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(TERMINE) The game of secrets has just begun, you better watch your backs. [Niels ft. Alexandra]

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MessageVen 27 Avr - 14:33

Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Les yeux de Niels étaient rivés sur ce qu’Alexandra avait sorti et il était bien impossible pour lui de s’en détacher. Il se sentait trahi par ce qu’elle lui avait avancé tout à l’heure avant de commencer l’examen médical. Il était maintenant en train de voir cinq tubes au lieu d’un seul dont il avait cru entendre parler. Il n’avait pas pu s’empêcher de prendre un ton froid en lui parlant, puis il fallait dire que depuis tout à l’heure, l’ambiance n’était pas à la plus grande joie. Elle aussi semblait avoir mis des barrières entre eux deux. Au revoir la petite Alexandra bienveillante et  bye bye le petit Niels calme. Il commençait vraiment à perdre sa patience avait ce qu’elle lui faisait subir. Elle aurait dû lui dire directement au lieu de passer par de la tromperie. Ses oreilles s’étaient elles aussi concentrées sur le bruit de ce métal qui lui glaçait le sang. Comment allait-il être capable de se détendre ? Ce n’était pas Alexandra qui lui viendrait en aide, c’était clair comme de l’eau de roche. Alors oui, il voulait savoir si le tout était une blague ou si cela allait s’avérer être la vérité. Ses yeux clairs la détaillaient avec attention comme si c’était elle qui allait détenir tout le secret qu’il brûlait d’envie de découvrir. Il tomba bien vite et il sut à cet instant-là qu’il allait encore devoir subir. Il replongeait en enfance et se sentait tel un petit bébé face à ça. Elle confirmait que ce n’était pas plus ce qu’elle lui avait dit alors il ne comprenait pas tellement.

- Comment ça rien de plus ?, ne put-il s’empêcher de sortir.

Elle lui avait dit « un » non ? Délirait-il ? Ce serait bien possible après tout. Il était tellement bouleversé après cet entretien et cette histoire d’armes, puis de crise d’asthme. Sa journée se compliquait toujours et il ne voyait aucun chemin de sortie pour le coup. Il semblait s’être emporté dans une sorte de cercle vicieux qui ne s’arrêtait jamais. Alexandra semblait néanmoins en train de réfléchir à ce qu’elle avait pu lui dire, et il était clair qu’un quiproquo existait entre les deux. Il lui avait quand même fait comprendre indirectement qu’elle lui avait menti par le verbe « promettre », chose que pour lui, elle n’avait pas respecté. Évidemment, elle trouvait toujours une échappatoire, histoire de tourner la situation comme cela l’arrangeait. Elle était très forte avec ça malheureusement pour lui.. Alors allait-elle lui faire payer son agacement et ses mauvaises paroles ? La lourdeur était toujours dans l’air et elle commençait à devenir un terrible poison pour lui. Elle lui annonçait alors qu’il avait rêvé. Délirer aurait été le mot approprié et il avait prit ses désirs pour des réalités. Son ton s’était fait de nouveau froid et direct avant d’ajouter que c’était plutôt lui qui ne savait pas compter. Il regarda à nouveau les tubes pour les recompter et en vit en effet six.

- Fantastique..

Un de plus. Elle semblait être ravie de tout ça d’ailleurs. Encore la maudite sadique Alexandra. Pourtant, en parlant, il avait alors senti qu’il avait peu à peu réussi à instaurer autre chose dans l’air : une nouvelle atmosphère moins pesante. Sa peur n’était pas stupide selon la brune, il ne pouvait tout simplement la contrôler. Pour l’aider à relativiser, elle lui annonça qu’elle n’allait le piquer qu’une seule fois et il espérait qu’elle s’en tiendrait à ça. Il ne fallait évidemment pas qu’il ne bouge. Il la regardait faire avec détail. Tous ces gestes, il les avaient fait tant de fois, qu’il s’avait pertinemment que le moment approchait bien trop vite. Il se sentait déjà mal et son ventre affamé n’arrangeait pas la chose. Il était faible et la peur ne faisait qu’empirer. Il avait comme l’impression de sentir un étau se resserrer autour de son crâne. Les petits points commençaient à apparaître devant lui tandis qu'il sentait le produit pas encore appliqué et qu’elle lui demandait de s’allonger.

Alexandra prenait alors le soin de positionner son bras dans la meilleure des positions et pendant ce temps, Niels se demandait pourquoi elle ne prenait pas le papillon non plus. Il la maudissait, car il avait remarqué que cette méthode était moins pénible pour les personnes. Une envie de vengeance sans doute et de ne pas lui faire trop de cadeaux. Il n’aimait pas la sensation du garrot trop serré à son bras. Cela lui coupait la circulation du sang et les fourmis qu’il ressentait renforçaient sa sensation d’avoir des tournis. Il voulait clairement y échapper et quand elle parlait de veine, il déglutit avec difficulté, sentant qu’il avait tout à coup très soif. Des gouttes de sueur perlaient à son front et le produit annonçait le début des ennuis. Une grande inspiration. Voilà ce dont il avait besoin et ce qu’elle était en train de lui conseiller pour l’aider à subir ce cauchemar. Mais il ne retenait qu’une seule chose : elle n’avait pas pris le papillon et ses yeux qui s’étaient rivés dessus s’étaient ensuite posés vite fait dans les siens, mécontent. Elle le faisait exprès. Peste.

L’aiguille s’approchait alors tellement rapidement qu’elle finit enfin par pénétrer sa peau. Il se crispa aussitôt ne pouvant pas contrôler la chose et un léger gémissement s’était échappé de sa bouche. Il avait de suite fermé les yeux, pur réflexe dans l’espoir de supporter la douleur qu’elle lui infligeait. Sa tête s’était tournée de l’autre côté, tout à fait incapable de regarder ce qu’elle faisait, la peine dans son bras était déjà bien assez. Il sentait son cœur qui battait à mille à l’heure et le peu de rose de ses joues qui restait avait totalement disparu. Il désirait faire taire son tournis et les fourmillements dans son bras était une autre torture. Mais comme si ce n’était pas assez, elle était maintenant en train de chercher l’aiguille avec son index.

- Aaah aie aie aie.., gémit-il comme si cela l’aidait à ne pas bouger.

Par grand Grand Isaac, qu’’est ce qu’elle était en train de lui faire là ?!

- Putain !


Il ne pensait plus qu’à cette maudite aiguille trop bien plantée dans sa chair. Les larmes lui montaient aux yeux et il les gardaient bien fermés tandis que son corps ne parvenait absolument pas à se détendre, bien au contraire. Il était prisonnier d’un cauchemar bien trop réel. Il savait qu’il n’était pas en train de rêver. Il avait envie que sa mère soit là, qu’elle pose sa main sur la sienne en le rassurant. Elle caressait toujours sa paume pour le calmer. « Niels mon chéri.. ça va aller.. » , lui disait-elle toujours d’une voix douce. « Je suis là mon petit cœur. » Souvent, elle lui serrait très fort sa main pour qu’il puisse s’y accrocher, déverser cette peur rien qu’avec cette poignée de main très prolongée à qui il pouvait se raccrocher tout le long de son calvaire. Il se souvenait aussi d’une fois où Isaac avait été avec eux, et il l’avait vu lever les yeux au ciel. « Roh franchement Niels t’as pu six ans putain, détends toi. » lui sortait son frère à l’âge de dix ans. Isaac s’était pris alors le beau regard noir de sa part.

Sauf que maintenant, sa maman n‘était plus là et une larme roula sur sa joue droite, joue qu’Alex ne pouvait pas voir vu qu’il avait prit le soin de tourner la tête encore plus en la sentant. La douleur faisait ressortir des mages de sa mère qui était littéralement en train de le plonger dans un gros chagrin de bébé. Il serrait les dents et la maudissait toujours plus. Il fallait qu’il se relâche lui disait-elle ! Elle ne pourrait pas y arriver et il savait qu’il aurait eu aussi du mal avec un patient aussi terrible qu’il l’était. Les veines qui roulaient étaient sans doute la pire des choses dans une prise de sang.

- Arrête.., fit-il en la suppliant alors qu’il savait très bien qu’il le fallait.

Penser à autre chose. Lui parler. Non. Ça c’était les gens qui ne sentaient pas autant la douleur et qui pouvaient donc y arriver, mais ce n’était pas son cas à lui. Jamais il n’aimait parler, raconter sa vie dans ce genre de moments, les mots lui coûtait trop d'énergie. Il était très nul pour trouver le sujet de conversation dans ces terribles instants. C’était plus facile de se focaliser sur une voix, une histoire autre que la sienne.

- Arrête.. ahhh…purée.., gémit le blondinet sans même s’en rendre compte.

Sa tête était toujours tournée, ses larmes cachées et il rassemblait tout son courage pour donner une grande expiration histoire d'éviter de tourner de l'oeil. Peut-être que ces quelques secondes pourraient permettre à la jeune femme de faire ce qu’elle devait faire. Il le fallait. Cependant, des souvenirs resurgissaient alors. Les mêmes que tout à l’heure. Maudits dentistes, maudits médecins, maudits tout !

- Parle moi.., supplia t-il d’une voix très pressante, tout tendu.

Un vrai calvaire. Cette femme le torturait. Il venait clairement de tomber en enfer.

 
CODAGE PAR AMIANTE

___________________________________
We'd stared into the face of Death, and Death blinked first. You'd think that would make us feel brave and invincible. It didn't.”
by wiise

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MessageDim 29 Avr - 2:24

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

La mécanique des mouvements était apaisante, relaxante presque. La routine s'était d'abord enchaînée dans une danse millimétrée par l'expérience de tant de personnes que j'avais ainsi examinées depuis que j'étais arrivée au WICKED. Comme à chaque fois, j'avais suivi le protocole avec minutie. C'était sans doute la seule chose qui me plaisait dans l'aspect médical de la profession que j'exerçai ici : la précision des méthodes à appliquer. Elle rejoignait les formules de codage que j'utilisais sans cesse lorsque je me dissimulais derrière les écrans, mettant de la distance entre les autres et moi-même. Lorsque je devais faire face au rôle plus "social" de mon travail, les mots me manquaient souvent. Non pas que je ne sache quoi dire, quoi que...

Autrefois, c'était différent. Même si je n'étais pas spécialement quelqu'un qui allait vers les autres, je savais toujours quoi répondre. L'adaptation était ma principale qualité et c'était grâce à elle que j'étais parvenue sans peine à survivre au lycée. A l'époque, il était toujours si facile de trouver quoi dire à la personne qui se trouvait devant moi, d'inventer une expression qui collait à la sienne et de poser sur mes lèvres les mots qu'elle voulait entendre. Il suffisait de laisser filtrer mon empathie naturelle pour que mes paroles sonnent si justes aux oreilles de mon interlocuteur que j'en devenais instantanément sympathique. Loin d'être un jeu, c'était devenu une seconde nature de revêtir cet aspect de caméléon. Inventive et débrouillarde même dans les échanges avec les autres que je maîtrisais pourtant si peu... J’étais seule, mais entourée. Cruelle association qui me convenait parfaitement.

On dit souvent que faire du vélo ne s’oublie pas, que cet apprentissage reste ancré dans notre chair quel que soit le temps où l’on fuit cette activité. Si cela était vrai pour la conduite des engins à deux roues, il était impossible d’en dire autant à propos de l’aisance à jouer avec le verbe. Telle une rose oubliée sous une cloche de verre, exposée à la vue de tous mais contemplée par personne, la communication était une fleur fragile qui pouvait se faner en même temps que le cœur n’avait de cesse que de durcir au contact des affres de la vie. Et j’en avais traversé des péripéties, affronté des démons sans visage, pleuré des êtres chers qui jamais ne reviendraient. Pire encore, j’avais dissimulé toutes ces souffrances, emmagasiné leurs souvenirs quelque part dans un recoin de mon esprit avant de chercher à les occulter pour ne pas sombrer dans leurs obscures abysses. Je m’étais fermée au monde sans même m’en rendre compte. Petit à petit, comme on entre dans l’eau, j’avais d’abord senti l’écume de la solitude caresser mes chevilles. L’eau cristalline avait ensuite continué son œuvre : elle m’avait engloutie avec une lenteur telle que je n’en avais même pas sentie l’asphyxie.

Désormais, comment savoir quoi dire ? Chaque mot me coûtait tant. Avais-je seulement encore envie de m’embarrasser des formalités sociales ? Croyais-je que cela servirait à quelque chose ? Cela faisait si longtemps qu’aucune parole ne pouvait réparer quoi que ce soit sur notre terre que chaque envie de faire la connaissance de quelqu’un finissait par devenir une bouteille jetée à l’océan.

- Rien de plus que ton asthme, lui avait simplement répondu.

Rien ne servait d’en dire davantage sur le sujet, je préférais le clore pour passer directement à la suite - et surtout la fin - de cet examen qui avait mis en évidence bien trop de failles. Si seulement celle-ci n’avait concerné que ma nouvelle recrue… Au lieu de cela, je me retrouvais à devoir jongler avec mes propres inquiétudes, mes propres doutes. Pour la première fois, je m’étais retrouvée atrocement vulnérable et, si je n’étais pas encore capable de l’admettre, cela me terrifiait. Alors, plutôt que de l’accepter, je préférais me voiler la face en gardant toujours posé sur le moindre relief de mon visage le masque si efficace dont je me demandais parfois s’il n’avait pas effacé définitivement la véritable Alexandra.

Lui au contraire semblait avoir conservé le moindre de ses défauts et de ses qualités. Sa phobie se réveillait à chacune de mes manipulations, son teint blême trahissant la peur qui s’insinuait dans chacune de ses veines. Bien que me concentrant sur ce que j’avais à faire, de rapide coup d’œil me firent prendre conscience de la gravité de cet examen pour Niels. Entre la sueur qui perlait à son front et sa déglutition bruyante, j’aurais de la chance si je lui évitais la syncope.

Peut-être à ce risque qui rendit mon geste moins assuré, moins précis. Ou était-ce seulement son angoisse qui va se répercuter dans tous les pores de ma peau, me faisant frissonner jusqu’à l’os lorsque je compris que la veine que je visais venais de se détourner de l’angle parfaitement affûté de mon aiguille. Garder son calme, ne rien laissait paraître de notre hésitation et continuer le prélèvement coûte que coûte : j’appliquai ce qu’on m’avait enseigné et se poursuivit la descente aux enfers pour le jeune homme qui venait de détourner la tête, sans doute dans un espoir de fuir cette situation anxiogène. Ses gémissements trouvaient pourtant qu’on en était bien plus loin, nous venions de franchir le stade de la douleur, celle qui dévore et martyrise. Bientôt, il lâcha un juron resplendissant et totalement inattendu vu son langage qu’il avait tenu à garder si maîtrisé jusqu’alors.

Je n’avais pas besoin de voir son visage pour deviner la crispation qui s’y était dessinée. Tourner dans le sens opposé, il ne rêvait que de s’échapper et de laisser derrière lui cette aiguille qui, planté dans son corps, ne parvenait pas à en extraire le liquide rouge tant désiré. Tout son être me hurlait d’arrêter, d’abdiquer plutôt que de poursuivre cette sanglante quête qui ne faisait que le faire souffrir davantage à chacune de mes tentatives pour reprendre le dessus sur la tension extrême qui faisait rouler ses veines. Comme des enfants jouant à chat dans une cour de récréation, j’étais déterminée à réussir mon coup et me prouver que je pouvais mener cette dernière tâche sans faillir à cette demie promesse que je lui avais faite de ne transpercer sa peau qu’une fois. C’était une question de fierté certes – on ne se refait pas ! –, mais aussi une manière de m’assurer que je n’aurais pas à lui refaire subir ce calvaire à une autre reprise.

- Doucement... murmurai-je tandis qu’il commençait à me supplier d’arrêter. Détends-toi... Ça va le faire mais que si tu te relâches… Ok ?

Instinctivement, j’avais posé ma main libre sur son épaule avec délicatesse. Après les suppliques inutiles, tous les patients aussi paniqués tentaient dans un élan incontrôlé de se relever. Le massacre de la veine avec l’aiguille qui se plantait encore plus profondément dans la chair était tel qu’on ne pouvait espérer réitérer l’opération immédiatement dans la même zone, sans compter que le traumatisme de savoir être obligé de repasser par le même processus les mettait dans des conditions déplorables qui finissaient immanquablement dans les cris et les larmes. Et il était hors de question que j’en arrive là avec Niels.

- S’il te plait, lâche prise… continuai-je à lui indiquer d’une voix à l’accent plus tranquille et calme que celui que j’avais employé depuis notre petite mise au point.

Maintenant la seringue fichée dans son bras d’une part, je sentis son épaule s’abaisser légèrement d’autre part. Même s’il se cachait toujours à ma vue, essayant de se détourner sans doute du spectacle du prélèvement en cours, je devinai qu’il luttait de toutes ses forces pour réussir à suivre mes instructions, penser à autre chose et parvenir à gagner un minimum de relâchement pour me permettre d’amorcer un nouvel essai. Sans que je ne m’en rende compte, mon pouce osait de petits mouvements de va-et-vient sur son épaule, dans un geste de rassurance que je ne m’étais plus vue esquisser depuis une date si lointaine que je n’aurais su la définir… Je savais juste à qui j’avais accordé cette dernière attention, Roman. Un instant stoppé sous le coup de la surprise, le geste doux reprit quelques secondes plus tard. Il me semblait qu’il essayait de contrôler sa respiration et quand je l’entendis entamer une longue expiration, je sus qu’il fallait que je saisisse ma chance.

Cette action du corps était en réalité une détente naturelle : le diaphragme remontait sans avoir besoin d’aucune participation musculaire, vidant les poumons qui, occupant ainsi moins d’espace dans la cage thoracique, permettaient aux autres organes de retrouver leur place sans plus être soumis à aucune tension particulière. Une relaxation globale utilisée dans de nombreuses techniques de thérapie manuelle, si je me souvenais de ma formation… Exactement ce dont j’avais besoin. Parallèlement au souffle expiratoire qui s’échappa de sa bouche entrouverte, je laissai donc l’aiguille descendre à nouveau plus profondément dans sa chair. Un petit impact de résistance. Des rides de concentration s’étaient formées au niveau de mon front, entre mes sourcils froncés, tant je priai intérieurement pour ne pas manquer mon coup et l’entendre émettre une plainte déchirante. Heureusement, rien de cela ne se produisit. Le miracle fut acté à la première goutte de sang que je vis apparaître dans le tube de prélèvement.

J’étais sur le point de lui annoncer la bonne nouvelle lorsqu’il me prit au dépourvu. « Parle-moi », deux mots banals qui me terrifièrent. Une demande innocente.

- Je ne suis pas douée pour ça.

Ma réponse avait été directe et franche, même si une oreille attentive aurait pu y percevoir un léger tremblement. Le stress de réussir à piquer cette veine récalcitrante était peut-être derrière moi, mais sa chute m’avait rendu faiblarde : jamais je n’avais ressenti cela pour aucun des blocards qui étaient passés sous mon expertise et avaient dû subir cette prise de sang, même lorsqu’elle leur avait été aussi désagréable qu’elle l’était pour ce jeune homme qui paraissait à nouveau monter en pression. Ma main gauche descendit lentement le long de son bras pour l’inviter à se détendre autant que pour rejoindre le barillet dont il faudrait ensuite changer le tube pour y insérer le suivant. Mon regard se porta sur le tube encore fiché dans le système : il n’était pas encore rempli. Le flux était lent à venir, mais il était présent. Il allait falloir que Niels parvienne à se contrôler encore durant quelques minutes, le temps que tous les tubes aient pu être remplis un à un et le tout sans bouger ni se tendre. *Mission impossible…* pensai-je en me mordant la lèvre inférieure. *Pfff… Et puis zut, quand faut y aller…*

- J’imagine que malgré tout cela, tu dois être soulagé d’avoir enfin trouvé un endroit où être un peu en sécurité… débutai-je, clairement hésitante et ne sachant que dire avant qu’un thème bien rassurant et balisé me vienne en tête. Quand je suis arrivée ici, j’étais loin d’avoir tes connaissances médicales même si j’aurais bien aimé ! C’est grâce au WICKED que j’ai presque tout appris, dis-je sans réaliser qu’un léger sourire s’était posé sur mes lèvres à cette pensée, à croire qu’il n’y avait pas eu que du négatif à intégrer cette organisation malsaine. Enfin… Ça n’a pas changé le fait que je continue à préférer les ordinateurs aux gens. Je suis une as du codage plutôt inventive, mais pour décrypter les humains c’est une autre paire de manche.

Je n’avais aucune envie de lui confier une autre bribe de mon passé après la manière dont il avait piétiné mes efforts quelques minutes plus tôt. Garder en ligne de mire le plan purement professionnel me semblait être une alternative intéressante et qui pourrait combler le silence pendant un moment, ce qui me laisserait peut-être le loisir d’effectuer la suite de cette prise de sang convenablement. Précautionneusement, je venais de retirer le premier tube rempli et en le remplaçant par le second qui provoqua un léger mouvement de pression sur le bras du jeune homme qui dut le sentir. Et dire que j’avais volontairement préféré l’aiguille simple au papillon…

- Au final, je passe mes journées devant des écrans pendant que mon équipe bosse au laboratoire, même si j’y passe régulièrement pour effectuer moi-même certaines analyses, faire le point avec eux ou partir en mission de contrôle à l’extérieur ! Je crois qu’ils préfèrent ça de toute manière… Ne pas me voir trop souvent ! dis-je avec un petit rire dans lequel je me cachai à moi-même la pesanteur de cette situation que je vivais au quotidien depuis bientôt quatre ans, tout en effectuant un nouveau changement de tube. Et de trois !

Evoquer mon travail ici et rester évasive était ma meilleure option tandis que les doigts de ma main droite tenaient le barillet dans un angle optimal et que ma main gauche venait de faire céder le nœud coulant du garrot afin de rétablir un meilleur afflux sanguin maintenant que les tubes se remplissaient progressivement de plus en plus lentement...

- Et toi, tu as toujours su que tu voulais être médecin, t’occuper des autres ?

Le distraire était la meilleure solution pour que je puisse poursuivre ce prélèvement jusqu’à son terme et lui poser une question si dépourvue de connotation quelconque était le seul moyen que j’avais trouvé pour lui changer les idées plus durablement. Après tout, je n’allai pas assurer le monologue jusqu’au bout sans qu’il y mette un peu du sien !


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MessageDim 29 Avr - 8:47

Niels
&
Alexandra
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Rien de plus avait-elle dit ? Niels ne comprenait pas ce qu’elle était en train de lui sortir en ramenant son asthme sur le tapis. Cela n’avait pas tellement de sens, car il avait en fait parlé des tubes qu’elle avait sorti. Six, pas cinq. C’était plutôt lui qui ne savait pas compter en effet, et il avait paniqué encore plus. Un vrai trouillard et si Alexandra se mettait à rire de sa peur, il savait pertinemment qu’il le prendrait mal, sauf que cela n'avait pas été le cas, elle avait compris. Si elle avait rit, il se serait dit qu'il avait de toute manière l’habitude et déjà quelques images du passé lui revenaient. Toujours son grand-frère. Ce dernier avait eu parfois du mal à garder sa contenance devant lui, trop amusé. Ils étaient jeunes, et lorsqu’ils avaient grandi, les deux s’étaient mieux compris. Il avait fait exprès de tourner sa tête pour laisser couler une larme qui pouvait peut-être l’aider à lâcher prise tandis qu’elle continuait de le faire souffrir avec ses manipulations. Il n’aidait vraiment pas à être tendu de la sorte et il n’aurait pas aimé avoir un patient aussi détestable que lui. Pourtant, le mot détestable ne semblait pas très approprié. Tout était expliqué par la peur. Alexandra avait alors commencé à parler avec une voix plus douce, plus rassurante cette fois-ci. Il lui avait supplié d’arrêter, même s’il savait que cela n’aurait pas l’effet désiré. La seule condition pour que ça le fasse, était qu’il se relâche du mieux qu’il le pouvait. Il ferma les yeux pendant l’espace d’une demi-seconde en sentant le contact de sa main sur son épaule. Elle voulait l’aider à sa manière et il luttait pour ne pas éclater en sanglots. « Un homme ne pleure pas Niels. » lui aurait dit son père d’une voix sévère. Le blond se serait contenté de hocher la tête en le maudissant pour de telles paroles. Il savait que chaque être humain en ressentait le besoin qu’il soit né homme ou femme. Il travaillait quasiment tous les jours au cabinet médical après ses cours du lycée et l’expérience qu’il avait acquise lui avait appris bien des choses, dont ce constat. Alors son père avait pu aller au diable pour ce genre de propos.

Alexandra continuait à lui caresser l’épaule, geste qu’aurait pu faire sa mère à l’exception que cette dernière préférait le caresser au niveau de la main comme quand il était petit et qu’il pleurait. Il avait toujours eu du mal à s’endormir, contrairement à Isaac qui avait juste à fermer les yeux pour se laisser emporter dans les bras de Morphée. « Isaac, mais c’est quoi ton secret ? » , lui avait-il à de nombreuses reprises demandé. Le grand blond avait alors sourit de toutes ses dents pour au final lever les épaules. Un mystère qu’il adorait.Voir son petit frère si curieux et si rageux de la chance qu’il avait le faisait bien rire. « Les monstres ont plus de chance d’aller te chercher petit frère, fais gaffe. » lui murmurait très souvent Isaac. Niels, tout petit se mettait à nier et à lui assurer que s’il restait dormir avec lui tout irait mieux. Parfois, il se jetait sur son frère en le retenant. « Ne t’en vas pas Sasac, s’teu plait. » suppliait le petit de cinq-six ans, tout effrayé. « Et puis j’ai peur du noir moi sans toi.. »

Lâcher prise. Il se reconcentrait sur les paroles de la jolie brunette face à lui. Elle semblait avoir retrouvé sa bienveillance, mais il se méfiait. Après les froids qu’ils avaient eus pendant cet examen, Niels restait sur ses gardes. Du moins, c’est ce qu’il pensait, mais comme tout être humain en détresse, il se raccrochait à la seule source de chaleur qui lui était offerte. Alexandra ici tombait du ciel. Elle aurait très bien pu le laisser dans son enfer et le laisser supplier sans ne rien faire, bien que lui en aurait été incapable. Il ressentait toujours ce besoin urgent de rassurer ses patients, de leur dire tout ce qu’il faisait, surtout quand ces derniers en faisaient la requête spéciale. Si cela aurait pu sonner totalement étrange pour certains docteurs, Niels le comprenait parfaitement vu qu’il faisait partie de ces personnes qui désiraient tout savoir.

- Je peux pas.. Arrête…j’ai mal, avait-il gémi de nouveau, impuissant face à elle en commençant à perdre ses moyens.

L’aiguille s’était bel et bien mise dans son bras et le faire sortir aurait relié du miracle. Poursuivre jusqu’à la fin et ne pas le repiquer une seconde fois. Ici, il avait l’impression qu’on était en train de lui défoncer le bras et que cette aiguille allait finir par lui percer une veine d'une mauvaise manière. Le jeune homme avait tellement de plus en plus de mal à ne pas éclater en sanglots face à d’autres larmes qui continuaient de couler sur sa joue et à présent l'autre. Il lui avait alors demandé - ou plutôt supplié - qu’elle lui parle. La réponse qu’il eut le chagrina d’une manière étrange. Elle n’allait pas faire d’efforts avec lui et elle l’avait annoncé bien directement. Il était en train de se mordre les joues pour ne pas gémir encore plus. Ses larmes suffisaient à le heurter. À la suite de son expiration, il sut qu’elle avait saisi sa chance. La caresse sur son bras pour le détendre au mieux et les gestes qui forçaient un peu moins sur son bras lui annonçaient qu’elle était en train de réussir. Il savait aussi que les flacons se remplissaient et il ignorait si c’était psychologique ou non, mais il se sentait faible. Comme si elle avait senti cette vague de malaise en lui, elle se mit à parler et comme elle hésitait beaucoup, il ne savait pas si elle continuerait et s’il aurait une vraie histoire. Elle parlait de sécurité. Avant, il ne l’était pas, il vadrouillait souvent dans des terrains inconnus, dangereux et peuplés de fondus. Elle passait ensuite à de l’éloge. Elle aurait aimé avoir ses connaissances médicales en arrivant. Cela percuta lentement son esprit, et il fut bien surpris. Avait-elle tout appris ici ? Comment avait-elle été recrutée alors ? Il eut sa réponse. C’était évidemment le WICKED qui lui avait appris, mais elle devait avoir eu quelque chose en plus. Recruter une personne sans expérience même en période d’apocalypse semblait bien étrange. Comme si elle avait encore une fois lu dans ses pensées, elle poursuivait parlant d’informatique. Coder. Décrypter tout ce charabia. Voilà ce qu’était son talent et la raison pour laquelle elle avait été prise au sein de cette entreprise. Lorsqu’elle passa à un deuxième tube, il étouffa un gémissement sous le coup de pression qu’il avait ressentit. Il essayait de se détendre comme il le pouvait, mais il avait l’impression d’être prisonnier de ce fauteuil, comme si aucune échappatoire n’était possible. C’était bien évidemment le cas, car il ne pouvait pas lui-même se retirer de cette aiguille. Pour autant de tubes, il pensait très fortement qu’elle avait été bête et sadique de procéder de la sorte. Il l’écoutait et se contentait de ça. Ses oreilles se concentraient sur la mélodie afin de tenir le coup. Il était en train de s’y accrocher comme s’il était en train de se rattraper au haut d’une falaise alors qu’il était pouvait tomber dans le vide d’une minute à l’autre. Apparemment, de ce qu’il comprenait maintenant qu’il avait du mal à ne pas penser à cette aiguille trop enfoncée en lui, Alexandra était meilleure en informatique et tout le monde le savait. Il saisissait pourquoi elle avait du mal avec l’aspect médical. Elle venait de lui dire la raison avec son « Je ne suis pas douée pour ça ». Un médecin pas à l'aise avec les mots était quand même un comble, il fallait un minimum de savoir-faire d’approche et de relations humaines. Certes, la rigueur et la prise de distance étaient aussi nécessaires, mais Niels chérissait énormément l’aspect humain. Son bras se crispa au troisième changement et il se mit à soupirer longuement, sentant la panique le reprendre. Il fallait que ça en finisse… et vite ! Elle retira alors le garrot qui lui avait longuement donné des fourmis dans le bras et il se sentait encore un peu plus mal. Le sang coulait sans doute plus vite.

- Ma tête toune..


Elle retira alors le garrot qui lui avait longuement donné des fourmis dans le bras et il se sentait encore un peu plus mal. Ses forces l’abandonnaient et son ventre qui avait faim semblait lui dire que ce n’était franchement pas le moment pour perdre du sang ! Elle inversait maintenant les rôles, sans doute soulagée de réussir à pouvoir tout récolter. Avait-il toujours voulu être médecin ? S’occuper des autres ? Elle avait bien retenu que c’était l’aspect le plus important pour lui, s’occuper des autres. Répondre. Oui, il le fallait même si les mots allaient se coincer dans sa gorge.

- Oui.. et non.. Oui pour moi.., fit-il d’une voix qu’on aurait pu difficilement faire plus crispée.

Il semblait encore plus souffrir à chaque mot, et chacun d’entre eux lui coûtait de l’énergie. Il parlait très lentement, comme le rythme de cette douleur trop longue.

- Mes parents.. voulaient avocat. Pas moi, continuait-il en ne passant pas par quatre-chemins.

Lui allait droit au but et former des phrases complètes ne lui était pas possible.

- Ca, c’était mon frère
, laissa t-il échapper sans s’en rendre compte. Moi non.. Je préfère les gestes et les mots médicaux plutôt que les mots juridiques.. ça a plus de sens..

Ces mots juridiques, car qu’il n’aime ou qu’il n’aime pas, il avait été forcé à vive dans cet univers. Ses parents parlaient très souvent de tout ça et ses oreilles et son cerveau n’y échappaient pas.

