, toujours, c'était cela la clef de la survie ! J'espérais qu'il l'avait compris, mais j'en doutais puisqu'il avait foncé consciemment dans la gueule du loup, la seule impasse dans laquelle j'avais l'impression qu'on pénétrait pour ne plus jamais la quitter. S'il allait m'apporter des précisions concernant ses blessures, mon abus de langage superstitieux avait été suffisamment saillant pour lui clouer le bec ! Mes yeux s'étaient relevés à temps pour voir sa bouche se figer en ouverture avant de se clore sous le coup de la surprise de ma remarque, il essayait d'y mettre du sens, c'était évident. Moi qui avait espéré voir mes propos passés inaperçus, les nombreuses ombres que je voyais passer dans son regard me prouvait que je pouvais faire une croix dessus : allait-il tenter une raillerie ? Mon cœur se serra, je n'avais aucune envie de me justifier. Comme s'il l'avait senti, il se contenta d'un murmure.

- Qu’est-ce qui t’a mis sur la voie : les grigris, le vaudou ou les deux ? l’interrogeai-je avec un sourire en coin. Bien vu en tout cas, même si j'avoue que je préférerais qu'on se souvienne de ma ville à travers nos festivals que par les pratiques douteuses des sorcières du bayou ! laissai-je échapper.

Les méandres sinueux des étendues d'eaux marécageuses me revenaient en mémoire. S'y aventurer relevait toujours du défi tant tous les coins se ressemblaient et pouvaient vous faire perdre toute notion d'orientation. Les alligators y rôdaient en masse, particulièrement lors de la saison de ponte des femelles où leur agressivité pouvait vous délester d'un membre ou deux si vous tentiez de braver l'interdiction d'approcher. Le reste du temps, se promener sur les levées en soirée pouvait être sensationnel avec toutes les couleurs qui se propageaient en surface de l'eau douce mais terreuse. Le soleil couchant filtrait entre les longues lianes tombantes des arbres, filtrant à travers les feuilles pour atterrir dans nos pupilles éblouis. Suite aux premières éruptions solaires, les touristes s'étaient fait de plus en plus rares : c'était alors que j'avais découvert toute la beauté des bayous.

Quand j'étais petite, je détestai cet endroit. Les histoires d'esprits et la fête de la Saint-Jean qui voyait s'embraser tout le bayou au nord me glaçait d'effroi devant ces danses impies dont j'avais peur qu'elles appellent des démons terribles. Avec le temps, même les cimetières m'étaient devenus plus supportables. Les rites vaudous faisaient partie de la culture de ma ville natale et même si personne de ma famille n'en pratiquait, j'y accordai un certain crédit. Après tout, qui n'avait pas été témoin d'évènements inexplicables à la Nouvelle Orléans ?

Doucement, l'image des souvenirs s'effaça pour être remplacé par un Niels qui s'évertuait à retrouver le cours de son discours. Visiblement, il souhaitait être exhaustif en m'indiquant une cicatrice ancienne à l'arrière de son crâne. Trop petite pour bien pouvoir l'apercevoir, je me hissai sur la pointe des pieds, maudissant intérieurement ces fichus talons de ne pas me permettre plus de mobilité.

- Accident de meuble ? répétai-je en haussant un sourcil. Je vais pouvoir ajouter maladroit à la liste en plus de malchanceux on dirait !  

Si ma remarque s'était voulu rieuse, on ne pouvait manquer la mine fermée qu'il avait gardée durant tout son exposé à propos de cette vieille blessure. Se pouvait-elle qu'elle soit bien plus profonde que ce bref discours le suggérait ? Le contraste avec ses commentaires bien plus fournis quant à sa blessure à la cuisse tendait à confirmer mon hypothèse... Il ne disait que le strict nécessaire pour ce qu'il désirait passer sous silence et cette manie pouvait dissimuler bien des secrets, je devrais m'en méfier.

- Donc tu traînes avec des personnes qui en poignardent d'autres ? lui demandai-je d'une voix lente en affichant un petit air suspicieux.

Je m'étais légèrement penchée en avant, posant une main sur sa cuisse pour examiner la cicatrice de plus près.

- Les tests pour l'hépatite et le SIDA seront utiles puisque tu dis que le couteau a transpercé une autre personne avant toi... Et je suppose que cet "ennemi" ne t'a pas filé son bilan sanguin donc y a un risque même s'il est faible, commentai-je à voix haute en retirant mes mains de sa peau.

Me rendant compte que je n'avais pas été très délicate en étalant ainsi des faits qui pouvaient être assez angoissants, je tentai de me rattraper :

- Mais ne t'en fais pas, ça reste peu probable. Détourner la conversation restait ma meilleure option : D'ailleurs, il s'était passé quoi pour que tu te retrouves dans une telle situation ?

Je posai trop de questions, à nouveau. La première fois cela s'était horriblement mal fini... Je préférai donc rebondir sur sa remarque et son sourire parfait qui, il faut bien le reconnaître, le rendait encore plus naturel bien que je sentais qu'il fut légèrement forcé.

- Je dois encore en avoir un ou deux chez moi, on ne se débarrasse pas de telles amulettes ! ris-je tout en me souvenant parfaitement qu'il me restait celle que notre mère m'avait offerte et dont mon frère avait la jumelle. Parce que tu vois j'ai comme un doute sur le fait que ta malchance soit "contrôlée" ou que tu ne risques rien sur le terrain : tu as vagabondé pendant un an seulement et tu as déjà réussi à te faire tirer dessus et te faire planter un couteau... J'ai passé presque deux ans à parcourir les États du sud au nord, sans jamais morfler autant alors que c'était pas gagné d'avance !

Moi aussi je lui souriais à présent, un sourire malicieux mais également très doux. Je tombai dans une spontanéité qui ne cessait de me surprendre tant elle était aisée, peut-être aussi parce qu'il n'avait pas critiqué l'évocation des grigris ou osé évoquer davantage le manque de sérieux de telles pratiques si insensées aux yeux des non-initiés. Il se contentait d'écouter et de respecter... Il pourrait réellement faire un fichtrement bon médecin, même s'il ne serait pour l'instant qu'auxiliaire et bénéficierait d'une formation plus pointue au cours des prochaines semaines et mois. Cette perspective de le côtoyer encore longtemps me réchauffa, sentiment idiot que je m'interdisais de ressentir pour quiconque.  

- Tu peux te baisser ? lui demandai-je en faisant le tour de la table pour me placer du côté de la blessure qu'il m'avait indiquée avoir eu à la tête.

Comme il me l'avait indiquée, je la repérai en tâtant un peu de mes doigts fins et gantés les reliefs de sa peau sous ses cheveux platine. Puis, j'écartai les mèches délicatement afin de ne pas en tirer une par inadvertance.

- C'est tout de même une sacrée cicatrice... Ça avait l'air profond...  Tu t'es fait cela à quel âge ? Tu as dû être sacrément sonné sur le coup... Y avait un traumatisme crânien associé à la plaie superficielle ?

Décidément, je n'arrivais donc pas à la fermer... N'avais-je pas retenu la leçon selon laquelle j'avais provoqué un premier cataclysme à force de le pousser dans ses retranchements et que le flot d'interrogations que je déversai sur sa fine silhouette était exactement ce qui risquait de provoquer un nouvel effondrement auquel je ne saurais réagir ? Pourtant, la rapidité avec laquelle Niels avait balayé cet antécédent avait tant dénoté que ma curiosité toujours alerte m'avait poussée à la faute...

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MessageSam 21 Avr - 19:30

Niels
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Pas vraiment, disait-elle. Pourquoi donc ? La jeune femme attisait maintenant sa curiosité alors qu’il hésitait toujours à lui demander pourquoi. Qu’elle lui pose des questions semblait normal, mais l’inverse ne l’était pas pour lui, chose assez dérangeante. Son ton avait été bien pensif, ce qui laissait déjà deviner un grain de profonde mélancolique qu’elle désirait enfouir. Le passé. Toujours ce maudit passé qui tourmentait les êtres humains qui désiraient pourtant y échapper.. Le temps semblait s’être figé dans les années précédentes, comme si notre cerveau refusait de poursuivre le cours d’un chemin si peu certain. Si la montre d’Alex lui aurait révélé des aiguilles qui se seraient stoppés, le jeune homme n’aurait pas été surpris, le bijou aurait encore plus été le fruit d’un précieux passé plutôt qu’une chose périmée qui se forçait à s’adapter au nouveau temps si incertain dans lequel ils vivaient.

- Je vois.

« Elle » Sa mère sans aucun doute, ou alors une soeur. Cela devait lui faire autant de mal qu’à lui de se replonger dans ces images et curieusement il ne désirait pas lui faire subir ce qu’il avait vécu pendant son entretien quand il avait été forcé à repenser à ses parents. Trop douloureux, et même si il ne cessait de se répéter que c’était un monstre du WICKED, le jeune homme ne parvenait pas à se résoudre de prendre le rôle du monstre en lui plantant des lames dans le corps. Il refusait d’endosser ce rôle de bourreau. Ce n’était pas lui et ce ne serait jamais lui.

- Moi aussi, j’en ai une, avoua t-il pour détourner la conversation du passé d'Alex sentant que ce serait difficile pour elle d’en dire d’avantage.

Ne pas la forcer, ne pas la pousser comme elle le faisait avec lui d’une manière tout de même à la fois différente et semblable à Matthew. Il était trop bon, trop con sans doute, trop naïf, chose qui revenait tellement trop souvent.. Mais il était comme ça. Il n’était pas stupide, les traits de la brunette ressemblaient maintenant aux siens, tirés par cette mélancolie qui vous donnait cette espèce de goût amer dans la bouche et cette sensation de profonde lourdeur dans le corps qu’on préférait éviter. Mais elle était trop forte, elle était capable de vous faire questionner sur vous-même et sur les choses du passé pendant des heures. Niels ne percevait pas cela comme de la faiblesse, mais plutôt comme de la force. Ne pas oublier d’où l’on venait était une part de la vie humaine qui restait bien difficile à effacer. On ne pouvait pas se contenter de prendre un chiffon sec afin de retirer toutes les lettres blanches du tableau. Il fallait l’humidifier avant de retirer toutes les traces de craie parasites, et dans un monde d’apocalypse, l’être humain avait oublié de mouiller le chiffon. Peut-être que c’était une volonté. Ne pas le mouiller pour laisser un contour un peu vague en disant que les lettres étaient parties, servaient à faire croire au monde entier qu’on était libre alors que ce n’était pas le cas. Il devinait bien son sang qui s’était à la fois glacé sous la tristesse et réchauffé grâce à la familiarité des souvenirs. Ca lui arrivait souvent, mais pour Alexandra rien n’était certain, car elle paraissait elle-même avoir du mal à comprendre le phénomène. Après, peut-être que ce n’était qu’une impression et qu’il se trompait sur toute la ligne.

Quand elle en vint au sujet de l’homme, sa réaction embêtée et désolée ne semblait pas la satisfaire, au contraire cela lui avait mit la puce à l’oreille. Il l’avait senti à cause de la spontanéité de la jeune femme. Pourquoi ? Oui, c’était plutôt curieux, louche, étrange, malsain même non ?

- Je ne sais pas Alex, mais le monde est étrange et les gens dehors veulent cacher des parts d’eux, et sa part à lui, je n’ai pas su en venir au bout, je ne pouvais pas à ce moment-là, je n’avais pas la force et j’étais dans les vapes après à cause des anesthésiants, enfin, je ne sais pas si je peux nommer ça comme ça, car ça n'en était pas vraiment. Sans doute des vieux trucs mélangés à d’autres trucs. Déjà que les vrais ont un effet un peu carrément spécial sur moi, on va dire, alors ça.. je ne saurais te dire, avoua t-il en venant enfin à la question qu’il avait un peu passé sur le coup.

Il avait sans doute eu besoin de réfléchir et son cerveau avait fait une espèce de bond pour le faire retomber quelques mètres après, telle une personne qui souhaitait se téléporter, mais qui avait loupé son coup en atterrissant cent mètres plus loin que ce qu’il devait. Soit il se téléportait de nouveau pour arriver à la bonne destination même pas une seconde après, soit il faisait l’effort de marcher, ce qui lui prenait donc plusieurs secondes. Niels avait fait ce choix-là. Les anesthésiants là-bas avaient, en effet, été étranges, ils dataient sans doute, mais ils avaient fonctionné, alors il en avait été soulagé et il savait maintenant que le Bras Droit parvenait à se débrouiller d’une manière ou d’une autre, mais ce genre de produits restait pour les urgences et pas pour n’importe qui. En somme, il avait eu de la chance que la jeune homme en use sur lui. Sans doute, avait-elle eu de la compassion pour sa souffrance. Lui extirper cette balle et le recoudre à mains nues aurait été la mort. Une mort dont il se serait remis évidemment, mais sur le moment, cela aurait été bien l’enfer. Mais le pire arriva, car Alex ne semblait pas vouloir se défaire de ce mec inventé par ses petits soins. Elle désirait le retrouver directement à sa maison et il sut qu’il allait encore devoir inventer. La faire espérer un peu pour ne pas attiser trop vite le soupçon comme il l’avait déjà fait.

- Peut-être.. si je me souviens.. c’est flou Alex.. Peut-être qu’en me forçant à me rappeler d’images qui ne cessent de danser, peut-être que je pourrais m’en souvenir, mais sur le coup ça ne vient pas, comme si une part d’un moment ne figurait pas dans ma tête.., fit-il avec une lenteur calculée.

C’était vrai d’ailleurs, il était bien incapable de se souvenir de l’aller, alors ce n’était pas un mensonge en soit, mais ce qu’il oubliait de lui dire était qu’il y était retourné bien des fois et que le QG du Bras Droit était même l’endroit dans lequel il s’était réveillé ce matin. Cependant, les choses qu’elle ignorait ne pouvaient pas blesser. Un soupir. Sans doute une affirmation de ce qu’il avait dit sur ce monde devenu terrible. La jeune femme évoquait maintenant les tunnels en lui avouant même une bribe de son passé. Le « je » était puissant à ce moment-là et il ressentait une drôle de sensation comme s’il se sentait privilégié de pouvoir obtenir ce genre d’informations venant d’elle, de sa vie. Les culs de sacs étaient, en effet, bien fatals, il l’avait bien vu quand il s’était fait tirer dessus, et même lors de son entaille au genou. Très mauvaise idée les chemins sans issue. La victoire elle aussi semblait s’effacer pour laisser place à une énorme défaite dont personne ne pouvait se défaire.  

La surprise était ensuite arrivée, il l’avait vu rien que par sa bouche qui s’était entrouverte. Oui, Niels avait sans doute été plus rapide qu’elle ne l’aurait imaginé et il ne put s’empêcher de sourire.

- Le mélange des deux, même si le premier mot qui est sorti de ma bouche était gris-gris, mais je le trouve amusant à prononcer, sourit-il alors que la réflexion d’Alex venait de lui mettre de grandes images de carnavals à l’américaine dans sa tête. J’ai jamais vu de carnavals, mais dans les anciens films, je me fais une image de rêve et de folie mélangé à la folie des pratiques.

Oui, c’était la vérité et ces gens savaient s’éclater tout en plongeant leur ville dans un profond mystère à la fois bien flippant et fascinant.

- Bien plus folklo que mes réceptions de famille à s’ennuyer à mourir, acheva t-il.

Celles-ci avaient été, en effet, très ennuyantes, ce n’était franchement pas sa tasse de thé. C’étaient les parfaits moments où les gens s’intéressaient trop à lui, et il détestait être le centre de leur attention. Alexandra replongeait dans son passé et il se demandait pourquoi la jeune femme s’exposait de la sorte d’un seul coup. Se sentait-elle en confiance avec lui ? Pourquoi donc ? Qu’avait-il fait de spécial ? Il n’avait même pas eu à la cuisiner ardemment pour obtenir cela, mais il en était satisfait, honoré même de savoir tout ces légers détails qu’il assemblait petit à petit pour dessiner une autre Alexandra dure comme du fer. Se rendait-elle compte qu’elle paraissait bien moins détestable quand elle lui parlait de tout ça ?

En tous les cas, la brume de la merveille de ce genre de souvenir s’effaça pour laisser place aux gros nuages noirs de sa vie à lui. La brise légère ce petit brouillard du matin s’étaient vite transformés en un temps étrange, celui qui précédait un orage et qui annonçait une violente tempête qui se préparait.. Le meuble.. un accident bien fatal qui aurait pu sonner comme « volontaire » vu qu’il avait été poussé. Son erreur avait été d’en parler trop vite, ce qui avait eu pour effet de faire piquer la curiosité de la brune. De la malchance aussi.. un moment bien tragique oui et il n’avait aucune envie de replonger dans cette partie de sa vie, alors il ignora la première remarque en passant au-dessus, tandis que ses dents mordaient lentement l’intérieur de ses joues. Elle avait tenté de faire de l’humour, il aurait bien voulu que ça passe, mais le goût amer sous sa langue s’était renforcé tout comme la boule dans sa gorge. Le coup du couteau suivit tout comme ses fréquentations bien étranges.

- Et bien, on peut dire que je suis tombé sur des gens imprévisibles sans même que je le veuille au cours de mon voyage oui, fit-il.

Il n’allait pas lui dire qu’il adorait tomber sur ce genre de malade qui poignardait des gens, car en réalité, il détestait ça, mais il n’avait pas le choix. Voler pour survivre, mais la notion du vol au sein du WICKED devait être banni de son vocabulaire, car ici, il ne fallait pas prononcer ce mot « pas magique » qui était même plutôt extrêmement sensible. L’hypothèse qu’elle avançait alors avec le sang et le sida le fit bien flipper, il n’y avait même pas pensé sur le coup en raison de l’entaille. Quel imbécile ! Son sang s'était immédiatement glacé dans ses veines tandis qu’elle le rassurait aussitôt, ayant senti sa raideur. Peu probable..

- Il.. faudra vérifier ça oui, annonça t-il d’une voix pâteuse, terrifié à l’idée que cela puisse arriver. Et pourquoi ? Et bien, j'étais dans une rue, j'avais trouvé de quoi manger et trois mecs m'ont poursuivi et ont voulu m'attaquer, j'étais pris au piège, un autre mec est arrivé, mon couteau était tombé au sol, le mec l'a récupéré et la planté dans la cuisse du mec pendant qu'il tentait d'escalader le mur que j'étais déjà en train d'escalader afin de fuir de l'autre côté. Seul moyen de lui faire lâcher prise sur ma cheville qu'il tenait a été le couteau. Le type qui m'a sauvé n'a pas vraiment réfléchi, raconta t-il alors en mentant sans problème vu que la vraie version était quasi similaire, sauf que la nourriture était plutôt du.. Bliss.