- Tu.. as bientôt fini ?, demanda-t-il suppliant et de cette voix pressante qui révélait son incapacité à supporter d’avantage.

Ses larmes sur ses joues avaient sans doute aussi trempé le tissu sous lui. Ces goûtes d'eau de peine et de chagrin mêlé à l’horreur de la situation et de ses souvenirs ne faisaient pas un très bon mix pour lui. Il aurait voulu lui raconter plus, mais tout restait bloqué dans sa gorge et son teint encore plus pâle menaçait de le faire défaillir si bien que son bras n’était même plus aussi tendu qu’au début impossible. Le tournis qui lui serrait la tête tel un étau semblait le faire tomber dans un autre univers qui était en train de lui échapper, tel ce sable qui aurait couler entre ses doigts fins. Il se sentait presque partir.

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MessageLun 30 Avr - 19:51

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Les suppliques s'envolaient, les unes après les autres. Elles se succédaient à rythme régulier, entre gémissements et crissements de dents. Tout son corps répondait à l'appel de cette envie de tout stopper, de se rebeller contre mon insistance et d'envoyer valser cette formalité qui lui devenait insupportable. Sous mes doigts, je le sentais se tordre même lorsque mes mouvements s'arrêtaient pour lui permettre un instant de répit. Mais rien ne lui suffisait, une pause n'était pas ce pour quoi il priait : il souhaitait seulement que tout s'arrête enfin. Après mon inquisition verbale, il subissait une invasion de sa chair et j'imaginais que cet aspect devait également jouer un rôle important dans la souffrance qu'il ressentait. Il la disait ouvertement, la criait presque entre deux respirations qui tentaient de mettre un frein à cette peur terrible qui lui saisissait les entrailles et lui broyait l'esprit. L'inconscient était puissant, bien plus que n'importe qui ne l'aurait envisagé. Et même si toute cette scène était due à une phobie qui ne datait pas d'hier, j'imaginais aisément que nos accrocs précédents n'avaient pas amélioré la situation : nous avions attisé l'ardeur de notre ressentiment, je l'avais bousculé pour lui montrer qui commandait et reprendre le contrôle et lui m’avait laissé entendre que sa façon de se comporter n'avait pas été tout à fait injustifiée. Je n'avais pas envie de me remettre en question, pas maintenant que ma paume soutenait le barillet dans un angle qui paraissait lui être un peu moins douloureux.

Les mots m'aidaient à me concentrer sur autre chose que cette larme que j'avais aperçue rouler sur sa joue d'une pâleur effrayante. Goutte de cristal, elle avait dévalé la pente en silence tandis que j'avais détourné le regard, comprenant que Niels cherchait à la dissimuler par son visage tourné à l'opposé. Finalement, lui aussi avait sa fierté. Même s'il ne m'était pas venu l'idée qu'il puisse jouer la comédie, il était évident qu'il n'aurait pas accepté aussi aisément de montrer une défaillance si rien de cela n'avait été réel. Vulnérable. Le mot venait à l'esprit dès qu'on posait ses yeux sur lui et sa silhouette qui se tordait et luttait. J'aurais pu m'en réjouir, d'autant plus après ce qui s'était passé tout à l'heure mais ce n'était pas le cas.

J’avais fait l’effort de lui parler. Ce n’était rien de bien stimulant, juste des histoires liées à mon travail au WICKED : rien qui pourrait me porter préjudice ou lui ouvrir une porte quelconque vers la véritable Alexandra. Elle était apparue pourtant, lorsque j’avais évoqué mes souvenirs de la Nouvelle-Orléans. Elle avait dansé dans ma mémoire en repensant à tous les festivals auxquels elle avait assistés, à toutes les fêtes où elle était allée et encore plus à celles auxquelles elle n’irait jamais. Des visages, plus nombreux qu’elle n’aurait voulu l’admettre avaient ressurgi mais elle les avait balayés pour se reconcentrer sur ce qu’elle était. Et elle n’était plus cette fille-là. Désormais, Alexandra était une personne rangée, compétente, tout en restant toujours et inlassablement alerte. La sécurité prévalait sur tout le reste.

Si mes paroles n’étaient que peu révélatrices, elles lui suffisaient pourtant car il avait cessé de se débattre, acceptant un peu mieux les quelques manipulations que je faisais en enlevant et en replaçant un nouveau tube dans le barillet. La tête qui tournait m’annonça-t-il, un frisson me parcourut l’échine à l’idée qu’il puisse tourner de l’œil.

- On a bientôt fini... lui assurai-je en faisant déjà céder le troisième tube seulement à moitié rempli.

Les laboratins se démerderaient avec ce que j'avais réussi à prendre, un point c'est tout ! Je n'avais aucune envie qu'après la crise d'asthme, je doive gérer une syncope ! A vrai dire, mes paroles mesurées et calmes n'avaient rien à voir avec mon état interne : j’étais une véritable pile électrique et je devais mettre toute mon énergie à l’œuvre pour faire cesser les tremblements qui auraient risqué de faire bouger l’aiguille dans le bras de ce malheureux.

- Tu as trouvé ta voie... Ta propre voie...

*Qui t'a conduit ici...* pensai-je avec une certaine dose d’amertume. Il ne savait pas ce qui l’attendait, il ne pouvait pas s’en douter alors que le WICKED était vu comme une des seules chances qu’avait l’humanité de pouvoir croire en un lendemain. Tout était fait pour que la population lui fasse le plus confiance possible. En même temps, cela n’était pas réellement difficile quand on savait qu’aucune autre possibilité ne s’offrait à elle. À quels saints voulez-vous vous vouer lorsque tous ont déserté ? L’être humain ne pouvait pas rester sans objectif à atteindre, sans quelque chose en quoi mettre toute sa foi. Cette organisation avait su en jouer, elle avait su se rendre indispensable dans les ténèbres qui envahissaient ce monde.

Cette infâme noirceur dans laquelle nous avions tous étés plongés à un moment ou un autre, Niels l’avait goûtée également. J’avais relevé l’allusion à son frère mais j’avais rejeté la possibilité de rebondir sur ce propos. Ce dont il avait besoin était de répit, et non d’une autre question douloureuse à ajouter à la liste des souffrances qu’il devait déjà gérer alors que je venais d’enlever le quatrième tube pour passer au cinquième prélèvement. Nous aurions tout le loisir de revenir sur son passé trouble plus tard, les langues finissaient toujours par se délier à force de voir les personnes se fréquenter. Les heures et les heures que nous passerions à expertiser des données, dans des missions sur des terrains arides, ou penchés derrière un microscope, suffiraient à lui donner envie peu à peu de se confier. Passer votre temps dans une solitude infinie ne vous cloitrait pas sur vous-même, bien au contraire, cela attisait votre envie d’échanger, de communiquer, de vous livrer afin de laisser derrière vous cette trace immuable dans l’esprit de vos semblables. Alors oui, il vous faudrait peut-être des jours, des semaines, des mois, avant que l’isolement dans lequel il semblait avoir passé cette dernière année ne puisse se briser qu’il parvienne réellement à faire confiance à quelqu’un pour lui livrer une partie de votre histoire. Cependant, cela viendrait. « L’homme est un animal social », comme l’avait dit un philosophe de la Grèce antique.

Après tout, j’avais moi-même laissé filtrer des pans entiers de ma vie d’autrefois parce que c’était un mal nécessaire. En dire suffisamment était une manière comme une autre de s’empêcher d’en dire trop : en apaisant un peu mes envies de me décharger de toute l’obscurité qui avait peu à peu envahi ma vie, je parvenais à continuer à en soutenir le poids sanglant des dernières pertes.

Mes pensées furent stoppées par une nouvelle invective de sa part. Plus pressant, Niels essayait de me dire qu’il ne tiendrait plus bien longtemps. Je lâchai un soupir en voyant qu’un sixième tube trônait toujours sur le plateau du chariot et que le cinquième n’était comme l’autre qu’à moitié plein. Bouchon rouge, le dernier était un doublon du premier que j’avais utilisé : l’un servait à analyser la sérologie classique, le second était dédié à une analyse plus précise, l’immunité face au virus VC321xb47. Je pouvais m’en passer. Je pouvais parfaitement m’en passer puisqu’il avait réussi l’entrée dans la zone saine, qu’il n’avait pas été déclaré « douteux » ou « infecté » à l’entrée dans le bâtiment un peu plus tôt et que Matthew n’avait pas fait la moindre remarque pendant l’entretien quand bien même il avait certainement eu les résultats de tous ses prélèvements sous les yeux. Autant dire que cela aurait été le faire souffrir pour rien.

- C’est bon, je retire l’aiguille, lui annonçai-je en attrapant de ma main libre une compresse.

Je la plaquai d’abord sans appuyer sur le point de ponction où l’aiguille était toujours enfoncée avant de la faire glisser rapidement mais non sans délicatesse hors de sa chair. Là, j’appuyai sur la compresse pour éviter un écoulement qui ne pourrait, somme toute, pas être très important vu la finesse de l’aiguille que j’avais utilisée. De l’autre main, je déposai l’ensemble de la seringue sur le plateau avant d’attraper sa main controlatérale et de la poser sur la compresse.

- Appuie bien en attendant que ça arrête de saigner.

Puis, je me retournai pour retirer le cinquième tube de la seringue et le glisser dans la grille où les autres tubes exposés à la verticale attendaient sagement d’être étiquetés. Il faudrait que je prenne le temps d’allumer l’ordinateur pour accéder à son dossier et imprimer rapidement les étiquettes nécessaires. Retirant mes gants, les paumes moites sous le latex dérangeant, je les jetai dans le bac des déchets médicaux agrippé sur le côté du chariot avant de me retourner vers Niels.

- Je vais imprim… commençai-je en pivotant sur moi-même avant de remarquer son teint blafard. Non non non, tu ne vas pas me tomber dans les pommes maintenant qu’on a réussi à faire cette foutue prise de sang, affirmai-je en m’élançant déjà vers le dossier de la table d’examen.

Je le relevai légèrement pour en déclencher le mécanisme et le faire chuter au minimum, rendant la table parfaitement horizontale. Ainsi, le retour veineux serait meilleur et on éviterait peut-être qu’il me fasse le coup de l’inconscience… *Bon sang, quelle petite nature j’avais fait embaucher…* pestai-je tout en sachant que c’est moi qui en avais trop fait. Je lui avais prélevé une quantité de sang raisonnable pour quiconque n’avait pas une phobie extrême de ce type d’examens, sans parler du fait qu’il avait passé un an à errer dans des conditions de privations qui ne devaient pas être jolies… Je ne pouvais m’en vouloir qu’à moi-même… Et, à travers mon agacement, je m’en voulais.

- Ne ferme pas les yeux ! lui ordonnai-je en me dépêchant de rejoindre le lavabo du fond de la pièce.

J’attrapai quelques morceaux de serviette en papier habituellement destinés à s’essuyer les mains pour en préserver la désinfection après un lavage rigoureux, et les imbibaient d’eau froide. Mes talons claquèrent sur le carrelage tandis que je courrai jusqu’à la table d’examen où il était toujours allongé et que je plaquai le papier frais contre ses joues et son front dans l’espoir que cela l’aiderait à revenir à lui.

- Hé... Est-ce que ça va ? lui demandai-je, angoissée. Je t’interdis de me filer entre les doigts comme ça…

Ma voix devait être un mélange savant entre un rire nerveux, de l’inquiétude exacerbée et une amertume en chute libre. *N’importe quoi Alexandra…* m’enguirlandai-je tout en le contemplant avec mon regard noisette qui n’en finissait pas de crier son anxiété à le voir dans cet état. Bien sûr, j’avais voulu lui faire payer son insolence mais pas de cette manière… Peut-être était-ce le karma finalement, son petit coup d’éclat qui lui était revenu en pleine poire… Foutaise, je n’avais pas été la plus conciliante avec cet examen, ni même la plus prévenante en choisissant le barillet avec aiguille plutôt qu’avec le papillon… C’était en partie de ma faute tout ce bordel… Dans le couloir, j’entendis un cri rauque. Je relevai la tête, aux aguets. *Ils avaient eu une urgence à gérer*, je n’avais peut-être pas eu tort de songer qu’il pouvait s’agir d’un employé infecté à en croire le bruit sourd qui avait résonné. Cependant, ce n’était pas important. Nous étions en sécurité dans cette salle.

Ma main poursuivait de distiller de l’eau fraîche sur son visage pour le garder avec moi. Mes prunelles ne quittant pas les siennes, comme si ce contact pouvait à lui seul l’empêcher de s’enfuir dans les ombres.


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MessageLun 30 Avr - 21:04

Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Le bientôt d’Alexandra sonnait comme une sentence à ses yeux. Il savait ce qu’était le bientôt vu qu’ils n’étaient en vérité qu’à la moitié.Trois.. sur six. Le blondinet avait bien compté dans sa tête et il aurait tellement préféré en être au sixième. Au moins, ça aurait passé bien plus vite que ce troisième qui n’en finissait pas ! Il écoutait à peine ce qu’elle lui disait sur sa voie professionnelle. Il l’avait trouvé, mais ici il était tout simplement bloqué sur ce fauteuil à subir cette torture. Ses larmes avaient continué de rouler sur ses joues et s’il avait voulu les limiter qu’à quelques-unes sur sa joue droite, les autres avaient finis par tomber sur la gauche, du côté de la brune trop sadique pour lui. Si un jour, ils devaient inverser les rôles, il se promettait qu’il utiliserait lui aussi un barillet à la place d’un papillon, car il était évident qu’elle l’avait fait exprès. Sa voix s’était ensuite faite de plus en plus pressante, vu qu’il ne pensait qu’à une seule chose : mettre un terme à sa souffrance. On aurait dit un petit-enfant. Il se mordait les joues pour retenir son envie d’éclater en sanglots. Les larmes qu’elle n’avait pas vues - du moins il l’espérait - avaient suffi. Les dernières secondes furent aussi longues qu’un tic-tac d’une montre qui en était à sa fin de vie à cause de piles devenues trop faible. Parfois, l’aiguille revenait en arrière, et faisait durer le moment un peu plus longtemps. Lorsqu’elle annonça qu’elle retira la chose de malheur trop pointue qui avait pénétré trop longtemps sa chair, il se sentait un peu plus soulagé, sauf qu’il ne voyait presque pas de différence.

- Je.. elle est toujours là.., murmura t-il en sentant toujours cette douleur dans son bras alors qu’il voyait bien qu’elle n’était plus là.

Sa voix avait été faible et l’étau des tournis se resserrait autour de son crâne. Il était en train d’être englouti par cette espèce d’océan qu’il ne parvenait pas à contrôler. La jeune femme parlait sans doute, sa voix résonnait dans la pièce, mais tout n’était qu’écho. Il se perdait dans la brume devenue trop épaisse et son corps lâchait prise, trop faible pour continuer à se battre. Alors si Alexandra se rapprochait de lui pour lui parler, il ne voyait que ses lèvres remuer. Le bruit était parti. Quelqu’un avait saisi la télécommande de la télévision pour tourner le volume au plus bas. De cette manière-là, seuls les personnages restaient sur l’écran et le spectateur troublé essayait de deviner ce qu’il se passait en réalité. Planer.. Voilà ce qui se passait avec lui. Jamais il n’avait essayé de goûter à de forts alcools ou autre, mais il avait souvent entendu que les gens adoraient flotter grâce à ce liquide. Lui n’appréciait pas et il peinait à tendre les bras afin de remonter vers la surface. L’impression de voler ou même d’être relevé lui donnait la simple sensation que partir était la bonne solution. La chaleur qu’il avait en lui le rendait mal et des goûtes de sueur perlaient à son front tellement pâle. Ses paupières, qui se fermaient, fuyaient la lumière du soleil et le rideau qu’étaient ses cils étaient ravis de pouvoir y faire abstraction. Sa respiration, elle se ralentissait, comme si la tension s’était concentrée au niveau de son crâne plutôt que de sa poitrine. La pièce de théâtre venait de s'achever pour le jeune homme. Les mots d’Alexandra ne résonnaient plus à ses oreilles, un simple brouhaha était même un trop fort terme pour décrire le silence qui avait prit place dans sa tête. Le rideau rouge se refermait avec brio, laissant les acteurs remplis d’émotions et de soulagement derrière ce fameux tissu annonçant leur victoire. Ici, c’était plutôt une défaite, comme si l’acteur qu’il était dans la pièce s’était trompé dans son texte. Cela lui avait valu les huées du public fort mécontent de la prestation offerte. Bye bye..

Le noir. Voilà ce qu’il lui restait. Sa tête s’était tournée vers le côté, et vue de l’extérieur, on aurait pu croire qu’il dormait tel un petit bébé. Il n’allait pas bien, et le Niels conscient qui aurait voulu répondre qu’il allait bien n’était plus là. À l’extérieur de la pièce, se faisait entendre des pas, une urgence très probablement et ces personnes-là étaient issues d’une réalité autre que la leur.

* * *

«Reviens.. bordel reviens Niels.. » s’exclamait un grand blond suppliant et accroupi sur le sol. Face à lui, son petit frère était tombé dans l’inconscience. Le jeune homme avait pris une lingerie d’eau afin de la poser sur son front. Rouge de panique, le cœur battant et la voix suppliante, Isaac donnait tout ce qu’il pouvait pour le faire revenir. Cela faisait quelques jours qu’ils marchaient après avoir atterri en Amérique et trouver de la nourriture était une tâche bien difficile. Ils avaient marché sous la chaleur du désert durant de nombreuses heures avec quasiment rien dans le ventre. Son petit frère avait fini par s’évanouir sous la chaleur et la faiblesse de son corps qu’il maltraitait involontairement depuis quelques jours. Les deux frères se partageaient le peu de chose qu’ils trouvaient, mais ce régime forcé était loin d’être une chose habituelle pour eux. Il s’amusait à lui donner des petites baffes sur les joues pour le secouer un peu et s’était empressé de saisir son sac à dos dans le but de le mettre sous les jambes du blond. Il fallait surélever la personne afin de l’aider. Il s’y connaissait très peu, mais il avait au moins retenu cette info. Il avait ensuite attrapé sa gourde pour mettre un peu du liquide précieux sur son tee-shirt qu’il avait posé sur le front de l’inconscient. La fraîcheur.. voilà ce qui fonctionnait, Isaac le sentait peu à peu tandis qu’il avait un mal fou à contrôler sa panique. Des gémissements. Un clignement des yeux. Il lui revenait enfin. La panique cessait alors pour laisser place à un immense soulagement.

* * *

La même chose se passait alors. Le passé venait encore de rejoindre le présent et la voix du jeune homme se fit entendre très légèrement.

- Frangin.., murmura t-il alors pensant qu’il était dans le désert.

Niels, dans son inconscience semblait être retourné là-bas.

- De l’eau..
, chuchota t-il en fermant toujours les yeux après les avoir entrouverts légèrement et s’être fait ébloui par la lumière du jour.

Voilà ce dont il avait besoin. Sa langue désirait ce liquide si précieux et son ventre se mit alors à gargouiller fortement, ce qui le fit grimacer. Son estomac vide le faisait souffrir. Il avait été incapable de manger ce matin et il semblait en payer les conséquences maintenant. Il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même et la raison pour laquelle il avait perdu la conscience paraissait évidente. Un fort état de panique et d’angoisse ne faisait pas bon ménage face à un jeune homme qui n’avait pas mangé au moment le plus important de la journée. Il aurait dû. Il aurait donné n’importe quoi pour avoir du sucre maintenant et il tentait de se redresser avant d’abandonner. Son dos était posé sur quelque chose de bien trop ferme, sans être dur pour autant. Il n’était pas dans du sable ni sur du goudron, mais sur un fauteuil. Tout lui revint alors dans un éclair, et il eut un moment de panique et de peur qui fit réagir son corps. Niels se redressa alors subitement pour heurter le fond du fauteuil et il regarda tout autour de lui. Des lampes, une salle blanche et lui qui se retrouvait sur un fauteuil. De retour dans son passé.

- Non non non !, s’exclama t-il comme s’il se retrouvait en plein dans son cauchemar.

La sueur à son front était plus abondante, son cœur battait trop vite et ses yeux se rivèrent sur le plateau de seringues.

- Non ! S’il vous plaît !

Il voulait partir, s’en aller, loin d’ici quand il regarda un peu plus loin que le simple décor. Alexandra. Et non un vieil homme au visage méchant. Il n’était pas à Londres, mais bel et bien avec Alexandra. Il expira grandement de soulagement.

- Oh.. je.. je suis parti, c’est ça ?, réalisa t-il enfin.

Il avait vite perdu les pédales en s’imaginant ailleurs à un autre âge. Son angoisse était ressortie de nouveau et ce souvenir s’était ancrée dans son inconscient pour le faire jaillir au grand soleil.

- On a fini ? Dis-moi qu’on a fini cet examen, fit-il alors très sérieux.

Il priait pour qu’ils puissent passer à autre chose et il posa une main sur son ventre qui criait famine.

- J’aurais dû manger ce matin. Ça fait pas bon ménage avec la prise de sang..
,déclara-t-il d’une petite voix en se rallongeant sur le fauteuil.

S’évanouir une autre fois était une sale idée et il avait senti ses tournis revenir au moment où il s’était subitement redressé dans son moment de délire et de panique. Tout pouvait être fini maintenant. La fin était là, ses yeux clairs se fixaient sur son dossier que le WICKED allait bien enregistrer dans la case employé. Il désirait reprendre ses vêtements ainsi que son sac trop précieux pour partir de cette pièce. Il avait enfin passé la chose, toutes les épreuves venaient de s’achever et il allait pouvoir découvrir d’autres trucs en espérant que la suite de la visite les guiderait vers la case « cantine » avant toute autre aventure mystérieuse.


 
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MessageMar 1 Mai - 0:11

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Peut-être aurais-je dû le secouer ? Ce n'était pas très "médical" comme technique mais ça aurait eu le bénéfice de me détendre ! La panique me gagnait même si je n'en montrais rien, restant parfaitement maître de la situation en donnant l'illusion que je savais exactement ce que je faisais en continuant de tamponner son visage en sueur alors même que cela ne semblait pas avoir l'effet miraculeux attendu. Son silence ne me promettait rien de bon, ses pupilles fouillaient l'espace autour de moi comme s'il essayait de se raccrocher à quelque chose de trop flou pour qu'il puisse s'y agripper et rester dans cette salle. Son esprit fuyait, flottait, s'égarait, jusqu'à ce que ses paupières ne se ferment et que je comprenne qu'il venait de me faire le coup de la syncope.

*Ce mec va me rendre folle* songeai-je trop nerveuse pour contenir tout le stress qui se déversait dans ma poitrine. Point le temps de calmer les tremblements de mes mains qui avaient craint de lui faire encore plus mal pendant l'examen que déjà il trouvait un nouveau moyen de me perturber ! Je le maudissais, lui et son fichu visage d'ange ! Mieux valait ne pas essayer de trouver la raison pour laquelle je l'avais invité à se présenter au WICKED, sans quoi j'étais certaine d'avoir des envies de meurtre et pas contre lui ce coup-ci... J'avais été trop bête et maintenant je me retrouvai avec une condamnation à devoir le supporter alors qu'il ne tenait pas la route ! J'allai faire comment moi pour me le trimballer dans les pattes entre son asthme et sa petite constitution qui le faisait tomber dans les pommes au moindre petit saignement ? Ok, j'étais carrément injuste avec ce type...

Un soupir s'échappa de ma bouche entrouverte, il emportait avec lui toute l'amertume idiote qui polluait mes pensées et m'empêchait de trouver une solution convenable à cette situation merdique.

- Reviens ! Niels ! râlai-je d'une voix énergique en le secouant légèrement d'une épaule en même temps que je continuai à lui tamponner le front avec le linge d'eau fraîche.

Je ne paniquai pas, je n'étais pas terrifiée, j'en avais juste ma claque de cette journée qui n'en finissait pas de m'apporter son lot de déconvenues en tout genre. *Toutes liées à lui, sinon ce ne serait pas drôle...* songeai-je en me remémorant les diverses bourdes et autres incartades qui avaient eu lieu entre nous. C'était une habitude chez moi : me focaliser sur ce qui me posait problème et pester intérieurement pour m'aider à retrouver un raisonnement détaché. Comme toujours, cela fonctionna à merveille et les idées clairement géniales ne tardèrent pas à poindre à l'horizon.

Je me baissai déjà vers un des bacs du chariot, dans l'espoir d'y trouver un produit assez odorant pour le placer sous le nez de Niels et ainsi le faire revenir à lui quand celui-ci murmura. Il appelait son frère. Mon cœur se serra. La première personne à laquelle ce garçon pensait lorsqu'il retrouvait ses esprits était son frère... Il avait dit qu'il était décédé de la Braise et je devinai que la voix de laquelle il le hélait laissait transparaître le caractère récent de ce traumatisme. Un an n'était rien pour affronter la perte d'un être cher, j'en savais quelque chose.

Dans ma poitrine, quelque chose eut un déclic. Telle la lame d'un poignard qui s'enfonça pour me faire souffrir devant la constatation que nous partagions peut-être plus que ce que je ne voulais admettre. Cependant, je n'étais pas prête à admettre quoi que ce soit. Et quand bien même : ce n'était pas le moment ! Je me raccrochai donc à sa demande, comme on se cramponne désespérément à une bouée de sauvetage lors d'un naufrage.

- Ok... De l'eau, répétai-je en tournant talons pour aller lui en chercher.

Dans un des placards métalliques surplombant l'évier, je trouvai les verres. Rangés avec deux tasses, il devait permettre au personnel médical de s'accorder de petites pauses au cours de la journée. J'en attrapai un à la volée tout en claquant déjà la porte et en allumant le robinet qui, dans un son filant, remplit le verre en moins de temps qu'il m'en fallut pour jeter un coup d’œil par-dessus mon épaule afin de m'assurer que mon patient difficile ne s'était pas à nouveau fait la malle au pays de l'inconscience. L'eau déborda, mes doigts trempés auraient presque laissé glisser le verre si je n'avais pas immédiatement stoppé l'écoulement pour regagner Niels sans même prendre le temps d'essuyer ma paume.

J'étais en train de revenir vers lui, me penchant légèrement pour lui donner l'eau qu'il avait réclamé quand il se redressa brutalement. Son corps heurta le mien et envoya voler une bonne partie du contenu du verre sur ma blouse et mon cou. *Décidément...* pestai-je une fois de plus. Cette journée allait être longue... Très longue... Il fallait juste espérer que les prochaines semaines ne se passeraient pas toutes ainsi en sa présence... J'envoyai sans ménagement le verre glisser sur le chariot. Dans un claquement, il atterrit sur le plateau supérieur où se forma autour de lui une auréole du liquide transparent qui reluisait sous les néons, comme toutes les gouttes sur ma peau que je sentais couler jusque dans mon décolleté.

- Calme-toi ! ordonnai-je en lui attrapant les épaules tandis qu'il se débattait contre je ne sais quoi.

Voilà qu'il était en totale panique, même s'il me semblait que le terme plus exact aurait pu être crise de paranoïa ! Que croyait-il voir, où pensait-il être, bref qu'est-ce qui lui provoquait cette réaction totalement disproportionnée ? Son regard était totalement anarchique, cherchant apparemment quelque chose qu'il ne trouvait pas alors que d'épaisses gouttes de sueur dégoulinaient de son front en effaçant un peu plus à chacune de leur chute un des sillons qu'avaient tracé ses larmes. Soudain, tout son corps se crispa sous mes doigts qui le maintenaient avec difficulté : les yeux rivés sur le plateau supérieur du chariot, il me suppliait en me vouvoyant ! Purée, mais à quoi il jouait ?

- Tout va bien Niels ! Bon sang ! C'est moi, Alex !

L'idée d'appeler de l'aide m'avait traversé l'esprit. Le jeune homme paraissait avoir tant perdu pieds que je commençai à douter de ma capacité à le ramener parmi nous sans une bonne dose de calmant. Dans un dernier élan, je le plaquai un peu plus fort vers le dossier du fauteuil : l'obliger à se recoucher ne pourrait pas lui faire de mal et cela me laisserait peut-être le temps de courir jusqu'à la porte pour demander de l'aide.

C'est à ce moment précis qu'une lueur de lucidité passa dans le gris-bleu si clair de ses prunelles. Ma recrue venait de retrouver le plein usage de ses sens et de sa raison.

- Toi… dis-je entre deux respirations saccadées qui trahissaient l'effort que j'avais dû mettre à le tenir. Tu t'allonges tout de suite !

Ce n'était pas négociable. Pas après le cirque qui venait de se produire ! Je le plaquerai moi-même sur la table s'il n'obtempérait pas ! Il bafouilla, tenta de s'expliquer vaguement avant d'enfin obéir.

- Et je suppose que tu n'avais pas mangé grand chose les jours précédents non plus ? lui demandai-je dans une question rhétorique, avant de lâcher un grand soupir en prenant le verre d'eau dans lequel un fond de liquide avait résisté à l'infâme bond de Niels. Je vais t'en chercher un autre, ne bouge pas.

Sans le quitter du regard plus que nécessaire, je me dépêchai d'aller le remplir à nouveau tout en cherchant dans les placards la réserve de sucres. J'étais sûre qu'on devait en avoir quelques uns pour ce genre de problèmes, j'en avais déjà donné à un sujet qui avait été au bord du malaise. Une fois la main mise dessus, j'ouvrai le petit papier qui le contenait avant de le jeter dans l'eau. Sa structure fine fut bien vite envahie par l'humidité tandis que ses grains se désagrégeaient : réaction classique et si banale qu'elle me fit sourire alors que j'agrippai un instrument au hasard sur le chariot, un miroir laryngé dont j'utilisai le manche comme un agitateur de laboratoire pour que le carré de sucre se dilue plus rapidement dans l'eau presque glacée.

- Bois cela, lui dis-je en lui tendant le verre. Ça devrait t'aider à te sentir un peu mieux.

Pendant qu'il dégustait l'eau claire, j'avais attrapé quelques serviettes en papier pour éponger ma blouse trempée et ma peau encore luisante. Décidément, j'allai être bonne pour aller me changer ou alors l'ouvrir dans l'espoir que laisser ses pans plus libres leur permettrait de sécher plus vite. Toujours en le surveillant, je jetai tous les papiers ainsi usagés, puis je me dirigeai vers ses vêtements que je rassemblai vaguement avant de les porter jusqu'à Niels.

- Et comme on a effectivement fini et qu'il est hors de question que tu ne te lèves tout de suite, voilà tes affaires ! Fis-je en les déposant sur le bas de la table d'examen. Reprends encore un peu tes esprits pendant le temps que j'imprime les étiquettes pour les prélèvements et seulement ensuite tu te redresses pour t'habiller, ok ?

On pouvait percevoir le soulagement dans ma voix. Le calme qui y transparaissait était profond et trahissait à quel point j'étais soulagée de le voir capable d'articuler deux mots sensés l'un à la suite de l'autre ! J'avais posé ma main sur son avant-bras en refaisant un pas vers lui une fois le verre reposé sur le chariot, pur réflexe pour rassurer quelqu'un. Néanmoins, ce n'était pas lui que je tentais de rassurer : c'était moi et ce sentiment d'impuissance qui avait agité toutes mes réflexions pendant qu'il était étendu là, perdu dans un monde où je ne pouvais l'atteindre.

Quand je remarquai cela, je me détachai avec un sourire pour regagner l'ordinateur comme si de rien n'était. C'était plus facile de garder contenance que de m'autoriser à éprouver encore de la compassion pour quelqu'un. Pour lui.


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MessageMar 1 Mai - 18:36

Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
« Frangin ».. Il s’était entendu le dire et il aurait voulu continuer à l’appeler. « Isaac.. Isaac », faisait son esprit.. Mais maintenant.. il était seul au monde. Toutes les personnes qu’ils avaient aimées à l’autre bout de l’océan étaient maintenant parties, le laissant dans un pays qui n’était pas le sien. Tout était là pour le lui rappeler à chaque instant. Les gens à l’accent bien mâchés et moins clairs, les longs déserts à la place d’un Londres resplendissant et cette mélancolie faisait partie de tout ça. Isaac n’était plus que présent dans son imagination qui lui permettait de pouvoir écouter sa voix, voir ses expressions et se rappeler la chaleur de son étreinte, chose dont il avait urgemment besoin. « Me laisse pas seul, ne m’abandonne pas toi aussi comme tous les autres. » se voyait-il lui dire. Mais pourtant, Isaac l’avait abandonné. Pas volontairement, mais par la force des choses, à cause du WICKED sans pitié qui n’avait pas hésité à lui prendre son frère. Sa langue à présent sèche avait besoin d’eau et son cerveau lui devait retrouver toute sa lucidité qu’il n’avait pas. Il s’était violemment redressé si bien que la moitié du verre d’eau s'était retrouvée cruellement sur la jeune femme. Il en reçu aussi quelques gouttes, le laissant impuissant face à la situation. Il sentait aussi l’énervement et la panique d’Alexandra. Se calmer. Voilà ce qu’il fallait faire, tout allait bien disait-elle.

- Juste Alex.., murmura t-il complètement défait en réalisant à cette parole qu’il n’avait rien à craindre.

Elle en avait fini avec lui maintenant alors s’il y avait bien une chose qu’il fallait faire, c’était de revenir de suite. Aussitôt que sa lucidité revint au grand jour, elle fonça sur lui toute essoufflée et perturbée. S’allonger. Il n’eut même pas le temps de négocier la chose qu’elle le colla au fauteuil. Ses yeux clairs la fixaient avec intensité tandis qu’elle faisait une affirmation assez réelle pour le passé, mais tout de même fausse étant donné que le Bras Droit le nourrissait mieux qu’il avait réussi à le faire tout seul. Dans ses expéditions et les endroits vides sur lesquels il tombait, la nourriture ne grouillait pas tellement non plus alors qu’une fois dans la zone saine la donne s’était améliorée. Il avait comme découvert un autre pays dans un pays. Les gens étaient bien plus riches et privilégiés ici et il avait une chance inouïe d’être tombé sur un membre du Bras Droit. Sinon, il pouvait être certain qu’il aurait pu crever lamentablement dans ce tunnel de malheur.

- Si si. J’avais juste pas faim ce matin. Trop nerveux, je suppose,
avoua t-il.

Tout le monde savait bien qu’avant un entretien, on ne pouvait pas être relax, surtout pour le WICKED. Lui avait d’autant plus de raisons d’être nerveux vu qu’il faisait partie de la catégorie la plus rare : les immunes. Encore une fois, le jeune homme se sentait différent. Il l’était tellement que c’était pour cette raison sans doute qu’il avait été assez seul au lycée et que le peu de personne qu’il appréciait avaient fini par le lâcher. Il s’était attaché pour au final que les gens réalisent à quel point il était trop ennuyeux, trop bizarre, trop pas dans la norme et trop pas indispensable voir même utile à leur vie. Alexandra se dirigeait vers les placards afin de prendre quelque chose qu’elle ouvrit et qu’elle jeta dans un verre d’eau. Elle revint vers lui sans plus attendre en lui tendant le verre. Il se souvenait aussi que sa mère lui faisait tout un fromage quand il ne prenait pas le temps d’avaler quelque chose le matin avant d’aller en cours. « J’ai pas faim, je mangerais vers dix heures comme d’habitude, tu le sais en plus maman. », assurait-il toujours calmement en souriant avec une tasse de thé dans les mains, seule chose qui lui faisait envie au réveil. Isaac lui était tout le contraire, il dévorait tout ce qu’il y avait sur la table, si bien que le blondinet se demandait si souvent où son grand frère mettait tout ça. Il était presque certain qu’Alexandra était aussi comme cela. Sa question rhétorique sonnait bien avec ce fait. Pourquoi aimait-il bien imaginer les petites habitudes de cette femme au juste ? Comme si imaginer allait encore plus l’aider à la cerner pour la comprendre et être un peu moins maladroit.

- C’est quoi ?, demanda Niels vu qu’il l’avait vu mettre quelque chose dans son verre.

Il rapprocha le verre de ses lèvres et commença à le boire après avoir hoché la tête. L’eau avait en effet un goût sucré qui l’aidait à retrouver des joues rosies, bien mieux qu’une pâleur cadavérique. Il la vit éponger sa blouse et il grimaça.

- Pardon, je voulais pas que tu t’en renverses partout, je t’ai fait peur. J’étais désorienté, je me suis cru.. autre part.

Mais après tout était allé bien quand il avait compris qu’elle était là, comme si elle pouvait faire partie des personnes qui pouvaient le rassurer et devenir sympathique quand elle n’était pas occupée à vouloir le piéger et le faire souffrir avec un barillet au lieu d’un papillon. Pouvait-il être ami avec elle ? Ou tout ne serait-ce que de la comédie pour bien s’intégrer ? Quelle était la limite d’un être humain en socialisation ? Se pouvait-il qu’il en vienne à l’apprécier alors même alors qu’il travaillait chez l’ennemi en n’en ayant pas tout à fait conscience ? Serait-elle comme les autres ? Ou bien l’accepterait-elle sans vouloir le faire disparaître peu à peu.. ?

Il baissa les yeux, chassant ce genre de pensées qui ne faisait que le plonger dans un état de lourde déprime, croyant que personne au monde n’était capable de s’attacher à lui à cause de ses différences. Sacrés américains pensa t-il.. Elle lui apprit qu’ils avaient fini l’examen, ce qui était la plus merveilleuse des nouvelles.. Cependant, il ne pouvait pas de suite se lever. À la place, elle lui apporta directement ses affaires et ses yeux rencontrèrent très rapidement son sac à dos de malheur qui le serait tous les jours. Il devait se rhabiller pendant qu’elle allait imprimer les étiquettes pour les tubes et les yeux de Niels se froncèrent en les comptant.

- Tu m’as corrigé en disant qu’il y en avait six, mais j’en vois de nouveau cinq maintenant.

Il ne comprenait pas. Délirait-il de nouveau ou bien se pouvait-il qu’elle lui avait fait une fleur ? Le jeune homme prit son tee-shirt qu’il enfila aussitôt, avant de se mettre sur le bord de la table afin d’enfiler son pantalon bien plus adroitement que tout son espèce de cinéma du début ! Oui, il savait bel et bien s’habiller sans jouer au jeu d’enfiler ses vêtements le plus étrangement possible. Il boucla sa ceinture, trop content d’avoir échappé à un examen andrologique trop poussé. Au moment de remettre ses chaussures après avoir mit ses chaussettes, il sentit comme un vide quand il était en train de nouer ses lacets. Son fidèle couteau se trouvait dans son sac. Tant pis, pensa t-il. Le principal était qu’il l’avait. Une fois tout prêt, il balançait ses pieds dans le vide, en attendant la jeune femme qui s’était occupée de coller les fameuses étiquettes.

- Je suis prêt, annonça t-il avec un demi-sourire.

Il avait repris des couleurs et attendait patiemment la jeune femme même si son ventre continuait de lui crier de se bouger à aller le nourrir avant qu’il ne fasse un second malaise. Il venait de passer une autre épreuve du WICKED et la bonne nouvelle était qu’il était toujours en vie. Mais pour combien de temps encore dans cet endroit dangereux pour un être comme lui remplis de personnes qui désiraient torturer les immunes ?


 
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MessageJeu 3 Mai - 0:24

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Au fur et à mesure que Niels reprenait ses esprits, le tourbillon d'angoisse dans lequel j'avais été prise cédait la place à un soulagement intense. Se répandant dans chacune de mes cellules, il permit à mon cœur de retrouver un rythme normal tandis que ma respiration redevînt plus posée. Seule la fraîcheur du tissu trempé me faisait encore frissonner, signe que cet épisode irréaliste n'était pas un pur fruit de mon imagination mais bel et bien un instant d'égarement total durant lequel ce jeune homme avait flotté dans des eaux troubles. "Juste Alex" avait-il murmuré en prenant conscience de l'environnement qui l'entourait, loin de cette illusion d'un frère qui aurait pu se ternir à ses côtés ou de ce monstre contre lequel il avait semblé lutter. "Juste Alex", me répétai-je une fois encore, comme si ces deux mots me chagrinaient autant qu'ils me rassuraient... Je n'étais rien. Personne à craindre, personne à apprécier. Juste une neutralité qui me laissait perplexe quant à ce que j'aurais dû ressentir face à ce constat qui lui était venu si naturellement. D'ailleurs, peut-être n'y avait-il pas de quoi l'interpréter... Peut-être n'était-ce rien d'autre qu'une vague formule au sortir du brouillard de l'inconscience... Mais alors, pourquoi "juste"...

Me connaissant, j'aurais pu me torturer longtemps avec toutes les hypothèses qui naissaient dans mes réflexions. Pire, j'aurais pu me poser la question terrible de savoir pourquoi ce simple mot me gênait venant de sa part. Seulement, j'avais de quoi mettre un terme à ses pensées en me focalisant sur ce qu'il y avait de plus important à ce moment-là : éviter qu'il ne replonge dans le néant ! Heureusement, il avait retrouvé sa langue - oui je sais, l'hôpital qui se fout de la charité a ainsi bénir l'entendre parler quand bien même j'avais rêvé à plusieurs reprises qu'il la boucle précédemment ! - et commentai mon affirmation à propos de son alimentation générale. En effet, il était fréquent que les nouveaux employés soient surpris de retrouver un régime plus complet une fois embauchés. Outre les éventuels soins médicaux, la possibilité de trouver une aide pour se loger et le petit salaire qui nous était accordé, nous jouissions d'une cafétéria pas si mal que cela ! Non, en réalité je faisais ma fine bouche en disant cela, elle était carrément exquise si on comparait ce qui y était servi à ce qu'on pouvait éventuellement se mettre dans le ventre lorsqu'on n'avait d'autre chose que d'errer ou de se contenter des denrées les moins chères du marché de la ville. Restait le vol si on désirait plus et le fait que Niels me contredise en prétendant avoir manger à sa faim les jours précédents alluma en moi la lueur du soupçon. Toutefois, la richesse supposée de sa famille me revenant en mémoire, on pouvait aussi penser qu'il n'avait pas manqué de grand chose depuis son arrivée en Amérique grâce à des ressources encore inépuisées. Peu probable, mais pas impossible ! De toute manière, j'aurais du temps pour le découvrir !

- Normal, tu ne savais pas à quelle sauce tu allais être mangé ! rétorquai-je avec un petit rire doux dans la voix.

Loin d'être moqueuse, je tentai de détendre l'atmosphère : correction, je tentai de me détendre moi-même ! Voilà une chose à ajouter à la liste de celles qui ne me ressemblaient pas et qui, pourtant, semblaient prendre consistance en sa présence. Entre sympathie de voir qu'il me rendait ma spontanéité perdue et méfiance de savoir que ce relâchement pourrait facilement devenir l'origine d'une foule d'ennuis, je me contentai de lui répondre en m'astreignant à garder le plus de distance professionnelle possible.

- Du sucre, tout simplement ! Histoire que ça te redonne un petit peu de couleurs avant que tu n'aies autre chose à te mettre sous la dent.

Baissant les yeux pour mieux voir ce que je faisais tandis que je m'efforçai d'éponger tant bien que mal l'eau qui avait imbibé ma blouse et mouillé ma peau claire, je le sentis se raidir. Des excuses, il me demandait pardon pour son comportement imprévisible lors de son réveil. Ses explications furent coupées sur la fin et je relevai la tête pour mieux apercevoir son expression : son hésitation quant au lieu où il s'était cru ne pouvait que signifier deux choses, soit j'étais trop alerte et il ne savait réellement plus de quoi il avait retourné quand il avait repris connaissance, soit cette pause trahissait un aveu qu'il n'était pas prêt à faire, du moins pas devant moi. Dubitative, mon regard se riva sur le sol.

- J'avais cru comprendre ! lui lançai-je sur un ton mi-agacé mi-malicieux, tant et si bien qu'il était impossible de savoir comment prendre ma remarque. Presque inquiète en réalisant qu'il pourrait mal l'interpréter, je complétai sur un soupir accompagné d'un léger sourire, relevant mes prunelles noisette vers lui : C'est juste de l'eau... C'est rien de grave, ne t'en fais pas.

Mon sourire s'était amplifié sur la fin, comme pour lui prouver que j'étais sincère. Si je répétais que c'était pour la bonne cause, pour ne pas qu'il prenne mal mes paroles alors qu'il se remettait tout juste d'un malaise assez impressionnant, je ne pouvais pas nier que j'avais aussi envie d'arrondir les angles entre nous. Tout simplement. Entre cette constatation et le contact inopiné que j'avais esquissé, posant ma main sur son avant-bras avant de rompre ce toucher de bienveillance, mes réactions me désarçonnai. Elles balayaient tout cet ensemble de certitudes que je m'étais forgé au cours de mes années de solitude. Or, ce n'était pas acceptable.

Immédiatement, je me détournai et gagnai le fauteuil devant l'ordinateur dont j'allumai l'écran en veille. Un simple identifiant et un mot de passe plus tard, les dossiers médicaux des employés s'étalaient devant mes yeux. Visiblement, Matthew avait déjà pris soin d'activer celui de Niels car il apparaissait d'ores et déjà dans la base de données. Dans le cadre prévu, je sélectionnai la mise en place d'une nouvelle analyse sanguine avec pour intitulé "examen de base post-recrutement". Automatiquement, les six analyses prévues s'affichèrent et je cliquai pour supprimer celle concernant l'immunologie spécifique au virus Braise, tout en indiquant à côté "malaise au cours de l'examen, impossible de poursuivre, voir précédents prélèvements pour résultats complets". Cela avait le mérite d'être clair.

Un nouveau tapotement sur le clavier plus tard, l'imprimante embraya en brisant le silence de la pièce. Dans mon dos, je percevais les mouvements de Niels qui s'agitait pour se rhabiller. Avec un brin d'amusement, je fis pivoter le fauteuil dans lequel j'étais installée pour l'avoir dans mon champ de vision pendant que les étiquettes se composaient.

- Apparemment tu as même retrouvé ta faculté de comptage, lui dis-je sur un ton un peu taquin avant de lâcher un soupir en m'obligeant à redevenir plus sérieuse afin d'apporter une réponse à son interrogation légitime. Tu allais tourner de l’œil, je suis allée au plus urgent. Le dernier n'aurait que servi à tester des choses que nous savons déjà. Bref, au labo ils n'auront qu'à se débrouiller avec ce que j'ai réussi à prélever !

Maintenant, mes mains s'affairèrent autour des tubes, détachant les étiquettes les unes après les autres pour les coller sur les prélèvements. Le nom de Niels Welligton, sa date de naissance et le numéro de son dossier s'affichèrent sur le fond rouge sang, puis j'attrapai l'ensemble de la grille dans laquelle les échantillons étaient positionnés pour la porter dans un des frigos de la salle : ils seraient acheminés directement quand un laborantin viendrait chercher les analyses de la journée. Quant au dossier médical que j'avais moi-même rempli, je le classai dans une pile en équilibre précaire en compagnie des quelques autres documents concernant les individus que le Dr. Thompson devrait voir en consultation demain. Enfin, je remis le chariot en place tout en prenant soin de passer un coup de lingette désinfectante sur le plateau supérieur qui parut retrouver un éclat encore plus brillant une fois vaguement astiqué !

Avec une sychronicité agaçante, Niels me héla pour m'apprendre qu'il était prêt. *A quoi ? Lui seul peut le savoir !* songeai-je avec amusement en lui souriant.

- Contente de voir qu'en réalité tu sais parfaitement enfiler un jean ! dis-je dans cette intonation sarcastique dont j'avais le secret. Alors...

Un dernier regard rapide, tout était en ordre. *Nous allons pouvoir y aller*, songeai-je en ouvrant légèrement ma blouse dans l'espoir que les pans sèchent. Je n'avais aucune envie de descendre aux vestiaires dès maintenant, d'autant plus qu'aucune place n'avait sans doute encore été attribuée à Niels et que ce détour risquait de voir resurgir la faiblesse physique du jeune homme avant de le conduire vers une seconde syncope. *Hors de question !*

- On va donc passer par la cafétéria avant que je ne te montre le laboratoire et que je t'explique en quoi consistera ton travail, annonçai-je sur un ton plus que sûr de moi. C'est que je ne tiens pas à te ramasser une seconde fois !

S'il avait été attentif, il aurait pu remarquer que derrière l'impression autoritaire que je tentais de me donner pour rester la femme professionnelle qu'il devait voir en moi, de petites ridules au coin de mes yeux prouvaient que j'étais loin d'être froide avec lui. Peut-être aussi aurait-il pu apercevoir la lueur dans mon regard, celle qui montrait que je relativisais les évènements ? Peut-être l'avait-il vu ? Et alors ? Ce n'était pas une bonne idée de vouloir céder à l'envie de me montrer plus cool avec lui... J'en avais payé les frais une fois, on ne m'y reprendrait plus. Du moins, c'est ce que je me répétai alors que la porte de la salle d'examen claquait dans mon dos, Niels sur mes talons.

Comme précédemment, nous empruntions le même couloir dans l'autre sens jusqu'à quitter le centre médical. Sachant que la plupart des recrues commençaient à catastropher à partir de là, comprenant que ce bâtiment était un véritable labyrinthe - oui, je sais, plutôt amusant comme comparaison... - et qu'ils ne parviendraient jamais à s'en sortir seul, j'osai tourner la tête vers le blondinet tout en tournant au coin d'un autre couloir.

- Ne t'inquiète pas pour te repérer ! On te laissera pas te perdre seul les premiers temps !

Si j'étais tentée de zapper l'ascenseur pour prendre les escaliers et ainsi descendre jusqu'à la cafétéria à l'ancienne, la pâleur de Niels me revînt en tête et, jetant un coup d’œil par-dessus mon épaule, je ne pus qu'admettre qu'il était une bien meilleure solution de se fier à la technologie plutôt qu'à l'exercice physique ! Une fois que la cage de métal nous eut déposés, ma marche reprit jusqu'à notre objectif : une vaste salle dans laquelle de nombreuses tables étaient installées. Tantôt pouvant accueillir des groupes, tantôt faite pour laisser déjeuner ensemble seulement deux ou trois personnes, elles se répartissaient dans l'espace dont les larges vitres de la façade diffusaient une lumière claire, presque éblouissant là où elle se reflétait dans le carrelage blanc.

L'heure de midi était passée depuis peu et on pouvait compter seulement une dizaine de membres du personnel encore présents dans la pièce. Sur un côté de la salle, un self s'étendait : je m'y dirigeai directement.

- Bonjour, dis-je en repérant une employée sur le côté.

C'était plus par habitude que dans un véritable salut tandis que je badgeai deux fois en prenant un plateau. D'un regard, j'indiquai à Niels d'en faire de même. L'employée affectée à la cafétéria me regarda avec un air perplexe, elle s'apprêtait à faire une remarque : ses lèvres entrouvertes le prouvaient et je pestai déjà intérieurement.

- Il est nouveau, il n'a pas encore son badge ! expliquai-je d'une voix sèche, trahissant le fait que cela m'agaçait que cette simple employée aux cuisines puisse remettre en question mes actes. Puis me tournant vers Niels, j'ajoutai :Prends un plateau et sers-toi.

D'un regard en coin, je surveillai que Niels avant de l'encourager :

- Ne lésine pas ! Je suis sérieuse.

Voulais-je simplement éviter de me retrouver dans une situation délicate ou le couvais-je un peu trop ? Je n'aurais su le dire. J'avançai devant lui, attrapant vaguement une carafe d'eau et un sandwich assez maigre. La faim ne me tiraillait pas, sans doute l'effet délétère de toutes les émotions que j'avais dû supporter depuis ce matin. Cela suffirait à me tenir jusqu'au dîner : je n'étais pas une grande mangeuse ou du moins je ne l'étais plus depuis que la privation avait été le seul moyen de survivre lors de mes pérégrinations il y a plus de quatre ans... Je n'avais jamais retrouvé l'appétit après ça, un peu comme mon goût de vivre qui s'était étiolé avec toute la douleur que j'avais dû affronter... J'espérais qu'il n'en était pas de même pour lui.


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MessageJeu 3 Mai - 13:11

Niels
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Alexandra
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Le jeune homme venait d’avouer qu’il avait été trop nerveux pour avaler quoi que ce soit et Alexandra lui répondait sur le ton de l’humour que c’était normal en lui rétorquant qu’il ne savait pas à quel sauce il allait être mangé ! Il ne put s’empêcher de rire et si la jeune femme avait voulu détendre l’atmosphère, elle avait bien réussi. Elle avait glissé du sucre dans son verre et cela n’était pas étonnant qu’il se sente déjà mieux. Le sucre était tellement la solution. Ils en avaient toujours aussi à Londres dans le cabinet, pour justement aider les gens en cas de malaise comme il venait de faire. Elle était en train d’éponger sa blouse qui avait été mouillée par sa faute. Elle le rassurait automatiquement, mais lorsqu’il lui avait expliqué qu’il avait pensé qu’il était autre part, la remarque d’Alex avait sonné un chouilla ironique, comme si elle lui faisait un reproche et qu’elle lui faisait bien comprendre que cela ne lui avait pas échappé. Il n'avait pas non plus remarqué son trouble. Heureusement pour lui, elle ne s’attarda pas là-dessus et il avait simplement hoché les épaules tel un innocent. Hors de question d’en parler. De toute évidence, elle n’était pas en colère s’il en croyait le grand sourire qu’elle venait de lui faire. Mais pourquoi l’avait-elle amplifié de la sorte alors ? Comme si elle désirait faire ses preuves.. Il décida de noter ce détail dans un petit coin de sa tête tandis que la brune face à lui continuait de taper sur l’ordinateur. Il ne put s’empêcher de sourire, car elle et un ordinateur étaient une vision plutôt sympathique. La manière dont elle se tenait face à l’écran, son petit air concentré et ses longs doigts fins qui faisaient doucement valser le clavier était bien agréable sans trop qu’il ne sache pourquoi. Il se surprit donc à la regarder en silence avant qu’elle ne lui sorte qu’il savait maintenant de nouveau compter.

- On dirait bien ouais ! , s’exclama t-il sur le monde ton de l’humour, car il savait bien que ce n’était pas méchant.

La jeune femme avait été efficace, car elle n’avait pas cherché à aller dans les détails, mais plutôt à l’essentiel avec ses tubes. Le laboratoire se débrouillerait et il se demandait s’ils allaient tester son immunité.

- Que vont-ils tester en fait à part.. le sida ?, demanda Niels qui désirait en savoir un peu plus.

Si elle lui sortait de suite l’immunité, il ne savait pas comment il allait réagir à ça. Alexandra se ferait-elle un plaisir de l’envoyer se faire bouffer tout cru par les monstres du labyrinthe ? Dedans, il aurait échoué. Il serait certes, sans doute avec son frère, mais il aurait échoué, car là-bas, il ne servirait à rien à part être une jolie petite distraction pour tout ces sadiques. Que pensait Alexandra de tout ça ? Elle devait aussi sans doute adorer ce projet.. Ici, il n’y avait personne comme lui, ce serait bien trop beau !

Une fois qu’elle eut fini son travail elle rangea son dossier et les tubes pour le regarder de nouveau avec un sourire. Il savait en effet enfiler un jean normalement et il éclata de rire.

- Bien sûr ! Que crois-tu ?


Néanmoins, il devait avouer que son spectacle de tout à l‘heure avait dû être à mourir de rire et rien qu’en y pensant, il arrivait à se marrer tout seul. Il était donc temps de se diriger vers la cafétéria maintenant que tout était bon. Il se leva alors lentement pour éviter de se brusquer et mit son sac au poids pas très familier sur son dos. Trop d’armes là-dedans. Après tout, il portait toujours tout sur lui et non dans son sac. Ils n’étaient pas vraiment revenus clairement sur ce point d’ailleurs, des sous-entendus de menaces avaient juste filé. Il fut soulagé d'entendre que le prochain arrêt était la cafétéria et non autre chose. Il n’aurait pas eu la force, mais après cela, elle irait lui montrer le laboratoire dont il avait très hâte d'aller voir. On n’allait pas faire des tests sur lui, et il en était bien soulagé. Le train-train quotidien allait pouvoir commencer, il allait avoir l’opportunité d’apprendre plein de nouvelles choses.

- Super programme ! Je meurs de faim.

Alexandra avait repris un ton sérieux, mais ce ton-là ne l’avait pas dérangé ni perturbé plus que ça. Il était juste sérieux et pas méchant ni menaçant comme il avait pu l’entendre tout à l’heure quand elle s’était rapprochée de lui pour lui faire comprendre pas mal de choses. Ici, il n’avait pas vu des lueurs de haine dans ses yeux.

- Je n’y tiens pas non plus, ajouta t-il calmement.

Niels prenait aussi le soin de bien retenir les endroits par où il passait, car il devait savoir se repérer et quand il en aurait l’occasion, il partirait un peu à l’aventure pour aller visiter des pièces et trouver des infos sur son frère. Cependant, son petit espoir fut vite défait, car elle lui apprit qu’il ne serait jamais seul pour vagabonder dans les couloirs. Aucune chance pour le moment de jouer à Harry Potter qui se « perdait » toujours seul dans les couloirs en découvrant plein de merveilles.

-Oh, heureusement alors !
, fit-il pour écarter tout risque de suspicion sur son envie de vagabonder.

Ils continuèrent de marcher pour au final prendre l’ascenseur, mais il avait bien remarqué le regard d’hésitation d’Alexandra sur les escaliers. Elle avait sans doute pensé à son état, mais était-elle comme lui ? Préférait-elle les escaliers ? Le jeune homme masqua sa crainte. Aucun risque qu’il ne tombe en panne, ils étaient au WICKED, tout fonctionnait à merveille alors il n’y avait pas d’inquiétude à avoir. Pourtant, tout le long du « voyage », Niels avait posé une main sur la porte de l’ascenseur comme pour prier qu’elle allait s’ouvrir et non leur faire un coup de vicieux. Il avait senti son cœur s’accélérer quand l’ascenseur avait ralenti et les trois longues secondes de battements entre l’arrivée et l’ouverture de la porte lui était le plus insupportable. Le verdict. Il s’annonça bon, car les portes s’ouvrirent et il s’empressa de sortir. Il était évident que pour un asthmatique comme lui, les ascenseurs étaient ses « amis » depuis bien longtemps, car monter cinq étages d’un coup aurait pu l’essouffler. Ils avaient donc repris la marche pour arriver à une grande salle qui semblait un peu déserte. Cela le soulageait un peu, car il ne connaissait encore personne. Il espérait qu’il allait bien s’intégrer, autant qu’il s’était intégré dans l’équipe des cinq médecins du cabinet à Londres. Tout était bien éclairé et il voyait tellement la différence avec le QG sombre du Bras Droit. Ici, tout était resplendissant si bien que cela ne paraissait même pas.. naturel.. dérangeant. Tous ces gens vivaient dans une sorte de bulle utopique et il n’était pas certain que ces personnes-là ne soient prêtes à se reprendre la grande réalité en pleine figure.

Alexandra se dirigea alors vers une employée du self-service et la salua. Le blondinet fit de même avec un grand sourire, mais au moment où Alex passa deux fois son badge, les deux se firent fusiller du regard par cette dame. Elle régla très vite le problème en expliquant d’une manière assez peu sympathique qu’il n’avait pas encore de badge. Bien sûr un badge ! Cela lui permettrait d’aller se balader là où il le désirait, à part si le badge prenait en compte sa position et les endroits qui lui seraient ou non autorisés, ce qui était très logique. Peut-être qu’il pourrait le bidouiller informatiquement quand il en aurait l’occasion afin de pouvoir aller à peu près partout.. oui, cela semblait être une bonne idée et il se félicitait d’avoir pris IT poussé au lycée, ce qui lui donnait des bases solides. Cependant, il se doutait que le système de WICKED était un système bien trop unique.. Il avait hâte qu'on le familiarise avec le système dont il aurait forcément besoin. Il s’empara alors d’un plateau pile au moment où Alexandra lui disait de se servir. Elle semblait être impatiente, sans doute agacée par l’employée qui continuait de regarder Alexandra étrangement. Il remarquait qu’elle n’appréciait pas que l’on remette en cause ce qu’elle disait et Niels nota ça dans son esprit. Alex aimait bien commander et elle avait probablement une très bonne position. Responsable du service n’était pas rien après tout.

- Oui oui ne t’en fais pas, fit Niels en avançant et en se demandant pourquoi elle ne le vouvoyait pas devant les gens.

Il avait choisi une salade en guise d’entrée et au moment de choisir son plat de résistance, il fut très attentif. Il regardait les inscriptions qui indiquaient seulement les noms. Il voyait alors un plat qui semblait bien appétissant. Il regarda alors la dame en lui souriant.

- Excusez-moi Madame, commença le jeune homme de sa voix chantante. Il n’y a pas de viande dedans, n’est-ce-pas ?

La dame le regarda d’un air indifférent, comme si elle était habituée à ce qu’on lui pose la question, mais tout de même pas tant que ça.

- Non jeune homme, il n'y en a pas.

Niels lui sourit alors, en ne se démontant pas face à son manque de sourire de sa part.

- Merveilleux, je vous remercie !, termina t-il avec une joie de vivre pas croyable.

Cela lui faisait étrange de reparler aux gens. C’était à la fois flippant, mais.. plaisant en même temps et son corps devait s’y habituer. Bien sûr, il avait pu avoir des contacts avec les gens du Bras Droit, mais il avait encore un mal fou à se réaclimater. Il avait donc prit le plat sans viande avant de se diriger vers la dernière case qui lui fit un grand choc. En voyant les desserts, ses yeux avaient totalement craqué, il n’était plus du tout habitué à voir ça et il avait opté pour quelque chose qui comportait du chocolat en se promettant qu’il les essayerait tous les jours suivants. Il avait tellement faim ! Son regard se pencha sur le plateau d’Alexandra tandis qu’ils s’avançaient pour aller sans doute payer le repas. Pourquoi ne prenait-elle pas plus que ça à manger ?

- Tu vas avoir faim en ne prenant que ça, non ?, demanda t-il alors d’une voix un peu inquiète. Il y a des petits desserts légers si tu veux.

Le sandwich semblait, en effet, assez petit et il était tout de même assez tard, alors l’estomac de la brunette devait aussi crier famine comme le sien, non ?  

 
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MessageVen 4 Mai - 10:11

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Peu à peu, tout semblait être revenu à la "normale" - si tant est qu'on pouvait parler de normalité dans ce monde décousu - au sein de la salle d'examen. A croire que la petite virée de Niels au pays de l'inconscience avait permis d'emporter dans son sillage toute la tension qui s'était accumulée et avait menacé de faire exploser nos ressentiments mutuels. Rien de telle qu'une belle angoisse partagée pour remettre les compteurs à zéro. En réalité, ce n'était pas vraiment le cas : là où la plupart des personnes étaient seulement rancunières, moi j'étais vindicative. L'utilisation d'une aiguille classique plutôt que de l'autre technique de prélèvement qui se serait sans doute avérée moins douloureuse pour Niels n'en était qu'un exemple parmi tant d'autres, cependant, malgré tout ce qui avait suivi, je ne réussissais pas à me sentir coupable. S'il avait tourné de l’œil si aisément, c'était avant tout une question d'alimentation et surtout de sa phobie incontrôlable des piqûres. Aucun besoin donc de refaire le monde en me flagellant inutilement. Sans compter qu'il l'avait bien cherché d'une certaine manière... Et moi, on pouvait dire que j'avais aussi payé ma petite vengeance personnelle. D'une certaine manière, on était quitte !