Le comble pour un immune serait bien d’être ravagé par une autre maladie ! Ce serait complètement insensé, mais au moins, cela faisait bien longtemps qu’un remède pour le sida avait été trouvé. Les anciennes générations avaient bien galéré et étaient restées des années sous interrogation et sans réponse, mais aujourd’hui, c’était différent, ils avaient la réponse. Mais pouvait-il être certain que le WICKED possédait le remède ? Alors comme si elle sentait que ce n’était pas grave, la jeune femme passa à autre chose, en parlant encore une fois d’elle. Elle n’avait jamais autant morflé que lui, ce qui n’était pas chose compliquée vu sa maladresse et malchance qu’elle avait souligné.

- Tu as donc passé deux ans à voyager, dit-il alors surpris qu’elle lui donne ce genre d’infos qu’elle n’avait pas été prête à lui partager auparavant.

Lui demander avec qui semblait aussi une sale idée, alors il n’allait pas le faire.

- Et ensuite, tu es arrivée ici, au WICKED.

Était ce son but premier ? Deux ans pour trouver le WICKED semblaient bien trop gros. Alors elle avait dû avoir tout plein d’aventures sans doute douloureuses. Il était aussi curieux à la mention des amulettes et comme s’il pressentait qu’en parler plutôt que du voyage était mieux, il enchaîna :

- Des amulettes.. j’en ai jamais vu de mes propres yeux en vrais, à quoi ça ressemble ?, demanda t-il en espérant secrètement qu’elle en ramènerait une pour lui montrer en toute confidentialité vu qu’il se doutait bien que ce serait étrange.

Très doucement, le jeune homme se baissa afin qu’elle puisse contrôler sa blessure. Il frisonna au contact de ses doigts en profitant du silence qui n’allait pas tarder à etre rompu par des questions. Pas manqué ! À quel age avait-il eu ça ? Allait-elle faire le lien avec ce qu’il avait dit sur son "silence" ?

- Quinze ans, dit Niels qui trouvait la force, il ne savait où de le dire.

Sans doute, la force venait de ses aveux à elle, oui, c’était bien possible comme si la chose était bien contagieuse..

- Aucun traumatisme sur les radios, donc rien à signaler. C’est du passé et ça n’aura aucune incidence dans mon futur, trancha t-il assez rapidement.

Il soupira et la regarda dans les yeux.

- J’étais sonné, mais ma malchance a parlé comme on pourrait le dire.

Il se forçait à ne pas se mordre la lèvre tandis qu’elle semblait le regarder très attentivement comme si elle guettait la moindre réaction de sa part de peur de déclencher une tempête.

- Mes blessures vont bien Alex, que ce soit ici comme la cuisse. On peut passer à autre chose ?, demanda t-il en ne cachant cette fois-ci sa volonté de ne pas s’étaler là-dessus.

C’était inutile, ça le l’avancerait à rien de le faire replonger dans un passé trop douloureux et quitte à ce qu'elle lui demande pourquoi, il assumerait et lui dirait qu'il ne souhaiterait pas en parler. Quel était donc la suite des choses à présent ? Il avait totalement perdu le fil conducteur des piliers, trop perturbé par cette blessure à la tête et du contact de ses doigts fins qui lui provoquait ce genre de fraîcheur ainsi que des frissons tout le long de sa colonne vertébrale. Sacrément sonné oui, et sacrément si près de la mort aussi.. alors il désirait faire taire cela et son visage arborait maintenant cet air fermé qu’il tentait d’évaporer par un énième soupir pour lui montrer qu’il désirait relaxer son corps et ne pas plonger de nouveau dans les ténèbres.

 
CODAGE PAR AMIANTE

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We'd stared into the face of Death, and Death blinked first. You'd think that would make us feel brave and invincible. It didn't.”
by wiise

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MessageDim 22 Avr - 3:19

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Dans l'air, le parfum d'une certaine retenue flottait. Tout paraissait plus lent à présent que c'était moi qui me perdait dans la contemplation d'un passé qui plus jamais ne serait, comme si l'étincelle flamboyante de l'âtre venait de s'éteindre pour nous plonger dans l'obscurité de plomb d'une nuit sans étoile. Je n'étais pas triste, du moins pas comme on aurait pu le songer au regard de la mélancolie qui faisait jouer ses ombres dans mes prunelles. Le passé apportait avec lui ce malaise insidieux mais ne plantait pas sa lame cruelle dans mon cœur à la dérive, peut-être parce qu'il s'agissait là de ma mère et non de mon frère. Aussi incompréhensible que cela aurait pu paraître, sa mort m'était moins douloureuse que celle de Roman alors même que j'en étais directement responsable : l'arme avait été dans ma main, les suppliques sur ses lèvres m'avaient été destinées avant que la pression sur la détente ne fasse exploser le son sec du canon, son sang avait éclaboussé mon visage... J'avais été choquée, mais pas triste. Peut-être parce que c'était la seule option. Peut-être aussi parce que je n'avais pas eu le droit de m'effondrer, parce que je devais à tout prix reprendre les choses en main : parce que j'avais quelqu'un qui sur qui veiller.

Toujours être forte. Toujours et quoi qu'il advienne.

Niels était resté distant suite à mes paroles, comme s'il craignait de mettre les pieds dans le plat et de provoquer le déclenchement d'une tempête. Comment pouvait-il ne serait-ce que craindre que je sois comme lui ? Mon caractère bien trempé aurait dû le mettre sur la voie, je maîtrisais mes émotions et, même dans les moments où une douleur intense me saisissait lors des réminiscences de mon passé, je savais encaisser. Serrer les dents était devenu une seconde nature. Rien ne servait de s'apitoyer : culpabiliser oui, pleurer certainement pas.

- Aussi un souvenir je suppose, dis-je en décidant de laisser filer ce vague à l'âme. Elle termina d'une voix où perçait une lueur de douceur : Au moins, on a de quoi ne jamais oublier.

Un sourire avait traversé mon visage à ces paroles, je choisissais de voir le verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide. En parallèle, les remparts pouvaient se rebâtir avant que mon esprit ne se reposte le long des meurtrières pour observer les alentours et guetter un nouvel éclaireur qui précèderait la tentation de céder du terrain une fois encore... Je n'aurais même pas dû envisager d'en révéler davantage, cependant au fur et à mesure que le temps passé en sa compagnie s'allongeait je me rendais à l'évidence : cela serait inévitable. Alors, plutôt que de renier cet état de faits, j'en arrivais à la conclusion que mieux valait quelques échos de la véritable Alex plutôt que des reflets incontrôlés qui pourraient me piéger. C'était un peu comme avec Matthew, on savait tous les deux que nous n'étions pas fait l'un pour l'autre mais on adorait jouer bêtement tels un chat et une souris - même si nous en assumions l'interprétation à tour de rôle - : une complicité tantôt carrément lourde tantôt apaisante malgré le risque qu'elle représentait. La saveur était différente avec Niels, mais tout aussi dangereuse.

Un poison. Tout était poison dans notre monde, ce qui comptait ce n'était pas la substance que nous ingérions, seulement la quantité : mes lèvres pouvaient donc succomber, goûter la dose interdite de confidences tant qu'elle restait suffisamment légère pour ne pas m'être mortelle.

L'examen s'était poursuivi et avec lui l'idée d'un nouveau recrutement qui m'avait conduit à le questionner quant à son sauveur. Néanmoins, plus mes interrogations fusaient et plus j'avais le sentiment qu'il se perdait en justifications.

- Tu sais, c'est pas depuis hier que les gens sont étranges et qu'ils cherchent à dissimuler qui ils sont réellement, d'ailleurs toi tu es vraiment celui que tu as servi à l'entretien ? osai-je avec un sourire en coin en repensant à cette image impeccable qu'il nous avait proposée lors de ses longs discours d'une précision chirurgicale.Si Matthew en avait été séduit, cela m'avait plutôt donné à penser qu'il avait une superbe façade qui s'était craquelée à plusieurs reprises depuis : Je suppose que maintenant c'est une question de survie pour certains de se cacher et c'est peut-être le cas de ce bienfaiteur...

Rester suffisamment distante, l'air de rien pour pouvoir mieux évaluer sa réaction, était très aisé. Celle qui suivit me surprit d'ailleurs au plus haut point tant elle défiait complètement ma logique : comment ne pouvait-il pas se souvenir de l'endroit où l'avait conduit cet homme ? En effet, je pouvais tout à fait comprendre que l'arrivée dans sa demeure soit restée un mystère pour Niels, sa blessure ayant sans doute eu raison de sa conscience. Toutefois, il avait bien dû repartir de ce lieu une fois soigné et ayant repris un peu de poil de la bête ! Cela m'aurait étonnée que cet homme le jette à la rue sans s'assurer qu'il avait suffisamment récupéré après avoir utilisé sur lui des produits assez rares, même s'il affirmait qu'ils avaient été coupés avec d'autres substances plus suspectes. J'allai avoir besoin d'explications afin de mieux saisir les faits et m'éviter de sombrer dans des hypothèses qui mettraient définitivement en jeu la crédibilité de ma nouvelle recrue.

- Mmmhhh... fis-je en réfléchissant à la meilleure manière de formuler mes doutes. C'est logique que tu ne te souviennes pas comment tu y es arrivé mais... quand tu es reparti après qu'il t'ait remis sur pieds, tu as bien du voir où tu étais, non ?

D'instinct, j'avais utilisé la même lenteur que lui en prononçant cette tirade en y glissant la pointe d'une question plus tranchante. Chacun des mots était resté fixé un instant sur le bout de mes lèvres avant que je ne les lui expédie dans une tirade où il pouvait percevoir ma perplexité, mon scepticisme surtout. Si j'aurais été incapable de dire exactement de quoi je le soupçonnais - si ce n'est de dissimuler volontairement des informations à propos de cet homme -, j'étais bien décidée à tirer cette histoire au clair car déjà mon esprit s'activait à la recherche d'autres éléments étranges dans les précédentes attitudes et découvertes à propos de Niels. Malheureusement, le puzzle n'était pas glorieux vu les cachoteries à propos des armes. J'étais parfaitement en droit d'être méfiante, le réalisait-il ?

L'ambiance était heureusement retombée par la suite, lorsqu'il avait eu l'occasion de me prouver la vitesse à laquelle il était capable d'effectuer d'habiles déductions.

- Les grigris amusants à prononcer et deux fois le mot folie dans la même phrase... Tu n'as pas peur des représailles toi ! ris-je avec un franc sourire. Je continuai, toujours aussi enthousiaste de parler de cette partie de mon passé, avant de ne pouvoir contrôler un accès de mélancolie sur la fin en réalisant mon erreur : N'ose jamais dire ça devant une des reines du vaudou ou crois-moi que tu ne te lèveras plus le lendemain ! Même si je pense qu'à l'heure actuelle, c'est elles qui ne se lèvent plus...

La réputation de la Nouvelle-Orléans n'était plus à faire et visiblement Niels en avait la même image artificielle que la plupart des touristes qui y avaient défilé durant toute mon enfance. Eux y venaient soit pour la fête, soit pour le frisson. Beaucoup en repartaient avec des itinéraires ridicules du type "ghost travel" en tête, ayant approché une culture sans chercher à la comprendre. Ce qui comptait, c'était le sensationnel et les photographies idiotes du cimetière Saint Louis qu'ils pourraient montrer à leurs amis une fois de retour dans leurs banales provinces, pas la véritable portée de tous les rituels qui s'y effectuaient à la nuit tombée...

- Folklo est pas vraiment le mot que j'aurais utilisé, lui rétorquai-je sur un petit ton amusé, Mais là-bas, on savait faire la fête comme nulle part.

Ma voix s'était faite chantante, comme à chaque fois que j'évoquais les rires et les danses qui peuplaient les rues et envahissaient les corps des badauds à chaque festival. Il n'y avait pas d'heure alors pour s'abandonner aux plaisirs faciles de la musique qui s'infiltrait dans votre chair et vous ensorcelait jusqu'au bout de la nuit. Vous vous déhanchiez sur des rythmes de blues et de jazz, vous acclamiez les groupes et vous collectionniez les colliers pour prouver votre débauche. A l'époque, j'étais encore trop jeune pour avoir réellement pu savourer tous les délices du laisser-aller de ces évènements particuliers... Toutefois, lors de ma dernière année de répit avant que la Braise vienne faire entrer même les plus grandes prêtresses dans leur mausolée pour l'éternité ou ne leur ordonne de rejoindre les zombies qu'elles pensaient pouvoir créer, j'avais eu le bonheur succinct de me façonner une mémoire réaliste de ce qu'était la vie dans ma ville natale. J'aurais simplement voulu être autorisée à l'apprécier plus longtemps que l'arrivée du virus ne me l'avait permis.

Si je l'avais mis mal à l'aise avec la suite de l'examen, il n'en dit rien. Une crispation parcourut son corps à la mention des deux pathologies virales auxquelles il avait pu être exposé. J'évitai simplement de renchérir, laissant passer le doute que j'avais involontairement insinué dans son esprit en l'inquiétant à propos de ces maladies si rares que cela m'aurait beaucoup étonné qu'il puisse les avoir contractées. Plus que tout, je me maudissais de ne pas être parvenue à garder pour moi ces réflexions angoissantes. Avec une certaine maîtrise, il ne commenta guère plus, même si j'avais parfaitement repéré l'hésitation dans sa voix lorsqu'il avait confirmé qu'une vérification s'imposait. Il se contenta ensuite de réagir posément aux précisions que j'avais demandées à propos de ses différentes blessures. Son aventure qui lui avait valu ce coup de poignard n'avait pas été bien différente de celle que j'avais vécue avec Roman, même si alors aucun d'entre nous deux n'avaient été sérieusement blessé. Un type était mort, mais ce n'était que de la légitime défense. Son regard vitreux restait pourtant bien présent dans ma mémoire, de même que celui de ma mère : deux victimes directes de mes décisions radicales. *Elles étaient nécessaires*, me répétai-je souvent pour chasser les reproches et la culpabilité qui grignotait mon âme.

- Tu as le chic pour trouver des bienfaiteurs particuliers, commençai-je d'une voix énigmatique. Entre ceux qui ne te disent pas leur nom et ceux qui t'aident en te blessant !  

D'accord, j'avais clairement été entre le soupir et le rire pour cette boutade. Devais-je le considérer comme désespérant ou juste admettre qu'il avait une poisse formidablement drôle vu de l'extérieur ? L'histoire de la malchance et la maladresse m'avait ensuite échappée, tant et si bien qu'il avait relevé mes dires à propos de mes années de vagabondage. A nouveau, tout s'enchaînait avec un naturel flagrant avec lui : Niels avait cette faculté d'être à l'écoute des autres, ce qui créait cette ambiance confortable qui vous invitait à la détente. Loin d'opter pour mon style inquisiteur, ses reprises de mes dires me poussaient pourtant tout autant à glisser plus loin dans mes révélations à propos de ce que j'avais vécu et des difficultés qui avaient ponctué mon voyage.

Prise dans un tourbillon, l'envie de me laisser emporter par le courant était forte : lui en dire davantage aurait finalement été simple et sans réel risque tant j'avais déjà eu à raconter cette histoire des dizaines de fois après avoir été accueillie par le WICKED. Parfois, je me prenais même à tenter de distinguer le vrai du faux, tant les années de mensonges ou de vérités approximatives avaient fini par gommer la frontière entre mes arrangements et la réalité. Avec lui, j'avais envie de céder mais pas en lui servant une pâle copie de ce qui était vraiment advenu de moi dans ces terres arides. Désir impossible, je ne pourrais m'y résoudre. Jamais.

Sans doute avait-il perçu mon intention d'esquiver car il reprit en s'attardant sur les amulettes. Je baissai légèrement les yeux en souriant, le malaise disparaissait et il n'aurait pu savoir à quel point je lui en étais reconnaissant. Relevant le visage vers lui, je tentai d'une mine sur laquelle la malice avait remplacé l'embarras :

- Quoi ? Vous n'avez pas d'amulettes en Angleterre ? raillai-je gentiment pour le taquiner, il était de notoriété publique que les Anglais n'étaient pas ce genre de superstitieux. Tu auras l'occasion d'en voir une vu que je compte bien mettre toutes les chances de mon côté pour ne pas me faire tuer dès notre première mission à l'extérieur maintenant que tu ne peux plus me cacher que tu es un aimant à situations périlleuses !

Je n'étais pas une bonne personne, définitivement. Avec sa bienveillance, Niels m'avait épargné un silence froid et austère lorsque j'avais bloqué à poursuivre mes confidences alors que je n'avais aucun scrupule à continuer à le harceler à chaque nouvelle curiosité qui m'interpelait. Si je me promettais de ne jamais rien regretter, les sonorités raides qu'avaient pris sa voix m'indiquaient que j'avais touché une corde sensible. A croire que j'avais le chic pour raviver des souvenirs douloureux... Je m'en voulus, je n'aurais pas du mais je m'en voulus...

*Quinze ans...* L'information résonna dans mon esprit comme un écho. Il avait déjà évoqué cet âge, j'en aurais mis ma main à couper... Les rouages de mes réflexions se tordaient dans le dédale d'une machinerie rodée. Peu à peu, tous nos échanges se retrouvaient passer au crible. Les crises d'asthme, le silence... Les liens se créaient, les pièces trouvaient leur place dans l'immense puzzle qu'il représentait. L'asthme qui avait redoublé et le mutisme, voilà ce qu'il avait évoqué plus tôt concernant ces quinze printemps. Seulement, il avait également évoqué cette même période de silence en parlant de son père. Tout à coup, l'idée que cette blessure ne soit pas le simple impact d'un meuble sur le crâne d'un adolescent trop gauche naquit, cruelle et déstabilisante. Que lui était-il réellement arrivé bon sang ?

Il avait poursuivi, parlant vite comme pour évacuer le problème le plus rapidement possible.

- D'accord, lui répondis-je en décidant de continuer à lui accorder ce répit comme je l'avais fait précédemment en ne poursuivant pas l'interrogatoire plus loin. Tu as raison, laissons cela au passé.

Sans que je ne le veuille, mon expression s'était adoucie. Une envie de veiller à ne pas le brusquer c'était emparée de moi, comme lorsqu'il m'avait parlé de la raison pour laquelle il n'avait pas su se séparer des armes pour pénétrer dans l'enceinte du WICKED. Son père... Tout était possible à vrai dire... Habituellement, j'aurais échafauder mille explications plausibles au lieu de quoi je n'en fis rien et me contentai d'espérer que, comme je le lui avais proposé tout à l'heure, il finirait par venir me trouver de lui-même pour m'en dire plus. Se délestant d'un poids qu'il était incapable de porter seul.

- Bon bon, on en était où... dis-je en me reculant d'un pas en réfléchissant à la suite de notre fabuleux itinéraire médical.

D'un geste ample, j'avais attrapé la plaquette afin de cocher sur le schéma sommaire d'un corps asexué qui était proposé sur le feuillet les différentes marques recensées. Quelques croix et autres indications supplémentaires plus tard, je contrôlai quel serait le prochain examen sur lequel je devrais m'attarder et autant dire que je ne fus pas déçue du voyage ! Si j'allai devoir éviter les palpations stomacales vu sa plaie récente, cela signifiait surtout que j'allai devoir sauter cette partie pour m'attaquer directement au plus gênant. Depuis le début de cette visite médicale improvisée, je n'avais absolument pas songé à ce pilier ! Et merde... Ma lèvre pincée entre mes dents fut la première expression de ma gêne dissimulée.

Ayant remarqué qu'il s'était refermé comme une huître suite à mon indélicatesse et la souffrance qu'elle semblait avoir réveillé en son cœur, je décidai d'user de la même méthode que précédemment : après tout, elle avait été validée et approuvée pour lui comme pour moi ! Si elle avait fonctionné une fois, j'aurais été bien bête de ne pas remettre le couvert !

- On en arrive donc au toucher rectal... fis-je sur un ton on ne peut plus grave, avant de vriller mon regard où brillait une étincelle espiègle.

Son expression était belle à voir, je lâchai bien moins sérieusement avec un petit rire :

- Le pire c'est que je ne suis même pas tout à fait en train de plaisanter ! Puisque dans la logique, je devrais te demander d'enlever ceci, lui annonçai-je en baissant les yeux sur son caleçon. Puis je devrais vérifier que tout va bien par moi-même... Examen des parties génitales oblige...

J'avais osé esquisser un sourire dans un effort désespéré pour ne pas montrer la profonde gêne qui m'habitait à cet instant. A la place, il avait été carrément moins convaincant par la faute de mes lèvres tirées, je m'en rendais bien compte mais je nourrissais la désagréable sensation d'aggraver la chose à chaque fois que je tentais de relâcher la pression. Peut-être était-ce mon karma qui me revenait en pleine poire pour l'avoir tant poussé dans ses retranchements à plusieurs reprises...

- Je suppose que tu comprends maintenant pourquoi c'est un médecin qui s'en charge habituellement et pas la supérieure ! Ok, j'étais nulle à ce jeu : mon air totalement détaché ne faisait que transparaître à quel point ce testing me mettait mal à l'aise. Si j'avais été comme lui, à rougir à la moindre élément délicat, j'aurais été couleur pivoine ! Heureusement, il n'en fut rien. Bref, autant t'avouer que si je fais ça, je ne suis pas sûre de pouvoir te regarder encore en face après... C'est pas contre toi mais... Ce serait tout de même bizarre de travailler avec quelqu'un dont j'aurais tripoté les bijoux de famille...

*Ailleurs que dans mon lit...* Mais ça, bien entendu, je ne le lui dis pas à voix haute. D'ailleurs, je m'empressai de balayer cette pensée de mon esprit tant elle sonnait décalée dans ces circonstances ! La nervosité de la situation me rendait idiote, embrouillait mes pensées et me déstabilisait. Si je n'avais jamais été farouche à déshabiller quiconque, le demander à un mec que je connaissais à peine et uniquement pour un examen rapide me semblait fichtrement insurmontable. Avec la chance que j'avais, cette vision resterait collée à mes rétines et je ne pourrais plus effectuer correctement mon boulot avec lui si je décidai d'effectuer ce test malgré tout : qu'y aurais-je gagné ? Absolument rien, surtout si, comme je le soupçonnai, tout allait bien. Et puis zut à la fin, je n'étais pas médecin !

- Écoute, si tu penses avoir un souci je prends sur moi et on le fait ou je te mets une visite médicale complémentaire d'office, sinon et si tu es ok on va faire cet examen simplement avec le questionnaire clinique, ok ?

J'avais dit deux fois "ok" dans la même phrase... Génial... Au moins maintenant il était évident que je me noyais. Et que je priais. Oui, je priais intérieurement qu'il ne se serve pas de cet instant de déséquilibre total pour prendre plaisir à me pousser dans le vide comme je l'avais tant fait avec lui, parfois même involontairement à cause de mon indélicatesse trop avide de détails. Toutefois, je ne pouvais m'empêcher de songer que cette vengeance ne serait que pure justice après tout et je ne pourrais pas lui en vouloir de jouer à présent que c'était lui qui était aux commandes par ma faute.

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MessageDim 22 Avr - 22:55

Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Le jeune homme pouvait dès à présent entendre la douce mélodie dans ses oreilles, la voix si cristalline de sa mère. Ses yeux remplis de fierté resurgissaient dans l’esprit de Niels. C’était un joli souvenir en effet, et cette montre représentait toute la joie que sa mère avait pu lui offrir dans sa vie. Il ne pourrait jamais l’oublier en effet. Le blond s’était contenté de hocher la tête en souriant à la brunette qui avait trouvé la bonne chose à affirmer. Il n’avait rien répondu, la douceur de sa voix avait suffi et il ne voulait pas abîmer ce moment. Le sourire qui s’était affiché sur son visage avait été agréable à regarder, comme si elle avait justement choisi ce moment pour paraître positive. Se rendait-elle compte qu’il l’appréciait un peu plus sous cet aspect-là ? Bien plus que lorsqu’elle insistait, notamment avec cet homme dont il ne voulait pas lui révéler l’endroit. Ce serait de la trahison envers le Bras Droit, envers des idées auxquelles il croyait vraiment : la destruction du WICKED. Elle affirmait que les gens étaient étranges et que même lui ne pouvait pas être l’homme qu’il avait été à l’entretien. Elle allait trop loin ici et il sentit l’agacement monter en lui. Cela sonnait comme une provocation à laquelle il avait bien envie de répondre avec provocation aussi. Qu’attendait-elle de lui exactement ? Qu’il lui avoue que tout cela n’avait été qu’une parfaite petite pièce de théâtre ? Elle pouvait rêver ! Il fit un effort sur-humain pour ne pas croiser les bras, geste qui aurait montré qu’il se refermait et qu’il avait des choses à cacher.

- Tu peux cerner la personne si elle est bonne ou mauvaise. Mais, je pense qu’apprendre à connaître une personne pendant la durée d’un entretien n’est pas synonyme de connaître une personne depuis dix ans, pas toi ?, demanda Niels avec toute une innocence dans la voix calculée avec à la fois un air sérieux.

Et puis oui, c’était de la survie, tout le monde agissait comme il le fallait pour pouvoir parvenir à ses fins. Détermination. Ambition. Survie quoi. Il avait noté à quel point les yeux d’Alexandra le scrutait, elle cherchait une réaction. Il était encore une petite bactérie sous une plaque de microscope et elle prenait le rôle de la dame géante qui passait son temps à l’observer d’un seul œil. Il espérait être à la hauteur, car il avait bien capté que la question suivante serait assez décisive pour elle qui prenait grand plaisir à en savoir plus sur son comportement. Elle était en train de lui avancer qu’elle comprenait parfaitement qu’il ne puisse se rappeler de l’aller, mais en parlant du retour, il était évident pour elle qu’il ne pouvait pas échapper à une autre question. Le QG qui Bras Droit était au nord-est de la ville et il ne pouvait pas lui donner trop d’informations qui la guiderait jusqu’à là.

- Sud-est de la ville très probablement et je ne me suis pas vraiment amusé à mémoriser le chemin, car c’étaient mes premiers pas dans cette ville et je me sentais encore pas très bien. J’étais assez faible et encore en manque de nourriture.  Tout ce que je voulais était de pouvoir éviter de m’effondrer, répondit-il en riant. Alors, je dirais plutôt un bon sud-est de la ville dans une place assez petite, on pourra toujours aller chercher.

Ces infos n’allaient franchement pas aider Alexandra, tout le monde n’avait pas de grandes maisons, c’était bien certain et cela appartenait aux richesses du passé. Pourquoi l’avait-elle imité dans son ton si lent ? Sans doute, avait-elle désiré que la question pénètre bien dans son cerveau, comme si elle désirait l’hypnotiser, alors avait fait exprès de répondre d’une manière encore plus lente. Vus de l’extérieur, ils pouvaient passer pour des totals idiots à s’exprimer de cette manière bien décalée. Il se doutait qu’elle ne lâcherait pas l’affaire, mais il savait aussi qu’il ne lui fournirait jamais la réponse à la question, même si elle le torturait. Le Bras Droit était sa chance de pouvoir faire changer les choses et avec les informations qu’il allait recueillir ici, ils pouvaient les aider, alors ce n’était pas en les balançant que ça serait réalisable. Mais continuer de lui cacher alors qu’elle insistait était suicidaire, il avait bien compris qu’elle ne le lâcherait pas jusqu'à ce qu’elle ait ce qu’elle désirait. La ruse. La ruse à la Niels. Il réfléchirait à une solution avant de se rendre sur place, mais mentir ici allait probablement la calmer. Lorsqu’elle lui révéla par la suite la vraie signification du mot « gris-gris » le jeune homme ouvrit grand les yeux, surpris.

- Ça veut donc dire « folie-folie » alors ?, demanda t-il très amusé par son sourire franc qui lui faisait oublier son agacement à cause de son tempérament trop insistant.

La suite fut un peu malaisante bien que le début de la phrase avait été rempli d’humour. Les rites vaudou auraient pu lui faire connaître le pire, mais maintenant le retour à la réalité était bien trop fort. La mort de ces personnes. L’apocalypse.. Que devait-il répondre à tous ces malheurs qui le rendaient mal à l’aise alors qu’il n’avait aucune réponse ? Il ne pouvait pas se contenter de ne rien dire.

- Espérons qu’elles aient trouvé la paix, s’enquit-il sincèrement.

Niels partait du principe que chacun avait sa culture, ses croyances et ses habitudes de vie, alors il n’était pas du genre à critiquer comme il avait eu l’occasion d’entendre beaucoup de fois dans ses réceptions de familles. Tous des hypocrites qui agissaient avec grand sourire devant, mais qui passaient leur temps à cracher sur le dos des autres à la moindre petite chance. Il se rappelait d’une fois où il s’était un peu caché dans des escaliers. Il avait surpris son frère en train d’écouter deux adultes en train d’échanger au sujet de sa tante et de sa mère. Il n’avait pas du tout apprécié, mais s’il n’avait pas été là pour son frère, ce dernier serait probablement intervenu pour leur dire leurs quatre vérités. À la place, le petit de neuf ans qu’il était s’était posté face à son frère en lui disait « Ils le mériteraient, mais ça fonctionne pas comme ça ici, et puis on peut avoir encore plus d’informations s’ils ne savent pas qu’on les surveille aux prochains repas. Ils feront moins attention que s’ils savaient qu’on les avait entendus. » avait-il esquissé avec un petit sourire malin, révélant ses petites dents d’enfant.

Alexandra le corrigeait et « folklo » n’avait pas été le bon mot pour qualifier sa ville tout comme « pudding » ne servait pas à englober l’Angleterre contrairement à ce que les étrangers pouvaient penser. Mais savoir faire la fête était un bon argument, et il était certain que c’était quand même plus drôle que chez eux.

- En Écosse, aussi, ils savaient pas mal la faire apparemment, j’aurais bien voulu en découvrir un peu plus, mais je n’ai pas eu l’occasion, mais j’imagine que ça devait être sensationnel, continua t-il avec douceur appréciant quand Alex parlait de l’endroit d’où elle avait passé une bonne partie de sa vie.

Sa voix avait eu ce grain joyeux qui avait eu pour effet de faire battre son cœur un peu plus rapidement. Sa voix était magnifique et il avait encore envie de l’entendre de cette manière-là. Cette douceur semblait effacer l’insistance terrible qui lui donnait envie de la secouer pour la faire taire. S’il imaginait la ville d’Alex assez vivante comme elle le disait, il ne pouvait pas s’empêcher d’imaginer les vieux endroits sinistres qu’il avait pu voir dans les films devenir des énormes cul de sac où les fondus grouillaient. Cela devait bien être le plus dangereux à présent.. et il n’avait aucune envie d’aller se faire une petite visite.

Alexandra n’avait pas continué sur l’éventualité d’une des maladies rares que l’on pouvait contracter avec le contact de sangs. Le bilan sanguin donnerait de meilleurs résultats qu’une simple hypothèse, il le savait pertinemment. Mais il était vrai que ses aventures pouvaient paraître totalement folles quand les mots sortaient de sa bouche, tout comme ceux de la brunette sonnaient comme une autre provocation. Il avait vraiment l’impression qu’elle revenait encore à la charge en insistant sur ces personnes ! Il savait très bien qu’elle parlait de son sauveur pour sa blessure au ventre plutôt que pour son « sauveur » au coup de couteau trop mal calculé. Malin. Purement agaçant aussi. Elle méritait qu’il fasse de même avec elle ! Il sentit une pointe de regret surgir dans son corps à cet instant-là. Il aurait peut-être dû la cuisiner un peu plus avec ses questions sur le passé. Mais non ! À la place, il avait fait son gentleman d’Anglais en lui laissant du répit ! Erreur !

- On dirait oui, fit-il assez un sourire bien faux.

Était-ce de l’ironie ? Voulait-il lui faire capter qu’il savait qu’elle parlait du sauveur à la maison inconnue ? En même temps, la dernière réplique de la brunette avait était-elle aussi bien remplie d’ironie, signe qu’elle ne croyait pas un mot de ce qu’il lui avait sorti sur ce mec. Elle ne lâchait donc jamais l’affaire ! Sangsue ! Et voilà qu’elle continuait en le raillant avec complicité comme si de rien n’était. Pas d’amulettes en Angleterre non.

- Absolument pas, les Anglais sont bien trop rationnels. La plupart ne comprennent même pas que des gens puissent être à ce point farfelu, mais après, c’est leur problème.

Il ne s’incluait pas dedans cette fois-ci, vu qu’il avait une vision bien plus ouverte du monde et des différentes cultures qu’il ne connaissait pas. Il ne pouvait pas s’amuser à cracher dessus alors qu’il ne connaissait que les images que la société voulait montrer au reste du monde. Il ne vivait pas à l’intérieur de ces villages ou de ces villes-là pour ne comprendre ne serait-ce que 10 % de ce qui s’y passait réellement. Mais elle lui apprenait alors qu’il pourrait avoir l’occasion d’en voir vu qu’elle comptait bien en ramener une.

- C’est sans doute plus sage en effet, si ça marche, j’ai bien hâte de voir le résultat !, s’exclama t-il avec un sourire.

Sourire qu’il n’avait pas gardé si longtemps que ça à cause d’une autre question concernant le passé. Allait-elle accepter qu’il ne veuille pas en dire plus ? Il la scrutait comme elle l’avait fait auparavant avec lu d’un regard qu’il soutenait, pour bien lui faire comprendre sa position. Comme si elle semblait peser le pour et le contre, elle répondit un simple « d’accord » qui voulait tout dire. Elle allait accepter sans lui servir un autre plat de rechignement. Laisser ça au passé était essentiel pour lui et il était surpris qu’elle lui offre cette possibilité. Contrairement au mec qu’elle désirait retrouver, en savoir sur son passé ne lui apporterait pas grand chose pour le présent, alors qu’ici avec ce mec, cela forcément une incidence sur le futur. Elle désirait le recruter, alors il venait de comprendre qu’elle n’avait pas eu pitié de lui ou l’envie de lui épargner la peine. Elle avait seulement agi par pur intérêt, pur égoïsme. Elle fit un effort pour reprendre l’examen et comme lui, elle ne savait plus vraiment où ils en étaient. Cette nouvelle « récréation » était finie et les choses sérieuses pourraient à présent reprendre. Cet examen médical n’était pas comme les autres, mais il était rempli de petites choses inédites, plaisantes tout comme agaçantes. Elle regardait alors dans ses notes pour pouvoir reprendre la donne quand il remarqua alors qu’elle venait de se pincer les lèvres, comme lui quand il venait de réaliser que quelque chose n’allait pas. Qu’avait-elle donc ? Son cœur commença à battre plus fortement dans sa poitrine lorsqu’il s’arrêta quand elle lui annonça la prochaine étape. Il ouvrit grand les yeux. Il savait que cet examen était au programme vu que c’était même lui qui lui avait montré qu’il savait ce qui l’attendait, mais cela lui était sortit de la tête après la conversation sur les gris-gris et les sorcières vaudou. Le ton de la jeune femme laissait alors deviner tout son embêtement face à ça et il pouvait comprendre. Ses joues avaient rosi, il n’avait aucune envie d’avoir cela et surtout ce qu’elle annonçait encore derrière. Il était en train d‘imaginer les mains de la jeune femme sur lui et ses joues rosirent encore plus, mais gardait une couleur tout de même plus clair que celle que la teinte qu'il imaginait pour la jeune femme, sauf qu'ici, elle avait un contrôle presque parfait d’elle-même. Elle avait posé son regard sur son caleçon et il avait eu le réflexe de rassembler ses jambes pour qu’elles se touchent entre elles. Gênant qu’elle puisse le mâter.  

- Oh., ne trouva t-il qu’à dire en premier lieu paniqué intérieurement par cet examen qu'il n'avait jamais subi.

Le pire était que le sourire crispé d’Alex et le son de sa voix qui s’échappait de sa bouche ne faisait rien pour le faire relativiser et que ce n’était qu’un examen obligé qu’un médecin pratiquait au lieu de sa supérieure. Elle n’était pas sûre de pouvoir le réaliser sur lui et il se put s’empêcher de se mordre la lèvre pour s’empêcher de laisser un petit rire nerveux s’échapper de lui, mais trop tard. En l’entendant lui dire que ce serait bizarre de bosser avec lui alors qu’elle lui aurait tripoté les bijoux de famille, il rit nerveusement. L’expression de la jeune femme était encore plus amusante. Cela semblait être pour elle la fin du monde, et si lui n’avait pas la moindre envie de passer à cet examen, la réaction d’Alexandra était divertissante. Subir un toucher rectal était encore moins alléchant comme proposition, et qu’elle le touche ensuite ailleurs serait terriblement étrange. Au final, les rôles s’inversaient quand même et cela lui faisait.. du bien ! Oui, c’était le mot ! Elle l’avait tant torturé avec ses questions à la noix, sans lui donner ce répit sur ce mec à la maison inconnue ! Elle l’avait cherché bon sang et il n’avait pas envie de se mettre à la rassurer aussi aisément, alors il allait en jouer comme elle adorait faire avec lui. Il la laissait alors dans sa gêne féminine tandis qu’un petit sourire s’était esquissé sur ses lèvres. Elle était en train de lui exposer des solutions et le questionnaire le soulagea grandement. C’était bel et bien la meilleure option. Imaginer les mains si fines et si douces de la jeune femme en train de le caresser suffisait presque à le faire bander sur-le-champ, et cela était bien dérangeant qu’elle s’en aperçoive.. La pensée de mains féminines sur lui suffisait à rendre dingue n’importe quel homme, il n’y pouvait rien, et il n'échappait pas à la règle. Il priait pour que rien ne se forme au niveau de son caleçon et se concentrait sur n’importe quelle autre pensée. Il ne pouvait pas laisser cette chose arriver et il devait déjà ralentir les battements de son cœur qui était fatal à ce genre de réaction masculine.