Mes doigts rebondissaient sur les touches à un rythme régulier. Mes pupilles oscillaient dans de furtifs aller-retours avec le clavier, si bien que je ne m'en rendais même pas compte vu la rapidité de mes mouvements. Devant cet écran, je me sentais intouchable. La bulle que créait la simple manipulation d'un outil informatique suffisait à calmer tout le stress qui avait fait son nid en moi depuis le matin. A croire que le bourdonnement du ventilateur qui vibrait contre une des parois de métal de la tour centrale avait un pouvoir apaisant sur mon esprit. Comme le ronronnement d'un chat faisait diminuer la fréquence cardiaque de son propriétaire lorsque le matou s'affalait sur lui, les ordinateurs devaient jouer de la même influence sur ma personne : une chance me direz-vous puisque les chats s'étaient fait plutôt rares depuis que la planète partait en vrille ! Oh bien sûr, on devait toujours en croiser redevenus sauvages et totalement inapprochables. Parfois, je m'étais demandée ce qu'avaient pensé les individus du WICKED qui m'avaient recrutée. Sans doute un truc pas très loin de mes pensées sur les chats sauvages...

La souris passa entre mes griffes, j'appuyai sur une de ses touches avec légèreté. J'aimais jouer, un vrai félin en somme ! Si Niels comprit ma boutade, il ne put s'empêcher d'être curieux en demandant plus d'informations sur les analyses qui allaient être effectuées. Comment le lui reprocher ? C'était lui le plus calé de nous deux d'un point de vue médical, j'en étais presque sûre... En effet, bien que le WICKED m'ait permis d'acquérir des compétences indéniables, il faut admettre qu'il était plus aisé de garder en mémoire les connaissances qui vous intéressaient plutôt que celles qui vous faisaient bailler d'ennui ! J'avais toujours tendance à être plus alerte lorsqu'on parlait informatique, il en allait certainement de même pour le jeune homme encore installé sur la table d'examen, d'autant plus qu'il s'agissait de sa santé.

- Les dosages classiques, commençai-je avant de détailler tout en continuant à pianoter comme si de rien n'était. Contrôle de la NFS, coagulation, cholestérol, créatinine, urée, ionogramme, hormones, hépatites, sida, maladies auto-immunes les plus fréquentes et les marqueurs d'allergie. On en profitera aussi pour vérifier ton groupe sanguin tant qu'on y est.

Emballé, c'est peser ! Une fois les derniers détails clôturés avec notamment l'insertion des tubes dans un des frigos de la pièce en attente de leur envoi vers le laboratoire, ma boutade avait eu une belle résonance. Il rétorqua immédiatement, même si je m'empressai de lui faire remarquer à mon tour un détail.

- Je crois que vu la danse que tu m'as servie en te déshabillant et qui m'a fait douter que tu sois atteint d'une chorée, ma remarque est on ne peut plus légitime ! fis-je un peu rieuse.

Pressée de quitter cette salle pour laisser l'examen derrière nous, je n'avais pas répondu à sa réplique concernant son enthousiasme à l'idée d'aller casser la croûte. L'authenticité dont il faisait preuve à chaque fois qu'il lâchait ce genre de remarques innocentes me perturbait. Ici, personne n'osait laisser filtrer autant de spontanéité. Tout le monde pesait ses mots, d'autant plus si vous occupiez un poste important. En tant que Créateurs, nous n'étions pas au sommet de la chaîne alimentaire mais nous étions également loin d'être des proies... Nous inspirions le respect chez quiconque connaissait l'ampleur de notre tâche et le travail colossal que nous avions accompli en fondant le labyrinthe et, même si je n'avais pas participé à son élaboration, j'en savais actuellement autant sur ses rouages que si je l'avais fondé moi-même. Les heures que j'avais passées à en améliorer les codes qui mettaient en marche toute sa mécanique étaient terrifiantes : il était le projet le plus faramineux sur lequel j'avais pu travailler, le plus écœurant aussi.

Le trajet entre la section médicale et la cafétéria s'était passé sans encombre. Les couloirs étaient relativement déserts, la plupart des employés était retourné à leur poste de travail directement après leur pause déjeuner, les autres étaient rentrés chez eux afin de se reposer avant de revenir pour leur poste de nuit. Si New York était la ville qui ne dormait jamais autrefois, le WICKED remportait aujourd'hui largement cette palme. Nous devions être prêts à chaque instant car, même s'ils en paraissaient encore très loin, les blocards pouvaient nous réserver des surprises et provoquer leur sortie du labyrinthe en en découvrant la solution à tout moment.

Ils étaient trop lents. Beaucoup trop lents à mon goût pour le moment. Tout comme cet ascenseur dont les portes closes semblaient donner des sueurs froides à Niels. Sa paume contre la porte aux reflets éclatants, le confinement n'avait pas l'air d'être sa tasse de thé. D'ailleurs, le thé lui manquait-il ? Il y en avait parfois à la cafétéria, mais j'étais trop accro à la caféine pour avoir osé lui faire une infidélité ! Il tenterait peut-être le coup s'il y en avait aujourd'hui et indubitablement il finirait par le critiquer : un anglais ne pouvait pas apprécier du thé américain en plein apocalypse... Si ?

J'étais en train de laisser mon regard s'attarder sur d'autres plats pour tenter de réveiller l'envie de manger - sans grand succès -, quand j'entendis Niels interpeler une des employées. Au final, je n'aurais su dire ce qui m'avait le plus laissée pantoise : le fait qu'il soit si aimable et souriant avec cette femme qu'il ne connaissait ni d'Adam et d'Eve et qui l'aurait sans doute fichu à la porte si je n'étais pas intervenue avant même qu'elle ne cause, ou le fait qu'il puisse poser une telle question ! Était-il sérieux à faire la fine bouche ? Le toisant de la tête aux pieds, sa réflexion me fit mieux comprendre pourquoi il était fin comme ce n'était pas permis - en même temps qu'elle me fit réaliser que j'avais oublié de le faire monter sur une balance alors que nous étions encore à l'examen... - : avait-il pu se nourrir réellement uniquement de verdure pendant son voyage alors que la majorité des végétations avaient brûlé sous les rayons écrasants de l'astre solaire ?

- Tu es végétarien ? demandai-je en levant un sourcil. J'aurais dû m'en douter ! Même en période de cataclysme, les anglais réussissent à pinailler !

Mon ton railleur n'avait rien de méchant, juste un peu ironique. Voilà bien une chose que je ne pourrais jamais comprendre : qu'on puisse penser à des considérations pareilles dans des temps comme ceux que nous affrontions actuellement ! *"Grand seigneur" n'était peut-être pas une insulte si peu adaptée finalement...* songeai-je avec amusement. M'avait-il entendu pour que son côté gentleman ressorte ? Absolument impossible et pourtant il tint à s'assurer que je n'allai pas mourir de faim : et quoi encore !

- Ce n'est pas moi qui ait tourné de l’œil, donc cesse de contrôler mon assiette et complète plutôt la tienne ! lui dis-je sur un ton un peu plus sec que je ne l'aurais voulu.

On ne pouvait pas changer des réflexes vieux de plusieurs années en quelques minutes. Plus personne ne veillait sur moi depuis trop longtemps pour que je puisse accepter un tel élan de sa part. Ce sentiment de ne pouvoir tolérer cela venant de Niels s'était encore accentué suite à la façon sournoise qu'il avait eue d'exploiter l'unique faiblesse que je lui avais exposée... Mieux valait être prudente à l'avenir, tant que je ne saurais pas mieux sur quel pied danser avec lui.

Lui laissant le temps de choisir un dessert, mon regard balaya la salle. Vaste, seuls quelques murmures venaient troubler le calme qui y régnait. Cela contrastait tant avec les heures de pointe où le vacarme assourdissant aurait presque pu faire vibrer les plateaux. Souvent, je préférais poursuivre un travail pour ne venir ici qu'une fois le ras-de-marée principal passé : c'était un de nos privilèges, pouvoir adapter nos pauses à notre boulot, du moins quand ce n'était pas nous qui étions chargés de la surveillance du labyrinthe. Je m'installai alors toujours à proximité des larges fenêtres. De l'extérieur, on ne pouvait apercevoir l'intérieur du bâtiment. Des vitres sans teint, rien de moins. Néanmoins, de l'intérieur, la vue qui s'offrait à nous était belle. Terriblement époustouflante vu notre hauteur et l'horizon dégagé qu'elle nous exposait. Le soleil brillait d'un éclat ardent, si bien qu'on aurait cru pouvoir s'y brûler seulement en tendant la main vers lui. Les autres bâtisses alentours s'élevaient comme des sommets d'espoir que la vie puisse un jour reprendre son cours normal. Les anonymes qui marchaient dans les rues alentours n'étaient que des fourmis, des êtres insignifiants qui ne savaient pas qu'ils étaient déjà morts : ils étaient le passé de l'humanité et nous, pour eux, pour ces reliques du passé qui refusaient de disparaître, nous torturions et exterminions l'avenir.

Je chassai cette pensée en me tournant vers Niels qui avait apparemment fini ses emplettes.

- Tu viens ? lançai-je en m'écartant déjà du self et, voyant qu'il hésitait, je complétai en comprenant son malaise. Oh pour le paiement, le prix d'un repas complet est directement déduit grâce au badge.

Mes yeux se portèrent vers une table accolée aux carreaux et à leur vue plongeante sur l'extérieur.

- Près des baies vitrées, ça te convient ? l'interrogeai-je plus par politesse que réellement pour lui laisser le choix.

Directement, je me dirigeai vers les places que j'avais repérées. Petite table conçue pour deux personnes au maximum, trois peut-être en se serrant un peu, elle était placée presque contre une des fenêtres. Les couverts vibrèrent sur le plateau lorsque je déposai celui-ci et m'installai en plaquant machinalement ma blouse pour qu'elle ne prenne pas de faux plis quand je m'assis, vieille manie que m'avait transmise ma mère dès que je portai des vêtements amples. Laissant Niels débuter son repas tandis que je nous servais de l'eau, je débutai la conversation :

- Alors dis-moi, des impressions après tes premiers pas au sein du WICKED ?

Enfin une vraie question. D'accord, il ne devait absolument pas s'en rendre compte mais j'étais très curieuse de voir ce qu'il aurait à dire à cela. Si je n'avais jamais vraiment eu de nouvelle recrue sous ma responsabilité - à croire qu'aucun recruteur n'avait jamais cru en ma faculté à pouvoir transmettre des connaissances et m'occuper décemment d'un "bébé WICKED", comme je me plaisais à les appeler intérieurement tel le nom qu'on aurait donné au résultat d'une expérience un peu loupée -, j'imaginais aisément que j'aurais posé cette question systématiquement. Parce que, contrairement à tous les tests qu'on leur faisait passer et auquel ils pouvaient parfaitement s'en sortir avec des pirouettes, celle-ci pouvait donner un aperçu assez vrai pour être interprété. Une réponse directe, une hésitation ou même un semblant de mensonge... Quel que soit ce qui sortirait de sa bouche ou l'expression dont se pareraient ses traits, tout me révèlerait quelque chose concernant Niels Welligton, nouvel employé de l'organisation la plus influente du pays et, peut-être même, du monde.


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MessageVen 4 Mai - 11:41

Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Le blondinet avait été très curieux de savoir ce qu’ils allaient tester chez lui et il espérait qu’il pourrait avoir très vite les résultats. Entendre que « tout allait bien » serait un soulagement pas croyable ! Tout ce qu’elle lui énonçait était les trucs basiques mais importants. Quand elle parla des maladies auto-immunes, il se demandait s’ils testeraient son immunité ou pas. Alexandra aurait-elle accès à ces informations ? Car depuis le début, il semblait être passé entre les mailles filet et il trouvait ça assez.. étrange. Il avait bien peur que ça lui retombe d’un seul coup sans qu’il ne comprenne. Matthew avait été le seul qui avait été bizarre là-dessus et ses mots ne cessaient de résonner à ses oreilles. Il le revoyait pointer son doigt sur la feuille du questionnaire et entendait sa voix lui dire qu’ils « parleraient » ensemble, comme s’il n’avait pas évoqué un sujet en particulier devant Alexandra. Peut-être qu’il se faisait des films après tout et que Matthew s’était comporté normalement. Et puis s’il l’avait découvert, il n’aurait pas perdu son temps à l’embarquer pour le coller illico dans le labyrinthe de malheur ! À l’heure qu’il était, il serait sans doute déjà en train de revoir son frère en comprenant qu’ils étaient tout les deux foutus, or il n’en était pas là. Il devait relativiser.

- Je vois. Tout ce qu’il y a de plus basique, fit Niels d’une voix posée.

Elle avait ensuite ajouté que sa remarque était légitime et il était tout à fait d’accord avec elle, car si les rôles avaient été inversés, il aurait pensé exactement la même chose ! Une fois à la cafétéria, Niels avait été soulagé que la dame ne le rejette pas. Elle avait bel et bien répondu à sa question et Alexandra s’était alors tournée vers lui en levant un sourcil. L’heure des interrogations dont il avait été tant habitué autrefois venait de revenir avec brio. « Tu es végétarien ? » était la question qui intriguait beaucoup de gens même si avant l’apocalypse, ce régime s’était démocratisé. Elle disait alors sans douter et ce fut aussi à son tour de froncer les sourcils. Pourquoi ? Était-ce marqué sur son visage ? Les gens pouvaient parfois être étranges avec leurs clichés et elle lui faisait remarquer que les Anglais étaient bons à pinailler même en état de crise. Il n’allait pas lui laisser penser ça.

- J’étais oui. Et pourquoi tu t’en doutais ? Ce n'est pas tellement marqué sur mon front, fit-il avec un léger sourire amusé.

Il « était » car comme elle le soulignait, ils ne vivaient plus dans un monde normal et depuis qu’il errait, il avait parfois dû faire des entorses à son régime quand il n’avait pas eu le choix. Mais allait-elle comprendre par ce qu’il entendait par ça ? Pas vraiment, alors il allait lui expliquer histoire de mettre les choses au clair.

- J’étais, car évidemment qu'en errant les légumes étaient rares. Les boites de conserve étaient mes amies, mais ce n’était pas ce que l’on trouvait le plus sur certains marchés. Donc je me suis adapté, comme tout le monde.


Alors pourquoi ne pas avoir pris de viande ici alors, allait-elle lui demander ? Il devinait les questions et voulait y répondre avant qu’elle n’ait la chance de les lui poser.

- Et ici j’ai vu qu’il y avait des plats sans viande alors j'ai tenté. Mais si je n'avais pas eu le choix, je n’aurais pas cherché à décrocher la lune Alex, expliqua le blondinet qui ne voulait pas qu’elle le juge en personne infâme comme c’était déjà probablement le cas.

Pouvait-elle l’apprécier ? Parfois, il se le demandait, car un coup, elle avait un comportement agréable qui pouvait lui montrer qu’elle pouvait bien l’aimer, et de l’autre côté, elle pouvait être une vraie peste menaçante dont il pouvait très bien être l’ennemi. Il lui avait ensuite conseillé d’aller prendre un dessert par pure inquiétude pour elle, mais il venait de tout se reprendre dans la figure. Alexandra était comparable à un précieux félin qui pouvait ronronner de plaisir à certains moments, mais qui sortait les griffes à tout moment pour attaquer ou encore se défendre en le faisant reculer. Il avait toujours eu du mal à cerner ce genre d’animaux, mais une fois qu’il avait capté comment ils fonctionnaient, il s’en sortait beaucoup mieux si bien que les chats finissaient toujours après grands efforts de sa part, à squatter sur ses genoux en frottant leur tête contre sa cuisse. Ici, elle marquait un bon point en lui rétorquant que ce n’était pas elle qui s’était évanoui. Il devait donc s’occuper de ses affaires et non celles des autres, mais quand ça touchait à la santé de quelqu’un, il avait énormément de mal à s’en détacher. C’était sans doute son principal défaut en tant que médecin : savoir lâcher prise avec les maux de ses patients. Il était encore jeune et il était certain que tous les docteurs avaient eu à apprendre cet aspect-là qui était très difficile. Même les adultes avec lesquels il avait travaillé l’avaient rassuré sur cet aspect-là. Ils étaient à peu près tous passé par ce chemin bien sinueux avant de savoir réellement prendre du recul pour ne pas déborder sur la vie privée. Il n’avait pas manqué le ton sec de la jeune femme et il était évident que sa remarque ne lui avait pas plu. Alexandra n’aimait vraiment pas qu’on la contrôle et qu’on lui donne des ordres. Il l’avait déjà bien remarqué.

- Ok, comme tu voudras, déclara t-il pour mettre fin à cette conversation.

Il la laissait examiner les lieux et avant même qu’il puisse ouvrir la bouche pour lui demander comment ils payaient, elle répondit à sa question. Il était certain qu’elle avait senti son interrogation. Quand il aura son badge, il pourra payer des repas.

- Mais comment avoir de l’argent dessus les premiers jours alors que le salaire vient à la fin du mois ?, demanda Niels.

Il lui restait encore des livres sterling ainsi que des dollars, mais il doutait qu’il puisse tenir un mois entier avec. Ce n’était pas non plus dit qu’il y avait un endroit pour convertir ses livres vu que toutes les relations internationales étaient coupées. Ses livres ne valaient donc plus rien et restaient dans son porte-monnaie bien précieusement pour lui rappeler son pays. Il avait aussi de vieilles cartes qu’il avait emporté sachant qu’elles ne lui serviraient à rien dans son voyage, mais les souvenirs étaient trop important. Sa carte de lycéen était une des seules dont il n’attachait pas vraiment d’importance, mais son badge du cabinet ainsi que sa carte du club de théâtre, sa carte d’identité, son passeport ainsi que son permis de conduire qu’il avait eu peu de temps avant le grand départ restaient bien inutiles, mais précieux. Il avait cru que ce dernier lui serait utile en Amérique pour conduire, mais les gens se fichaient bien de ce genre de règles à présent. Or, avant de partir, il n'avait eu aucune idée de ce que pouvait bien être l'Amérique. Après l’avoir éclairé, Alexandra lui proposa d’aller vers les baies vitrées, ce qui était parfait.

- Oui, très bien.

Le coin était bien tranquille et ça faisait tellement longtemps qu’il n’avait pas posé les pieds dans un self ! La dernière fois remontait au lycée. Il espérait que ça se passerait mieux ici que là-bas, mais il n’y avait aucune raison. Il était bien déterminé à bien s’intégrer, c’était la clé s’il voulait obtenir plein d’informations. Il s’installa donc en face d’elle, très pressé de commencer son repas. Il la remercia machinalement lorsqu’elle eut fini de leur servir de l’eau et qu’il allait pouvoir commencer son repas après lui avoir souhaité un bon appétit. La jeune femme allait sans doute le questionner sur sa matinée et pas manqué, car à peine qu’il eut pensé ça, la question y ressemblait énormément. Elle attendait de la sincérité et il savait pertinemment que dire qu’il avait adoré tout ça alors qu’il s’était évanoui, qu’il avait fait une crise d’asthme et qu’il avait été dans un stress constant aurait été pur mensonge. Il ne put s’empêcher de sourire à la question.

- Et bien.. entretien assez complet, commença t-il en choisissant bien ses mots.

Complet chez lui signifiait qu’il avait été mangé à toutes les sauces et Alex ne pouvait pas le nier.

- Ensuite, le questionnaire m’a au fond rassuré. Je me suis rendu compte que je n'avais pas oublié mes bases, mais que je reste toujours assez faible en histoire médicale. Tu aurais vu une ou deux questions ! Ils demandaient en quelle année ou bien où avait été créé la dent de porcelaine ou les résines synthétiques pour les obturations, fit-il avec un sourire amusé maintenant qu’il savait qu’il avait quand même réussi le questionnaire.

Il commença à manger ce qu’il y avait dans son assiette et il s’arrêta quelques secondes, comme s’il s’était figé. La nourriture lui faisait un espèce d’effet incroyable après tout ce qu’il avait mangé de pas aussi élaboré qu’ici.

- Oh bon sang, commenca-t-il en relevant les yeux vers Alexandra.

Le silence s’était installé entre eux, tellement il était incapable de trouver ses mots sous le choc.

- C’est merveilleusement bon, ça fait tellement du bien..!, finit-il par s’exclamer en reprenant une bouchée avant de réaliser qu’il n’avait pas fini de répondre à sa question. Et donc.. après l’examen n’en parlons même pas. Je suis content que ce soit fini, avoua t-il en espérant que cela se passerait bien pour lui demain avec le spécialiste. J’ai vraiment hâte de finir les formalités pour découvrir le laboratoire et ce que je vais faire. J’ai aussi très hâte de commencer la formation dont Monsieur Davenport a parlé. Je vais pouvoir retourner dans mon élément pour aider les autres, chose qui était trop rare dehors.

Il avait parlé sincèrement et il n’avait pas eu à inventer des choses, alors il était évidemment qu’elle le croyait forcément.

- Et toi, comment se sont passés tes premiers jours au WICKED si ma question n’est pas indiscrète évidemment, demanda t-il poliment.

Il était curieux de savoir ses impressions et si cela avait été difficile de s’adapter et de s’intégrer. Elle était jeune, alors elle ne pouvait pas y être depuis dix ans, mais en même temps, elle ne semblait pas être nouvelle vu la bonne position qu’elle semblait occuper.

 
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MessageDim 6 Mai - 2:27

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Il y avait quelque chose d'apaisant dans le fait de se retrouver dans une salle si calme en début d'après-midi. Le soleil baignait la pièce dans une clarté si douce qu'il aurait été difficile de se plaindre d'une telle chaleur. Ma blouse entrouverte me permettait de ne pas me sentir oppressée tandis que ses pans auparavant trempés séchaient tranquillement. Debout devant le self, je patientai pendant que ma recrue pinailleuse faisait ses choix avec une lenteur et une minutie exaspérantes. Comme lui en vouloir toutefois ? Il avait beau m'avoir assuré que les précédents jours n'avaient pas été une succession de famines, j'avais tout de même quelques difficultés à le croire. Trouver de quoi se nourrir n'était pas simple quand on ne disposait pas de fonds suffisants : restaient le vol et les services rendus qui pouvaient rapporter de quoi s'alimenter, même si je n'excluais pas qu'il puisse disposer de ressources insoupçonnées grâce à son affiliation à une famille dont la description m'avait poussée à la classer dans la catégorie "crésus ou presque". J'exagérais peut-être un peu... Quoi qu'on ne payait pas une des écoles les plus réputées de Grande-Bretagne avec de l'amour et de l'eau fraîche, on en vivait pas non plus à l'heure actuelle...

Si c'est dans un sourire amusé qu'il répondit à ma remarque à propos de son régime spécifique, on ne pouvait y manquer l'agacement propre à celui qui avait déjà dû entendre ce commentaire des dizaines de fois. Ok, il avait encore dû me comprendre de travers car, si je ne m'en doutais pas jusqu'à ses demandes à l'employée des cuisines, j'étais persuadée que j'aurais pu m'en douter vu son profil. Prenant un air aussi amusé que le sien en retour, je répondis du tac au tac.

- Attends voir... fis-je en levant machinalement les yeux pour mieux rassembler tous les éléments qui auraient dû me mettre sur la voie. Silhouette fine, du genre à se montrer sensible aux souffrances des autres, venant d'un milieu aisé et plutôt du genre érudit ? finis-je dans un demi-sourire toute fière de ma démonstration. Désolée de te l'annoncer mais tu es le cliché sur pattes du parfait végétarien.

Cela faisait des années que je n'avais pas parlé de la sorte à quelqu'un, sauf peut-être à Matthew mais je considérais notre relation tellement à part que s'adresser à lui ainsi n'avait rien d'anormal. Le faire avec un parfait étranger l'était beaucoup moins, je m'en rendais compte maintenant que mon regard s'était reporté sur ses yeux d'un gris si clair que j'aurais pu me perdre dans l'horizon de leur brume. Les mots s'étaient échappés avec tant de naturel, mon visage détendu et mon sourire étaient plus vrais que n'importe laquelle de ces mines parfaites que je servais à qui voulait les voir.

J'étais toujours perdue dans mes pensées lorsqu'il crut bon de se justifier davantage. L'écoutant d'une oreille distraite tant je me moquais finalement qu'il ait pu être un bouffeur de laitues ou un assassin de bœufs, je ne cessais de me repasser en boucle la précédente scène. Tout était venu si... *Oh et puis merde Alex arrête d'essayer d'interpréter des trucs sans la moindre importance et souviens-toi qui il t'a montré être* m’assénais-je brutalement, *un mec sans différence notable avec quiconque dans cette foutue entreprise, même Matthew est plus fréquentable : au moins lui n'essaye pas de faire croire qu'il est un ange docile*.

- C'est bien... dis-je dans un réflexe à sa dernière affirmation avant de réaliser que ma remarque avait peu de sens. De savoir s'adapter je veux dire.

Une fois remis à sa place pour sa tentative de jouer les bons samaritains avec le contenu de mon plateau, mes explications à propos du badge ne parurent pas lui suffire. Apparemment, il faisait partie de ces personnes agaçantes qui avaient toujours besoin de détails sur tout avant même que vienne le temps de se poser pour tout leur exposer avec précision. Bref, tout ce que je détestais : cet empressement du savoir qui ne servait strictement à rien si ce n'est à stresser tout le monde.

- Les repas sont directement déduits de ton salaire en fin de mois, il n'y aura pas de problème, me contentai-je de commenter. Donc cesse d'angoisser...

Cela s'était-il vu que j'avais été un peu rapide et directe ? Sans doute. Seulement le simple fait d'avoir en ligne de mire l'espace jouxtant les fenêtres où je rêvais de m'asseoir depuis des heures me rendait plus brutale. C'était devant de telles baies vitrées que j'avais rêvé de passer avant de me rendre dans mon bureau pour vérifier les données et les passer au reste de l'équipe pour l'analyse. *Oh purée... L'analyse...* Je l'avais presque totalement occultée celle-là... L'autre Créateur auquel j'avais annoncé porter directement les informations au laboratoire devait se dire que les choses avaient pris plus de temps que prévu. De toute manière j'avais une autre situation à gérer et, le pire, c'est qu'elle avait un nom au lieu d'une lettre et d'un numéro et bougeait non pas dans un labyrinthe mais juste en face de moi... Vision d'horreur qui me fit me perdre dans l'admiration de ce qui se présentait à nous à l'extérieur.

La vue qu'offrait les fenêtres d'une transparence parfaite était magnifique. Au loin, j'apercevais les toits de certains immeubles tandis qu'en contrebas des individus passaient sans même se douter de ce qu'il se tramait dans l'enceinte de ces murs. *Tout n'est que façade*, cela était vrai pour tellement de choses... Dans cette optique de briser un peu celle de ce cher anglais installé en face de moi, ma question avait résonné au-dessus de la table, nous exilant subitement à mille lieues des précédentes convenances à force de "merci" et de "bon appétit".

Je devais bien l'admettre, la manière dont il marcha sur des œufs en évoquant l'entretien était épique ! On aurait dit un équilibriste se concentrant alors qu'il se trouvait sur une corde raide suspendue au-dessus d'un bassin de requins ! *En fait non... Juste un seul requin dans le bassin !* me pris-je à songer en m'imaginant en carnassière et m'amusant de ce divertissement qu'il me procurait à toujours vouloir faire dans le politiquement correct, voire même dans le sans faute. *Quoi que pour ça, c'est déjà un peu raté p'tit gars !*

Un sourire naquit au coin de mes lèvres, l'étirant tout le long de ma joue droite. Il disparut à l'instant même où il se sentit obligé de parler des questions complètement idiotes de ce fichu questionnaire. *Et c'est reparti pour l'étalage... Mais qu'y a-t-il donc de mal à être "rassuré" sur ces "compétences de base" ?* Absolument rien, sauf quand on avait visiblement des connaissances qui ne devraient pas nous faire douter de quoi que ce soit. Deux possibilités donc : soit ce mec était décidément bien trop arrogant pour manquer un coup de se faire valoir en bombant le torse à grand renfort d'évocation de ses réussites, soit il avait une confiance en soi digne d'un petit pois et se sentait obligé de causer de ce qu'il considérait à chaque fois comme des succès miraculeux alors même qu'ils ne l'étaient pas... A vrai dire, je ne savais pas ce qui m'aurait le moins agacée...

- Ce sont des questions inutiles, répondis-je simplement. L'Histoire ne sera plus si le virus ne s'arrête pas.

Sans doute venais-je de briser un peu l'ambiance, car il ne reprit pas son propos de suite. Je mordis une fois dans mon sandwich, déglutissant le petit morceau doucement. Décidément, le stress me faisait toujours le même effet... Lui, au contraire, avait l'air d'apprécier ce qu'il goûtait vu les commentaires qui fusaient.
J'aurais pensé qu'il aurait profité de cette distraction pour "oublier" de poursuivre sa réponse, mais il reprit comme si de rien n'était.

*Aider les autres*, son affirmation me fit frisonner sous ma blouse bien qu'il ne put le remarquer. Il allait en aider, peut-être si les méthodes sans âme finissaient par donner un résultat. Faire partie des tortionnaires malgré lui en évaluant des immunes avant que nous les expédions dans le labyrinthe, à coup sûr. Examiner leurs constantes vitales grâce au traceur que nous leur implantions, une certitude. Au final, son nouveau job ne lui permettrait pas forcément d'aider grand monde mais l'important était juste qu'il le croit... Comme tous les employés du WICKED.

- Bien sûr, c'est ce que nous faisons ici, lui répondis-je en affichant la mine la plus convaincue que j'avais en stock.

Celle-ci ne devait d'ailleurs pas être si mal à force d'années d'entraînement à toujours dire amen à toutes les atrocités de cette organisation pour rendre ma couverture plus impénétrable. C'est d'ailleurs ce qu'elle allait devoir continuer à être vu la question que Niels m'avait retournée. L'arroseur arrosé ? Pas nécessairement ! Sa curiosité se parait d'une politesse toute british qui rimait avec son accent chantant. Ce dernier me paraissait nettement plus agréable pendant que j'étais installée là, la silhouette baignant dans la lumière solaire : un peu d'exotisme dans une vie balisée au cœur de l'Amérique. Je profitai de la mélodie quelques instants en silence, reprenant une petite bouchée sans plus d'appétit que j'avalai avant d'entreprendre mon récit qui se voudrait, invariablement, très évasif.

- Disons que ça a été très différent de ce que tu as vécu... commençai-je en réfléchissant bien à chacun des termes que j'utilisais. Je n'ai pas vraiment attendu qu'on me propose quoi que ce soit. Comme tu as dû le comprendre, j'aime prendre les choses en main et ça a été pareil pour intégrer le WICKED.

J'avais marqué une pause pour mieux calibrer la suite de mes propos, jetant mon regard vers l'extérieur comme si cela pouvait me permettre d'évoquer ce souvenir moins douloureusement si je contemplai dans le même temps un espace relativement beau. La clarté faisait ressortir les nuances chamarrées de mes iris, autant de teintes couleur noisette qui se doraient d'un éclat particulier quand elles étaient illuminées par les reflet de l'astre qui nous avait condamnés. Les éruptions n'avaient été qu'un début, la Braise avait poursuivi la tâche et les Hommes se chargeraient de la finir. Ainsi allait l'humanité, dans la débâcle et l'auto-destruction. Peut-être mon regard s'était-il assombri à cette pensée, je pris une profonde inspiration afin de poursuivre sans pourtant trouver les mots.

En filigrane, les images de mes premières heures puis de mes premiers jours ici s'imprimèrent sur le paysage urbain. Mon recrutement n'était pas un exemple comparable à ce que Niels avait pu connaître depuis son arrivée dans nos locaux et si c'était une espèce de réconfort qu'il espérait trouver dans mon histoire, il serait déçu. Bien sûr, j'avais eu le droit à un entretien poussé - même plus qu'il ne l'avait été avec lui ce matin sans doute parce que c'était moi qui m'étais présentée à eux et non eux qui m'avaient débusquée - et aux examens médicaux de rigueur. Toutefois, point de questionnaires idiots à l'époque. Tout avait été bien plus "pratique". *Et ma démonstration à la hauteur de ce que je leur avais promis* songeai-je avec un brin de fierté. Mon expression fut parcourue d'un bref relâchement lorsque ce souvenir traversa mon esprit, occultant un peu la tristesse que je tentais de faire battre en retraite à l'idée que mes espoirs n'avaient pas encore été balayés à l'époque.  