- Je comprends tout à fait, fit enfin le jeune homme toujours avec ce demi-sourire qui la mettrait bien mal à l’aise.

Oui, Niels était profondément gêné, mais il savait qu’il ne pouvait pas l’être autant qu’elle, alors d’une manière ou d’une autre, cela l’aidait à relativiser et à apprendre à s’en amuser un peu. Comment les étudiants apprenaient-ils la pratique dans l'ancien temps ? Ne s'entrainaient-ils pas sur leur camarades ?

- Oh et bien je pense que tes petites mains sont parfaites pour ce genre d’examen, tu as très bien mené cet examen jusque là, alors je ne doute pas de ta douceur, répondit le jeune homme qui était en train de lui faire croire qu’il désirait continuer dans la direction la plus embarrassante pour la brune.

Qu’il était sadique à cet instant-là ! Isaac aurait été fier de lui, mais en même temps le pouvoir venait de s’inverser. C’était lui qui avait les commandes et il n’allait pas tout foutre en l’air au bout de deux secondes avant d’avoir eu une petite vengeance qui ne pourrait jamais rivaliser avec les questions d’Alex qu’il avait subi.. mais c’était mieux que rien. Il croisa les bras en la fixant, toujours avec ce petit sourie amusé.

- Ne sois pas gênée, je suis sûr que tu as déjà fait cet examen à d’autres personnes. Ça va bien se passer. Mais..

Voilà qu’il laissait sa voix traîner, avec cet accent si british. Que la situation était jouissive ! Ses deux « ok » avaient bel et bien confirmé à quel point sa nervosité avait atteint une barre très très haute ! Mais lui n'avait-il pas dit deux fois le mot "examen" aussi ? Alex ne s'en rendrait probablement pas compte et il menait bien son rôle, car il savait qu'il l'aidait à s'enfoncer dans sa gêne. Et puis, faire mine de "l'encourager" la découragerait et il n'aurait pas à subir cette pratique sans doute douloureuse, puis trop "plaisante d'un point de vue masculin" pour la deuxième partie. Alors il comptait sur elle pour laisser sa grande gêne l'emporter.

- Le plus sage serait donc…, fit-il mine de réfléchir en laissant pas moins de trois secondes filer. Un questionnaire clinique sera parfait oui si cela peut te rassurer, finit le jeune homme les joues moins rosies qu’il ne l’aurait pensé.

Il se sentait bien mieux à présent. Jamais il n’aurait pensé jouer comme ça avec elle, mais elle l’avait cherché. Et on récolte toujours ce que l’on sème.


 
CODAGE PAR AMIANTE

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We'd stared into the face of Death, and Death blinked first. You'd think that would make us feel brave and invincible. It didn't.”
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MessageLun 23 Avr - 13:50

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Echanger avec une personne était la clef pour apprendre à la connaître et plus encore à la décrypter. Si nombreux étaient ceux qui pensaient qu’il s’agissait là de la même opération, ils se mettaient tous le doigt dans l’œil jusqu’au coude. En effet, nous ne connaissions d’un individu que ce qu’il voulait bien nous montrer de lui-même : à travers son comportement, ses gestes et ses paroles, nous pouvions parvenir à construire toute une représentation qui nous guiderait lors de nos futures rencontres. Décrypter quelqu’un était bien différent. Ici, point besoin que l’autre n’avoue consciemment quoi que ce soit. Au contraire, les non-dits étaient souvent plus révélateurs que n’importe quelle belle parole : chose pour laquelle Niels se montrait particulièrement doué depuis l’entretien.

En cet instant par exemple, il était en train de me servir une superbe réplique qui aurait sans doute fait pâlir d’envie Shakespeare et son fameux « être ou ne pas être, telle est la question ». La question était plutôt de savoir pourquoi il préférait détourner la conversation plutôt que de tenter une réponse…

- Dix minutes ou dix ans… complétai-je lorsqu’il me demanda mon avis dans un élan rhétorique auquel je n’étais même pas sûre de devoir répondre. C’est du pareil au même, on ne connait jamais l’autre.

Ok, j’avais été cassante mais juste un peu ! Il avait cette manie de détourner l’attention avec son accent british envoûtant et ses pensées philosophiques, ce qui lui avait sans doute permis de passer plus d’une fois entre les mailles du filet. Ici, il ne faisait que reproduire un certain mécanisme de défense, j’en étais persuadée. Je dus pourtant avouer que je fus surprise d’obtenir enfin un détail plus satisfaisant concernant ce médecin qui lui était venu en aide.

- C’est vrai que tu venais de l’extérieur avant ça… fis-je en poursuivant mes réflexions. On pourra tout de même tenter une excursion vers le sud-est, on verra bien si tu reconnais des endroits par lesquels tu es passé.

Suite à cet aveu qui m’avait finalement plutôt satisfaite bien que je sache désormais que l’éventualité de mettre la main sur ce mystérieux médecin soit de l’ordre de l’improbable puissance mille, nous avions poursuivi nos échanges. Dérivant sur la Nouvelle-Orléans, je ne ressentais curieusement aucun besoin de réfréner mes confidences à ce sujet : il semblait curieux, voire même interloqué par mes explications sans pour autant se moquer de ces pratiques étonnantes. Lorsqu’il lâcha que cela signifiait donc « folie-folie », je levai des sourcils circonspects. Avais-je loupé un chapitre ?

- Quoi ? dis-je en affichant des yeux ronds sans d’abord comprendre ce qu’il avait mal interprété. Puis le déclic se fit et je ris, voix cristalline qui résonna dans la pièce : Non ! Non pas du tout ! Je disais au contraire qu’associer deux fois dans ta phrase le mot « grigri » et le mot « folie » pouvait relever du suicide si tu avais été en face d’une prêtresse vaudou !

Je portai une de mes mains à ma poitrine, tant le rire qui m’avait saisi était prenant. A croire que cette ambiance de confidences me permettait de me laisser aller bien plus que je ne l’aurais cru. A peine eus-je repris contenance qu’il prononça solennellement une pensée pour ces femmes sans doute pour la plupart passée à trépas : il suintait dans sa voix un respect beau à écouter.

- Les écossais… Et les irlandais aussi non ? Si je me souviens bien on racontait que leurs fêtes Saint Patrick étaient sacrément mémorables… Enfin pour ceux qui s’en souvenaient le lendemain ! C’était facile de repenser à tous ces clichés d’un autre temps, comme si nos mots les faisaient revivre pour quelques secondes. Avec un pincement au cœur, je conclus lorsqu’il évoqua son regret de ne pas avoir pu en profiter davantage : Maintenant, on doit se contenter de ce qu’il nous reste.

*Se contenter de ce qu’il nous reste, autrement dit : pas grand-chose* me résignai-je intérieurement. Les marques s’étaient enchaînés sous mes observations et mes remarques qui le mettaient sans doute quelque peu mal à l’aise vu comme il les écartait d’un revers de manche. A force, je croyais réussir à cerner son attitude : ainsi, lorsqu’une de mes paroles lui déplaisait, il préférait rester le plus évasif possible ou y mettre un terme rapide. Cela ne manqua pas à propos de mon évocation des deux hommes qui avaient façonné ses cicatrices, même si je n’avais pas souhaité le plonger dans un quelconque embarras. Apprendre à se détendre et à ne pas prendre à cœur tous mes dires serait essentiel s’il avait l’intention de réussir à me supporter quotidiennement !

- Oui, testons ce grigri « farfelu », lui confirmai-je lorsqu’il parut enthousiaste à pouvoir en voir un de plus près, tout en insistant sur le dernier mot et en lui adressant un sourire amusé qui n’attendait plus aucune réplique.

Jamais je n’avais vraiment cru dans toute cette magie ou dans les bienfaits des protections vaudous et autres rituels ancestraux. J’étais tout de même obligée d’admettre que j’avais survécu livrée à moi assez longtemps pour que cela relève du miracle et, parfois quand je préférai me perdre dans la contemplation de mes souvenirs, j’aimais à songer que c’était en partie grâce à cette petite amulette que ma mère m’avait offerte. Une part de ses bras rassurants qui m’entouraient à travers le petit sac de cuir et qui me défendaient des embuches trop difficiles à surmonter pour ma fine silhouette d’adolescente. Avec le temps, l’amulette avait rejoint la panoplie des reflets du passé au fond de mon tiroir, bien dissimulée avec l’arme et les autres affaires de ma précédente vie. Si peu de choses qui me raccrochaient à ce que j’étais et que je devais oublier, enfermer à double tour dans un coin de mon esprit pour me rappeler constamment que je n’étais plus Alexandra Grandière, mais Alexandra Moore.

Puis était venu l’examen, mon indélicatesse qui n’était finalement que pure intérêt médical avant que je ne comprenne qu’il s’agissait du même sujet sensible que celui auquel il avait déjà reçu de sa part une fin de non-recevoir. Avec toute ma crétinerie, j’avais accédé à sa requête de passer au pilier suivant avant de m’embourber prodigieusement…

L’espoir, une sacré connerie… Parce que oui, j’avais eu ce foutu espoir qu’il ne sautera pas sur ce renversement des rôles pour jouer les mâles dominateurs. *Quel sale petit sadique...* pensai-je instantanément sans me retenir de l'affubler de nombreux autres noms d'oiseaux tandis qu'il prenait visiblement plaisir à jouer avec mes nerfs. Voilà donc ce que je récoltai à vouloir me montrer compatissante. Monsieur gentleman à l'ancienne dévoilait sa véritable nature et j'étais certaine que si des places de Créateurs avaient encore été vacantes il aurait parfaitement pu y prétendre vu la facilité avec laquelle il jonglait entre mec parfait sous tout rapport à la sensibilité exacerbée et foutu Ragnard.

Il voulait jouer au plus malin et à celui qui profitait de la faiblesse de l’autre ? Parfait ! J’allai me faire un plaisir d’exploiter ce rougissement que je voyais poindre sur ses joues claires. S’il avait souhaité me faire croire que cette situation ne le gênait pas plus que cela et, pire, qu’il pouvait tourner la chose comme s’il me faisait une fleur en acceptant ma proposition, j’allai le lui faire payer.

- Bien sûr que j’ai déjà fait ce genre d’examens, mais on va dire que ça n’avait pas une visée très médicale… dis-je en affichant une moue clairement tendancieuse entre mon sourire en coin et mes yeux provocateurs.

J’avais un caractère de chienne, je le savais. Nombreux étaient ceux qui s’étaient risqué à me défier et étrangement, ils ne s’y étaient que rarement risqué une seconde fois. Matthew était de ceux qui ne désespéraient jamais, cependant entre nous c’était un véritable jeu dont les règles tacites nous empêchaient d’aller trop loin. Avec Niels, je doutais qu’il ait l’étoffe de pouvoir me tenir tête ou de renchérir longtemps : je crois que j’avais espéré autre chose de lui… Pas forcément qu’il acquiesce et boive toutes mes paroles - ce qui l’aurait rendu ennuyeux à mourir et aurait à coup sûr confirmé mon énervement à avoir un tel boulet accroché à la cheville -, mais  plutôt qu’il ne soit pas ce genre de personnes qui passaient d’une casquette à l’autre sans vergogne et profitait des minables signes de déséquilibre des autres pour donner la pichenette qui suffirait à les faire basculer. Alors oui, j’étais peut-être exactement pareille mais moi je l’assumais constamment, je ne me planquai pas derrière une attitude de sainte nitouche pour ensuite révéler une vipère. J’en étais une, filant entre les mailles du filet, ondulant pour se dissimuler au mieux et préférant attaquer avant qu’on ne la menace. Un programme qui était mon mode de fonctionnement depuis tant d’années que beaucoup de mes collègues assimilaient cette façon d’agir à un trait de personnalité plutôt qu’à une position défensive bien rôdée.

Quand il alla jusqu’à faire durer le suspense, mon cœur tambourinant dans ma poitrine davantage à cause de l’énervement d’avoir été si bête de croire qu’il pouvait être quelqu’un de bien que parce qu’il osait jouer la carte du doute.  

- Quel grand seigneur… Toujours prêt à venir au secours d’une jeune femme en détresse à ce que je vois… lâchai-je sur un ton clairement sarcastique, répondant à sa dernière remarque.

Il avait pris un plaisir malsain à mettre en avant qu’il menait la danse. La récréation prenait pourtant fin et j’étais presque certaine qu’il n’avait absolument pas songé au moment où je reprendrai la main… *Dommage…* songeai-je avec une pointe d’amertume, moi qui avais espéré idiotement que la bienveillance dont il avait semblé faire preuve plus tôt était sincère. Il aurait pu s’agir d’une vengeance pour toutes mes interrogations successives qui l’avaient plongé tête la première dans les vagues des souvenirs pénibles : cependant je balayai cette hypothèse, je venais de lui accorder un répit que je n’étais pas forcée de lui  consentir juste avant qu’il ne tente de m’engloutir. Décidément, les anglais… Des fourbes juste bons à boire le thé en racontant les derniers potins de leur petite famille royale ! Il m’énervait tellement que les clichés revenaient en masse et, avec eux, l’envie d’en faire de la charpie.

J’aurais dû être en colère vu l’intense désir de lui faire bouffer sa petite mine satisfaite, en réalité c’était l’immense déception qui prédominait et cela me rendait plus piquante encore. Tout faux. J’avais eu tout faux sur la personnalité que je pensais déceler : il n’était qu’un égocentrique égoïste de plus ! Comme tous les autres scientifiques et gratte-papiers présents dans cette foutue entreprise, il irait si bien avec eux que je ne doutais plus de son intégration ! Il fallait l’écouter pleurnicher, le consoler presque même, lui accorder du répit et il pourrait même oser vous accorder un semblant de retour si le sujet ne le mettait pas en position de force. Néanmoins, dès lors que vous lui accordiez du pouvoir sur vous, il était exactement comme tous les autres.

- Très bien, lui dis-je en souriant avec une pointe d'amertume non dissimulée dans la voix.

Je baissai alors les yeux sur le feuillet, faisant mine de répertorier du regard les différentes questions à lui poser : certaines seraient seulement un peu « reformulées » pour l’occasion…

- Alors dis-moi déjà… Es-tu encore puceau ? Je relevai mon visage vers lui, égale à moi-même avec mon petit sourire narquois tant cela était possible vu ses pérégrinations et son jeune âge qui ne devaient pas lui avoir offert foule d'opportunités, bien décidée à ne plus montrer une once d’empathie et à lui montrer que je pouvais être aussi détestable que lui. C’est pour le diagnostic de possibles dysfonctionnements érectiles… fis-je d’un ton sincère en tapotant la fiche de passation avec mon stylo à la ligne de la fameuse question dont j’avais modifié la forme pour la rendre plus…percutante.

Impossible de penser qu’il tomberait dans le panneau de mon apparente contrition à avoir débuté par cette interrogation sournoise. Oserait-il me défier pour cette sombre tactique de ma part ? Ou rentrerait-il dans les rangs en petit soldat se rendant compte qu’il avait fait une grosse erreur à vouloir être plus futé que moi ? A cet instant précis, j’avais émis un soupir si léger que seules le trahissaient mes épaules qui s’étaient un peu relâchées. La fille idéaliste en moi n’était pas morte comme je l’avais tant espéré et, aujourd’hui, elle avait refait surface pour me replonger dans la brusque réalité d’un monde où accorder une bribe de soi, un soupçon d’altruisme ou un brin de compassion pouvait se révéler être une grossière erreur. Au fond, j’aurais voulu tirer du plaisir de sa gêne, du malaise qu’il ressentirait certainement à l’énoncé de mes paroles mais c’était tout le contraire. Je n’éprouvais qu’une profonde déception qui filtrait dans mes traits, désillusion cruelle de m’être laissée embobiner par son apparence d’ange et sa bienveillance factice. Fallait-il que je sois quand même bien idiote pour songer que le monde pouvait encore compter des gens bien…

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MessageMar 24 Avr - 10:35

Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Oui dix minutes ou dix ans peu importait pour la jeune femme. Ils avaient des opinions assez différentes encore une fois. Si elle pensait pouvoir le cerner en l’espace d’une journée, elle avait totalement faux, et il était assez agacé par cette affirmation qu’elle voulait pourtant si claire. Il n’était pas du tout d’accord, mais n’avait pas envie de perdre son énergie à épiloguer sur la chose.

- Si tu le dis, fit-il simplement pas convaincu par ce qu’elle avançait.

Quand arrêterait-elle d’être de nouveau cassante avec lui ? Pourquoi cette femme le faisait-elle sortir de ses nerfs aussi rapidement et pourquoi devenait-il un vrai Ragnard quand elle le provoquait ? Était-ce le stress de sa présence qui lui faisait cet effet-là ? Si c’était le cas, c’était bien désagréable et il ignorait comment il devait le gérer. La fatigue jouait aussi énormément et cela faisait ressortir un côté d’ordinaire très faible chez lui. Elle semblait tout de même gober à son histoire et il sut qu’il avait bien misé en lui proposant d’aller faire un tour. Il savait qu’elle ne pourrait jamais avoir la chance de la trouver, mais comme on le disait auparavant, l’espoir fait vivre ! Il venait bel et bien de l’extérieur et cela était une très bonne excuse. Il hocha la tête comme pour confirmer ce qu’elle disait à deux reprises. En conclusion, ils iraient, mais juste pour qu’elle lui fiche la paix. Il laissait ce monde si divisé, car il était forcé d’aller contre la chose qu’il détestait le plus : la tromperie. Pourtant, c’était exactement ce qu’il était en train de faire et il se haïssait pour ça. Isaac avait toujours pris un malin plaisir à le faire, mais lui ? Le goût de la culpabilité était difficilement tenable.

La discussion sur cet homme sauveur était pour le moment enfin close et lorsqu’il avait sorti que le gris-gris signifiait folie-folie, il la vit éclater de rire. Elle changeait d’humeur si vite, tout comme lui, ce qui n’était même plus humain.. Quand allait-il pouvoir être véritablement naturel, être lui tout simplement sans avoir à réfléchir toutes les demi-secondes pour ne pas faire un faux pas ? Il fronça les sourcils, se demandant bien ce qu’il avait pu sortir pour qu’elle réagisse de la sorte. L’explication qui suit le fit sourire aussi et il comprenait mieux sa réaction.

- Oh je vois ! En effet..

Elle s’était à cet instant-là totalement laissée aller et le jeune homme était presque en train d’admirer l’expression. Décidément, le rire et le sourire sincère lui allaient bien mieux. Elle parlait aussi des Irlandais et Niels hocha la tête.

- Oui bien sûr les Irlandais aussi, surtout eux oui
, c’est vrai commença t-il en imitant à la perfection l’accent irlandais. J’aurais tellement voulu participer à leurs fêtes. Danser sur leurs musiques entrainantes, boire leurs bières et m’amuser jusqu’au bout de la nuit !, continua t-il toujours en accentuant les sons qui devaient l’être.

Avec son frère, ils s’amusaient toujours à faire ça le soir avant d’aller se coucher et si Isaac savait bien le faire, Niels était meilleur pour varier entre les différents accents de leur pays. Mais oui, maintenant, ils devaient se contenter de ce qui leur restait, mais Niels n’avait plus rien.

- À l’autre bout de l’océan, conclus t-il.

Il était si loin de l’Angleterre et parfois ça lui manquait énormément. Il ne pouvait pas se résoudre à souffrir du mal du pays, car en Angleterre, il n’aurait plus rien. Ici, il avait trouvé une zone saine et maintenant ce travail -qui allait lui permettre peut-être de sauver son grand-frère. Comme pour ne pas se laisser emporter dans tout ça, Alexandra lui avait affirmé qu’ils testeraient le gris-gris ce qui parvint à le détendre grâce à l’enthousiasme qu’il ressentait par rapport à cette nouvelle chose qu’il ne connaissait pas. Il aurait tellement aimé lui faire partager un truc purement anglais aussi, mais il n’avait rien du tout.

- Un jour, il faudrait que je te fasse tester le cricket, sourit le jeune homme d’un air bien amusé.

Ils auraient pu continuer comme ça, à parler tranquillement, mais le moment avait été gâché par la suite. Ce qu’elle lui avait annoncé l’avait d’abord fait tomber des nues, puis il avait senti toute son envie de vengeance qu’il haïssait se frayer un chemin bien trop rapide dans son corps. Comment contrôler cette chose qui se répandait aussi vite qu’un poison ?! Voilà qu’il était déjà en train de se la jouer méchante et vicieuse. Oui, Isaac aurait été fier de lui, mais qu’en était-il de lui-même ? Pouvait-il l’être ? Absolument pas. Pourtant, il avait pris le pouvoir et Alexandra ne semblait pas être le genre de personne à se laisser aisément faire. Contrairement à ce qu’il avait pensé, elle ne s’enfonçait pas dans sa gêne, du moins vue de l’extérieur. Ce qu’elle lui avait sorti, le partagea. Devait-il rire ou écarquiller les yeux sous la surprise ? Car il avait bien saisi et parfaitement entendu. Elle lui faisait comprendre sans aucun problème qu’elle avait déjà caressé des mecs dans son lit. Il ressentit une vague de dégoût. C’était donc ce genre de filles qui allaient de droite à gauche. Il se mordit les joues pour éviter de sortir ça à voix haute, car il savait pertinemment qu’il pouvait se prendre une gifle suite à ce genre de sous-entendus. Il fallait sans doute répondre par une autre provocation. Il se mit à réfléchir. Pas par lui-même, mais comme son frère l’aurait pensé, mais ce ne fut pas très exact.

- Mhm en effet intéressant.., fit-il simplement en se forçant à la regarder histoire de ne pas se démonter.

Il s’était embobiné dans un jeu très dangereux où il était devenu un vrai Ragnard de première classe. Il méritait des baffes pour le faire redevenir ce qu’il était réellement. Il n’aurait pas dû prendre l’avantage comme ça, mais le diable en lui ne cessait de lui crier plus fort que l’ange d’ordinaire dominant que la brunette en avait besoin et qu’elle le méritait entièrement. C’était lui qui endurait toutes les questions depuis tout à l’heure, alors un petit renversement de rôles ne faisait pas de mal. « La ferme putain et laisse moi faire au lieu de m’entraîner dans des situations ingérables ! » fit le Niels sympathique à l’autre. Le suspens était malsain et pourtant jouissif, point sur lequel le Niels méchant taquinait l’autre Niels. « Tu aimes bien avoues hein ? » « Non pas du tout ! C’est toi qui m’embrouilles là ! C’est ta faute !  » La première chute de la chose fit grimacer le blond. Elle se moquait de lui et il se demandait bien si elle mettait l’image des Anglais gentleman dedans. Il leva les yeux au ciel, exaspéré par son sarcasme.

La colère. Voilà ce qu’Alexandra devait probablement ressentir pour réagir de la sorte. Lui qui avait cru qu’il était capable de lui faire perdre les moyens, il s’était bien trompé et au moment où elle posa la première question, il se rendit bel et bien compte que le tout se retournait.. contre lui. Il connaissait un minimum ce genre de questionnaire, et il était certain que comme en Angleterre, les médecins commençaient au moins par une autre question moins directe pour en arriver à là par la suite. Ici, elle était en train de lui servir un autre plat glacé de sa vengeance à elle. Il s’était tellement totalement planté ! Il était incapable de faire perdre les moyens à quelqu’un et il se sentait bien nul. Qu’était-il donc capable de faire alors ? Son cœur se serra dans sa poitrine, se sentant soudainement si.. inutile et incapable. Il se sentait enfant que l’on ne prenait pas au sérieux et cela lui faisait mal. Sa réponse renforcerait sans doute le tout. Eux en tant que médecins ne cessaient de répéter à leurs patients qu’il n’y avait pas d’âge pour ce genre de choses et qu’il ne fallait pas en avoir honte, mais c’était bien plus facile de le dire aux autres que d’y croire pour lui-même. Alors que répondre ? Un non, aurait été un mensonge, et un oui aurait été la vérité qui amuserait bien la brunette qui elle n’était certainement pas vierge avec ce qu’elle lui avait dit. Ce qu’elle désirait ici était qu’il ressente de la honte, alors il ne devait pas lui montrer, ne pas lui donner cette satisfaction qu’elle attendait tel un trésor. Comment pouvait-elle s’amuser de ça ? Il espérait qu’elle n’était pas aussi ignoble avec ses patients, car il voyait très bien son petit jeu, ses yeux et sa voix lui en disait assez ! Et puis l’être à dix-neuf-ans n’était pas non plus catastrophique. Il préférait attendre plutôt que de le faire à contre-coeur. Qu’attendait-elle de lui exactement ? Il savait pertinemment qu’elle avait modifié la chose vu que le questionnaire comportait plusieurs parties sur l'érection, l'éjaculation, et puis comme elle le disait le dysfonctionnement érectile. Il fit alors mine de regarder le questionnaire avec un petit sourire.

- Tu m’as l’air bien intéressée pour commencer directement par ça..
, commença t-il d’une voix douce pour bien lui faire comprendre qu’il avait capté la chose. Les premières questions devraient plutôt porter sur l’érection en elle-même non ? Du genre  « Au cours du dernier mois, avez-vous pris des médicaments pour des problèmes d’érection ? » ou bien « Au cours du dernier mois, sans l’aide de médicaments, combien de fois avez-vous réussi à avoir une érection quand vous en aviez envie ? »

Il savait aussi qu’échapper à la question ne serait qu’éphémère et une tentative de l’esquiver répondrait à sa place et serait vu comme le sentiment de la honte qu’elle attendait sans doute. Alors il devait se mettre à la place d’un de ses patients qui serait en train de l’écouter lui dire que ce n’était pas grave. Il avait bien capté et il n’était pas non plus con. Il savait très bien qu'elle avait changé la chose.

- Donc "Avec quelle fréquence avez-vous pu avoir une érection, au cours de vos activités sexuelles ?", c’est mieux, annonça-il pour reprendre sa question en laissant planer un petit silence avant de continuer. Disons " 0 = Je n’ai pas encore trouvé la bonne fille", fit donc Niels en reprenant la présentation des questionnaires qu'il avait déjà vu.

Et puis si ça lui plaisait pas tant pis ! Si elle préférait les mecs qui baisaient de droite à gauche comme elle semblait « jouer au médecin » avec eux aussi souvent qu’elle lui avait sous-entendu, c’était son problème à elle. Bien sûr que ça le gênait et qu’il aurait voulu lui répondre qu’il ne l’était pas, mais ce n’était pas le cas et il avait bien vu les conséquences qu’avaient les mensonges avec elle. Elle avait donc la vérité et elle l’avait encore forcé à jouer au Ragnard. À croire que cela deviendrait une habitude si elle continuait comme ça. La tension devait redescendre pour lui permettre d’agir normalement et pas sur un coup de tête. Mais en même temps, même s’il était un jeune homme sympathique, il n’appréciait pas qu’elle ne prenne pour un con pour ce genre de questions. Elle n’était pas professionnelle pour le coup, et mettre sa vengeance dedans le dégoûtait.


 
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MessageMer 25 Avr - 1:57

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Les soirées d'autrefois nous manquaient, sans que nous ayons pu goûter à l'ivresse de leurs chants de gloire. Leur obscurité nous faisait défaut maintenant que le soleil nous brûlait et c'est dans une chaleur de plomb que nous devions nous envelopper, loin de la fraîcheur frissonnante des nuits étoilées. Le regret prenait des formes bien différentes selon les personnes, s'émancipant de toute monotonie. Telle une palette de couleurs infinies, il pouvait revêtir des aspects très hétéroclites : néanmoins ses nuances finissaient toujours par nous entraîner vers le même mélange affreux d'une encre noire indélébile qui tâcherait notre âme et noircissait nos cœurs. Malgré tout, cela avait quelque chose de sublime. Une beauté fanée dont on pouvait être heureux d'avoir été les témoins privilégiés avant que le dernier pétale ne s'effondre, forçant la légèreté à se dérober avec elle dans sa chute abyssale.

Il était bien loin, le temps des rires et des fêtes. Bien sûr, certains lieux clandestins continuaient à organiser des moments de débauche mais cela n'avait plus rien en commun avec le faste des festivals d'antan où tous venaient pour le plaisir. Aujourd'hui, on succombait à des sonorités malsaines dans une ambiance étouffante et glauque où des drogues plus ou moins dures passaient de main en main, où parfois on entendait des hommes se battre pour du Bliss... Triste dégringolade sur l'échelle de la magnificence, nous étions tombés bien bas. Au revoir bières dansantes d'Irlande et carnavals endiablés de la Louisiane, bonjour ville en ruines et esprits tourmentés de la planète !  

Je n'avais pas souhaité répondre à Niels lorsqu'il avait évoqué sa tristesse de ne pas avoir eu l'occasion de vivre d'autres expériences avant que la Braise ne lui vole tout, ça n'aurait eu aucun sens. Même si cela avait été fugace, le folklore de la Nouvelle-Orléans avait eu le temps de faire vibrer toutes les cellules de mon corps et de me plonger dans une délicieuse fontaine d'interdits et fait goûter à un lâcher-prise que j'étais à présent certaine de ne plus jamais expérimenter. Pourtant, malgré la mélancolie, j'avais trouvé la force de lui sourire lorsque Niels avait dit vouloir m'initier au cricket. Totalement imbécile comme rêve, mais dans sa bouche cela sonnait presque comme réalisable tant il avait envie d'y croire. Son pays lui manquait, cela se ressentait dans chaque parcelle de son être quand il l'évoquait : comme beaucoup, il avait sans doute cherché à trouver un ailleurs meilleur après que l'épidémie ait jeté sa famille six pieds sous terre, à la place il n'avait été confronté qu'à une autre apocalypse tout aussi laide et cruelle si ce n'est plus. Il avait tout perdu pour venir jusqu'ici et il faudrait qu'il sacrifie encore beaucoup plus s'il voulait rester en vie et continuer à travailler au sein du WICKED.

Mon regard s'était instinctivement baissé vers son sac : que ferait-il demain ? Tenterait-il de les emporter avec lui ? Abdiquerait-il en laissant ses armes bien cachées sur son lieu d'habitation ? Je devrais en avoir le cœur net dès que je le relâcherai dans la nature à la fin de la journée, mais pour l'heure je pouvais lui accorder encore un temps de répit. Une parenthèse durant laquelle il n'aurait pas à songer aux nombreux sacrifices et décisions qui l'avaient conduit dans cette salle d'examen où j'avais parfois l'impression de le disséquer comme une bête curieuse : cependant, j'éprouvais bien trop de respect envers lui pour le considérer ainsi. Un respect qu'on destine aux individus qui ne s'étaient pas laissés corrompre par les terribles conditions de vie par delà la clôture de la zone saine, du moins c'était ce que j'avais cru. Erreur de débutante.

Depuis, Niels avait su me prouver que tout n'était qu'illusion. Un parement imbécile. Un de plus.

Je lui en voulais pour cela, pour ce portrait fictif qu'il avait agité devant mes yeux émerveillés avec sa mine innocente, sa douce sensibilité et sa bienveillance d'un autre temps. Il s'était jouée de moi, m'avait poussée à lâcher la garde pour mieux me prendre par surprise. Un prédateur qui attendait l'instant précis où sa proie serait la plus vulnérable pour attaquer, telle était l'image qui se dessinait dans mon esprit. Un charognard qui avait su renifler l'odeur du sang, cette effluve subtile de mon relâchement lui avait laissé le champ libre pour tenter une insurrection. Après cela, il s'étonnait encore que je réplique, que je me débatte et morde ? Ses yeux levés au ciel quand j'avais répliqué pour la première fois m'avait fait serrer les poings pour m'empêcher de le secouer comme un prunier avec ses grands airs de parfait gentleman effarouché. Que croyait-il que j'allai être si aisée à défaire ? Que chez moi aussi, tout était factice au point que je le laisserai prendre le pas sur mon autorité d'un simple claquement de doigt de sa part ? Que je m'effondrerai devant lui dans une expression de gêne totale devant ses paroles fourbes ?

Oui, c'est exactement ce qu'il avait espéré vu la grimace qui avait déformé ses traits lorsque j'avais osé rétorquer. S'il avait tenté de donner le change en répliquant à propos de ma remarque visant à le mettre mal à l'aise, je percevais maintenant tout le malaise dans son regard qu'il gardait fixement sur moi et qui essayait vainement de me tenir tête. Alors voyant cette infime sentiment naître au creux de ses traits, je m'étais engouffrée dans la brèche : serpent furieux prêt à distiller son venin. Personne n'avait le droit de croire qu'il était possible de me voler le contrôle de la situation, personne et encore moins un petit nouveau débarqué d'on ne sait où et qui n'attendait même pas de m'avoir côtoyée vingt-quatre heures avant d'être pris d'envies de coup d’État.

Mes réflexions étaient idiotes, profondément. Si je m'en rendais compte, c'était parce que l'aveuglement de la première émotion passé, son petit sourire de brave petit soldat bravant la tempête pour ne pas plier sous les coups me rappela que je n'avais pas toujours été si inflexible et, surtout, que j'étais encore capable de ressentir autre chose que de l'indifférence pour d'autres personnes que celles qui étaient enfermées au sous-sol sous un ciel artificiel. Une telle déception avait rempli ma poitrine, noyant mes espoirs sous les flots d'une désillusion cuisante, que je n'avais même pas réalisé que j'étais terriblement blessante. Ou plutôt... Je l'avais parfaitement su, mais je m'en moquai parce que cela était devenu normal de réagir ainsi.

Avec la gêne qui m'avait brusquement saisie lorsque j'avais évoqué cet examen, je lui avais donné une occasion rêvée de reprendre la maîtrise des évènements et son instinct l'avait poussé à s'imposer... Peut-être pour prouver que tout ce qui lui arrivait était encore sous son contrôle. Au fond, je l'avais invité à se risquer à ce jeu dangereux alors pourquoi avais-je cette sensation d'avoir été trahie ?  

Ce mec n'était pas quelqu'un de bien. Pas plus que je ne l'étais. Pas plus qu'aucun de ceux qui se promenait derrière chacune des portes de cette fichue entreprise et pas plus que ceux qui se baladaient au dehors en priant pour que leur heure ne vienne pas trop rapidement frapper à leur porte. Plus personne ne pouvait se targuer d'avoir une conscience : on agissait à l'instinct, selon nos propres règles. La survie vous changeait, bien plus que vous ne voudriez jamais l'admettre parce qu'après tout, cela se résumait toujours à une seule chose : c'était vous ou les autres... Rien que pour cette raison, je n'aurais pas dû être assez bête pour penser qu'il ne saisirait pas sa chance de monter au crédo pour s'octroyer un sentiment de puissance éphémère dans cet environnement qu'il découvrait à peine.

Essayais-je de lui trouver des excuses ? Je refusai de croire que j'étais assez faible pour le défendre malgré le sadisme dont il avait fait preuve avec son sourire goguenard et sa langue acérée. Je refusai de penser que ce qu'il pourrait répondre à mon interrogation brusque pourrait faire changer quoi que ce soit à cette tristesse de n'avoir su comprendre que je ne pourrais pas lui accorder davantage de confiance qu'à un autre... J'avais besoin de continuer à le détester pour avoir brisé un espoir futile d'être tombée sur un individu plus humain qu'un autre.

Cela aurait dû être facile de passer à la colère, d'autant plus qu'il débuta avec une voix douce pour prétendre que je devais avoir un intérêt à débuter par cette question. Avec n'importe qui d'autre, j'aurais sans doute foncé dans le panneau - et à raison ! -, le dévorant pour cette allusion salace inappropriée et poursuivant dans une défiance qui m'encourageait à durcir mon attitude. Pourtant, son ton n'était pas naturel et bien que son air de premier de la classe me détaillant à quel point je faisais mal mon travail en posant ce genre de question d'emblée aurait dû suffire à me faire passer de l'espoir bafoué à la sombre fureur, c'est un sentiment tout autre qui vînt se glisser dans ma poitrine. Mon cœur tambourinait car, si je commençais à comprendre une chose, c'est que ses interminables tirades à la mode confiture qu'on étale ne servait qu'à dissimuler son mal-être.