- J'avais erré pendant presque deux ans avant d'arriver dans la zone saine, confiai-je en gardant toujours le regard à l'horizon. Me retrouver ici a été une bouffée d'air après la tempête, dis-je en le pivotant vers Niels pour continuer mon petit récit avec plus de conviction, sans compter que pour la première fois depuis longtemps je n'étais plus seule et mieux encore, mes compétences allaient pouvoir être utiles. Oh bien entendu on m'a examinée sous toutes les coutures, comme toi, mais je n'ai pas ta phobie des aiguilles et le simple fait de pouvoir retoucher un ordi a suffi à me combler. Et eux, ils ont compris que je pouvais me montrer indispensable quand je leur ai démontré qu'avec mes talents de hackeuse j'étais plutôt... Disons... Créative.

Inconsciemment, je me mordis la lèvre inférieure avec malice en y repensant. J'avais fait fort ce jour-là, mais c'était la seule fois où j'avais eu l'occasion de me jouer d'eux en pleine conscience et de leur montrer de quoi j'étais capable sans qu'aucune conséquence autre qu'une embauche dans la minute qui avait suivi ne puisse venir conclure ma petite incartade. Depuis, ma docilité m'était devenue intolérable et j'avais du mal à accepter qu'ils aient pu tirer profit de moi aussi longtemps... Pourtant que pouvais-je y faire ? Ils me tenaient, ils m'avaient toujours tenue depuis le premier jour. D'abord avec mon ambition secrète de sauver mon frère, puis avec celle de sauver tous les autres ou du moins d'essayer... Il y avait les médicaments aussi...

J'attrapai le verre d'eau et en bus une gorgée, pour me rafraîchir les idées tout en espérant que ces quelques paroles suffiraient à épancher la soif d'informations du jeune homme bien curieux.

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MessageDim 6 Mai - 20:29

Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Qu’est-ce qu’on avait pu lui en sortir des réflexions toutes aussi stupides lorsqu'il était au lycée concernant son régime ! Il avait bien appris à les gérer à force, mais il fallait maintenant dire que cela faisait bien longtemps qu’il n’y avait plus été confronté. Le monde se fichait de ce genre de détail à présent et Alexandra venait d’être la première depuis bien longtemps à le faire retourner dans ce petit « jeu ». Elle l’observait de la tête aux pieds très rapidement comme si ses yeux noisette étaient de puissants lasers. Elle détaillait sa silhouette, revenait sur le fait qu’il ne pouvait pas s’empêcher d’aider les autres et s’aventurait même sur son milieu, qui ne l’était même plus à présent. Il était un bon cliché parfait - selon elle - d’une personne végétarienne. Il ne put s’empêcher de pouffer de rire.

- Tous les végétariens ne sont pas riches, fins et altruistes ! On n'est pas non plus une secte !, fit-il amusé par tant d’imbécilité de la part de la brunette.

« Pas comme ici quoi » aurait-il voulu rajouter, sauf qu’il s’était mordu les joues pour ne pas le laisser s’échapper de ses lèvres. La manière dont elle s’était adressé à lui était assez curieuse car elle semblait presque.. complice alors qu’ils se connaissaient à peine, bien qu’elle soit la personne qui lui soit la plus familière ici. Elle semblait d’ailleurs être en lutte avec elle-même tant qu’elle paraissait distraite par ses paroles. Elle s’en fichait totalement à vrai dire. Son « c’est bien » sonnait comme « c’est bien j’men fiches tu peux disposer », mais il se trompait sans doute s’il pouvait en croire la suite qui faisait référence à ce dont il avait parlé. Il l’avait peut-être convaincu qu’il pouvait s’adapter, au lieu d’être un petit fils de riche qui ne pouvait même pas tenir tout seul deux jours. Il s’était bien débrouillé jusqu’ici, même si pas mal d’aventures lui étaient arrivées, certes, mais même des imprévus arrivaient à des biens meilleurs que lui dans un monde aussi dangereux que leur planète était devenue. Il ne répondit pas, et de toute manière, il n’y avait rien de plus à ajouter.

Il fut ensuite ravi d’apprendre que le système du WICKED concernant leur badge était franchement bien pensé. Il n’y avait donc pas à s’inquiéter au niveau des repas et sa réflexion directe sèche sur son angoisse lui faisait penser à tellement d’autre avant qui lui répétait ce genre de phrase. Lui en revanche avançait toujours un truc du genre :  « Si j’ai envie d’être stressé pour ça, laissez-moi me stresser pour ça, j’ai le droit de me poser des questions, c’est pas ma faute si vous aimez vivre dans l’imprévu le plus total à la fin ! » .

Niels avait pris le temps d’évoquer l’entretien histoire de ne pas se planter sur le comment il allait mentionner tout ce qu’elle lui demandait. Des questions inutiles. Voilà comment Alexandra les trouvait et elle semblait pas mal s’en fiche qu’il y avait mal répondu. L’histoire ne vaudrait plus rien s’ils ne trouvaient pas de solution. Elle avait bel et bien raison et il parvint aisément à relativiser avec ses questions qu’il oublia. Il commençait à noter qu’à chaque fois qu’il mentionnait des connaissances, elle devenait plus froide avec lui, comme si elle était jalouse. Mais pourquoi ? Elle n’y avait rien dont elle puisse être aussi jalouse, alors ça ne collait pas..

- Totalement inutile
, fit-il distrait, volant tout simplement finir ce sujet de conversation qui rendait Alexandra moins agréable.

Il n’avait pas non plus envie de voir son repas gâché par une autre dispute avec une brunette qui se lèverait pour lui renverser son propre gâteau au chocolat sur la tête, chose qu’on pouvait voir dans les feuilletons américains quand les demoiselles étaient en colère. Alex était une Américaine, alors elle pouvait être capable de le faire. Il se contenta de re piocher un gros morceau dans son assiette pour continuer son repas. Il avait pu tout de même reprendre le fil de sa conversation en déviant vers autre chose de plus soft : aider les autres. Alexandra confirmait que c’était ce qu’ils faisaient ici, et il avala alors son eau de travers surpris par cette sottise, ce qui eut pour effet de le faire tousser. Il posa son verre, tentant de ne pas mourir et se reprenait assez rapidement en se raclant la gorge.

- Maudite eau. À croire que j’ai pu l’habitude d’en avaler en aussi grandes quantités !
, inventa-il rapidement.

La chose pouvait à peu près coller, il avait beaucoup voyagé et avoir toujours des réserves remplies n’était pas ce qu’il pouvait y avoir de plus.. commun. Mais contrairement à toutes ces aventures qu’il avait vécu ainsi que cette embauche forte en émotions, l’entretien de la brune n’avait pas été pareil. Elle avait pris les choses en main. Il allait ouvrir la bouche pour la questionner, mais il se rendit compte qu’il le ferait après. D’abord écouter, analyser puis décortiquer pour assembler le puzzle à l’aide de questions. Il avait suivi le mouvement de ses yeux qui s’était stoppé vers dehors. Il avait aussi remarqué que son corps s’était un peu détendu à un moment comme si le soleil possédait un effet apaisant sur elle, alors qu’en vérité, il savait que c’était le passé qui faisait cet effet. Elle allait lui dire la vérité et non quelque chose d’inventé, il le sentait et le voyait. Il s’amusait à compter les secondes pendant lesquelles Alex ne le regardait pas et fut soulagé lorsqu’elle pivota vers lui. Une personne qui mentait fixait l’autre droit dans les yeux sans ne jamais s’arrêter pour bien savoir s’il l’avait convaincu. Ici, elle ne l’avait pas fait et laissait plutôt son instinct ainsi que ses émotions s’exprimer. Il pouvait comprendre qu’après la tempête qu’elle avait subi, se retrouver dans un endroit luxueux comme celui-ci était une suprême tentation.

Mais comment en était-elle arrivée là ? À adhérer à leurs idées ?! Car ne pas savoir que le WICKED était bien diabolique, ne ressemblait pas à la jeune femme de caractère qu’il avait devant les yeux. Elle lui avait dit elle-même, elle n’aimait pas que l’on prenne les choses en mains pour elle, alors il était bien difficile de croire qu’elle ait pu se faire avoir tel un vulgaire mouton.. Pourtant, c’était ce qu’il avait devant les yeux.. une suiveuse, rien que comme tout les autres empoisonnés avant elle. L’être humain était si influençable que s’en était affolant. Il ne devait absolument pas perdre son focus et bien rester dans son camp. Ne pas se faire embobiner, ne pas se faire laver le cerveau par des gens loin d’être altruistes comme ils le laissaient croire.

Elle était donc douée avec un ordinateur et l’adjectif « créative » sonna assez fort. À quel point pouvait-elle être au juste ? Et qui pouvait-elle hacker ? Le FBI Américain qui n’existait même plus vu que le WICKED avait le monopole de tout le pays ? Quelque chose ne collait pas et une anguille se cachait sous une roche.. mais laquelle ?

- Créative.. Je vois..C’est.. une qualité très importante.., commença-t-il pour lui faire croire qu’il n’avait rien à lui reprocher. J’imagine que tu leur as fait une démonstration en direct à l’entretien si je reviens à l’aspect « prendre les choses en main ». Au moins tu as réussi à trouver la zone et atteindre ton but : le WICKED, vu que j’imagine que tu n’as voyagé que dans ce but-là comme nous tous.

Il fallait qu’il soit prudent s’il ne voulait pas que ça retombe sur lui, mais il avait été plutôt clair : il voulait aider les gens avec ses capacités au lieu de les garder que pour lui. Personne ne pouvait avoir d’autres raisons, personne ne pouvait être en vérité comme lui et avoir le but ultime de sauver un proche enfermé, prisonnier et torturé ici. Sa fourchette reprit une bouchée dans un plat qu’il mangeait bien trop rapidement tellement il avait faim. Cependant, la sensation qu’il commençait à ressentir après chaque bouchée délicieuse en était même désagréable.

- Je ferais mieux de me ralentir. J’ai tellement faim, mais je suis plus habitué à avoir d’aussi énormes portions que chez vous que mon estomac a du mal. Je l’ai habitué à moins, ça finit toujours par bloquer. Ça t’arrives jamais à toi ? Avoir une énorme faim et quand tu te retrouves aux trois-quarts de ton assiette à peine tu.. tu bloques ?, lui demanda le jeune homme sérieusement.

Il était certain qu’il ne devait pas être le seul employé récent ici, et s’ils s’étaient tous habitués à manger peu dehors, il était normal de prendre du temps à se réhabituer. Il fallait juste être patient.

 
CODAGE PAR AMIANTE

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MessageLun 7 Mai - 1:32

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Sa comparaison avait quelque chose de plutôt drôle. Il avait l'art et la manière d'exagérer mes paroles pour leur donner une consonance nettement plus dramatique qu'en réalité. "Riche, fin et altruiste" avait-il dit comme s'il n'était en train de nier aucun des attributs que je lui prêtais, au moins désormais je pourrais songer à lui en ses termes sans m'en sentir coupable. Quoi que pour altruiste, cela restait à démontrer : moi rancunière ? Absolument ! Et même pire ! A l'évocation de mon tableau on ne peut plus caricatural, il avait pouffé de rire et c'est donc naturellement que je n'avais résisté à retomber dans le même travers que précédemment, mes paroles résonnant comme bien trop amicales à son égard.

- Tous non, mais toi oui apparemment ! lui avais-je ainsi rétorqué sur le ton de la plaisanterie, même si au fond j'étais on ne peut plus sérieuse.

Cela devait clore la conversation tant et si bien que nous nous étions bientôt retrouvés attablés. Le repas semblait lui convenir et la discussion n'avait pas été si difficile à initier. Il se prenait au jeu tant et si bien que ses paroles à propos de ce qu'il avait été amené à vivre depuis son arrivée n'étaient finalement pas si calibrées que cela. Bien entendu, il s'était gardé de tout propos qui aurait pu donner l'impression qu'il avait passé un mauvais moment comme cela avait été le cas à de nombreuses reprises, aussi bien lorsqu'il s'était fourvoyé avec Matthew que concernant les examens. Il y avait là dedans autant une question de retenue que ce que j'interprétai comme une tentative de faire une croix sur ce qu'il s'était passé pour reprendre la suite du bon pied. A ce sujet, Niels avait furtivement évoqué la formation que le WICKED lui apporterait : il apprendrait à mon contact mais également à celui de tous les autres membres de l'équipe. La polyvalence était la clef pour être un atout, avoir une spécialisation supplémentaire telle que celle dans le domaine médical dont il possédait déjà des bases indéniables revêtait une importance capitale pour se rendre indispensable.

Sa toux subite me fit sursauter quand il faillit s'étouffer. Si je m'étais attendue à un assentiment de convenance concernant mon affirmation à propos de la propension de l'organisation à se placer comme sauveur de l'humanité - même si je m'étais volontairement aventurée dans des répliques moins surannées -, le fait qu'il ait brusquement dégluti de travers me prit au dépourvu.

- Hé ça va ? commençai-je avec un ton pressant en me redressant déjà, prête à me lever pour lui coller une tape bien raide entre les omoplates si les toussotements ne dégageaient pas ses voies aériennes rapidement.

Néanmoins, parlant entre deux raclements de gorge, il pesta à propos de l'eau. Ce qu'il prétendait était pour le moins curieux, mais pas impossible après tout... Moi-même j'avais tendance à avaler de travers quand le stress me saisissait : les muscles se tendaient dans tout le corps sous l'effet de l'angoisse, y compris ceux au niveau du pharynx et du sphincter supérieur de l’œsophage. Bref, rien à interpréter même s'il était très tentant d'oser un lien de causalité avec ma remarque... Je faisais défiler rapidement dans ma mémoire tous les moments où j'avais évoqué les bienfaits de l'entreprise et ce qu'elle apportait et pourrait encore apporter au monde à l'avenir, à la recherche d'un quelconque signe qui aurait pu me montrer qu'il n'adhérait pas à cent pour cent à ce que le WICKED proposait. Cependant, il n'y avait rien à retrouver. A aucune occasion il n'avait manifesté une animosité, même légère contre celui qui était devenu depuis peu son employeur. En pleine réflexion, je me mordis la lèvre inférieure pour m'éviter de dire quoi que ce soit et me contentai d'un hochement de tête approbateur en me concentrant sur mon repas.  

Mon silence avait dû le motiver à reprendre la main sur la conversation car il ne s'en priva pas. Les questionnements étaient légitimes, si bien que je ne m'en fâchais pas. Chacun de mes mots fut toutefois sélectionnés avec soin, ce que je disais était si précieux. Dangereux aussi. J'avais craint qu'il ne me coupe ou me presse pendant ma pause contemplative, il n'en fit rien et je m'en sentis plus détendue. Peut-être son comportement de tout à l'heure, avait-il été un simple mauvais réflexe ? Je lui trouvais des excuses, encore et encore... Pourquoi donc ?

Comme si le mot qui avait conclu mes paroles avait eu une signification particulière, Niels le reprit. Il semblait désarçonné, jouait-il lui aussi sur une corde raide ? Se pouvait-il qu'il tente de ne pas me froisser ? Possible, en tout cas, il ne tarda pas à émettre ses hypothèses à voix haute : une autre façon de me questionner sans vraiment avoir à faire tinter l'intonation spécifique aux interrogations pénibles. Subtil, je devais lui reconnaître cette qualité qui devrait me pousser à la méfiance tant elle pouvait faire partie d'un être bienveillant mais aussi du plus habile des manipulateurs...

J'avais reposé mon verre d'eau. Je savourai la sensation de la fraîcheur du liquide dégoulinant dans ma gorge, il me permettait d'avoir les idées plus claires, plus nettes. Je n'avais rien à cacher, du moins pas sur le sujet sur lequel il me lançait.

- Ma démonstration leur a...cloué le bec, répondis-je sans entrer dans les détails bien que la tête de Matthew - qui n'était qu'un novice à l'époque et qui ne savait décidément plus où se mettre - m'était revenue en mémoire.

La suite était plus complexe et surtout bien plus interpelant. Le jeune homme venait de suggérer que la zone saine et le WICKED pouvaient être un but, une fin en soi. Pour la plupart des gens, cela était le cas, mais l'avait-ce été pour lui ? Jusqu'à présent, je ne m'étais jamais réellement interrogée sur les raisons qu'il avait pu avoir de faire le voyage jusqu'aux États-Unis alors que le monde entier se cassait la gueule un peu plus chaque jour. Dans la zone saine, il n'était utile à personne ou à si peu de gens avant que je ne le rencontre... Lui qui voyait le fait de venir en aide aux autres comme un aboutissement, je l'imaginais mal penser uniquement à son propre confort et sa sécurité en visant l'entrée comme objectif final à ses pérégrinations...

- Je n'ai pas voyagé pour trouver la zone saine, dis-je dans la plus grande honnêteté. La Nouvelle-Orléans est à moins de quinzaine d'heures de route d'ici, il ne m'aurait pas fallu autant de temps pour la rejoindre, même si j'avais été une calamité en orientation et crois-moi ça n'est pas le cas !

J'avais imaginé que ce serait plus facile d'en parler, au lieu de ça je tournai autour du pot. Cette histoire, je l'avais pourtant contée tant de fois à Matthew lors de nos rendez-vous obligatoires au début de ma formation au WICKED. Je n'avais pas été assez loquace sur mon passé pour être acceptée sans broncher et sans qu'il ne tente de s'immiscer dans mon crâne pour savoir si j'étais digne de confiance... Je les avais eu à l'usure, à force de réitérer sans cesse la même version de mon récit. Niels n'avait aucun but secret à m'interroger, il essayait seulement d'avoir un contact avec la seule personne qu'il connaissait ici si on excluait Matthew : c'était peut-être pour cela que je ne voyais aucune raison de mentir, même s'il aurait le droit à la variante édulcorée, comme tout le monde.

- J'ai d'abord essayé de retrouver de la famille... Dans des villes plus au Nord, mais dans ce marathon la Braise a été bien plus rapide que moi... A un moment j'ai même pensé passer la frontière vers le Canada au-dessus de Chicago en imaginant pouvoir retrouver une tante éloignée, mais je crois que c'est là que je me suis rendue compte que je poursuivais un espoir vain, fis-je en laissant mon regard vide planer sur le plateau devant moi, me souvenant parfaitement que c'est là qu'un espoir vain de sauver mon frère était né. J'ai rejoint la zone saine après ça... Je crois que j'avais besoin de donner du sens à tout ça. Je lâchai un petit soupir en relevant une mine douce vers Niels : Et toi, tu es venu dans ce pays juste pour la zone saine et le WICKED alors ?

Ne jamais perdre le Nord ! Avoir une ligne de mire bien déterminée et atteindre la cible... J'étais douée pour ça, déjà à l'époque où je m'entraînai en stand de tir. C'était commun ici pour une adolescente d'apprendre à se servir d'une arme et ma mère faisait partie des personnes qui, même si elles étaient loin de prôner en faveur du port d'armes, pensait qu'il fallait savoir se défendre, y compris avec un pistolet. Ici, les paroles suffisaient à rendre l'échange intéressant. Même s'il devînt par la suite plus léger pendant que nous terminions nos plats respectifs.

- Les premiers temps ça te le fera souvent, *Monsieur j'ai-bien-mangé-les-derniers-jours* complétai-je sans le dire, en repensant à ce qu'il m'avait assuré plus tôt et esquissant un sourire. Moi je crois que j'ai jamais perdu l'habitude de manger comme un moineau, mais certains y arrivent très bien après quelques semaines, dis-je dans un petit rire en laissant mon regard vagabonder dans la salle.

Son air sérieux était plutôt attirant, mais sa spontanéité l'était encore davantage. Je laissai cette ambiance relâchée régner entre nous, appréciant sa douceur tandis que je finissais de grignoter mon sandwich en contemplant une nouvelle fois cette vue ensoleillée qui ne cessait de me captiver.

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MessageMar 8 Mai - 13:55

Niels
&
Alexandra
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Voilà qu’elle était parfaitement en train de confirmer son espèce de cliché du végétarien ! Elle insistait sur le fait qu’il le représentait et il leva les yeux au ciel avec toujours ce petit sourire amusé sur les lèvres.

- Si tu le dis Alex, si ça t’amuses, fit le jeune homme en la regardant avec intensité.

Elle avait mêlé cette espèce de ton sérieux et à la fois amusant, alors il avait un mal fou à savoir ce qu’elle pouvait réellement penser. Il espérait qu’elle ne lui en veuille pas de le prendre de cette manière-là, après tout, il ne désirait pas relancer une autre dispute. Manger était précieux. Boire aussi et son corps semblait bien tout excité à l’idée d’avoir de l’eau à son exposition, si bien qu’il venait de s’étouffer devant la jolie jeune femme. Super. Il allait passer comme un boulet qui ne savait même pas boire correctement maintenant ! Il se mit à tousser pour se reprendre plus vite qu’il ne l’avait pensé ! Il revoyait sa mère se mettre derrière lui pour lui donner des tapes afin de l’aider, ou encore son frère qui lui en donnait des plus fortes. Niels lui faisait de même quand ça lui arrivait et c’était toujours à celui qui tapait le plus fort. Il avait vu Alexandra se redresser, sans doute prête à faire de même, passer à l’attaque, mais cela fut inutile. Il lui sourit, les yeux brillants et hocha la tête. Il n’y avait pas mort d’homme.

- Ça va ça va, je suis juste allé trop vite.

Allait-elle faire un lien entre ses paroles et le moment où il s’était étouffé ? S’ils avaient été dans un film, cela aurait paru si étrange, en bref, pas une coïncidence. Sauf qu’ici, ils ne l’étaient pas, et même s’il avait en parti avalé de travers par la faute de ce qu’avait avancé Alex, elle n’était pas censée le deviner. Il s’était mis tout seul dans une situation assez dangereuse, il fallait l’avouer et il lui faudrait redoubler de prudence à l’avenir, car une fois pouvait passer, mais pas sûr qu’une deuxième fois passe aussi bien ! Le jeune homme avait voulu reprendre la conversation comme si de rien n’était, pour faire oublier ce moment gênant et surtout parler avant qu’Alex ne se fasse des scénarios dans sa tête ! Elle semblait avoir l’air plein d’imagination, alors il ne serait même pas surpris que des idées qui lui porteraient préjudice lui passe par l’esprit.

À la place, il venait de se lancer sur des questions joliment posées grâce à des belles formulations d’hypothèses. Il désirait y aller avec douceur, car il savait à quel point le passé pouvait être douloureux et il avait bien vu sa mélancolie tout à l’heure sur son visage. Il ne désirait pas qu’elle la ressente de nouveau. Était-il trop sympathique ? Elle n’avait pas hésité avec lui, il avait même voulu se venger à cause du Niels méchant qui avait prit le contrôle, mais désormais, le Niels habituel refaisait surface avec brio, à son plus grand soulagement. Il ne pouvait donc pas s’en empêcher et il se disait que c’était mieux comme ça. Être gentil de nature plutôt qu’être méchant ne pouvait pas être une mauvaise chose n’est-ce-pas ? Alors sa démonstration leur avait cloué le bec et un petit sourire naquit sur le visage du blond qui l’écoutait attentivement. Comment avait-elle fait ? Si lui avait impressionné grâce à ses connaissances, il avait eu du mal à leur « clouer le bec » comme elle le disait si bien. Il était quand même ressortit avec plus de points de Matthew, mais Alexandra faisait sonner cette expression comme quelque chose.. d’invincible et d’héroïque. Elle avait dû faire bien mieux que lui. Il s’en fichait, lui avait réussi et c’est ce qu’il comptait. Isaac, lui, n’aurait pas été ravi de savoir que quelqu’un l’aurait battu vu que son but dans la vie était toujours d’être à la première place. « Relax Isaac.. t’es troisième, c’est déjà super bien ! Profite du jeu aussi, il n’y a pas que la victoire qui compte ! Toujours compétition compétition compétition, mais à quel moment prends-tu le plaisir du jeu.. ? », lui avait très souvent dit Niels exaspéré.

Écouter Alexandra lui apprenait des choses sur elle, car elle ne semblait pas esquiver la chose. Alors quand elle lui disait que la zone saine et le WICKED n’avait pas été son but premier vu qu’elle aurait mis moins de deux ans à les rejoindre, ça prenait tout son sens.

- Évidemment !, s’exclama t-il amusé grâce à sa remarque sur l’orientation.

Néanmoins, si elle n’esquivait pas totalement la question, elle exposait ses propos d’une manière un peu incroyable : elle tournait en rond. Elle n’allait pas directement au fait, mais il était aussi comme cela lorsqu’il avait un mal fou à en parler. Afin de lui faire comprendre qu’elle avait le temps, il se tut et lui fit un petit hochement de tête encourageant. Parfois, les signes étaient bien plus réconfortants que les mots qui pouvaient avoir plusieurs interprétations en raison du ton de la voix que les gens pouvaient trouver subjectif. S’il avait bien appris quelque chose avec les signes, c’était que le monde les comprenait plus rapidement le vrai sens. Elle parlait donc de famille et de rejoindre le Canada. Elle avait hésité sur ce dernier choix, car elle s’était rendue compte que c’était une cause malheureusement perdue… Il aurait fait de même s’il était resté en Angleterre, s’ils n’avaient pas eu l’idée de rejoindre le pays du rêve.. Elle avait maintenant ce regard vide, qui signifiait qu’elle replongeait dans la mélancolie, mais elle se reprit avec le présent : la zone saine et le WICKED tout en lui retournant de suite la réponse. Très intelligente comme méthode, il ne l’avait pas vu venir, encore à fond dans son récit.

- Woua.. je suis désolé que tu n’aies pas pu les retrouver. J’aurais fait pareil. Enfin, j’ai essayé de faire pareil à Londres vu que presque toute ma famille y était, mais les gens étaient partis. Je suis donc allé en Amérique, en espérant trouver quelque chose de meilleur, commença- t-il naturellement en se rendant compte qu’il était en chemin pour répondre à sa question.J’ai erré pendant longtemps dans le but de trouver des endroits un peu plus sains pour survivre, mais je ne connaissais pas l’Amérique alors je ne savais pas vraiment où j’allais. Il fallait juste survivre après que je me sois rendu compte que ce n'était pas la terre du rêve.

En vérité, ils avaient erré avec son frère pour trouver des bons endroits, mais Isaac avait été pris par le WICKED lors d’une de leur expédition dans un coin un peu dangereux. Par la suite, son seul et unique but avait été de le retrouver, donc de trouver le WICKED, mais il ne pouvait pas lui dire, sans qu’elle ne pense à son frère..

- J’ai donc vite compris qu’être ici n’était pas synonyme de rêve et d’aider des gens. Alors je devais trouver une autre option. J’ai donc commencé à penser au WICKED. Rentrer dans des villes pour vous trouver et vous observer était tout d’abord ma première étape. J’ai continué pour voir comment je pourrais un jour moi aussi y entrer et puis un jour je suis tombé sur toi. La suite, tu la connais, fit-il.

Il manquait des choses dans son histoire, comme son frère qu’il avait déjà évoqué, mais dont il faisait croire que c’était trop dur d’en parler vu qu’il était mort dans le faux Niels qu’il créait pour le WICKED. Ils ne devaient pas savoir qu’il le croyait encore vivant.. chez eux. Il avait aussi noté qu'elle n’avait pas fait référence à des noms et qu’elle avait erré elle aussi seule. Était-ce vrai ou faisait-elle comme lui ? Il n’irait pas chercher à le savoir, car elle lui retournerait la question ! À la place, il avait changé la conversation avec la nourriture. Elle avait souri, sans qu’il ne comprenne vraiment pourquoi pour lui affirmer que ça lui ferait souvent.

- Je sais. Ça fait déjà assez longtemps que ça me le fait vu que j’arrive à trouver plus de choses à manger en une saine. Mais bon.. j’espère pouvoir ne plus bloquer. Je suis devenu un Américain faut croire. Attendre un peu pour m’attaquer au dessert au lieu de manger tout d’une seule traite comme on faisait en Angleterre, ajouta-t-il en souriant.

Cependant, il prenait conscience qu’ils avaient du boulot à faire alors attendre de faire une petite digestion pour reprendre ne devait pas être dans les plans de la brunette. Il prit donc sa coupe de dessert pour la manger. Elle était plus légère que le plat de résistance qui bloquait bien qu’il en avait mangé les trois-quarts. Au final, elle passait bien. Le tout était frais et cela le fit sourire.

- Les pauses sont de combien de temps ici ? Histoire que je ne me trompe pas et que je n’arrive pas en retard, expliqua le blond qui venait de penser à ça.J’imagine qu’ici, les gens ne se mettent plus à empoisonner les autres aux pauses à fumer ? Les cigarettes ont disparu, mais ont-elles aussi disparues ici ? Simple curiosité.

Il détestait ça et si le produit était bel et bien plus sur terre, c’était une très bonne chose, bien que cela signifiait à quel point le monde allait mal en privant les humains d’un tel business qui en vérité ne servait qu’à les rendre encore plus malsains de l’intérieur.  

 
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MessageMer 9 Mai - 8:16

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Susceptible était la nouvelle caractéristique que je pouvais dès à présent ajouter à la liste déjà longue des éléments du profil de Niels Welligton. S'il avait tenté de faire passer sa remarque avec un ton à cheval entre le sérieux et l'amusement, ses derniers mots ne laissaient que peu de doute sur le fait que je l'avais clairement agacé. Toutefois, il avait raison sur un point : ce petit jeu entre nous m'amusait au plus haut point. C'est peut-être pour cette raison que je crus bon de le stopper d'ailleurs, passant à des considération plus sérieuses durant notre repas. Il était hors de question que je me laisse prendre à trop de familiarités juste parce que des envies d'être une jeune femme banale dans un monde normal resurgissaient au plus mauvais moment.

Heureusement, son petit interlude à grand renfort d'étouffement improbable eut tout le loisir de détourner mon attention. Je la pris pour ce qu'elle était, une simple coïncidence, du moins si aucun autre indice ne venait contredire cette hypothèse dans les prochains temps. A moi d'être aux aguets, ce que je me promettais d'ores et déjà tant il y avait encore de zones d'ombre que je désirais éclaircir. En effet, Matthew avait beau avoir validé son recrutement, Niels était désormais sous ma responsabilité pour le reste de son évaluation plus "implicite" et je répugnais à devoir emmener sur le terrain un homme dont je ne savais presque rien. Lui proposer de nous aider sur un contrôle au sein d'un quartier contrôlé n'avait rien à voir avec le type d'expéditions qu'il nous arrivait de mener à l'extérieur des frontières de la zone saine. Il existait alors tout un panel de possibles - ou peut-être aurais-je dû dire de dangers - prêts à nous tomber dessus au moindre faux pas et la confiance que nous pouvions avoir les uns dans les autres était primordiale pour nous permettre une évacuation sans encombre. L'important était de les connaître, pas tant leur passé finalement, mais plutôt leur façon de penser, leurs réactions quand ils se retrouvaient sous pression et savoir qu'ils étaient capables de gérer cela.

Le jeune homme que j'avais en face de moi ne semblait pas avoir les épaules assez larges pour faire face à ce type de problèmes. Entre une santé fragile et une capacité à partir en vrille sur un simple relâchement, je n'étais pas certaine de pouvoir compter sur lui hors de l'enceinte du WICKED. Et dire qu'il y avait bientôt cette fichue mission au planning... D'ici là, il faudrait que j'en sache un peu plus sur son voyage : cela m'aiderait peut-être à me tranquiliser sur ses aptitudes - si ça ne m'achevait pas au contraire ! - et me convaincre que cela était une bonne idée qu'il en fasse partie !