Le petit silence qui suivit sa version reformulée de ma question eut raison du suspense. J'avais été une pure connasse.

Je baissai les yeux, inflexible, raturant sa réponse sur le court questionnaire. A quoi m'étais-je attendue d'autre qu'à le blesser ? A rien, je l'avais fait volontairement, pressentant un tel aveu profondément gêné bien qu'il tente de tenir bon. Entre nous, seul le son de la bille du stylo sur le papier se faisait entendre, creusant un fossé qu'il me déplaisait de laisser grandir alors même que j'avais pris soin de l'y jeter quelques secondes plus tôt en formulant cette demande dérangeante comme vengeance salée à ses fanfaronnades à mon égard. Nous étions tous les deux responsables de ce froid terrible, mais aucun de nous ne l'admettrait. Enfin... Lui venait de l'admettre en ne répliquant pas violemment alors que cela était une évidence qu'il avait compris que je ne lui avais servi ce plat que pour le faire payer sa tentative de me déstabiliser.

Le visage toujours rivé sur le feuillet, je passai en revue les autres consignes qui y figuraient sans vraiment les voir. Mes dents pincèrent ma lèvre inférieure pendant une fraction de seconde. Fichue fierté qui me serrait la poitrine, retenant au fond de ma gorge les hurlements de réprimande autant que les excuses penaudes. Aucune de ces solutions n'étaient acceptables. Pourtant, j'avais besoin qu'on arrête ce cirque. Pour moi, mais aussi pour lui.

Prenant une ample inspiration, je fermai les paupières avant de lâcher un soupir.

- Je n'y prends aucun plaisir tu sais, lui expliquai-je soudain en relevant la tête afin de planter mon regard dans le sien. C'est ma façon de fonctionner, toute l'équipe le sait et tu devras l'apprendre. Vite.

Saisissait-il ? Il valait mieux, parce que je ne reviendrai pas deux fois sur le même sujet. Être aussi directe avec lui me coûtait, les autres avaient appris mon caractère à leurs dépens et il aurait dû en être pareil pour lui.

- Alors ne me force pas à être cette supérieure-là... continuai-je en secouant légèrement la tête, comme un élan de mon corps pour prouver que cela m'était tout aussi pénible. Il n'y a aucune raison que ça doive mal se passer, sinon je ne t'aurais jamais proposé de tenter ta chance ici.

Les raisons de cette proposition étaient toujours floues pour moi... Elles étaient très claires en fait, mais je ne souhaitais pas me les avouer sous cette forme qui démontrait que je n'avais pas les épaules suffisamment larges pour supporter le poids que je m'imposais. Cela viendrait plus tard... Peut-être.

C'est pourquoi, je me reconcentrais sur lui et sur l'origine de cet élan qui me poussait à lui retendre le bâton pour me faire battre : comme une seconde chance de me prouver que j'avais pu avoir raison en croyant déceler du bon en lui. Bien sûr, j'avais tiré une leçon de son comportement, mais je ne pouvais me résoudre à être seulement une garce. Pas dans ces conditions où il n'avait eu quasiment aucun répit depuis son arrivée il y a quelques heures. L'entretien me revînt en mémoire, ses longues explications pompeuses aussi... Un moyen de défense comme un autre... Cela serait à vérifier mais si je combinais toutes mes observations, elles ressortaient comme une option qu'il avait choisie à chaque fois qu'il s'était retrouvé dans des situations délicates. Détourner l'attention en se concentrant sur quelque chose de tangible, c'était sans doute sa technique pour garder un self-control presque parfait.

- Allez, on continue... fis-je en reposant mes yeux sur la plaquette que je tenais toujours, enserrée dans mes mains fines.
 
Relevant à la va-vite les questions principales qui auraient dû occuper un examen physique minutieux, je résumai :

- As-tu remarqué quoi que ce soit d'inhabituel ? Grosseur ? Éruption ? Parasite ?

Ce coup-ci, j'y étais allée par gradation. Gravissant les étapes sans chercher à lui nuire à nouveau, tout simplement parce que la colère n'était as suffisamment intense pour que la satisfaction ne puisse me procurer un quelconque réconfort : à quoi bon le blesser...

- Pour le reste, puisque c'est sous forme de court questionnaire, je te laisse le remplir toi-même, annonçai-je en lui tendant directement la plaquette où était accrochée la feuille de passation de l'examen en cours, ainsi que mon stylo.

On aurait pu interpréter mon action comme une trêve, je préférai penser que cela m'évitait autant les paroles embarrassantes qu'à lui. Une espèce de compromis gagnant-gagnant en quelque sorte... Faisant un pas en arrière, je m'adossai au chariot dont la sécurité était ce coup-ci enclenchée pour m'éviter une nouvelle chute, et l'observai sans un mot : réalisant qu'en réalité, j'espérais surtout que cet instant de répit me permettrait de faire de l'ordre dans mes pensées et ces émotions indésirables qui m'embrumaient l'esprit.

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MessageMer 25 Avr - 12:01

Niels
&
Alexandra
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Les yeux clairs du jeune homme étaient maintenant en pleine observation. Alexandra était passée d’une mélancolie joyeuse en se rappelant de sa ville natale pour ensuite basculer vers une mélancolie un peu plus lourde. Il avait chopé son regard qui s’était dirigé sur son sac. À quoi pensait-elle ? Au voyage qu’il avait pu parcourir au fil des années et de ces armes avec qui il avait réussi à se blesser ? Peut-être même qu’elle était en train de s’imaginer ces scènes misérables de maladresse et de malchance. Ou bien peut-être qu’elle était en train de revoir sa décision sur les règles dont elle lui avait parlé pour lui annoncer plus tard. Elle était restée sous silence lors de sa proposition si.. irréelle. Lui-même aurait voulu y croire à 100 %, mais du cricket authentique n’était pas possible. Il se demandait si ici, les employés étaient encouragés à garder un minimum de forme avec des machines de sport qu’ils pourraient faire à leur pause déjeuner, mais cela aussi paraissait bien incroyable. Stupide même, comme s’ils avaient le temps pour ça alors qu’ils ne cessaient de se vanter qu’ils étaient les sauveurs de ce monde en poussière ! Alors il devait mettre le monde anglais derrière lui pour aujourd’hui et oublier tout ce qui lui serrait le cœur. L’american dream manquait-il aux Américains de la même manière que son île géante lui manquait ? Pouvaient-ils eux aussi se languir d’un pays qui n’existait plus ? Alexandra en était ici la preuve, mais qualifier cela d’american dream semblait extrême. Avait-il réellement existé ou bien n’était-il qu’une utopie inventée par les anciens dirigeants pour américaniser le monde ? Leur pays avait évidemment connu des hauts puis des bas dans l’histoire, mais aux dernières nouvelles, ils étaient restés bien en tête.

Ce fut ensuite une sorte de déception qu’il avait sentie chez Alexandra. Venait-il de briser quelque chose par son comportement ignoble que lui-même avait un mal fou à approuver ? Ses yeux levés vers le ciel avaient dû encore plus l’exaspérer si bien qu’il devinait ses envies de meurtre. Il était incroyable de se dire qu’elle aussi passait par la même case que lui tout à l’heure. Il avait le désir de se lever et de la secouer pour la faire taire une bonne fois pour toute. Il avait en tout cas mal espéré en désirant la mettre mal à l’aise. Il aurait tellement voulu lire dans ses pensées pour savoir ce qui pouvait bien se passer dans sa tête même s’il doutait que cela ne devait pas être très beau à entendre pour lui. Elle le haïssait maintenant. Mais pourquoi ? C’était elle qui avait commencé, il y avait été poussé même et elle ne semblait pas satisfaite. Lorsqu’une personne jouait à des jeux aussi sales que ça, il fallait s’attendre à voir la personne d’en face faire quelque chose. S’attendait-elle à ce qu’il reste passif tel un innocent ? Il avait assez souffert pendant sa scolarité de s’être tellement tu face à des abrutis de première classe et il ne comptait pas revivre ce mal-être qu’il tentait tant bien que mal de dissimuler. Ne pas être en contact avec des gens pendant si longtemps ne l’avait pas arrangé, tout comme il avait du mal avec le fait qu’on puisse le toucher. Il faisait ici un effort surhumain pour ne pas reculer brusquement. Il espérait qu'il allait se refaire au contact des gens, chose avec laquelle il avait toujours eu des difficultés. Un petit Niels sauvage qui apparaissait dans un territoire très carré. Mais s’il avait su à parvenir à la perfection dans le cabinet à Londres, il n’y aurait aucun problème. Il serait plongé dans ce qu’il savait faire. Le Niels en blouse blanche était plus sociable que le Niels normal et il espérait que le contact serait plus aisé avec Alexandra. Il fallait qu’il devienne ami avec cette femme aux jolies mains pour faire en sorte de bien s’intégrer ici, pour ne pas être vu comme un suspect. Mais pourquoi avait-elle ce don de le sortir de son self-contrôle alors même que Matthew n’avait pas totalement réussi ? Qu’avait-elle en plus ?

Concernant la question, le jeune homme n’avait pas hésité à la reformuler et il espérait lui avoir bien fait comprendre que le professionnalisme avait été ici oublié. D’ailleurs, il n’avait vu aucune réaction par rapport à sa réponse sur le fait qu’il n’avait pas trouvé la bonne femme. Il s’était au moins attendu à un sourire moqueur ou à un hochement de tête, mais rien. Son esprit ne semblait même pas y penser aussi non plus, comme si la chose était passée comme une lettre à la poste. L’avait-elle au moins entendu ? Pourquoi semblait-elle ne même pas avoir une pensée là-dessus à l’intérieur d’elle-même ? Elle avait seulement baissé les yeux sur la feuille, neutre comme pas possible pour raturer une case. Il se rendait compte qu'il existait deux possibilités : la gêne ou la culpabilité. Aucune expression le soulageait et le rendait nerveux en même temps. Elle n’avait pas été rieuse, mais en même temps ne pas savoir lui laissait l’opportunité d’imaginer plein de choses. Il fut coupé dans sa réflexion lorsqu’elle releva les yeux vers lui. Elle disait alors n’y prendre aucun plaisir. Il fronça les sourcils, surpris de cette réflexion à laquelle il ne s’attendait.. absolument pas. Était-ce une manière étrange de s’excuser auprès de lui sans dire les mots magiques ? Son frère était bel et bien le pro pour ça. Il avait cette fierté qui l’empêchait de les sortir de sa bouche si bien que Niels l’avait tant forcé parfois «  Dé-so-lé frangin. C’est pas compliqué à dire comme mot pourtant ! Trois syllabes Isaac, trois ! », s’était-il souvent exclamé ne comprenant pas l’impossibilité de son grand frère à le formuler.

Le jeune homme avait alors croisé les bras sur son torse en la regardant fixement. Il attendait la suite et se méfiait. Et comme prévu, elle ne disait pas les mots magiques qui seuls comptaient pour Niels. À la place, elle mettait ça sur la faute de sa « manière de fonctionner ». C’était bien beau ça ! Bien facile ! Cela sonnait comme du « Oh, je suis ignoble avec toi blondinet, mais être une connasse est ma manière de fonctionner, habitues toi à être persécuté. » Si elle lui avait sorti ça, cela aurait signifié la même chose. Il devait se forcer à se mettre à sa place afin de deviner ce qu’elle voulait vraiment dire. Était-elle désolée tout en lui faisant prendre conscience que son comportement ne s’arrêterait pas alors qu’elle disait ne pas y prendre du plaisir ? Cela ne collait pas du tout. Il y avait d’autres manières de se comporter, et il avait bien envie de lui sortir qu’être une sale petite garce n’était pas le but dans la vie et que si elle continuait, c’était justement parce qu’elle y prenait plaisir. Cela lui faisait juste trop mal de se l’avouer. Il ne répondit pas et la laissa continuer. Il ne fallait pas la forcer à être ce genre de personne là. Quoi ?! Son coeur s’arrêta net dans sa poitrine à cet instant-là ! Alors là, elle était forte ! Elle était en train de rejeter la faute sur lui !


- Parce que c’est de ma faute maintenant. Je note, fit simplement Niels d’une voix dénuée d’émotions.

Aucune raison que cela ne se passe mal. Mais bien sûr. Elle commençait déjà fortement en l’accusant que son comportement de vipère ressortait à cause de lui. Elle pouvait se blâmer elle-même cette imbécile. Mais lorsqu’elle finit avec le fait qu’elle ne lui aurait pas donné cette opportunité, elle avait un point important, mais sans doute aussi faux. Si elle avait accepté, c’était parce qu’il y avait tout un intérêt technique derrière et ce n’était juste pas pour ses beaux yeux. Néanmoins, il ne pouvait pas se résoudre à lui sortir une telle choses, il ne voulait pas aggraver la merde dans laquelle ils étaient déjà. Il hocha donc la tête pour montrer qu’il était « d’accord » avec elle. Au moins, lui, contrairement à Isaac, il savait mettre sa fierté derrière lui pour enchainer. Le silence était pesant et elle le comprit de nouveau en lui annonçant qu’ils continuaient. Bonne idée. Elle n’avait pas intérêt à changer les questions de nouveau, pensa t-il aussitôt, cela serait le comble après ce qu’elle venait de lui dire. Alors quand elle reprit, il fit en sorte de se concentrer là-dessus et simplement sur ça. Avait-il remarqué quelque chose d’anormal ? Honnêtement non, et il ne pensait pas avoir de problème avec cette partie-là.

- Non. Rien d’inhabituel, répondit-il naturellement d’une voix posée malgré le bref propos.

Sa réponse était courte et il n’avait pas envie de s’emporter dans de longues répliques, il n’était pas d’humeur. Tout était normal avec lui, et il ne pensait pas avoir de problème avec ce qu’elle venait de dire. La grosseur était très bien dans les bons moments alors il n’avait rien à ajouter. Lorsqu’elle lui parla alors du questionnaire qu’elle tenait dans les mains et qu’elle allait lui laisser remplir, il fut surpris. Elle l’avait commencé à voix haute. Sans doute, s’était-elle rendu compte qu’elle était trop gênée pour continuer, où qu’il préférerait y répondre par écrit. Le jeune homme prit le stylo et le papier. Il s’assit en tailleur sur la table pour être plus à l’aise.

- Ok, je fais ça, fit-il.

Il baissa les yeux vers la feuille où les questions s’étalaient. Décidément, des questionnaires, il en avait aujourd’hui. Pendant qu’il le faisait, la jeune femme allait sans doute pouvoir se calmer et lui faire en sorte de retrouver un peu plus la parole, car ses dernières répliques n’avait pas été très riches. La feuille commençait par le dysfonctionnement érectile et il sut que ça allait aller plutôt vite. Déjà, cela commençait avec ce genre de choses. « Question 1 - Avec quelle fréquence avez-vous pu avoir une érection, au cours de vos rapports sexuels ? » Son crayon cocha aussitôt la première qui disait « 0 = Je n’ai eu aucun rapport sexuel ». La partie continuait comme ça, son crayon enchaînait les « 0 ». «Je n’ai jamais essayé d’avoir des rapports sexuels » fut coché six fois de suite, rendant le questionnaire plus aisé. Cela n’aidait sans doute pas à savoir s’il avait des troubles, mais il ne pouvait pas tellement mettre autre chose. Il prit un peu plus de temps sur d’autres questions, réfléchissant un peu plus. A quelle fréquence ressentait-il ce genre de désir, et que en était l’intensité ? Ses yeux dévirèrent légèrement vers les cuisses de la jeune femme en talons et depuis qu’il l’avait sous les yeux, il avait bien l’envie de mettre un cran au-dessus. Était-ce le fait qu’il n’avait plus eu l’habitude de fréquenter des personnes ? Mais pourquoi ne ressentait-il pas cette étrange chaleur en lui avec d’autres ? Mais comme la chose était assez récente, il se contenta de cocher « quelques fois environ la moitié du temps » et « intensité moyenne ». Ni trop forte, ni trop faible. Le jeune homme connaissait aussi le barème du questionnaire alors il s’amusa à calculer la première partie des quinze questions. Le total était de 22 points qu’il remportait grâce aux questions sur les stimulations sexuelles qui regroupaient aussi ses stimulations personnelles plutôt que des rapports qui nécessitaient deux personnes. Il se souvenait alors qu’une DE gradée entre 22 et 25 rentrait dans la case de « DE peu sévère (mild). Il était embêté de ne pas rentrer dans la case normal.. mais tout était assez subjectif, car il avait aussi bien hésité entre les « sûr » et « moyennement sûr » qui s’écartait d’un point à chaque fois, alors s’il avait été plus positif avec lui-même, il aurait pu atteindre sans problème un 26 qui l’aurait fait rentrer dans la case « normal » alors il n’y avait pas de raison de s’inquiéter.

Il poursuivit ensuite avec la seconde partie qui parlait d’éjaculation prématurée. Le jeune homme se demandait si la brunette allait regarder ses réponses immédiatement après, réponses qu’elle n’aurait d’ailleurs pas à calculer vu qu’il prenait le soin d’indiquer à chaque fois le résultat en écrivant la catégorie correspondante qui n'était pas écrite vu qu'un patient n'était pas censé le savoir. Il estimait que les Américains avaient sans doute les mêmes catégories qu’eux. Parfois, il relevait la tête pour regarder les murs qui l’aidaient dans ses réponses histoire de se fixer et il était plus aisé de regarder les jambes d’Alexandra en admirant le mur juste après pour être discret. Il regarda longuement les quatre questions qui ne le concernait pas et se mordit la lèvre, pensif. Elles ne parlaient que de rapports sexuels sans laisser de place à autre chose. Décidément.. Il fit une croix à côté des quatre, vu qu’il ne pouvait pas y répondre. Il avait déjà vu ça dans les questionnaires qu’il donnait à ses patients.

La troisième partie sur celle de la sexualité masculine comportait sans doute les questions les plus gênantes du papier et il comprenait maintenant pourquoi la jeune femme avait eu la bonne idée de lui donner la feuille. Elle était sans doute en train d’y repenser elle aussi, à sa bonne et sage décision. Parce qu'il n’avait pas vraiment envie de lui parler de la rigidité de ses érections à haute voix bien qu’il n’y avait que quatre petites questions à cette partie avant de passer à la suivante sur l’éjaculation. La première question commençait déjà avec un truc embêtant qui le fit rire. Ils étaient en train de lui demander combien de fois, il avait été capable d’éjaculer lors d’une activité sexuelle au cours du dernier mois.

- Roh comme si je m’amusais à compter.. !, ne put s’empêcher de dire le jeune homme d’une voix amusée.

Il n’en savait rien lui, mais un rapide coup d’œil aux réponses l’éclairait déjà un peu plus. « Le tout le temps » et « la plupart du temps » étaient ses amis.

- On peut pas mettre un 4,5 ? C’est tellement subjectif..
, fit-il de nouveau plus pour lui-même avant de cocher un 5.

Il fit pareil pour les six questions suivantes qui lui rapportaient des points à chaque fois. Il était cette fois-ci en train de péter les scores ce qui lui prouvait qu’il n’avait aucun souci. Entre les éjaculations qui ne mettaient pas trop de temps à venir, ou le fait qu’elles soient aussi fortes ou inchangées ou encore aucune douleur qui ne venait le rassurait. Il remerciait encore une autre fois Alexandra de lui avoir donné le papier même s’il savait qu’elle le lirait et qu’elle en saurait plus sur lui.. L’avant-dernière partie sur la satisfaction fut aussitôt elle aussi sauté, vu qu’elle ne parlait que des relations entre partenaires. La dernière partie arriva enfin et vu qu’il fut capable de répondre de cocher un bon petit 5 à la question concernant le nombre de ses plaisirs personnels par mois, il n’eut pas besoin de répondre aux sept dernières questions. Il parcourut la feuille rapidement pour voir s’il n’avait rien oublié et releva les yeux vers la brunette. Le questionnaire lui avait changé les idées, et il avait mis de côté son froid précédent. Il reposa le crayon sur le papier et la regarda fixement avant de dire avec un léger sourire timide :

- J’ai fini.


Une bonne chose de fait en tous les cas et il espérait que grâce à ça, il n’aurait pas besoin d’aller voir un autre spécialiste. Il n’avait guère envie de passer ses premiers jours ici à se faire tripoter par des inconnus.


 
CODAGE PAR AMIANTE

___________________________________
We'd stared into the face of Death, and Death blinked first. You'd think that would make us feel brave and invincible. It didn't.”
by wiise



Dernière édition par Niels Welligton le Jeu 26 Avr - 15:44, édité 3 fois
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MessageJeu 26 Avr - 0:03

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Les sourcils froncés, l'expression fermée et la moue méfiante... Il avait été aussi surpris que moi-même par ma déclaration. Je n'avais même pas espéré que mes paroles changent la face du monde, j'aurais au moins souhaité que Niels me témoigne un minimum de respect tandis que je m'écorchais les lèvres dans un mea culpa qui me coûtait bien plus qu'il n'y paraissait. On murmurait que j'étais une jeune Créatrice sauvage et fière, quels adjectifs pourrait-on lui octroyer alors qu'il avait le culot de croiser les bras comme s'il restait profondément offusqué ? S'était-il seulement entendu me parler il y a quelques instants ? Et maintenant, il me jaugeait en plus : bras croisés sur le torse pour se donner une contenance comme s'il avait eu le droit d'être vexé... Pauvre gosse de riches qu'on n'avait jamais contrarié. Injuste, je l'étais. Je l'affublai de préjugés sans savoir, je l'insultais pour cet air supérieur que lui donnait sa posture et ses yeux clairs qui ne me quittaient pas. Bientôt, ses lèvres s'entrouvrirent et si j'avais espéré qu'il saurait lui aussi mettre de l'eau dans son vin, je m'étais fourrée le doigt dans l’œil jusqu'au coude.

L'empathie qui l'avait souvent caractérisé avait totalement disparu. Envolée on ne sait où, aux abonnés absents... Un vaste vide remplaçait ses émotions et son sarcasme dont le "je note" était l'apothéose me donnaient de plus en plus de fil à retordre pour ne pas me laisser emporter dans une colère ardente dont je savais qu'on y perdrait tous les deux des plumes. Sans compter que cela aurait été lui faire trop d'honneur que de sortir de mes gonds pour ses petites manières de lycéen mal élevé ! Au final, ses mésaventures ne lui avaient rien appris. Il pouvait arborer autant de blessures qu'il voulait, il n'avait rien compris à cette apocalypse : il ne voyait que sa petite personne.

Ma poigne s'était refermée autour de la plaquette, telle une serre autour d'une malheureuse proie. La pression m'aidait à me concentrer sur autre chose que sur mon désir brûlant de lui coller en pleine face toutes les petites attentions que je lui avais accordées, trop gentiment. Finalement, la déception avait été rejointe par la colère, froide et tacite. Distance professionnelle, c'était mieux ainsi.

- Je t'en prie note, rétorquai-je avant de faire un pas de plus vers lui. Mais comprends une chose, moi je fais seulement mon boulot en t'évaluant sous toutes les coutures et je peux être désagréable mais jamais sans raison et j'en avais une excellente puisqu'un petit nouveau venait de tenter un putsch à peine arrivé...

J'aurais eu envie de lui demander à quoi il s'attendait en tentant sa chance au WICKED. Pouvait-il réellement croire qu'il serait accueilli à bras ouverts sans même qu'on ne le teste constamment, qu'on le pousse dans ses retranchements et qu'on ne le mette sous pression pour appréhender sa véritable personnalité ? Il aurait été bien bête de ne serait-ce qu'en rêver... L'enjeu pour l'entreprise était bien trop important. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il ne serait pas mis dans la confidence du projet Labyrinthe, du moins pas tout de suite. Les informations sensibles qui s'y rattachaient devaient rester confidentielles tant que nous n'étions pas certains de la loyauté des nouveaux employés : une fois la période d'évaluation finie, ils finissaient soit à la porte soit intégraient définitivement une équipe. Et la donne changeait.

A peine moins d'une heure de son embauche, nous étions loin de ce dénouement. Pire, toutes les représentations faussées qui m'avaient polluée venaient de se dissiper, me laissant dans un flou où seule transparaissait la facilité avec laquelle il était devenu un sombre abruti. Un mec comme les autres qui prenait plaisir à descendre une nana parce qu'elle montrait une petite faiblesse sur un sujet sensible. Alors oui, je lui avais peut-être rabattu le caquet avec trop de hargne, mais je ne regrettais pas si cela pouvait lui avoir servi de leçon.

- Il faut croire que je t'avais trop mis en confiance... dis-je en pinçant les lèvres, les traits tirés en sentant la déception reprendre le dessus. Comme pour m'empêcher de retrouver une espèce de sentiment de faiblesse, je terminai : Après... S'il faut être dure pour que tu comprennes, je le serai mais c'est à toi de décider.

Après avoir soutenu son regard pendant quelques secondes, ma tête s'était légèrement tournée pour mettre dans mon champ de vision son sac encore à terre. Il le prendrait à coup sûr pour une menace et ce serait une excellente chose, parce que c'en était une. Aussi terrible que soit le sentiment d'être beaucoup trop intransigeante en agissant de la sorte, c'était un mal que je considérais comme nécessaire si cela pouvait lui donner un tant soit peu une leçon utile à propos d'un travail au WICKED. La première des lois à connaître sur le bout des doigts si on ne voulait pas finir au fond d'un cagibi ou, pire, dans une fosse commune... Toujours respecter et obéir à ses supérieurs. Quoi qu'il vous en coûte, vous deviez être capable de tout pour parvenir aux fins qu'ils vous avaient confiées et cela sans jamais remettre en cause les abominations qu'ils pouvaient vous demander.

Lâche. Nombreux auraient été ceux qui auraient ainsi qualifié cette manière d'agir s'ils avaient eu un point de vue extérieur. Seulement, cela aurait été bien trop facile de juger sans avoir la moindre implication... La morale ne gagnait pas des guerres. Il fallait savoir être capable de commettre des péchés horribles pour mieux sauver votre peau et celles des personnes que vous souhaitiez prendre sous votre aile, être conscient qu'engendrer le pire pouvait être une étape pour accéder au meilleur. Tous, sans exception, nous avions cette mentalité au WICKED : la plupart au pied de la lettre et moi - et peut-être d'autres qui sait... - qui en envisageais les bénéfices à plus long terme autant qu'elle profitait des avantages immédiats. Si Niels voulait avoir une chance de rester parmi nous, il allait falloir qu'il s'y conforme.

Accepter simplement qu'ici, il ne pourrait pas tout contrôler ou, plutôt, qu'il ne contrôlerait rien. Il ne serait que des petites mains travaillant dans l'ombre d'un projet faramineux dont je me prenais de plus en plus à penser qu'il était voué à l'échec si personne n'avait le bon sens de réaliser à quel point cette épreuve était une abomination. Les hauts dirigeants faisaient fausse route. Quelle que soit leurs qualifications et la flopée de diplômes qu'ils accrochaient encore dans leurs immenses bureaux, ils se trompaient. J'y songeai chaque jour et cette sensation de n'être qu'un pion insignifiant sur l'échiquier s'intensifiait à chaque nouveau cadavre qui jonchait le sol du labyrinthe. Ce n'était pas fréquent, mais c'était régulier.

Mon regard scrutait désormais sa silhouette posée en tailleur. Il avait attrapé le questionnaire à l'instant même où j'avais posé la seule question qui importait vraiment, les autres étaient inutiles. Si j'avais dû effectuer l'examen complet, je ne m'en serai pas embarrassée, pas plus que n'importe quel médecin d'ici je présumais. Nous étions là pour un check-up général, pas pour nous immiscer dans la vie sexuelle des employés. Pourquoi lui avoir collé entre les mains dans ce cas ? Simplement pour avoir la paix, pour prendre le temps de rassembler mes pensées et faire taire cette putain de voix qui me criait que ce mec me faisait commettre bien trop d'erreurs. Qu'il était dangereux pour moi.

Dans mon esprit, des souvenirs si récents défilaient que je pouvais presque encore percevoir l'éblouissement du soleil dans mes yeux, l'odeur âcre de la peur de tous ces gens qui, bloqués entre nos filets, avaient dû se soumettre à notre expertise et le son strident de sa respiration quand je l'avais isolé de la foule. Cette rencontre, peu classique avait immédiatement su me faire ressentir cette touche de compassion. Ce sentiment improbable n'avait que renforcer mon envie de le connaître un peu plus et son travail ayant été loin de la médiocrité, j'avais joué les recruteuses - si on m'avait dit un jour que je pourrais ne serait-ce qu'envisager de jouer les rabatteuses pour le WICKED... J'aurais eu le plus grand fou rire de mon existence ! - contre toute attente, surtout contre la mienne d'ailleurs... Le médicament que je lui avais filé était la cerise sur ce foutu gâteau, déjà bien cramé avant même qu'il ne pointe sa mine ici... Et après ? Hé bien en bonne petite sainte, je lui avais sauvé la mise face à Matthew en devenant une diversion parfaite le temps qu'il se reprenne, puis j'avais ostensiblement couvert l'introduction de deux armes dans le complexe, avant de lâcher l'affaire quant à un secret qu'il cachait savamment à propos d'un évènement traumatique, et tout cela dans quel but ? Protéger sa fine carcasse des charognards qui rôdaient partout autour de nous ! Franchement, j'avais été trop conne de risquer quoi que ce soit pour lui. Pour le merci que j'avais eu...

D'accord, j'avais eu ma petite vengeance avec ma question déplacée et son discours perdu pour arriver à la conclusion redoutée. "Pas encore trouvé la bonne fille"... Qui ne disait ou ne pensait pas ce genre de conneries ? Même ceux qui passaient à l'acte pour pouvoir s'en vanter devant leurs potes n'étaient pas assez bêtes pour le faire avec la première venue : ils la choisissaient et tentaient d'en garder un souvenir mémorable. Dans ses paroles, j'avais pu percevoir que Niels y croyait vraiment... Triste. Moi aussi j'y avais cru, puis j'avais dédramatisé après le premier chagrin d'amour. Il n'avait "que" dix-neuf ans. Voilà ce qu'on en aurait dit il y a encore quelques années. La version à l'heure actuelle était différente, plus dure envers ce type d'idéalisme consistant à croire qu'on pouvait encore trouver une moitié dans ce foutoir qu'était devenu le monde. Avait-il réellement pu vivre un an en dehors des enceintes protégées de la zone saine et demeurer aussi naïf ? Et dire que j'aurais trouvé cela touchant s'il ne m'avait pas sauté à la gorge à la moindre occasion... Deux visages pour un seul homme. Lequel était l'authentique ? Ou peut-être étaient-ce les deux faces d'un même problème... Mon problème attitré désormais.

Le silence avait été plaisant jusqu'à maintenant. Me permettant de poser mes réflexions sans être déconcentré par ses mimiques ou de nouvelles paroles blessantes, mon corps s'était détendu pour retrouver un équilibre agréable. Mes épaules me tiraillaient un peu, la tension avait été si intense que je sentais ma nuque légèrement raidie. Cependant, Niels avait l'air décidé à avoir le dernier mot ou, du moins, à trouver un nouveau moyen de m'exaspérer. L'amusement dans sa voix résonnait comme autant de fausse note dans l'harmonie du calme qui régnait dans la pièce, une dissonance qui me vrillait les tympans avec son mauvais air de petit péteux essayant de jouer au coq... Les mecs se croyaient-ils donc toujours obligés de pavaner dès qu'il s'agissait de questions portant sur le dessous de la ceinture ?

Mes doigts frappaient maintenant la mesure sur le plateau métallique du chariot. Le rythme se propageait, apaisant. Me fixer sur ce son m'aidait à ne pas m'énerver à propos de ses questions rhétoriques dont je préférais laisser flotter la saveur écœurante dans l'air. Mes yeux noisette perdus dans le vague, je ne m'étais pas aperçue que Niels me regardait fixement avant qu'il ne déclare avoir fini le questionnaire. J'eus tout juste le temps de relever la tête pour apercevoir son sourire timide, je réprimai toute sympathie.

- Ok, fis-je en me redressant.

La distance physique entre nous était telle qu'elle fut couverte en à peine deux ou trois enjambées, celle immatérielle me semblait pour le moment insurmontable dans l'immédiat. Ma main se tendit, attendant qu'il me confie la plaquette ainsi que le stylo. Si je jetai un coup d’œil aux résultats, cela n'était qu'illusion pour lui servir le professionnalisme dont il s'était précédemment plaint comme une manière de lui faire fermer son clapet. J'avais besoin de l'ignorer : là, maintenant, tout de suite. Il avait déjà rempli les scores totaux, ma mâchoire se serra tandis que j'inspirai doucement une bouffée d'air pour éviter de pester à voix haute. Ce petit imbécile ne pouvait pas se retenir de vouloir jouer les irréprochables même quand il se faisait remettre à sa place ! Si ma colère à l'encontre de Matthew s'était apaisée tout à l'heure, elle revenait plus vive désormais alors que je lui en voulais de m'avoir collé cette recrue dans les pattes. Pure façon de décompenser que d'en vouloir à un autre: en relâchant mes barrières, j'avais pertinemment cherché à écoper de cette peine...
 
Relevant à la va-vite les questions principales qui auraient dû occuper un examen physique minutieux, je résumai :

- D'accord, on va donc en avoir fini bientôt.

Aucun mot sur ses réponses ni sur son excellente discipline à compléter les données totales lui-même, que dalle. Je ne lui accorderai pas le plaisir de lui faire sentir que c'est à travers de telles initiatives qu'il pourrait se démarquer de ces futurs collègues. Je n'avais pas envie d'être sympathique. J'avais envie de prendre de la hauteur sur la situation, de me cloitrer à double tour dans ma forteresse imprenable et de retrouver la douceur bleue de mes lignes de code. Au moins, elles me foutaient la paix, elles.

- Examen podologique ok, j'ai déjà fait attention quand tu marchais tout à l'heure et quand tu étais assis, je n'ai rien remarqué : quelque chose à déclarer ? lui demandai-je sur un ton très détaché tout en inscrivant déjà les "RAS" dans les champs correspondants à mes observations préalables.

Emballé, c'est pesé ! Je n'avais aucunement envie de m'attarder davantage et l'humeur massacrante qui m'habitait n'arrangeait rien à la chose. Rapidement expédiée, cette partie vînt donc appeler la dernière étape de l'examen.

- Il ne nous reste donc plus que la prise de sang, me contentai-je d'annoncer posément, sans une once d'émotion dans la voix.

Déjà, je m'affairai autour du tiroir du chariot contenant les seringues, papillons et autres aiguilles sous blister. Vu le bilan complet que nous avions à faire, je préférai opter pour le prélèvement avec un barrilet, ainsi j'aurais tout le loisir de fixer les tubes les uns après les autres directement dans celui-ci pour éviter de transvaser le sang par la suite. Avec méthode, j'alignai les tubes sur un plateau dont le métal argenté reluisait sous les néons, juste devant la grille qui les maintiendrait à la verticale une fois remplis. Deux tubes à bouchon rouge, puis un autre de toutes les couleurs habituelles : jaune, bleu, violet, gris et vert. Cet arc-en-ciel que je créais mécaniquement me permettait de ne pas songer à Niels dont je connaissais l'aversion pour les prises de sang ou, du moins, j'essayais de ne pas y penser. Hors de question de retomber dans le piège de l'humanité avec lui.

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MessageJeu 26 Avr - 15:44





Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Prendre note. La jeune femme avait réellement mal pris sa remarque qui avait été un peu trop cash, il fallait l’avouer. Le fait qu’elle fasse un pas vers lui tout en rétorquant cela avait bel et bien accentué l’insistance dont elle faisait preuve à cet instant. Elle lui expliquait que son boulot était de l’évaluer sous toutes les coutures et qu’elle avait forcément une raison d’être désagréable. Lorsqu’elle parla d’un petit nouveau, il fronça les sourcils, ne captant pas aussitôt qu’elle venait de parler de lui à la troisième personne. C’était donc lui et il trouvait qu’elle exagérait clairement avec ses mots. Un putsch. Et pourquoi pas un coup d’Etat non plus pendant qu’on y était !? Il lutta pour se la fermer, chose qu’il savait un minimum faire. Sortir ça aurait été suicidaire, surtout face à une Alexandra remontée. Il se disait qu’il aurait bien mérité une gifle pour son comportement. C’était une spécialité de filles ça, elles pouvaient aisément les frapper sans que cela pose problème à la société, mais si jamais l’inverse arrivait, la donne se bouleversait totalement. Ce qui paraissait un moyen de défense pour les demoiselles se transformait pour la jante masculine en un geste de violence. Cette distinction entre les deux était à la fois logique et pas logique, car il pouvait y avoir des femmes très violentes qui pouvaient maltraiter des hommes sans qu’ils ne puissent vraiment se défendre. La situation extrême n’était pas non plus le cas ici, mais Niels venait de se perdre dans ce genre de pensées.