Progressivement, les paroles étaient sorties plus facilement me concernant. Lui donner un peu ce qu'il voulait de manière à pouvoir à mon tour obtenir des informations était une tactique sur le système "gagnant-gagnant". Peu subtil, mais efficace. C'est tout ce que je demandais à l'heure actuelle. Ces hochements de tête compatissants m'agacèrent, était-il conscient qu'il avait déjà toutes les manies insupportables de ces vieux médecins qui croyaient pouvoir comprendre les pathologies dont souffraient leurs patients juste parce qu'ils les avaient étudiées en long et en large ? J'avais détesté les hôpitaux pour cette raison, pour tous les sourires du bout des lèvres et les petits gestes qui voulaient vous mettre à l'aise... Cela fonctionnait sur les personnes qui ne les fréquentaient pas régulièrement, sur les malades chroniques ils pouvaient devenir un fléau détestable. Je n'en montrai pourtant rien devant Niels, pas plus que je n'avais répliqué à mon neurologue ou aux infirmières qui s'étaient pressées à mon chevet lors de mon dernier séjour aux urgences... Se rebeller ne servait à rien : ils pensaient bien faire et, après tout, c'était le cas avec la majorité des gens qu'ils rencontraient. Sans le vouloir vraiment, je restai néanmoins distante, une expression terne sur le visage.

Quand il débuta son récit, se retrouvant à son tour dans le rôle du conteur, je l'écoutai avec attention. Les "désolé" étaient surfaits, je les avais bien trop entendus. C'était pour cette raison que je ne présentais plus aucune condoléance à quiconque faisait référence à une famille ou des proches décédés de la Braise : devoir faire face constamment aux bons sentiments purement polis des autres me donnaient la nausée, nous avions tous perdus quelqu'un dans cette crise sans précédent et dire à quel point nous étions "désolés" n'y changerait rien.

L'American dream... Voilà ce qu'il avait espéré trouver en arrivant ici. Qu'il pouvait être naïf... Mes yeux s'étaient plissés, on aurait pu croire qu'il s'agissait d'un rayon de soleil qui m'avait ébloui au lieu de cela il s'agissait seulement d'une réflexion qui me passait par la tête quant à sa capacité à avoir survécu seul aussi longtemps... Depuis le départ, il m'avait plus d'une fois montrer qu'il avait du mal à gérer l'environnement qui l'entourait et maintenant il me montrait qu'en plus il avait été assez crédule pour penser que les États-Unis s'en sortiraient mieux que le reste de la planète. Tenter de l'imaginer en train de se dépatouiller seul me donnait clairement des sueurs froides.  

- Tu n'as pas choisi la bonne décennie pour venir vivre le rêve américain, lui dis-je sur un ton un peu railleur bien malgré moi.

La suite fut néanmoins encore plus intéressante. Ses mots avaient une consonance particulière : il était rentré dans les villes pour nous trouver et nous "observer". Cette précision resta gravée, comme si le reste de ses explications n'avaient pas la moindre importance. Se rendait-il compte que sa façon de procéder avait été carrément étrange ? Le truc, c'est qu'il persistait et signait même en disant avoir continué. Bref, ce type était spécial. C'est le moins qu'on pouvait en dire et si ses propos m'interpelaient, je les gardai dans un coin de mon esprit pour y songer plus tard.

- Dis comme ça, ça fait plutôt plan d'infiltration que de recrutement ! lâchai-je sur un petit rire en attrapant mon verre pour y boire la dernière gorgée d'eau restante.

Il n'eut pas besoin que je le presse pour finir le dessert qui restait sur son plateau. En effet, sa plainte à propos du blocage et son petit cliché minimaliste sur notre rythme alimentaire ne m'avait guère fait moufté et j'attendis donc sagement qu'il termine en laissant mon regard se perdre au loin sur la haute clôture qui délimitait la zone saine. J'aimais les expéditions en dehors d'elle. Jamais je ne m'étais vraiment habituée à vivre à l'intérieur du périmètre, à croire que je faisais partie de ces animaux sauvages indomptables qui ne parviennent pas à supporter leur cage. La vie que nous avions menée au dehors avait été extrêmement risquée et la mort nous guettait à chaque tournant, toutefois c'est là où régnait une sécurité toute relative qu'il était mort. Derrière des barreaux, on pouvait être piégés. Dans l'immensité, il y avait toujours une échappatoire.

Les médicaments qui s'entassaient doucement dans une boîte cachée dans mon appartement me serviraient un jour à quitter cette ville. Repartir sur les routes valait mieux que de rester ici, mais pas sans me battre avant. Pas sans au moins essayer de faire plus pour eux.

- Tu as une heure pour la pause déjeuner, entre midi et treize, répondis-je à sa question qui me coupa dans ma réflexion. Je ne manquai pas de sourire lorsqu'il évoqua le tabac : Plus personne n'en a maintenant et je suppose que ceux qui parviennent à en trouver les auront eu grâce à la contrebande et ne vont pas s'amuser à les fumer ici ! En griller juste une serait d'ailleurs pas de refus... murmurai-je du bout des lèvres avant de me rendre compte qu'il avait paru totalement écœuré par la chose en en parlant. Et pas de leçon de morale, on en a tous au moins un jour fumé une, n'est-ce pas ?

Je ne sais pas pourquoi mais je m'étais sentie obligée d'ajouter cette petite dose d'interrogation sur la fin. Si en fait je savais exactement pourquoi... Parce que ce jeune que j'avais en face de moi me paraissait être bien trop sage pour n'avoir ne serait-ce qu'effleurer du bord des lèvres ce genre de... Comment avait-il dit déjà ? Ah oui, poison. Je lâchai un soupir en pensant au nombre de trucs que j'avais pu faire pendant mes années lycée, prenant un malin plaisir à imaginer la tête qu'il ferait s'il avait su quel genre de filles j'étais avant tout ce bordel. Avec mes talons hauts et ma jolie blouse blanche, je faisais tellement sainte nitouche que c'en était insultant. Cette Créatrice n'était tellement pas moi. Je reportai mon attention sur l'horloge derrière nous. Il était temps de rejoindre le laboratoire.

- Fini ? Il est temps que tu vois le laboratoire où tu vas travailler.

Mon annonce avait été brève, mes mains agrippaient les bords du plateau où étaient posés le verre vide et la carafe. Dans mon esprit, je formai déjà la suite des évènements, prête à lui présenter de la manière la plus édulcorée possible son travail pour l'inciter à y prendre goût avant qu'il ne connaisse l'incroyable vérité - et qu'il y adhère bêtement comme tous les moutons ici présents -, du moins s'il parvenait à se rendre indispensable pour l'organisation. Ou plutôt, si ses compétences se révélaient indispensables pour l'organisation car, il ne fallait pas l'oublier, nous étions tous interchangeables... Même leurs précieux immunes...

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MessageMer 9 Mai - 18:11

Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Allait-elle croire à son histoire ? Cela allait faire vraiment naïf de parler de l’American Dream, mais c’était ce qu’ils avaient pensé, du moins au début. Ils s’étaient vite rendus compte que ce n’était pas le cas et qu’ils auraient mieux fait d’aller ailleurs plutôt que dans un des plus grands continents de la planète. Ils s’étaient rapprochés du danger et Niels se sentait tellement coupable. Il avait mené son frère dans la gueule du loup après tout. Bien évidemment, Niels s’était excusé auprès de la brunette quand elle avait mentionné ses proches par un désolé qui résonnait comme de la pure politesse alors qu’il l’était vraiment. Cependant, lui aussi vivait dans ce même monde où ce mot ne signifiait plus rien concernant ce genre de situation bien trop courante. Le virus leur avait tous enlevé quelqu’un qu’ils le veuillent ou non, alors être désolé n’avait même plus le même sens qu'autrefois.. le mot avait perdu de sa valeur ainsi que de sa belle saveur. Pourtant, il avait tenu à le dire, pour laisser sortir ce poids sincère. Cependant, il en venait à se demander s’il ne devait pas faire comme tout le monde, ce qui était égal à ne plus laisser sortir ce mot désuet qui faisait plus de mal qu’autre chose.. Alexandra n’avait pas manqué de le railler sur son désir bien enfantin et elle avait raison. Il avait décidé de laisser couler et de raconter la suite de son histoire gruyère pour lui. Sans son frère, plus rien ne serait entier, et le monde ne serait jamais resplendissant. Isaac avait toujours eu cette manière de le faire rire même dans les moments les plus difficiles. Seul, lui savait trouver les mots, tout simplement parce qu’il le connaissait par cœur et aujourd’hui, Niels se sentait seul sans lui. Il n’avait plus personne à qui il pouvait réellement se confier sans se poser la moindre question. Il aurait tout donné pour passer du temps avec lui, même dans les pires instants où son frère l’avait emmené dans ses fêtes si étranges et trop bruyantes pour lui. Aujourd’hui, cela aurait été le rêve, mais il savait que cela ne pouvait se réaliser. Son frère était sans doute là, il l’espérait de tout cœur, car si ce n’était pas le cas, il avait fait fausse route et il perdait son temps parmi les monstres.

Elle parlait d’infiltration à la place de recrutement et elle avait totalement raison, sauf qu’il ne pouvait pas lui affirmer. Il sourit et rit. Il fallait faire comme si de rien n’était.

- Digne d’un film oui ! Observer est juste ma manière de fonctionner avant de passer à l’action. Je ne voulais pas me présenter à vous sans réellement savoir comment vous fonctionnez, expliqua le jeune homme posément.

Il n’avait pas nié, il entrait dans le jeu pour montrer qu’il prenait sa réflexion à la rigolade tout en exposant sa manière de faire à lui qui était sérieuse. Tandis qu’il mangeait son dessert qui coulait tout seul en raison de sa légèreté et de sa fraîcheur, il notait que le regard de la jeune femme se perdait vers l’extérieur. Voulait-elle y aller, ou bien redoutait-elle comme tout le monde ce qui se cachait dehors ? Ils étaient pourtant dans la zone saine, mais il avait cru voir dans ses prunelles une sorte d’envie au goût de l’interdit précieux, mais aujourd’hui si dangereux, si.. poison. Il n’eut cependant pas le temps de l’interroger ou même de trouver la question qu’il aurait pu formuler de la meilleure manière possible, car Alex répondait à sa question au sujet de la pause du midi. Ils avaient donc une heure entre midi et treize heures et il fut surpris d’entendre cela.

- Tout le monde mange à la même heure où les heures dépendent des services ?, demanda t-il étonné que les employés n’étaient pas maîtres de leur journée.

Elle avait poursuivi avec le fait que personne ne fumait ici, ce qui le soulagea. Le monde était privé de beaucoup de choses, mais était enfin libéré d’un grand fléau. Du moins, il semblait être le seul des deux à le penser vu comment elle réagissait comme un mouton de la société. Elle avait déjà essayé, elle semblait même apprécier, ce qui le fit légèrement grimacer. Elle ne désirait pas qu’il lui fasse la morale et la question qu’elle formulait l’agaça profondément. Elle faisait partie de ses imbéciles qui pensaient que l’on ne pouvait pas « profiter de la vie » sans avoir fumé cette merde !

- Oh. Tu vas être déçue, mais je ne fais pas partie de cette « splendide majorité » qui pense que l’on a loupé sa vie si on n’y touche pas. Je vois pas pourquoi j’aurais mis la main dessus, juste pour faire « plaisir » à des gens que je ne reverrais plus jamais dans un bar ou dans une soirée, ne put s’empêcher de dire Niels d’une voix tellement posée qu’il s’étonnait lui même. Et puis, tout le monde pense que c’est qualifié de « trop sage » de ne pas être comme les autres, mais où est le mal à ne pas en avoir envie ? Pourquoi la minorité serait-elle inférieure ? Je ne dis pas que tu le penses forcément, mais la majorité de l’époque le pensait. Des cases et des étiquettes. Les gens ne savaient faire que ça et ne prenaient même pas la peine de voir ce qui se cachait réellement en dessous. Qu’en penses-tu ?, lui demanda t-il curieux de savoir son opinion.

Alexandra était-elle comme tous les autres moutons de la société qui ne cherchaient pas à comprendre ou bien acceptait-elle les choix de tout le monde sans juger ce qui était mieux ou pas ? Il savait que si elle s'avérait être comme ce que la planète avait été, il en serait fort déçu et il se sentirait encore plus seul. Mais pour le moment, il n’allait pas l’être, car si l’horloge n’avait pas carillonné, Alex venait d’annoncer qu’il était bel et bien l’heure de passer à la suite : découvrir son travail. Le laboratoire dont il avait si hâte de voir. Il allait être à l’affût des moindres détails afin de récolter toutes les pièces du puzzle. Isaac. Ne pas oublier la mission. Écouter, observer avant d’agir, comme toujours. Il avait mis une cuillère finale à son dessert et la reposait lentement à côté de son assiette avant de lui sourire.

- J’ai fini et je suis prêt.

Le jeune homme avait rassemblé ses affaires dans son plateau et se leva avec un sourire pour se rendre à l’endroit où il avait vu que les autres employés allaient pour déposer leur plateau après avoir trié leurs affaires. Il fit de même puis se tourna vers la jeune femme. Il avait vraiment hâte de découvrir ce laboratoire qui lui réservait sans doute plein de surprises ! Restait à savoir si s’en étaient des bonnes.. ou des mauvaises !  

 
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MessageVen 11 Mai - 3:29

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Niels ne s’en rendait pas compte mais il venait de me donner un argument à ajouter à ma liste du "mec ayant l’assurance d’un petit pois". Ses paroles cadraient parfaitement avec ce besoin de contrôle qu’il avait montré à plusieurs reprises, de même que son attitude faite d’un rire artificiel qui voulait prouver une confiance qu’il ne détenait pas. Sinon, il n’aurait jamais agi de la sorte, faisant du repérage avant de se jeter à l’eau. Il s’agissait d’une manière de se rassurer un peu superficielle et idiote, comme les emballages trop clinquants dont on enveloppait des babioles pour les faire paraître plus luxueuses. On y mettait un joli papier, quelques rubans brillants et cela donnait une illusion presque parfaite. Presque. Niels était pareil avec cette apparence sans faute qu’il créait telle une brume autour de lui, il s’y perdait lui-même et y noyait les autres. Je n’étais même pas certaine qu’il ait conscience de son petit manège… L’avenir me le dirait.

- Et finalement tu n'as même pas eu à le faire, complétai-je dans un sourire en songeant au fait que c'était moi qui avait initié la rencontre.  

Cet épisode me plongeait dans une profonde perplexité à chaque fois que j’y resongeais. Peut-être parce que je refusais obstinément de m’avouer ce qui m’avait conduite à m’intéresser à cet inconnu dans la foule… Sa détresse si ressemblante à celle qui étreignait parfois mon frère autrefois m’avait frappée et poussée à prendre des risques inutiles. Bien que je ne voyais plus Roman en lui désormais – bon sang mon cadet n’avait rien à voir avec ce jeune qui vivait encore dans la retenue alors même que le monde actuel demandait de se fier à l’instinct plutôt qu’à la raison ! -, il n’en restait pas moins qu’il m’intriguait… Je n’eus pas le temps de m’interroger davantage, car déjà il reprenait la main pour se renseigner plus précisément sur les pauses. Si j’avais été mauvaise langue, j’aurais pu dire qu’il était plus intéressé par les instants de détente que par son futur boulot ! Mais ce n’était pas mon genre, pas vrai ?

- Quand petite recrue sera devenue grande, elle ira manger quand bon lui semble ! lui lançai-je gaiement en réponse sa surprise dans l'intonation qu'il avait utilisée. Nous autres on s'organise à notre sauce, même si la majorité continue à être réglé comme des horloges... Et puis ça assure d'avoir des repas chauds de ne pas y aller trop tard.

La discussion qu’il avait ensuite lancée n’était pas sans remuer de vieux souvenirs. Tant de choses avaient disparu depuis l’avènement de la Braise. Au début, cela avait été insidieux. On ne trouvait plus certains produits sur les étals tandis que d’autres devenaient simplement plus rares… Puis était venue la période de l’épuisement des ressources. Les dernières usines fabriquant des produits autres que ceux de première nécessité avaient mis la clef sous la porte. Finalement, même les essentiels étaient passés en abonnés absents. Tout s’était enchaîné de manière si rapide que personne n’avait eu le temps de s’en inquiéter vraiment avant que la pénurie ne nous frappe de plein fouet. Rares étaient ceux qui avaient cru que le virus pourrait se répandre si aisément, les survivalistes étaient préparés mais le reste de la population avait dû s’adapter ou succomber. L’oubli n’était pas étonnant, on se concentrait sur ce qui nous maintenait en vie, pas sur les plaisirs futiles. Le tabac en faisait partie et peu à peu les réserves furent si faibles qu’en apercevoir une au bord des lèvres de quelqu’un relevait de l’exceptionnel.  

Être déçue ? Comme si cela avait une quelconque importance à mes yeux qu'il ait pu  s'en griller une ou non ! J'aurais dû m'abstenir de ce "n'est-ce pas" surfait car, bien entendu, mon cher philosophe en herbe n'allait pas pouvoir se retenir de me faire tout un laïus comme s'il savait mieux que tout le monde comment la terre tournait... Et voilà qu'il me prenait pour un mouton en insinuant qu'on commençait à fumer juste pour suivre le mouvement et prouver à deux potes bourrés qu'on était capable de le faire : pathétique, savait-il au moins ce qu'il était en train de sous-entendre ou toutes ces bêtises lui venaient-elles spontanément sans qu’il y ait plus réfléchi que cela ? Il voulait faire mine de se poster dans une minorité persécutée mais ce qu'il oubliait c'est qu'on ne faisait partie d'une minorité que si on se considérait comme tel, qu'on s'excluait soi-même en pensant ainsi et d'autant plus lorsqu'on associait un nombre à une qualité globale telle que de l'infériorité. Son discours sonnait exactement comme tous ceux que j'avais pu entendre s'échapper de la bouche de ceux qui se plaignaient d'être des exclus au lycée, ces pauvres choses qui se trouvaient différents - qui l'avaient décrété à part eux-mêmes, mystère et boule de gomme - et qui finissaient par passer leur année à manger dans un coin de la cafet' en prenant soin de toujours garder leur distance avec les autres élèves. A croire que l'ensemble des lycéens possédaient des dents qui pourraient à chaque instant leur infliger une morsure mortelle...  Pire qu’un fondu…

- J'en pense que les étiquettes on se les colle seul, les autres peuvent les suggérer mais ce n’est pas leur faute si on finit par y croire, dis-je sur un ton égal.

*Mais je prends note du fait que tu juges autant les autres que tu crains apparemment d'être toi-même "mis dans une case".* Purée, je rêvais de lui la balancer celle-là, juste parce que je ne supportais pas les gens qui vous classaient sans vous connaître dans une catégorie de la population à laquelle vous n'aviez jamais vraiment appartenu seulement parce que vous aviez la tête de l'emploi ou parce qu'ils pensaient en savoir suffisamment pour établir un diagnostic fiable de ce qu'était ou avait été votre vie. Heureusement je me retins de justesse, trop frileuse à l'idée de devoir supporter un autre débat avec ma recrue. Après tout, il était fichtrement jeune et, contrairement à beaucoup, il avait eu une enfance dorée. Si je ne le voyais pas une seconde en sportif populaire ou en mec assez malin pour jouer de sa classe sociale, je n'avais aucune difficulté à l'imaginer en asocial notoire qui se complaisait à se croire l’exclu alors qu’il creusait le fossé de sa propre volonté.

- Et si les gens ne prennent pas le temps de découvrir les autres, c'est peut-être justement parce qu'ils se "cachent" comme tu dis : ça envoie plutôt le signal "fichez-moi la paix" que "je suis quelqu’un d’ouvert", tu ne crois pas ? lui demandai-je avec un petit sourire ironique, en me maudissant déjà intérieurement d'avoir lancé cette réplique sur le ton de la question. Je soupirai ensuite, désireuse de me montrer moins tranchante dans mes propos : On fait tous des choix Niels, et il n'y a que nous que ça regarde, pas les autres. Donc crois-moi je m'en fiche de ce que tu as pu faire de trop ou pas assez "sage" ! Moi c'était parce que j'ai toujours adoré faire des expériences par moi-même et quand je vois tout ce qui a disparu de la surface du globe, je suis bien contente de ne pas m'être privée de faire ce que j'avais envie en me moquant de ce que penseraient les gens autour...

Mon regard s'était une fois de plus orienté vers l'horizon infernal. L'interlude méridien prenait fin et, avec elle, la contemplation au-delà des larges vitres de la cafétéria. A partir de mon bureau, je pouvais l'apercevoir également mais la vue était moins belle, moins intense par rapport à celle qui s'exposait sous mes yeux passionnés. Cette impression de flotter lorsque je regardais au loin était l'unique façon que j'avais de m'évader lorsque tout me paraissait terne alentours.

- On est reparti !

Mon entrain avait précédé notre marche. Après avoir déposé les plateaux, nous avions franchi les portes afin de nous diriger vers le hall où je décidais cette fois-ci de prendre les escaliers. Maintenant qu’il s’était restauré, il n’y avait plus une raison pour les éviter et pouvoir être exposée encore un peu plus longtemps aux rayons du soleil me réchauffait la peau à travers ma blouse en coton me donnait le courage d’affronter toutes les explications que j’allai devoir lui fournir dès que nous serions arrivés à destination. Nous montâmes ainsi plusieurs étages sans que je ne commente réellement notre trajet, trop occupée à inscrire dans mon esprit les différents points que je devrai aborder et le petit discours que j’aurais peut-être dû lui servir. Sauf que je n’étais pas comme cela. Je détestais les discours préconçus et étais incapable de m’y tenir. On ferait tout cela au talent en fin de compte !

Quand nous arrivâmes au neuvième étage, je me dirigeai directement vers le laboratoire. Les portes blanches lui donnaient une allure aseptisée qui ne m’avait pas sauté aux yeux depuis bien longtemps.

- C’est ici, neuvième étage, première porte à gauche comme tu peux le constater, annonçai-je en sortant mon badge pour le glisser dans la fente du lecteur. Si Davenport a déjà créé ton dossier, j'initialiserai le tien informatiquement tout à l’heure.

Rien de plus simple, une carte vierge et un petit codage rapide avec le logiciel dédié et Niels aurait son badge. En effet, si nous nous chargions de l’aspect informatique du Labyrinthe, nous étions également en charge de la maintenance de tout le système du WICKED et il était dans nos prérogatives de pouvoir réaliser les badges des nouveaux arrivants, mais aussi d’accorder des autorisations temporaires à certains employés afin qu’ils puissent se rendre dans des zones qui leur étaient habituellement fermées si nous avions besoin qu’ils y fassent un travail spécifique. Cela restait rare, un pan de nos qualifications qui était largement sous-exploité. Nous avions tant à faire avec la première épreuve qu’aucun Créateur n’aurait songé à s’en plaindre.  

- Voici donc ton lieu de travail ! dis-je en ouvrant un des deux battants sécurisés.

J’entrai en m’éclipsant sur le côté, la porte dans mon dos. Devant Niels s’étendait un laboratoire des plus classiques – du moins pour ce que j’en connaissais, c’est-à-dire pas grand-chose avant d’arriver ici –, de grands plans de travail tantôt blancs tantôt en inox se répétaient dans plusieurs coins de la pièce où on pouvait également apercevoir toute une panoplie de microscopes et autres centrifugeuses destinées à recevoir les prélèvements que nous parvenions parfois à collecter grâce à nos chères innovations technologiques – appelées à juste titre à mon humble avis "monstres" par les blocards, même si avec le temps ils leur avaient trouvé toute une panoplie de petits surnoms adaptés – lorsqu’elle avait "la chance", diraient mes collègues, de réussir à blesser l’un d’eux. Divers ordinateurs dont les écrans se superposaient un peu partout autour des paillasses étaient reliés au système central et permettait grâce aux codes d’accès de chacun des membres du personnel, enregistrés sur leur badge nominatif, d’accéder aux ressources dont il avait besoin pour effectuer son travail. Une fente sur le côté des claviers permettait d’enclencher chaque processeur, ainsi nous savions exactement qui avait consulté quelles données durant sa connexion même s’il arrivait fréquemment que plusieurs personnes travaillent sur un même poste dans le laboratoire. Nous n’avions néanmoins jamais eu à déplorer le moindre incident. Sur la droite, une pièce dont le haut des parois était uniquement constitué de verre accueillait un fauteuil d’examen et les instruments médicaux. Au fond, une autre porte donnait sur un bureau. Mon bureau.

Malgré les larges baies vitrées qui donnaient sur l'extérieur et dispensait une lumière presque aveuglante en se réverbérant sur la blancheur presque immaculée des plans de travail, il était facile de se sentir oppressé et les années n’avaient pas été suffisantes pour apaiser ce sentiment de prison que je ressentais à chaque fois que j’y pénétrais. Certes, cela était bien moins pénible que dans le sous-sol du bâtiment où l'obscurité aggravait ce sentiment, mais ça n’en restait pas moins désagréable.

Attendant que Niels fasse le premier pas dans sa nouvelle existence en tant qu’employé du WICKED, je contemplai sa réaction en essayant de me souvenir des émotions qui m’avaient habitée quand j’avais moi-même franchi ses portes pour la première fois. Une chose était sûre même si personne ne s’en était douté : jamais il ne pourrait ressentir la même horreur que moi qui savait alors déjà tout ce qui se tramait dans ces expériences scientifiques qui paraissaient d’un banal effarant et qui dissimulaient une terrible réalité. Une réalité à laquelle il adhérerait pour se donner l’impression d’aider l’espèce humaine.  



Dernière édition par Alexandra Moore le Ven 11 Mai - 23:49, édité 1 fois
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MessageVen 11 Mai - 19:57

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&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Alexandra se trompait lorsqu’elle avançait qu’il n’avait pas eu à observer. Il y avait eu d’autres fois où il avait pu noter des petites choses à propos du WICKED et le jeune homme lui rendit son sourire.

- Exactement !

C’était sans doute ce qu’elle voulait entendre vu qu’elle n’avait pas l’air d’être la fan numéro un de ses petits jeux d’observations. Rien que sur le terrain lorsqu’il avait trop capté ce qu’il se passait au loin, elle lui avait fait une remarque sur ses oreilles qu’il laissait un peu trop traîner. Il captait qu’avec Alex, il ne fallait être attentif par rapport qu’à ce qui le concernait et rien d’autre, surtout pas les affaires des autres. Niels avait à force pris cette sale habitude de tout écouter avant de faire un pas de plus dans cette nature trop dangereuse où tout fondu pouvait lui sauter au cou. Ce monde l’avait rendu plus sauvage et plus indomptable qu’il n’en laissait croire sous ses airs de gars sérieux. Il avait aussi compris qu’il fallait manipuler pour arriver à ses fins, sauf que ce don-là était dans les gênes de son frère. Lui n’en avait hérité qu’un tout petit peu, une toute petite dose pathétique. Mais cette petite dose pouvait-elle faire la différence ? Saurait-il l’apprivoiser ? Mais surtout saurait-il l’apprécier vu qu’il détestait la tromperie ? En arriverait-il à un stade où il ne pourrait même plus se regarder dans le miroir, rongé par la culpabilité d’être un manipulateur de monstre ? C’étaient eux les méchants, pas lui. Lui désirait sauver son frère de leurs sales et ignobles griffes ! Alors pouvait-on dire que faire ressortir quelque chose qu’il considérait mauvais pour accomplir le bien était justement pardonnable ? Tant de questions dans sa tête et pourtant pas de réponse.

Elle avait ensuite répondu à une question qu’il avait posé concernant le repas du midi. La brunette avait utilisé une phrase bien simple qui le fit sourire de l’extérieur, mais qui l’agaça intérieurement. Elle aussi le croyait petit, un gamin quoi. Il nota dans un coin de sa tête qu’à une certaine heure passée, il n’y avait plus de repas chaud.

- C’est entendu. Je préfère ça, ça va me redonner un rythme alimentaire bien carré. Ça aidera mon appétit, conclut-il en le pensant vraiment.

Le tout s’était enchaîné avec des sujets lui tenant à cœur. Les souvenirs mauvais du lycée remontaient et il se sentait mieux d’avoir exposé son point de vue bien qu’il soit différent de celui d’Alex qui avançait que les étiquettes n’étaient collées que par les personnes elles-mêmes. Il ne put s’empêcher de grimacer.

- Je ne suis absolument pas d’accord avec toi, les gens prennent un malin plaisir à te les coller et tu as beau tout faire pour t’en détacher, ils restent aveugles.


Ce genre de problèmes était maintenant passé avec lui d’une certaine manière, mais il en avait beaucoup souffert au collège et au lycée. Il avait toujours porté l’étiquette du mec bizarre, trop sage et intello discret, et quand il avait le moindre malheur de faire sortir un Niels plus cool et plus confiant, les gens s’amusaient juste rigoler et à sortir « Le petit sage qui se rebelle. » Ces voix moqueuses ne l’encourageaient guère à passer au-dessus et à ne pas se dire qu’ils continuaient à lui coller cette putain d’étiquette ! Il n’y avait eu aucun moyen de l’enlever à part de partir et de recommencer à zéro. Ces gens-là étaient des idiots pathétiques qui ne finiraient par comprendre qu’être intelligent en classe n’était pas un péché ! Alexandra ne semblait même pas le voir de cet angle-là et sa question le fit grincer des dents. Il avait tellement envie de répliquer sauf qu’elle enchaînait bien trop rapidement en parlant de choix et d’expérience.

- Non, je ne crois pas. Mais ici, ce n’est plus pareil vu que le savoir n’est pas quelque chose de mauvais, au contraire. Après chacun ses expériences.

Le monde s’était enfin inversé d’une manière ou d’une autre, mais à quel prix ? Laisser la planète aux mains de monstres ? Cette discussion l’agaçait terriblement, faisant remuer trop de passé injuste en lui. Il avait toujours été incompris de toute manière et ce n’était pas demain la veille que cela aller changer ! Il l’avait ensuite suivi dans les longs couloirs sans ne cesser de penser à tout ça et espérait qu’ils allaient bientôt arriver à destination au fil des marches qu'il était en train de monter. Ils étaient arrivés dans un long couloir qui ressemblait aux autres et elle brisa le silence en lui apprenant que le laboratoire se trouvait ici, au neuvième étage, la première porte à gauche. Cette information lui serait primordiale lorsqu’il reviendrait demain. Elle passa son badge, chose très utile que lui aurait bientôt. Il espérait toujours secrètement trouver un moyen pour le bricoler informatiquement lui-même. Pour cela, il savait pertinemment qu’il ne pourrait pas utiliser sa propre session, car il était sûr que le système marchait comme ça. Chacun avait un compte, et le WICKED était bien du genre à tout contrôler. Aucune liberté de faire autre chose. Il allait donc devoir faire preuve de ruse afin de se connecter sur la session d’un supérieur, - Alex en l’occurrence - , mais comme il ne lisait pas dans les pensées afin d’obtenir ses identifiants, il devrait un jour ou l’autre créer une diversion qui la forcerait à quitter son poste sans se déconnecter dans le vif de la panique.

Il aimait bien élaborer ce genre de petits scénarios dans sa tête, tous réfléchis, y compris quand il volait de la nourriture ou des biens aux marchands. Il n’y allait jamais sans réfléchir et la seule fois où il avait été forcé de le faire, cela avait été avec un fondu, et la mission avait failli échouer.

Le clic de la porte leur indiqua que le laboratoire était ouvert et il fit alors un pas dedans afin de découvrir un grand lieu tout aussi lumineux que ce qu’il avait déjà vu. Le WICKED voulait en mettre plein les yeux et il trouvait ça franchement bien ironique de faire vivre les gens dans la lueur, alors que le monde réel n’était que darkeur. Encore un stratagème pour tous les retenir ici et les avoir comme des petites marionnettes. Alexandra lui laissait alors libre vue face au lieu dans lequel il allait travailler et le Niels médecin en lui en était tout émoustillé. Ses yeux clairs balayaient la pièce avec lenteur, car il prenait le temps de tout découvrir. Les grands plans de travail s’étalaient, leur laissant la place pour travailler en confort. Mais ce qui le choqua le plus fut les ordinateurs. Il en avait vu seul pour le moment dans la salle où il avait passé les examens, mais ici.. tout était multiplié. Ils n’avaient pas totalement disparu de la planète et si autrefois, ils étaient tous dépendants de leurs téléphones et autres gadgets, le monde avait bel et bien changé ça. Ces gadgets n’étaient sans aucune utilité sans des chargeurs et si le jeune homme avait gardé son vieux téléphone portable, il n’était même pas sûr de vouloir le rebrancher le jour où il trouverait un chargeur adapté. Il aurait dû le jeter dans la Tamise une bonne fois pour toutes, mais il n’avait jamais réussi, tout comme il avait toujours celui de son grand frère. Pourquoi s’encombrer avec ça ? Cela n’avait pourtant aucun sens, mais il l’avait fait. Les petites merveilles inutiles reposaient tranquillement au QG du Bras Droit.

- Woua…, ne trouva t-il qu’à sortir pour le moment.

Le jeune homme s’avança dans la moitié de l’espace qui n’était pas occupé par le peu de personnes qu’il y avait et tendit le bras pour faire glisser le bout de ses doigts sur les rebords des plans de travail impeccables. Au fond, une porte était là et laissait sans doute deviner une autre pièce cachant autre fois d’aussi fou ou alors un simple bureau. Les bureaux étaient sans doute réservés qu’aux supérieurs. Ses yeux rencontrèrent un autre endroit qui était l’espace d’échange entre les médecins et les patients. Il allait enfin pouvoir se trouver de l’autre côté cette fois-ci. Il était néanmoins surpris que cet espace-là en particulier soit en verre. Où était donc l’intimité pour les gens ? Avaient-ils pensé à ça ?

- Les vitres dans l’espace d’examen sont-elles volontaires ?, demanda Niels simplement.

Il s’était retourné quelques secondes vers Alex pour continuer d’observer avec un sourire aux lèvres. Il était bel et bien arrivé chez les monstres, mais le bon côté des choses étaient qu’ils avaient besoin de ses talents de médecin. Et maintenant ? Qu'allait-elle lui faire faire ? Allait-elle lui expliquer les tâches que chacun réalisait ? Le jeune homme était bien excité et impatient. Il lui était en tous les cas ouïe.

 
CODAGE PAR AMIANTE

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We'd stared into the face of Death, and Death blinked first. You'd think that would make us feel brave and invincible. It didn't.”
by wiise

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MessageLun 14 Mai - 0:19

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Les considérations de rigueur à propos de son entrée dans l'entreprise ou des questions techniques tels que les horaires des repas étant derrière nous, une nouvelle conversation s'était engagée et avait pris une tournure surprenante. D'une simple interrogation sur la possibilité que l'espèce des fumeurs ne soit pas totalement éteinte, nous en étions venus à un débat sur les préjugés et le poids qu'ils pouvaient revêtir pour ceux qui en étaient les cibles. Dans une lutte toute politicienne, aucun d'entre nous n'osait rentrer dans le tas. S'il avait réagi vivement dans un premier temps, faisant une histoire personnelle d'une simple relance de l'échange, Niels jouait désormais la langue de bois. Là résidait le signe le plus affligeant qui me montrait qu'il s'agissait bel et bien d'une expérience personnelle qui l'aveuglait au point d'y rester bloqué pendant des heures si j'osais rétorquer. J'allai devoir adopter le rôle de diplomate, j'avais déjà le joli tailleur en-dessous de ma blouse et la belle chemise blanche, ne me manquait plus que tout le reste : autrement dit, le tact et la mesure ! Comment vous dire que cela n'était vraiment pas ma tasse de thé ? Pourtant, si je voulais me défaire de ce merdier où sa simple grimace suffit à me faire savoir que Monsieur n'était pas de mon avis, je n'avais pas vraiment le choix.

Je crois que j'étais sur le point de dire un truc bateau du style "peut-être" ou "ça se peut" après avoir pris cette inspiration pour me donner le courage de la boucler. A la place, je ne pus refréner cette envie provocante qui franchit mes lèvres comme la langue d'un serpent se glisse tranquillement entre ses crochets.

- Tout dépend si tu en as quelque chose à faire de ce que pense les gens.

Typiquement le genre de répliques cassantes dont j'étais capable, même si mon intonation avait été plus raide que je ne l'aurais voulu. Mon sourire n'avait pas dû adoucir les angles, au fond je ne crois pas qu'il ait vraiment été là pour ça puisque des étiquettes, j'en avais eu des tonnes. Elles m'avaient toujours plus amusée que touchée. Elles glissaient sur moi comme les poissons frôlent les rochers dans le courant d'une rivière trop rapide, comme les pages filent entre les doigts des lecteurs aguerris. Si Niels avait raison sur un point, c'est qu'on ne s'en débarrassait pas facilement mais où était l'intérêt à le faire ? Les autres pouvaient vous voir comme la plus séduisante des nanas de première année ou comme une gourde sans talent, vous n'en restiez pas moins vous-même et si cela pouvait leur faire plaisir de vous cataloguer parce que leur cerveau trop étriqué ne parvenait pas à dresser un portrait plus complet de votre personne, j'avais tendance à trouver cela plutôt flatteur.

"Fascinants" était le terme que j'avais utilisé devant Roman quand il m'avait une fois demandé comment étaient les autres élèves au lycée. Les voir se dépatouiller pour essayer de savoir ce qu'ils allaient pouvoir penser d'une des premières années à la silhouette bien trop menue pour avoir l'âge d'entrer au lycée avait quelque chose de hautement captivant. C'était comme pouvoir observer le big bang lui-même alors que vous étiez tous ses gravats qui sous l'effet de cette immense énergie alliez former l'univers. Et ce n'était pas tout à fait faux en réalité, cela allait donner quelques contrastes à votre univers, celui dans lequel vous évolueriez pendant les quatre années de lycée. Toutefois, celui qui tenait la palette et, plus important encore, le pinceau : c'était vous !

Les souvenirs rejaillissaient, tous plus éclectiques les uns que les autres. Des expériences dont je ne me lasserai jamais de me remémorer les scènes tant elles correspondaient à un passé suranné que la Braise avait su emporter dans sa fin funèbre.

Face à moi, Niels poursuivait sa petite démonstration. Finalement, il pouvait être un sujet d'observation plutôt sympathique lorsqu'on prenait le temps de disséquer ses réactions au vif. Il se disait apprenti-médecin, heureusement qu'il n'avait pas prétendu être scientifique car, avec le peu de recul qu'il mettait à juger les choses, il aurait été capable de se fier à ses sens pour nous affirmer que la Terre était plate ! J'en riais intérieurement pour me détendre, mieux valait me moquer un peu de sa hardiesse que de répondre de but en blanc pour m'embarquer dans une discussion que je ne souhaitais pas mener. Non pas que j'eus peur de devoir débattre, j'aimais les confrontations et j'avais même hésité à m'inscrire dans un club de ce genre au lycée avant que Finn, un de ceux que je pouvais considérer comme un ami, ne me rappelle à quel point cela pouvait être une mauvaise idée avec mon caractère de feu. "Tu sais écouter les gens Alex", avait-il commencé comme si cela pouvait mieux faire passer la pilule qui allait suivre, "mais" - ce petit mot j'étais déjà certaine qu'il allait surgir - "tu seras incapable de te taire s'il y en a qui raconte des conneries..." Luke avait complété en arrivant derrière moi dans les gradins en disant : "Y sont trop cons pour toi Alex, tu joues dans une autre cour". Ils avaient raison, du moins en partie. A l'époque, cela aurait relevé du miracle de me voir la fermer dans pareilles circonstances et j'aurais probablement fomenté des plans pour brûler la salle de débats plutôt que de devoir y assister à des argumentaires orientés républicains démagos ou démocrates idéalistes. Le temps avait fini par bannir cet fougue, plus par nécessité de survie au sein d'un nid de vipères que par réel assagissement. Je me demandais d'ailleurs parfois si je redeviendrai moi-même le jour où je foutrais le camp d'ici, où je briserai cette cage de verre pour prendre mon envol ou si je serai à jamais devenue une bien docile petite garce.

- Ça n'a jamais été quelque chose de mauvais, juste quelque chose de jalousé, répondis-je sur un ton égal avant de clore la discussion. Et maintenant ça va nous être bien utile.

Délibérément, je choisis de ne pas le contredire quant à son avis opposé au mien. Dans d'autres conditions, j'aurais poussé Niels à me fournir ses arguments et je serais même passée pour la méchante de l'histoire à ainsi pousser dans ses retranchements un mec qui, visiblement, avait construit son avis sur son expérience au lieu de prendre du recul. Heureusement, me laisser happer par les rayons du soleil apaisaient tous mes doutes de la nana trop gentille, trop conciliante, pas assez elle-même et je me tus jusqu'à ce que vienne l'heure de nous rendre dans le laboratoire.

En découvrant son lieu de travail, l'expression de Niels me fit osciller entre le sourire et la nausée. Sa réaction était un peu enfantine mais, dans ses traits juvéniles, c'est ce que j'apercevais par moment : un enfant qui cherchait à jouer dans l'univers des grands sans qu'on lui en ait donné le code. Lui avais-je ressemblé lors de mon arrivée au WICKED ? J'avais presque dix-huit ans à l'époque et j'avais la hargne, prête à déplacer des montagnes pour faire ce que je croyais être juste. Je devais tout de même avoir moins d'étoiles dans les yeux, ça s'était une certitude.

- Cela te plait on dirait...

Je n'avais pu m'empêcher de souligner son ébahissement lorsqu'une petite exclamation lui avait échappé. Avançant tranquillement vers l'espace libre de la vaste salle, son regard s'attardait sur tout ce qui se trouvait dans son champ de vision. Tout devait lui paraître tellement luxueux après ce qu'il avait dû affronter pendant une année à vaquer çà et là. Un sourire en coin s'étira sur mon visage, c'était plutôt amusant de le voir découvrir son nouvel environnement : il ressemblait au chiot des voisins, lorsque celui-ci avait débarqué dans notre beau jardin en passant sous les haies. Ses yeux sombres ressemblaient à des billes tant il les écarquillait en reniflant chacune des plantes. Ma mère n'avait pas la main verte, c'est Roman qui aimait bien faire ce genre de boulot, étant le seul mec de la famille il se sentait investi d'une mission divine à propos du jardin... Peut-être un peu machiste comme pensée mais après tout ça nous permettait d'avoir une terrasse avec un petit terrain d'une quinzaine de mètres carrés sans la moindre mauvaise herbe et les fleurs en prime !

Le sourire n'avait pas quitté mes lèvres quand Niels vînt me sortir de cette mémoire qui m'engloutissait un peu trop souvent aujourd'hui. Il s'interrogeait à propos des portes en verre. Que pouvait-il croire ? Que certaines choses aient pu ne pas être mûrement réfléchies ici ? Absolument tout était calculé.

- Tout à fait, confirmai-je. Nous pouvons baisser les stores internes au besoin mais, dans certains circonstances, il peut être plus approprié pour notre propre sécurité de les laisser ouverts.

Je ne m'étendis pas sur le sujet, pas maintenant.

- Tu comprendras.

Cette affirmation devait une fois de plus mettre un terme à ce flot de questions incessantes qui sortaient de sa bouche, une source qui jamais ne se tarissait - à croire qu'il avait bouffé la Tamise avant de prendre ce fichu vol qui l'avait conduit aux États-Unis ! - et qui avait le don de me submerger. Puisque je ne voulais pas finir comme le Titanic, j'avais plutôt intérêt à faire rapidement basculer la situation pour reprendre le contrôle et surtout le faire taire. Je lâchai donc la porte en me retirant, certains des membres de l'équipe avaient déjà levé un œil de leur microscope ou des données qu'ils consultaient sur leur écran. Ils devaient se douter de la suite. Je m'approchai du tableau où figurait nos plannings de travail et où les prochains essais et travaux à mener étaient listés. Je me plaçai devant, comme une élève qui allait faire son exposé : rectification, j'étais la professeur.

- S'il vous plait ! lançai-je d'une voix forte pour attirer l'attention de l'ensemble de l'équipe.

Une grande inspiration plus tard, les quelques personnes présentes s'étaient approchées pour pouvoir mieux entendre ce que j'avais à dire. Ce genre de réunion informelle n'était pas rare et, dès qu'un nouvel élément à analyser ou une découverte était faite, je préférai procéder ainsi plutôt que d'envoyer quinze missives informatiques à chaque membre. Les brainstormings étaient mon truc, même s'il ne s'agissait ici que d'une annonce.

- Je vous présente M. Niels Welligton, il intègre l'équipe dès à présent en tant que nouvelle recrue en cours de formation, expliquai-je en balayant l'assistance des yeux aussi bien pour être sûre que tous m'écoutaient que pour qu'ils se sentent tous concernés par la tâche de le chaperonner. Il a des compétences médicales solides, le reste est à vérifier. Vous le formerez aux protocoles de routine du laboratoire.

Des hochements de tête, quelques sourires et bienvenues fusèrent du petit groupe. Idiotement, j'étais fière de cela : comme une mère ce serait dit que ses gosses étaient bien élevés... Qu'est-ce que je pouvais me ramollir...

- Il commencera son premier jour avec vous dès demain, continuai-je après une petite pause. Vous aurez alors tout le temps de faire connaissance, je vous laisse donc vous remettre au travail pendant que je lui explique un peu ce que nous faisons ici !

Ma tête se tourna vers Niels pour attraper son expression, passant ma main dans ma poche dans un réflexe. Sous mes doigts, la fraîcheur du métal provoqua une décharge dans mon bras quand me revînt son oubli depuis tant d'heures. Et merde !

- Mary ! interpelai-je une des laborantines qui était déjà en train de tourner talons pour rejoindre son poste de travail.

En quelques pas, je la rejoignis.

- J'aimerais que tu analyses ça pour moi, dis-je en lui tendant la clef usb contenant toutes les données des signes vitaux d'un blocard dont nous avions peiné à comprendre les variations le matin même et qui aurait déjà dû être livrée il y a plusieurs heures. Envoie-moi les résultats directement sur mon poste de travail si tu trouves une explication.

Le simple fait de m'être débarrassée de ce petit bout de métal me faisait l'effet d'avoir perdu dix kilos ! Je détestais les contretemps, peut-être parce que toute mon existence était basée sur une mécanique millimétrée dans laquelle chaque grain de sable pouvait mettre un bazar indescriptible. Et j'avais totalement occulté Niels que j'avais planté pour vite confier les précieuses données à Mary. Me tournant ves lui, je lui indiquai :

- On va aller dans mon bureau, on sera plus tranquille pour que je t'explique un peu quel sera ton travail et ce que nous faisons dans cette unité.

Mes pas nous portèrent jusqu'à une des portes sur lesquelles donnait la salle principale. Le bureau qu'elle dissimulait n'était pas immense mais d'une taille tout de même très convenable. Les murs blancs n'offraient aucun contraste avec les meubles de la même couleur, ce qui ne faisait que donner un aspect encore plus clinquant à l'ensemble artificiel.

- Installe-toi je t'en prie, fis-je en indiquant de la main un des deux fauteuils qui trônaient devant mon bureau tandis que je le contournai pour prendre place de l'autre côté.

L'ordre était un concept tout relatif quand on regardait les piles de dossiers qui s'entassaient sur le plateau de verre de mon bureau. Bien entendu, ceux-ci ne contenaient aucune donnée sensible : ceux-là étaient savamment rangés dans les casiers à ouverture électronique qui s'alignaient le long du mur droit. Toutefois, j'aimais ce désordre ordonné qui rimait assez bien avec ma propre organisation intellectuelle. D'un mouvement de la main, j'activai l'écran plus par habitude que par nécessité. Il afficha alors une notification dont je reconnus immédiatement l'expéditeur... Après tout, cela aurait été trop beau que ce collègue puisse ne pas s'inquiéter du temps que mettait l'analyse qui aurait dû commencer depuis au moins quatre heures à en croire l'horloge digitale au-dessus de la porte. Et bien sûr, maintenant que j'avais connaissance de cette missive, il m'était impossible de l'ignorer sagement...

- Le laboratoire te plait ? demandai-je à Niels plus par politesse pour prendre la température que réellement pour connaître son avis.

Cette parenthèse me permettrait de répondre brièvement dans le même temps au Créateur impatient, rien de tel pour avoir ensuite l'esprit parfaitement libre pour débuter les explications édulcorées au petit nouveau !

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MessageLun 14 Mai - 16:07

Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
La jeune femme face à lui avait-elle envie de rétorquer pour se lancer dans le débat ? Niels pouvait deviner qu’elle en mourrait à la fois d’envie et qu’elle se réfrénait en même temps. Ce n’était sans doute pas l’envie qui lui manquait, mais très probablement le temps. Ils n’avaient pas que ça à faire d’entamer ce genre de discussion infernale qui n'aurait fait que les mettre tout les deux sur les nerfs. Surtout pour lui, vu que le sujet lui tenait à cœur pour la simple et bonne raison que cela concernait son passé et non pas que des faits totalement lambdas. Elle semblait à la fois peser le pour et le contre sur le comment elle comptait enchaîner la discussion quand elle prit soudain sa décision. La phrase avait le mérite d’être claire et donnait une fin amère à la discussion. Elle ne pouvait pas comprendre. Il n’en avait pas grand chose à faire de l’avis des gens, mais il était aussi humain, et il avait forcément des limites. Ces dernières signifiaient qu’il ne pouvait pas non plus passer son temps à ignorer la chose, il y avait eu des moments plus difficiles que d’autre à absorber, mais ça, elle ne cherchait même pas à le saisir.

- Ça dépend des gens et des situations., fit-il de la même voix.

Elle en semblait même presque amusée par le sourire qu’elle lui témoignait et cela confirmait son impression qu’elle faisait partie des personnes que cela n’avait pas atteintes plus que ça au lycée ou encore au collège. Il ne pouvait rien pour elle et elle ne pouvait rien pour lui. Il n’avait pas pu s’empêcher de rajouter quelque chose, comme si maintenant qu’il avait grandi, il était bel et bien capable de rétorquer plus fermement. Non pas qu’au lycée, il ne l’avait pas tenté de le faire lorsqu’on l’embêtait physiquement, mais il avait appris que c’était bien important. Une chose était certaine, Alexandra aurait totalement détesté Isaac. Son grand-frère faisait partie des gens qui prenaient une énorme satisfaction à laminer les personnes comme Alexandra qui avait un goût prononcé pour les débats tel qu’ils auraient pu lancer s’ils avaient eu le temps, et même l’envie de s’affronter. Or, ce n’était pas ce qu’il voulait. Elle était sa supérieure et il désirait juste poser son avis calmement sans passer par la case "océan en pleine tempête". En revanche, il était d’accord avec ce qu’elle venait de sortir en conclusion. Jalousé au lieu de mauvais. Elle marquait un point et il se mit à sourire légèrement à la jeune femme. Isaac aurait été fâché, lui ne l’était pas.

- Le savoir est-il quelque chose de jalousé ou de tout simplement mauvais ? Vous avez quatre heures., fit Niels amusé avant de la suivre.

La chose suivante avait tout simplement été fascinante et il avait clairement l’impression d’être un petit-enfant retombé dans ses temps les plus ensoleillés. Il était ici en train de découvrir sa future zone de travail avec la jeune femme qui l’avait prit en charge depuis ce matin. Comment se sentait-elle d’ailleurs ? Elle l’avait taquiné à son entrée sur le délai qu’il avait pris pour venir et peut-être qu’au final elle avait prévu d’autres choses vu qu’elle ne l’attendait sans doute plus. Il savait ce que les imprévus faisaient à quelqu’un dans sa journée : du retard. Elle resterait sans doute plus tard que d’ordinaire, car il lui avait mangé des heures précieuses de travail et il se sentit coupable. Sa culpabilité était assez spéciale, car il ressentait une culpabilité double : la vraie envers la jeune femme, mais aussi envers une lui-même vu qu'il se disait aussi que se sentir mal pour un monstre était une situation pas très saine. Comment allait-il pouvoir gérer cela au fur et à mesure s’il se surprenait à l’apprécier ? Pouvaient-ils s’apprécier d’ailleurs ? Ils étaient si différents et pourtant, il sentait bien que cette femme avait des choses à lui apprendre tout comme lui en avait aussi pour elle.. Il ne savait pas encore vraiment quoi exactement, mais il avait cette espèce de feeling qui jusque-là ne l’avait jamais trompé.

Niels n’avait pas fait attention aux potentiels regards des quelques employés présents posés sur un jeune homme découvrant son tout nouveau décor. Il s’était un peu perdu dans sa bulle pour quelques instants, mais son cerveau capta les paroles d’Alex.

- Oui ça me plaît.., avait-il répondu aussitôt d’une voix naturelle moitié rêveuse.

Il avait même l’impression d’être de retour à son premier jour au cabinet médical dans sa ville natale. Là aussi, il avait été émerveillé par tout ce qu’il avait comme chance de découvrir. Ce jour-là, il était arrivé vêtu de son fidèle uniforme bleu foncé qui faisait ressortir la couleur blonde platine de ses cheveux. Les médecins qui pourtant étaient débordés lui avaient fait un accueil vraiment chaleureux qu’il n’oublierait jamais et il ressenti un pincement au cœur en pensant à chacun d’entre eux. Où étaient-ils maintenant ? Avaient-ils eux aussi fuis ? Étaient-ils enterrés ou pire.. devenus des fondus ? Il chassa ce genre de pensées de son esprit et se reconcentra sur la réalité.Oui ça me plaît.. Alors qu'il s’apprêtait à ouvrir la bouche pour sortir un « pourquoi » , elle le devança avec brio - il fallait bien l’avouer, elle était très forte là-dessus - pour conclure qu’il comprendrait bientôt.

- Ah oui je vois, fit-il en hochant la tête. D’accord.

Il avait bien fait en sorte de poser tout ses mots de sa manière calme et non impatiente ni même mécontente de ne pas avoir eu de réponse. Il savait et comprenait parfaitement qu’il le saurait en temps voulu et Alexandra avait bien raison de lui dire cela, alors au final, cela ne l’avait pas dérangé plus que ça. Il remarquait aussi que depuis qu’elle l’avait fait rentré dans la pièce, elle paraissait avoir une petite esquisse qui ne la quittait pas. Était-ce son état de jeune homme fasciné qui la rendait comme ça ? Il en doutait. Il espérait aussi qu’elle ne prenne pas mal ses questions, car cela était loin d’être de la prétention de sa part. Il désirait juste savoir pour mieux faire après et mieux s’intégrer sans se faire remarquer pour être un parfait boulet.

Voyant que la jeune femme s’était approchée d’un tableau qu’elle lui expliquerait sans doute, il la suivit, car il avait deviné la suite grâce aux regards rivés sur eux au moment où Alexandra réclama le silence. Une fraction de seconde après, tout le monde s’était, en effet, non pas arrêté de parler, mais de taper sur leurs claviers. Les tap-tap qui avaient jusque-là baigné la pièce dans une ambiance studieuse avaient magiquement cessé. Alexandra était celle qui avait tiré sur les fils des petites marionnettes face à elle et elles avaient obéit. Il en était impressionné et à la fois surpris sans ne l’être réellement. Surpris, car ils faisaient tout les deux partie des plus jeunes et pas si surpris que ça, car il l’avait déjà vu donner un ordre à une trentenaire avec brio si bien que son autorité le faisait carrément frissonner. Elle possédait ce charme naturel et chaud qui ressortait d’avantage pile à cet instant-là, si bien qu’il sentit son cœur s’emballer. La jeune femme lui faisait de l’effet sans même qu’il ne l’ait demandé. Les gens avaient désormais posé leurs paires d’yeux sur lui dès l’instant où la brunette leur avait révélé son identité afin qu’ils puissent en coller une sur le visage de l’inconnu qu’il était encore. Ils ne semblaient pas méchants vu les bienvenues et l’ambiance assez chaleureuse qu’il était en train de recevoir. Ils n’étaient pas non plus aussi démonstratifs qu'il avait imaginé les américains l’être - c’est-à-dire en se levant pour se mettre debout sur les bureaux et crier « bienvenue » - mais cette manière presque assez british au final, lui allait très bien. Il les salua également d’un bonjour suivi d’un sourire tout à fait adapté à ce genre de situation. Il fallait dire qu’il avait eu de l’entraînement depuis qu’il était petit. « Ne souris pas trop comme si tu sortais d’une fête foraine Niels Nathaniel Welligton, voyons !!! On dirait que tu vas leur sauter dessus pour avoir un câlin ! » ou encore « Souris un peu plus voyons, tu poses trop de barrières et cela ne montre pas quelqu’un d’ouvert et de sympathique » , lui avait tellement répété sa mère quand il était petit. Au final, il avait réussi - longtemps après - par trouver le parfait équilibre, ce qui avait ravi ses parents. Pour une raison qu’il ignorait, Isaac réussissait toujours du premier coup ce genre de politesses enseignées par leur mère. Cela pouvait paraître assez étonnant, car si Isaac semblait plus sauvage vu de l’extérieur, pour ce genre de truc, c’était bel et bien Niels qui sortait du tableau par rapport à son ainé qui rentrait parfaitement à l’intérieur des solides rebords.

La présentation d’Alexandra avait été brève, mais très efficace au vu de l’équipe et il se surprenait vraiment à apprécier ce côté de la brunette. Cette autorité était sublime et il lui allait à la perfection. Il préférait évidemment cette autorité mesurée et élégante plutôt que le ton menant qu’elle avait à un moment donné pris avec lui. Ici, il sentait quand même une douce chaleur car elle n'usait pas non plus de la glace totale pour les tenir. Il espérait qu’elle userait avec lui de ce même secret qu’il avait vu à l’instant présent, juste pour voir l’effet limite excitant que ça lui provoquerait.. Il avait affiché une expression polie et à la fois ravie, et au moment où il sentit le regard de sa supérieure sur lui, elle se rappela alors de quelque chose et interpella la femme qu’il avait déjà vu. Cela lui revenait maintenant très vite et il revoyait aussi le regard de cette dame sur lui qui l’avait détaillé de la tête aux pieds quand il avait été vêtu d’une combinaison WICKED pour leur venir en aide. Alex avait maintenant rejoint la femme, et il resta donc planté en plein milieu de la salle. Il décida de jeter un coup d’oeil sur le fameux tableau ainsi que les grilles qui montraient tout simplement les emplois du temps de chacun. Les horaires en général étaient semblables à celles qu'il avait pu voir sur les emplois du temps de ses supérieurs à Londres. Il lui était tellement difficile d’imaginer la moindre personne qu’il connaissait faire la moindre chose au même moment que lui était en train de faire ci ou ça, pour la bonne raison que l’Europe était soit en train de finir sa nuit ou de tout juste se réveiller. Il avait donc vite arrêté de se faire des petits scénarios dans sa tête. Il aperçu les deux femmes avoir un bref échange et Alexandra semblait lui demander un service. Elle désirait qu’elle lui analyse des données et souhaitait avoir une explication pour il ne savait quoi. Elle revint très vite vers lui, et il ne manqua pas ses traits relaxés, ce qui dévoilait un soulagement discret. Un poids en moins sans doute ou une satisfaction personnelle d’avoir parlé à cette femme avec qui elle pouvait très bien s’entendre, peut-être. Elle le guida alors dans son bureau où ils seraient tranquilles pour pouvoir passer enfin aux choses sérieuses. Le jeune homme se demandait bien comment cela allait se dérouler, car sa formation n’allait pas commencer aujourd’hui à ce qu’il avait pu comprendre tout à l’heure, mais demain.

- D’accord, je t..vous suis, affirma t-il en ayant hésité entre le tutoiement et le vouvoiement face à tout les autres.

Si Alexandra l’avait tutoyé ici, il ne savait vraiment pas ce qui en était pour lui. Se tutoyaient-ils tous entre collègues ? La logique voulait que oui, alors pourquoi avait-il eu ce moment d’hésitation ? Alexandra avait donc en effet son propre bureau, le seul qu’il avait vu jusqu’ici. Il était de taille fortement agréable et ses yeux se dirigeaient machinalement vers les livres qui étaient posés dans des étagères. Il s’installa sur le fauteuil qui était en face d’elle et il pouvait sentir qu’ils allaient vraiment passer à autre chose que des examens, ce qui était tant mieux. Son ordinateur était allumé et il la vit en train de regarder sans doute des nouveaux messages. Après tout, il avait débarqué comme ça et il reconnut bel et bien le ton sur lequel elle avait posé sa question. Lui aussi faisait ça, tout comme les médecins lorsqu’ils devaient absolument vérifier un truc, ce qui était tout à fait normal.

- Ne t’en fais pas, commença t-il pour lui faire comprendre que c'était ok si elle ne parlait pas pendant une minute pour écrire. J'imagines que tu dois avoir beaucoup de choses que tu n’as pas eu le temps de gérer depuis ce matin, je ne voudrais pas que tu prennes trop de retard à cause de moi, mais oui, le laboratoire me plaît, il a l’air très complet, et il est très spacieux, commence t-il d’une voix totalement posée pour que cela permette à la jeune femme de répondre tranquillement à des choses sans doute majeures dans son travail.

Il se sentait beaucoup guidé depuis ce matin, et il avait appris - surtout les derniers mois - à Londres à être plus autonome. Là, il semblait repartir assez à zéro - ce qui était normal dans un environnement nouveau - mais, il était surtout très impatient de faire des choses sans avoir l’étiquette du petit nouveau à qui on devait tout expliquer. Cela devait être tellement lourd et fatiguant pour les personnes si bien qu’il arrivait à compatir sans difficulté. Lui n’avait encore jamais formé personne, mais peut-être qu’un jour, lui aussi se retrouverait dans ce genre de situation. Il se demandait aussi comment sa formation allait se passer. Apparemment, les gens qu’il avait vu s’en occuperait tour à tour pour lui montrer les différentes tâches, mais où serait donc Alexandra dans tout ça ? C’était elle qui était censée le contrôler pour voir s’il y arrivait bien. Mais la réponse était logique et les collègues lui feraient sans doute des rapports qui lui seraient bien utiles et il se réjouissait déjà d’avoir la chance d’apprendre avec plein de points de vues différents.

- J’ai hâte de commencer à découvrir les tâches avec chacun d’entre vous. Ce que j’ai le plus apprécié en Angleterre, c’était de pouvoir apprendre avec cinq personnes différentes. La diversité a été tellement riche et je ne doute pas que ce soit pareil ici vu toutes les tâches qu’il y a rien.

Elle avait l’air de l’être encore plus ici, ce qui était un réel atout. Certains étaient occupés sur différentes choses entre rentrer des données, analyser toutes sortes de choses et probablement la pratique sur des gens.

- Par contre, quand et où dois-je te vouvoyer ?, demanda le jeune homme afin que les bases soient claires et pas embrassantes comme son hésitation de tout à l’heure.

Pour les explications qui allaient suivre, il n’était pas voyant, mais il était persuadé qu’elle allait brièvement lui expliquer les tâches que les autres lui monteraient dès demain avant de sans doute passer à son planning et de dernières règles et petites choses du quotidien tel que sondage dont elle lui avait parlé. Il n'avait plus qu'à attendre pour ensuite lui poser les questions qu'il avait pour les sujets différents.