Son visage fermé, ses lèvres pincées et ses sourcils froncés sonnaient telle une sentence accompagnée des mots qui sortaient de sa bouche. Il avait été mis trop en confiance et elle pouvait très bien être dure avec lui s’il le fallait. On aurait dit sa mère dans les pires moments de ses bêtises, mais il devinait que les mots reflétaient de la déception. Cela avait été la même chose avec sa mère alors il venait de capter. S’attendait-elle à autre chose de lui ? À ce qu’il se laisse faire sans doute.. Son regard avait ensuite dévié vers son sac et son cœur avait fait un bond net dans son corps. Il avait compris ce que cela signifiait et il n’en aimait pas le goût. Elle y revenait bien trop tôt.. et le pire était que son avis semblait être définitif et encore plus direct. Il n’avait pas réussi à la convaincre, alors il allait devoir les ramener en cachette sans qu’elle le sache.. Il haïssait cette idée, car si elle le chopait de nouveau, elle ne lui ferait malheureusement pas de cadeaux. Échec. Déception pour lui cette fois-ci. Il avait cru l’atteindre, mais cela n’avait pas été le cas.. Il préféra ne rien répondre, il s’était contenté de la fixer droit dans les yeux, comprenant et affrontant ce qu’elle lui disait.. Il n’y avait rien à rajouter de toute manière, car il fallait atteindre que la lave du volcan qu’elle incarnait devienne plus tiède, voir même froide pour effleurer le sujet de nouveau. Alors oui, il la croyait à 2000% quand lorsqu’elle lui faisait capter qu’elle pouvait être bien difficile avec lui. Elle était une sadique née et la croire au moment où elle lui sortait qu’elle n’y prenait aucun plaisir était bien difficile..

Il avait ensuite complété le questionnaire et s’il avait sorti des réflexions à haute voix, il n’avait pas du tout fait attention aux réactions de la jeune femme. Il n’avait pas vu à quel point elle avait été désespérée par son attitude bien masculine pour le coup. Le silence lui allait à la perfection, il était soulagé de ne plus l’entendre le menacer, lui poser des questions et de le chercher. Son crayon avait continué de griffonner le papier pendant quelques minutes encore avant qu’il ne lui tende le résultat. Il vit ses yeux se poser très rapidement sur la feuille, comme si elle voulait lui montrer qu’elle regardait, mais il savait en vérité qu’elle le ferait plus tard. Lui n’avait pas d’inquiétude à ce sujet-là pour une fois. Il connaissait les barèmes à la perfection, alors il n'y avait pas de quoi se faire un sang d’ancre par rapport à ce qui allait ensuite très vite arriver. Ses doigts qui avaient frappé le bureau dans un rythme assez lent et répétitif l’avaient stressé et il détestait ça. Combien de fois son frère s’était amusé à le faire sans même s’en rendre compte alors qu’il bossait juste à côté. Il lui avait balancé il ne savait combien d’oreiller dans la figure pour le faire arrêter et heureusement qu’Alexandra ne l’avait pas fait pendant longtemps, ce geste l’insupportait tout simplement. Il avait le souvenir d’une surveillante qui pendant une heure avait le devoir de les regarder faire leurs devoirs et elle ne trouvait comme occupation que de s’amuser avec son trousseau de clés pendant l’heure entière sans ne jamais s’arrêter dans une salle trop silencieuse. Il avait cru devenir fou à chaque fois alors que cela ne semblait choquer personne d’autre. Il avait été soulagé quand elle avait été remplacée. * Comme elle le disait alors, l’examen allait enfin toucher à sa fin et il se disait pour le moment qu’il avait bien fait des efforts avec le temps concernant ses énormes trouilles. Il ne fallait cependant pas parler trop vite, car il avait bien retenu ce qu’ils n’avaient pas encore fait. "Un tube promis" avait-elle dit, cela l’aidait à relativiser et le tout irait vite. Avait-il quelque chose rajouter ? Alors qu’il allait ouvrir la bouche, Niels la vit noter des choses rapides en face des dernières cases et il se força à ne pas lever les yeux au ciel.

- Je crois que tu as déjà ta réponse, fit-il remarquer en dirigeant son regard vers les petits « RAS » des cases vides, il y avait deux secondes de ça.

Il n’avait pas non plus manqué son temps très froid et très détaché. Ensuite, la chose arriva. Il n’y avait eu aucune nouvelle émotion dans ce qu’elle disait et cela le dérangeait. Elle n’était plus bienveillante par rapport à sa peur et semblait même s’en fiche. Elle sortait alors tout ce qu’il fallait avec des gestes presque trop robotiques et en regardant tout les tubes qu’elle sortait, il déglutit avec difficulté, ne comprenant pas ce qu’il se passait. Quand ses yeux se posèrent vers le barillet, il se disait qu’il était bien dans la merde et que l’objet ne signifiait pas « juste un tube ». S’était-elle fichue de lui ou se vengeait-elle encore ? N’en avait-elle pas eu assez ? Pourquoi ce soudain changement d’avis ?


- Pourquoi cinq et pas un comme tu m’as certifié au début ? Il y a un problème avec un exam ?, demanda le jeune homme en fronçant les sourcils.

Il n’était pas très content qu’elle lui ait « menti » et il se sentait bien naïf et berné. Pour lui le mot "promettre" étai sacré.

- Ou alors tu ne sais pas bien compter, fit-il remarquer d’une voix hésitante et presque agacée. Ça me rappelle très bien une fois quand on m’avait promis - il insista bien sur le verbe avec son accent - la même chose pour une analyse de je ne sais même plus quoi et c’était en vérité totalement faux. J’aurais préféré que tu me le dises au début - comme lui n’avait d’ailleurs pas fait avec les armes, pensa t-il en culpabilisant bien trop -. L’infirmière m’avait juste sorti une excuse banale. J’ai l’habitude que les gens comprennent pas ma peur, pour eux c’est juste normal ou même stupide.


Niels ne cessait de regarder le matériel en fronçant les sourcils. C’était probablement une vengeance oui. Le méritait-il ? Il n’était pas sûr qu’une vengeance en jouant sur son « traumatisme » soit le plus approprié. Elle, elle était pareille que cette infirmière stupide sur laquelle il était tombé.

- C’est pas compliqué, j’aurais pu me préparer dans ma tête, mais là, ce n'est pas le cas. Enfin bref., finit-il se doutant bien qu’elle s’en fichait.

Super. Il était pour le coup trahi et égoïste envers la situation ainsi que cette maudite peur. Ce sentiment était la chose la plus maudite qu’il existe, car elle était bien capable de tourner les gens en d’autres personnes assez malsaines. Il avait l’air d’un prince qu’il ne fallait surtout pas bousculer et cela le dégoûtait, voir même l’écoeurait. Cette angoisse qui grouillait dans son ventre parlait clairement à sa place et s’il y avait bien une chose sur laquelle il avait toujours été incorrigible, c’étaient bien les aiguilles.

*:
 

 
CODAGE PAR AMIANTE

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We'd stared into the face of Death, and Death blinked first. You'd think that would make us feel brave and invincible. It didn't.”
by wiise

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MessageVen 27 Avr - 12:18

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Le mouvement effaçait les pensées, le physique contre le mental. Cette concentration toute particulière que je mettais à laisser mes doigts enchaîner les gestes les uns après les autres était reposante. Les arcs qu'ils décrivaient, les pianotements distraits sur le bord des tiroirs lorsque j'hésitai quant à la méthode pour laquelle opter, le contact froid du métal qui composait le plateau supérieur du chariot,... Tout m'aidait à ne pas sentir le regard de Niels dans mon dos. Je le devinai glacial, ou tout du moins encore vexé par notre altercation. Il avait pu mettre toute son énergie à paraître plus léger pendant qu'il remplissait le questionnaire, cela ne me bernait pas. Ses paroles concises me l'avaient prouvé quand il avait jeté son regard sur le feuillet que j'avais alors en main, comme s'il voulait me dire que je ferai mieux de me taire plutôt que de poser des questions inutiles. Impossible de ne pas sentir la tension remonter d'un cran, il jouait bien trop les offusqués et les petits malins pour ne pas me devenir de plus en plus insupportable.

Quoique si son ton d'une fraîcheur hostile m'avait agacée, qu'aurais-je dû dire quand il osa m'interroger d'une voix où sifflait plus le reproche que le questionnement ? Ne pouvait-il pas s'empêcher de geindre ? Franchement, n'était-il donc pas capable d'encaisser quoi que ce soit ? J'aurais voulu être cinglante, d'autant plus que ses dires à propos du fait que je lui aurais certifié que je ne le piquerai qu'une fois semblait avoir déclenché dans son raisonnement un curieux amalgame : et non mon chéri, une prise de sang ne correspondait pas nécessairement à un seul tube ! Néanmoins, je déglutis en silence en sentant mes omoplates se contracter sous la tension qui regagnait du terrain chaque seconde davantage. Ravalant mon envie d'être antipathique au possible, je ne répondis qu'à la seconde partie de sa tirade.

- Non, rien de plus que ce dont on a parlé.

Rien ne servait de s’appesantir sur le reste ! Sinon j'aurais risqué de finir par le remballer réellement et ce n'était clairement pas la meilleure des idées alors que je m'apprêtai à lui ficher une aiguille dans le bras d'ici moins d'une minute. En effet, je me souvenais parfaitement avoir voulu le rassurer en début d'examen alors qu'il était difficile pour l'un comme pour l'autre d'être à l'aise avec l'idée que j'allais devoir effectuer tous les tests à la place du médecin habituel. Comme je le faisais souvent avec les jeunes futurs blocards dont je savais que la peur des aiguilles ou de la vue du sang pouvait poindre à tout instant à l'apparition finale d'une seringue, j'avais sorti ma réplique millimétrée : "juste une prise de sang et promis pas avec vingt tubes !" Ou du moins, cela se résumait à un truc du genre avec quelques variantes en fonction de mon humeur du jour ! Cela les aidait à relativiser et c'était devenu une habitude de l'annoncer dès que je voyais que le jeune n'était pas à l'aise en voyant poindre les instruments. Avec Niels, sachant sa phobie maladive, j'avais dû le prévenir dans les mêmes termes : j'en étais intimement persuadée.

Cependant, j'avais été trop bête de rêver qu'il puisse en rester là et la boucler après son précédent coup d'éclat. Décidément, je commençai à comprendre comment ce mec avait pu se faire malmener et blesser autant de fois en passant seulement un an seul à la déroute ! Il ne savait absolument pas quand fermer son clapet pour rester en vie et Grand Isaac sait qu'à cet instant précis, ma patience atteignait doucement mais sûrement sa limite. *Non Alex, tu n'as absolument pas envie de le secouer avant de l'épingler contre un mur, absolument pas...* me répétai-je à moitié sérieuse, à moitié sarcastique pour reprendre le contrôle de moi-même et de mes envies meurtrières.

Sous-entendre que j'étais une menteuse fut la goutte d'eau qui fit déborder ce fichu vase que je m'évertuai à vider depuis qu'il m'avait provoquée, je redressai immédiatement la tête en le fixant avec une rage à peine dissimulée. Mes traits étaient figées, ma mâchoire si serrée qu'elle m'en faisait presque mal : j'évitai de lui répondre sur le coup de la colère. Et dire qu'il était sans doute le type avec lequel j'avais été la plus sincère depuis des années, pauvre con. Tout me paraissait désormais inhospitalier dans cette salle. La lumière des néons était trop vive, le bruit des tubes qui bougeait sur le plateau du chariot pendant que je l'approchai de la table où était assis Niels se répercutait dans mon crâne, même ses yeux pâles qui me dévisageaient me paraissaient trop clairs et inquisiteurs. Il fallait que je me calme avant que cela ne dégénère d'une façon ou d'une autre à cause de mes émotions personnels.

Prendre de la hauteur. Me distancier. Me rappeler que je m'étais trompée sur son compte et que je ne pouvais m'en vouloir qu'à moi-même d'avoir cédé à la tentation de briser quelques barrières. Telles étaient les seules pensées qui pouvaient m'aider à ne pas tout lui mettre sur le dos, même si le désir de lui faire payer cette désillusion était puissant.

Entre amalgame avec une situation ancienne semblait-il détestable pour lui et regrets à peine voilés, ses sourcils froncés surplombaient son regard rivé sur le matériel qui s'étalait sur le chariot. Je passai ma langue dans un réflexe, comme pour adoucir les paroles qui allaient les franchir. Ma mère me disait souvent qu'il fallait tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler, le parfait exemple de l'hôpital qui se moquait de la charité vu sa réactivité lors des réunions de quartier ! J'avais hérité sa vivacité et la passion dont elle remplissait chacun de ses actes. Peut-être était-ce même pour cette raison que nous avions été si proche, plus proche encore qu'elle ne l'avait été de mon frère, parce que nous avions le même mode de fonctionnement et qu'elle savait que tôt ou tard ce genre de conseil idiot pourrait me servir.

- Tu as entendu ce que tu as voulu entendre, pas ce que j'ai dit. J'ai dit qu'il n'y en aurait pas vingt, pas qu'il n'y en aurait qu'un. Nuance. commentai-je avec un peu plus de rudesse que je ne l'aurais voulu. Et d'ailleurs, c'est toi qui ne sais pas compter, il y en a six.

Oui vraiment... Oui vraiment ça sonnait mieux que "avise-toi de me traiter une fois encore de menteuse et tu verras que tu n'auras même pas le temps de prononcer mon prénom complet que tu termineras à la porte". Ma mère aurait été fière de moi pour avoir calmer ainsi le jeu. Bon ok, je n'avais rien apaisé du tout ou si peu... J'avais évité de jeter de l'huile sur le feu et ça, c'était déjà un bon point !

Et voilà qu'après un court silence, il renchérissait, se plaignait à nouveau même si, cette fois-ci, ce fut l'angoisse qui prédomina. En réalité, on était bien loin de l'angoisse, c'était une terreur sourde et presque palpable. Un reproche, encore un. Visiblement, lui aussi savait avoir des réactions d'animal blessé... Pourtant, je ne lui en voulus pas. Peut-être parce qu'il semblait réellement désemparé et que cet élan de protection que j'avais eu pour lui au premier regard refaisait surface, même s'il n'empêcha pas ma voix de garder sa neutralité.

- Ce n'est pas stupide, tu as peur et c'est tout. Ça ne se contrôle pas, fis-je en attrapant le garrot. Et je vais respecter ma parole, je ne piquerai qu'une fois. Du moins si tu ne bouges pas.

Simultanément à mon commentaire, je venais de terminer de préparer le matériel en clippant l'embase de l'aiguille sur l'adaptateur du corps du barillet avant d'y glisser le premier tube. Vu ses connaissances médicales, il devait avoir parfaitement compris comment allait se passer le prélèvement sanguin.

- Allez, on s'allonge, lui dis-je sans autre forme de procès, un doigt jouant avec la sangle du garrot.

Une fois en décubitus dorsal, j'attrapai son bras pour le placer correctement sur la table : plaçant un coussin spécial pour y mettre l'avant-bras en déclive dans une position de supination. Je plaçai le garrot fermement, d'une poigne assurée à une dizaine de centimètres du point de ponction que j'envisageai habituellement avant de débuter la palpation de la zone avec ma main gauche. Si j'étais droitière, j'avais toujours eu tendance à utiliser ma main gauche pour certaines tâches : débusquer les veines des sujets que nous examinions au WICKED en faisant partie.

- Là il y en a une belle, annonçai-je en me tournant déjà pour attrapant une compresse que je pressai contre la bouteille de distributeur d'alcool placée sur le chariot. Le ressort métallique crissa un peu quand j'abaissai la compresse pour l'imbiber, puis je désinfectai soigneusement la zone remontant du bas en haut, me concentrant pour finir sur le centre où je piquerai. Parfait.

Compresse jetée, nous allions pouvoir passer aux choses sérieuses. Le barillet déjà préparé attendit sagement que ma main le saisisse : j'y avais déjà inséré le premier tube et décapsulai l'aiguille pour en révéler sa finesse qui reluisait comme un fil d'argent sous la lumière trop blanche.

- Je vais piquer, prends une profonde inspiration, lui conseillai-je en sachant que cela allait peut-être l'aider à se concentrer sur autre chose.

L'aiguille pénétra sa peau, tranquillement sans le moindre à-coup : la meilleure façon pour être sûre de ne pas manquer son coup. Enfin... En théorie... Rectification : la meilleure façon d'être certaine de réussir à condition que le patient ne soit pas qu'un paquet de nerfs totalement tendu de la tête aux pieds ! Dans le premier tube inséré dans le barillet, pas une goutte de sang n'avait pointé le bout de son nez. Tout en gardant l'ensemble bien fiché dans sa chair d'une main, l'index de l'autre palpa la périphérie de l'aiguille à la recherche de cette petite coquine que j'avais manquée ou plutôt qui s'était fait la malle ! Et merde... Niels était si stressé que ses veines roulaient, génial... Il allait pouvoir m'accuser de torture en plus...

Avec précaution, je gardai mon index non loin de l'endroit où j'avais piqué et fis glisser mon aiguille dans sa chair. On n'avait déjà été forcé d'opter pour le même rattrapage de situation avec moi, néanmoins si je n'étais pas sensible et que j'avais trouvé cela franchement désagréable je n'avais aucun mal à penser à quel point Niels devait me maudire à cet instant précis. De petits mouvements lents, je m'en approchai et, à chaque fois, la veine semblait s'échapper inlassablement. N'importe qui aurait affirmé que c'était une douleur tout à fait supportable que je lui infligeai et c'était vrai, mais pour lui et ajoutée à sa peur, je devinai que cela risquait d'être un calvaire.

- Je sais que ce n'est pas agréable mais relâche-toi... me contentai-je d'annoncer posément, d'une voix légèrement plus douce qu'auparavant. Tu as les veines qui roulent, essaye de penser à autre chose ou raconte-moi n'importe quoi qui puisse t'aider à te décrisper...

Doucement, je tirai l'aiguille vers moi sans toutefois la sortir de sa chair. L'idée était de l'enfoncer une seconde fois un peu plus à gauche où ma cible avait glissé contre la partie biseautée de l'aiguille lors de ma première tentative et n'avait cessé de fuir à chacun des micro-mouvements que j'avais fait depuis pour tenter de l'y introduire. J'allais devoir réussir à coincer cette veine sournoise et réussir à en traverser la paroi, sans quoi je serai forcée de repiquer plus loin et j'imaginais déjà le drame que cela serait pour Niels... Je n'étais toutefois pas la seule maître à bord, s'il ne se détendait pas cela pourrait être long et ne pas se résumer à une ou deux tentatives infructueuses...

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