 
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MessageMar 15 Mai - 1:29

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Son petit bégaiement avait un petit truc émoustillant, sans que je ne sache vraiment le définir. Plus que dans son accent, c'était dans son timbre, dans son intonation, dans cette façon qu'il avait de ne jamais paraître sûr de lui et de se laisser gagner par le doute au dernier moment. A vrai dire, je me surpris à songer en l'entendant de la sorte que je ne pourrais pas me lasser de sa voix qui tressautait lorsqu'elle hésitait de la sorte. Quelque chose de charmant, c'était le meilleur adjectif que je pouvais trouver pour poser des mots sur ce qui le rendait si imparfaitement humain. Lors des présentations, il avait gardé sa réserve naturelle et j'aimais à croire que c'est elle qui lu permettrait de bien s'intégrer ici. Quelques employés avaient sympathisé, mais tous gardaient une certaine discrétion au travail et même si nous nous tutoyions tous au sein de cette équipe, les limites professionnelles étaient loin d'être poreuses pour moi. Un poisson dans un aquarium. J'étais ce petit poisson clown, dans ce vieux dessin animé démodé, celui qui se retrouvait piégé avec d'autres potes poiscailles tout en rêvant d'océan. Sauf que moi, je ne deviendrai pas pote avec eux, pas de la même façon. Je me servirai d'eux, de leurs connaissances, de tout ce qu'ils auraient à apporter à mon stratagème, puis je les laisserai tourner en rond et se complaire dans l'idée d'un monde dont ils seraient les sauveurs tandis que je prendrai le large pour rejoindre l'océan. Ok, cette conclusion était carrément un plan sur la comète à l'heure actuelle : n'empêche qu'elle avait de la classe et que c'est exactement le genre de révérence que je voulais tirer. Ou alors, ce serait une mort en grande pompe : une balle entre les deux yeux pour avoir vu mon manège être mis au grand jour, mais même ça je pouvais l'accepter du moment qu'elle m'enverrait dans l'au-delà devant une foule de petites scientifiques trouillards que ça ferait bien cogiter. Enfin... Tout cela s'était une autre histoire.

La porte de mon bureau close, je jetai des regards furtifs entre Niels et mon écran. J'avais toujours été douée pour assurer dans les double-tâches. Ma mère me disait souvent que j'étais comme un ordinateur à la mémoire vive un peu trop développée ! Elle n'avait pas tort, on ne m'arrêtait jamais. Cela rejoignait le fameux diagnostic de ce spécialiste qu'on avait vu quand j'étais gamine et qui avait causé de "pensées en arborescence" pour expliquer à ma mère sidérée que mon cerveau avait beau avoir des bugs qui me plongeaient dans de jolies crises d'épilepsie, il se défendait par ailleurs en faisant preuve d'une activité intellectuelle tout à fait étonnante ! Quant aux terminologies désignant cette particularité, elles avaient l'air d'être aussi nombreuses qu'il y avait eu de médecins : surdouée, haut potentiel, zèbre,... Puisque je ne me considérais pas comme un animal à rayures - j'avais d'ailleurs toujours haï les pulls de ce genre, il n'y avait pas pire pour vous épaissir ! -, je préférai me voir simplement comme une fillette qui cogitait plus vite et efficacement que la moyenne. Ce crime me valut de sauter deux classes : à croire que cela n'avait pas suffi d'être la gosse flippante qui pouvait se retrouver à convulser sur le sol pendant sa primaire, avant de devenir juste celle qui pouvait trembler telle une mamie atteinte de Parkinson ou se casser la figure dans les gradins après un match parce qu'elle était soudainement devenue plus aveugle qu'un chien diabétique lorsque l'ère du collège puis du lycée avait vu son formidable avènement. Vous sentez l'ironie, n'est-ce pas ? Et vous avez raison car, grâce à ce splendide diagnostic, en plus de tout cela, il fallait que je sois constamment la petite jeunette au milieu des vautours qui avaient curieusement une grande gueule dès lors qu'il y avait plus petit que cela à croquer. Malheureusement, si on dit que tout ce qui est petit est mignon, rien ne dit que ce qui est petit ne mord pas...

Ma question subsidiaire avait résonné avec un tact fin. Néanmoins, comme je l'avais déjà noté à plusieurs reprises, je n'étais pas la seule de nous deux à ne pas être une idiote. Je dus cependant admettre que je ne pus m'empêcher de lever un sourcil quand il commença sa phrase par "ne t'en fais pas". Cette sensation d'être démasquée avait tendance à me procurer des sueurs froides, même si elles redescendirent le long de mon échine aussi vite qu'elles avaient glacé mon crâne. Un petit sourire doux sur les lèvres s'afficha dès que j'eus compris son propos, avec une certaine reconnaissance pour sa compréhension, j'appuyai sur l'écran d'un doigt léger pour enclencher le mode réponse.

- Ce n'est pas ta faute, avoir l'esprit entre deux aspects bien distincts reste un défi dans lequel il peut y avoir quelques imprévus, dis-je distraite alors que je pianotai déjà une réponse sur le clavier, tout en lui jetant des coups d’œil souriants.Comme toi.

Il ne pouvait pas le savoir mais cette affirmation sonnait à mes oreilles avec un curieux sous-entendu que je n'aurais su expliquer. Pourtant, il était désormais évident que ce mec était un imprévu qui allait me donner du fil à retordre d'une façon ou d'une autre. Me restait seulement à déterminer laquelle... De toute manière, Niels était à présent un membre à part entière de l'équipe - avec des œillères qu'on lui retirerait au fur et à mesure mais ce n'était pas pressé, il fallait d'abord dresser le fauve, même s'il tenait plus du chaton que du lion ou des léopards trônant fièrement sur les armoiries anglaises - et j'aurais donc tout le loisir de déterminer comment je désirais le considérer plus tard. Demeurer sur les généralités pendant que je poursuivais la rédaction de ma missive me paraissait être une bonne idée.

- Il l'est, confirmai-je alors que je poursuivais mon pianotement. Nous avons à disposition le meilleur matériel du pays, rien n'est inaccessible du moment que ça nous permet d'avancer sur un remède.

Endoctrinement parfait ? Check ! Tout comme ce message que je venais d'envoyer en précisant que suite à un recrutement imprévu que j'avais dû gérer, les premières données étaient tout juste en cours d'analyse et que je le tiendrai informer dès que j'en saurais davantage. En vérité, je doutais que les autres puissent réellement nous apporter des informations complémentaires : ils n'avaient pas été présents pour connaître les circonstances exactes dans lesquelles ces signaux vitaux avaient été relevés. Les vidéos de la scène étaient nombreuses, certes, mais pouvait-on vraiment quantifier des réactions à travers des images ? Moi-même, je ne voyais et ne connaissais la plupart de ces jeunes qu'à travers les écrans que nous contemplions dans le sous-sol. Toutefois, la terreur sourde qui m'emplissait à chaque fois que la faucheuse s'approchait trop près de l'un d'entre eux, prête à déployer sa faux pour lui trancher le crâne, le rictus de la Hélène la QUEEN de cœur ne revenait en mémoire : "qu'on lui coupe la tête". Parfois, le blocard avait une bonne foulée. Parfois, non. Dans tous les cas, vivre cet instant même à travers des caméras avait une profondeur que des enregistrements en différé ne pouvaient pas revêtir. Mary aurait beau les regarder, comparer les données relevées à ce que ce coureur avait pu ressentir face à une de nos créations, jamais elle ne pourrait déterminer exactement ce qui avait provoqué ces changements. Pas sans examen plus poussé, pas sans que nous puissions faire de vrais prélèvements. Pas sans que nous utilisions un véritable protocole scientifique ! Au lieu de cela, nous nous cantonnions à une épreuve totalement arbitraire et cruelle dont j'avais encore du mal à réaliser le sens : le comprendre, cela je ne le pourrais jamais.

Intentions louables. Méthodes mauvaises. Ainsi pouvait se résumer l'angle d'attaque du WICKED.  

- On n'est pas très nombreux dans l'équipe, neuf avec toi maintenant, calculai-je à la hâte sans quitter mon ton agréable et détaché. Et tu auras toute l'occasion d'apprendre de chacun de nous. Il y aura le domaine médical dans lequel tu as d'excellentes bases, mais aussi la physiologie, la biochimie ou les neurosciences. Tous les membres de l'équipe ont une formation initiale bien différente, c'est ce qui nous permet d'envisager le problème sous tous les angles et de formuler des hypothèses pour le résoudre.

Une dernière relecture à la hâte, un doigt qui appuie sur l'envoi. Emballé, c'est pesé ! Le message venait de descendre dans l'antre du Mal, j'adorais ce surnom tout particulier que j'avais attribué secrètement à la salle de ordinateurs.

Parfait, j'allai donc pouvoir me consacrer pleinement à expliquer à quel point "WICKED est bon" en lui vantant tous les mérites de la carrière hautement possiblement courte qu'il avait choisi d'embrasser : du moins, si le remède restait un eldorado inatteignable ! Le sarcasme faisait tellement mieux passer les choses quand je le formulais intérieurement pour me donner du courage que je me promis de le faire plus souvent.

- Tous les sept se chargeront de t'apprendre les manipulations classiques et les protocoles, continuai-je avant de réaliser qu'il avait déjà dû saisir que je ne m'y incluais pas. J'assurerai aussi ta formation mais dans un angle plus pratique et évaluatif, notamment sur le terrain ou pour le traitement de certains résultats sensibles. Comme tu as dû le comprendre, je ne suis pas toujours présente au laboratoire, je travaille également dans une unité plus spécialisée et l'équipe que tu as rejointe nous aide à analyser les données mais aussi à examiner les sujets immunes. Leur immunologie est sans pareille et elle pourrait bien être la clef... dis-je, un peu plus pensive sur la fin en m'interrogeant sur la nécessité de lui dissimuler un pan moins ragoûtant de notre travail. Et puis merde, je n'étais pas sa mère, autant la jouer franc-jeu : On peut également être amenés à examiner des fondus pour comprendre l'évolution du virus après infection... C'est de cela que je voulais parler en évoquant la nécessité des vitres : mieux vaut ne pas être totalement isolé même si l'infecté sait encore se contrôler. Il s'agit de verre de haute sécurité, incassable, et le protocole est très strict pour les mesures de sécurité nous concernant pour éviter une contamination. La salle elle-même peut se stériliser seule en quelques heures hermétiquement close. Le risque zéro n'existe pas, mais il est faible. Je préfère être honnête.

Pas sûre que la plupart des supérieurs sortait cela à leur recrue après seulement quelques heures passées dans le bâtiment. A mon sens, il en relevait d'une honnêteté et d'une confiance mutuelle. C'est d'ailleurs peut-être cela qui le conduit à m'interroger sur le vouvoiement !

- Oh ! Ça... fis-je tant cela m'était égal, avant de me rappeler que mettre un coup de pied dans la fourmilière des convenances n'était pas une bonne idée pour rester dans le rang. Je souris en braquant mon regard qui oscillait entre un je-m'en-foutisme clinquant et un sérieux déstabilisant : Soyons clairs, dans l'équipe tout le monde se tutoie. Tu pourras demander aux autres s'ils sont ok mais pour ma part, je ne suis pas stupide au point de croire qu'un simple mot puisse définir si tu as pour moi du respect ou non. Tu peux me tutoyer quel que soit l'endroit, sauf devant un de nos supérieurs et pour l'instant tu n'es pas prêt d'en croiser un donc pas de stress inutile.

L'espoir de l'avoir un peu décoincé était sans doute vain, Niels était bien trop le genre de types dont les réflexions ne cessaient jamais et tournaient en boucle jusqu'à recevoir une réponse un tant soit peu satisfaite. Au moins, il savait à quoi s'en tenir : il ne finirait pas sous le joug de la Hélène la QUEEN de cœur, livré par un quelconque chat du Cheshire parce qu'il avait oublié le protocole et siroté son thé british avec trop d'entrain à la place de saluer dignement sa chef au cœur fané.





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MessageMar 15 Mai - 16:30

Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Son hésitation avait été incompréhensible, mais peut-être que la situation un peu plus formelle l’avait poussé à agir de la sorte sans même qu’il ne s’en rende compte. Oui, c’était sans doute ça et Alexandra ne semblait pas plus troublée que ça, ce qui était tant mieux. Ils étaient donc maintenant tout les deux dans ce bureau, avec une Alexandra occupée à rattraper quelques petits détails. Il avait voulu la rassurer de prime abord, histoire qu’elle n’échoue pas à faire deux choses en même temps lorsque de se concentrer sur la première simplement prendrait moins de temps. Mais s’il y avait une chose qu’il avait oubliée, c’était que les femmes étaient multi-tâches. Elles avaient ce genre de pouvoir de faire plusieurs actions à la fois sans ne jamais peiner à tout réaliser, truc incroyable pour la gente masculine dont il faisait partie. Cependant, lui sortait un peu de la norme pour la simple et bonne raison que dans son domaine à lui, il était à la fois capable de parler et de soigner en même temps. Si d’autres préféraient se taire pour se concentrer, lui se concentrait justement en parlant à la personne en face de lui. Bien évidemment, il pouvait y arriver sans ouvrir la bouche, sinon quel drôle de médecin serait-il !

Si Alexandra parlait d’imprévu comme si de rien n’était, il avait de suite compris qu’elle parlait de lui et son « comme toi » le fit sourire, car c’était le bout de phrase qu’il attendait.

- C’est vrai, fit-il avec le genre de même sourire.

Un imprévu sans doute unique en son genre. Cela ne devait pas être tous les jours qu’un petit Anglais immune passait par les portes du WICKED pour se faire recruter, mais ça, il allait bien faire en sorte de passer sous silence ce détail qui pouvait lui être mortel à la seconde où elle l’apprendrait. Elle changerait encore de personnalité pour mettre le masque de la suprême méchante qui ne ferait de lui qu’une seule bouchée et il devait avouer que rien que l’imaginer suffisait à le faire bien flipper. Alexandra pouvait être maligne pour l’aider à contourner la règle avec les armes, mais elle pouvait s’avérer aussi redoutable qu’un lion chassant une gazelle dans la savane. D’ailleurs, il se disait bien que lorsqu’elle l’emmènerait dehors dans l’espoir de retrouver la maison de l’homme qui était en fait une femme, elle serait en mode chasseuse de première classe. Il avait l’espoir qu’elle oublierait tout, mais il n’en était pas très convaincu.. Elle s’en tiendrait à ce qu’elle avait dit et il était aussi certain que comme lui, elle avait une bonne mémoire qui lui faisait rarement faux bond. Le métier l’obligeait en quelque sorte !

Elle confirmait son impression sur le laboratoire bien équipé. Le meilleur du pays même. Elle savait parfaitement choisir ses mots pour l’endoctriner, mais il resterait sur sa position. Ils avaient beau avoir le meilleur et le plus brillant des matériels, mais ce qu’ils n’avaient pas de plus brillant, mais de bien sombre était leur âme. Et encore fallait-il qu’ils en aient encore une après tout ce qu’ils faisaient subir aux sujets dans ces maudits labyrinthes dont il ne savait encore rien ! Pas une seule fois Alexandra ou Matthew y avait fait mention, comme si la chose n’existait pas et qu’on lui avait menti. Or, il se doutait que ce projet-là pouvait être secret. Comment garder des gens aux bons petits ordres du WCKED si tout le monde savait ce qu’ils faisaient en vérité ? Il y en aurait au moins un qui ne serait pas d’accord, non ?! Alors la meilleure solution était de confier ce genre de choses aux plus endoctrinés.. Il avait beau apprécier la modernité des lieux, mais ce n’était pas avec ça que le WICKED allait se racheter à ses yeux. Les biens ne valaient pas la vie de son grand frère, mais pour sa survie personnelle, il se disait que jouer la comédie ne serait franchement pas.. de trop.

- C’est fantastique. Impressionnant même, sortit-il posément histoire de ne pas faire le gamin qui s’exclamait à fond.

Il n’avait plus douze ans après tout. Le jeune homme n’avait pas compté le nombre de personnes présentes dans la pièce d’à côté, mais elle lui apprit qu’ils étaient donc au nombre de neuf avec lui inclus. Un petit comité était parfait pour bien communiquer plutôt que d’être trente et à braver terres et mers pour apporter un message à un autre. Il passerait donc par de nouvelles cases telles que la physiologie en particulier qu’il ne connaissait pas tellement. Les neurosciences allaient être plus simples étant donné qu’il avait travaillé avec un neurologue. Concernant la biochimie, il avait eu des cours au lycée là-dessus, et avait hâte de découvrir si la pratique américaine était la même que chez lui. Il avait des bases dans à peu près tout ce qu’elle lui avait dit, mais des bases ne suffisaient vraiment pas et l’approfondissement allait en effet lui être très utile. Pendant quelques secondes, la jeune femme se tut et il devina par le mouvement de ses yeux, qu’elle était en train de relire son message. Elle confirma par la suite son rôle qui serait différent des autres. Elle ne serait pas en train de le former à proprement parler, car elle travaillait aussi ailleurs. Elle serait plutôt celle qui recevrait des nouvelles de comment son avancée se déroulait et qui noterait le tout. En gros, elle était le dernier juge. En revanche, si elle avait très vite fait allusion à son second travail qui concernait plus en particulier les immunes, une petite sonnerie d’alerte se déclencha dans sa tête. Elle faisait « bip bip bip » aux mots « unité spéciale » et « examiner les sujets immunes ». Oui, il avait bien entendu « les sujets » et non « les patients » comme il tenait si bien le dire. Qu’est ce que cette unité spéciale cachait au juste ? Étaient-ce les fameuses personnes qui contrôlaient les horreurs monstrueuses des labyrinthes ? D’après ce que le QG avait récolté, ces personnes formaient une sorte d’élite qui s’amusait à manipuler les adolescents avec joie grâce à des machines de monstres ou un truc du genre. Le tout était flou et il était justement là pour fournir un peu plus d’information, alors la perche était tout simplement sublime. En revanche, si l’unité était aussi secrète que ça, il n’était pas certain qu’elle lui en dise plus, mais il était nouveau alors tenter le coup de «l’innocence » ou du « pardon je ne savais pas » était maintenant ou jamais ! Il allait attendre qu’elle finisse ses explications histoire de ne pas être le chasseur sautant directement sur sa proie. Du naturel.. pas du surjoué.

Voilà qu’elle lui expliquait maintenant un peu plus à quoi servait les fameuses vitres en verre. Du danger. Des fondus. De la contamination. Voilà les mots qu’il retenait et elle n’avait franchement pas besoin d’en dire plus pour qu’il imagine à la perfection. Le disait-elle à tous les nouveaux qu’ils risquaient leurs vies en pénétrant là-dedans ? Ce n’était pas une très bonne méthode pour les encourager, en tous les cas, mais comme lui était immune, il ne ressentait pas cette peur, mais ça.. personne ne devait le savoir.

- Je vais pouvoir me diversifier alors, c'est une bonne nouvelle, affirma t-il avant de laisser un petit silence avant de rependre. Et je vois. Il faut redoubler de prudence. Mais de toute évidence nous vivons dans un monde où le risque zéro à disparu depuis bien longtemps, affirma t-il en repensant à des fondus auxquels il avait été confronté.

Le risque d’en rencontrer avait toujours été élevé. Enfin, il avait eu une réponse sur le vouvoiement qui lui paraissait maintenant tellement dérisoire face à ce qu’il venait d’entendre sur le fameux travail de la brunette.

- D’accord, je vois, aucun souci, conclut-il en ayant compris qu’il n’avait pas à s’en faire.

Matthew Davenport devait être un supérieur, très probablement même vu qu’il avait eu le total contrôle de l’entretien. Il se demandait si c’était lui qui validerait le rapport d’Alexandra sur lui.

- Il y a une unité spéciale ici ? Comment arrives-tu à faire les deux jobs qui m’ont l’air assez .. différents ?, commença t-il alors en ayant très envie de ne pas laisser s’échapper ce sujet bien trop mystérieux.

« Comment s’appelle-t-elle ? » brûlait-il d’envie de sortir avant de se rendre compte que la question sonnait bien trop précise.

- C’est quoi exactement cette unité spéciale ?


Le Bras Droit l’avait bien mis en garde là-dessus. Le WICKED tenait cette unité très secrète et confidentielle alors entrer dans le sujet avec un petit nouveau relevait du suicide. Mais que vouliez-vous ? Le petit était jeune, innocent, naïf, mais surtout un adepte du « Qui ne tentes rien n’a rien. »

- Tout le monde peut y être ?, tenta-t-il avant de dire à son cerveau de vraiment se la fermer et que s’il parvenait à avoir des petites informations, ce serait sans doute un miracle.

Il se disait qu’il aurait du mieux regarder les horaires d’Alexandra sur l’emploi du temps, mais il s’était concentré sur la généralité vu qu'il avait hâte de voir à quoi ressemblerai son planning. Il n'avait plus qu'à croiser les doigts pour que la jeune femme ne trouve pas ses questions étranges.

 
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MessageLun 21 Mai - 4:06

The game of secrets has just begun, you better watch your backs.ft. Niels Welligton

Les apparences étaient souvent trompeuses. J’avais parfois l’impression de suivre une partition si précise et millimétrée qu’elle en revêtait une espèce de beauté aveuglante. C’était comme ces danseuses qui avaient tant souffert pendant des années pour atteindre leurs rêves, la seule différence était que pour moi ça avait été un cauchemar qui avait conclu l’ascension. J’avais fini par monter sur scène, en bon petit rat finissant par côtoyer les étoiles. Mon ciel n’était pourtant qu’orage et c’est sur des braises ardentes que mes pointes dansaient en Enfer. Entre cerbères et furies, ma marge de manœuvre était si faible. Si insignifiante.

Malgré cette sensation d’une infinie faiblesse, je me retrouvai là postée en supérieure de papier. Un origami imparfait qu’on avait plié jusqu’à ce qu’il prenne une forme convenable. Tout n’était que mensonge, mais il y avait quelque chose de rassurant à rester enfermée dans ces pliages géométriques dont rien ne dépassait. Niels aussi optait visiblement pour cette option si on y regardait de plus près. Ces paroles avaient toutes cette banalité, cette ressemblance avec une simple constatation du sort qui cadrait parfaitement avec le décor de ce bureau artificiel. Il savait se fondre dans la masse, faire ce qu’on attendait de lui, le dire aussi. C’était un bon petit soldat, du moins en apparence. Toutefois, qu’en était-il si on commençait à gratter sous la surface ?

- Tu en es la preuve vivante avec tes blessures de guerre, blaguai-je à demi-mot dans un léger sourire.

Cela viendrait plus tard. Bientôt, je commencerai à dépolir le vernis si brillant qu’il nous montrait et j’essaierai de regarder si le Niels brut était le même que celui qu’il présentait ici. Les craquements avaient été visibles dans cette carapace qui paraissait l’envelopper, à plusieurs reprises, mais ils s’étaient si vite estompés ou avaient disparu sous le coup d’une réaction à vif peut-être justement destinée à ce qu’on ne fouille guère plus. Il acceptait ce que je lui disais avec tant de facilité par moment alors qu’il se rebellait tantôt pour bien moins que cela… Je me faisais des idées.

Niels savait toujours me surprendre, ou finalement pas tant que cela quand il s’engagea sur la pente glissante de la curiosité débordante. Il m’avait déjà prouvé à plusieurs reprises que les connaissances étaient ce qu’il avait de plus cher, ce que j’avais fini par interpréter comme une manière de maitriser son environnement. Les questions s’enchaînaient, je les laissai flotter dans l’air les unes après les autres avec cet amusement particulier à le voir toujours en demander plus. Il y avait quelque chose de grisant à voir qu’il manquait à ce point d’un filtre, qu’une espèce de spontanéité le poussait à toujours vouloir en savoir davantage comme si cela allait pouvoir lui apporter une réponse. Une réponse sur quoi au juste ? Une réponse sur comment s’intégrer ? Une réponse sur ce qu’on faisait dans ces laboratoires remplis de scientifiques tous plus qualifiés les uns que les autres ?

- Qu’est-ce qui te fait dire qu’ils sont si différents ? demandai-je avec un peu de malice. Au final, nous œuvrons tous dans le même but, trouver un remède.

Lui prouver qu’il avait eu raison de franchir les portes de l’entreprise, qu’il pouvait avoir confiance en nous, voilà en quoi consistait la première étape. Le rassurer, lui donner un peu de ce qu’il voulait pour qu’il se sente suffisamment à l’aise pour débuter son travail parmi nous. Le reste suivrait sans doute tout seul, même s’il apprendrait au fur et à mesure les méthodes qui étaient employées. Ne jamais oublier que WICKED est bon, que ce que nous faisons tous dans cette forteresse de dizaines d’étages est le plus grand projet visant à sauver l’humanité. Une humanité que j’avais parfois envie d’envoyer brûler dans l’âtre cuisant de l’Enfer. J’étais bête. Nous y étions déjà.

- Pour te répondre, on s’occupe des aspects plus techniques… Plus douée avec les machines et l’informatique qu’avec les humains, tu te souviens ? lui dis-je simplement avec un petit sourire au bout des lèvres tout en reprenant la formule que j’avais déjà précédemment utilisée pour lui donner juste de quoi se mettre sous la dent sans en dire trop pour le moment. C’est d’ailleurs pour cette raison que je vais pouvoir éditer ton badge !

J’ignorai sa dernière interrogation. Pas tant parce que je ne voulais pas y répondre, plutôt parce que je m’étais moi-même très souvent posé la question. Qu’est-ce qui avait bien pu expliquer que Roman ait fini dans le labyrinthe et moi derrière les écrans à manier la machinerie… J’avais longtemps pensé que j’étais une immune, comme lui. Après tout, il y avait une part de génétique dans l’histoire, sans compter la griffure profonde de ce fondu qui ne m’avait rien filé si ce n’est une douleur cuisante et plusieurs jours complètement dans le brouillard. ¬¬¬Néanmoins, tous les immunes que j’avais croisés avaient fini là-bas et moi j’étais ici. Quelle autre conclusion en tirer si ce n’est que j’étais une nana banale dans un monde à la dérive qui finirait par m’engloutir toute entière.

D’un mouvement ample je m’étais redressée pour aller chercher dans un des casiers un badge vierge. Neuf, il affichait encore l’aspect blanchâtre presque immaculé des premières fois. Le mien avait aussi eu cet aspect si respectable un jour, il y a très longtemps alors que je me promettais encore qu’il ne servirait pas plus de quelques semaines. Aujourd’hui, il présentait des rayures horizontales bien ancrées dans le plastique à force d’être passé jour après jour dans les lecteurs de chaque foutue porte que je franchissais dans ce putain de bâtiment. Des portes, il y en avait des centaines et je pouvais toutes les franchir sans le moindre mal : j’étais pourtant arrivée trop tard pour ouvrir celle qui aurait sauvé mon frère.

Le son sec du casier se refermant avait été plus claquant que je ne l’avais voulu, mais je ne le fis pas remarquer. Je repris ma place au bureau en entrant la carte dans le lecteur qui pouvait également programmer la bande magnétique et la puce qui y étaient logées. Mes doigts pianotaient rapidement sur le clavier jusqu’à accéder au dossier du nouveau venu. Matthew devait avoir bien moins de pain sur la planche que moi car toutes les informations principales étaient d’ores et déjà inscrites : il devait les y avoir notées directement après l’entretien si on se fiait au dernier time code de modification. Une catégorie non négligeable apparaissait toutefois en rouge, signalant des champs manquants que nous devions absolument remplir si on voulait poursuivre l’édition de son dossier et la création du badge.

- Davenport a déjà rentré toutes les informations de l’entretien dans ton dossier mais il nous manque l’adresse à laquelle tu résides actuellement pour pouvoir le valider entièrement,   lui expliquai-je. Bref, tu peux me la donner ? Comme ça je complète et je termine l’administratif.

Demande totalement innocente, faite sans même quitter mon écran des yeux. Quelques secondes qui s’écoulèrent suffirent à me faire quitter la lumière bleue pour le gris de ses yeux, réalisant soudainement qu’il n’avait jamais évoqué l’endroit où il s’était établi après sa courte convalescence. C’est ainsi que je me retrouvai là, la tête légèrement penchée sur le côté en attendant sa réponse, scrutant son visage avec patience tandis que la lueur artificielle de l’écran faisait ressortir mes pommettes souriantes.

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MessageMer 23 Mai - 11:05

Niels
&
Alexandra
The game of secrets has just begun, you better watch your backs.
Un imprévu lui-même. Voilà ce qu’il était aussi selon Alexandra et cela lui fit lâcher un petit rire. Il avait eu tellement de blessures en si peu de temps que ça pouvait sonner totalement absurde ou maladroit. Quand la brunette blaguait, il ne savait jamais si elle le faisait sincèrement ou pas. Elle avait toujours ce petit sourire mystérieux dont il avait encore du mal à saisir. Il se sentait en tous les cas observé, voir même détaillé, ce qui était tout à fait normal. Elle désirait sans doute comprendre comment lui, Niels Welligton fonctionnait. Il se protégeait des gens comme elle, il était en territoire ennemi après tout, et ça, les décors le lui rappelaient à chaque seconde. Il était hors de question de tomber dans un panneau afin d’être la première pièce de l’échiquier qui se ferait manger par l’autre. Alexandra était l’équipe noire, celle qui représentait le mystère et la crainte, tandis que lui jouait parmi les pions blancs, couleur de l’innocence, mais aussi de la vengeance secrète. Il n’y avait pas de vrai bien et de mal, tout le monde avait quelque chose à cacher au final. Chacun possédait ses démons, d'une manière ou d’une autre et il était certain qu’Alexandra en possédait beaucoup. Il fallait juste qu’il les devine afin de savoir où il pourrait appuyer si jamais l’occasion se présentait pour pouvoir lui-même obtenir quelque chose en retour.

La suite de la conversation l’avait fait frémir de la tête aux pieds. Il avait comme l’impression d’avoir frôlé de ses longs doigts fins la pièce du bon puzzle en entendant le mot « spécial ». Mais avait-il raison où s’était-il tout simplement emballé par la chose ? Son frère avait-il eu à faire à cette « unité spéciale » ? Étaient-ce eux qui étaient venus les trouver et qui n’avaient pris qu’un jeune homme à la place de deux ? Il se revoyait sous les lattes de ce vieux plancher qui aurait pu s’écrouler et le révéler au grand jour à toute cette équipe de monstres. Il avait eu l’impression de retourner dans un vieux film du passé et il était certain que ce passage sous les lattes en avait accueilli plus d’un pour diverses raisons.. des guerres.. des persécutions.. des trahisons.. et puis cette invasion du WICKED. Ce plancher avait beaucoup d’histoire, il en était certain. Il avait senti cette espèce de lourdeur qui lui disait de ne pas rester trop longtemps s’il ne voulait pas étouffer dans cet endroit. Peut-être s’était-il fait des idées et que le stress mêlé à l’angoisse ainsi qu'à l’horreur avait suffit à lui faire ressentir tout ça. Il était encore capable de se souvenir du bruit des pas bruyants sur le sol et la poussière qui s’échappait du bois. Il avait mis sa main devant son visage afin d’échapper le mieux possible à la poussière qui avait failli lui déclencher une crise d’asthme. Mais alors, qu’est ce qui rendait donc cette unité si différente à part que c’étaient probablement eux les plus monstrueux des monstres ?

Rien. Voilà ce que la jeune femme lui avançait d’une certaine manière sans vraiment lui dire le mot, chose qui suffisait à le troubler et à déclencher les alarmes dans sa tête. Le BIP BIP BIP bruyant l’avertissait et lui commandait de redoubler de prudence. Ils œuvraient tous pour la même chose, ce fameux remède qui n’existerait jamais vu que ce n’était qu’un espoir aussi vain que celui de pouvoir décrocher la lune. La malice dans sa voix montrait qu’elle était amusée par la question. Mais ce ton-là pouvait aussi cacher autre chose. Lui aussi faisait son petit malin lorsqu’il ne voulait pas révéler un truc. C’était bien plus intelligent que de se crisper. Il ne s’attendait alors qu’à recevoir ça comme explications, chose que son esprit n’aurait pas accepté, et la jeune femme semblait l’avoir deviné. Elle enchaîna donc et le blond sentit son cœur se ralentir au fur et à mesure. Il parvenait mieux à tenir en place et à contrôler sa langue qui menaçait de la couper d’une seconde à l’autre pour encore plus d’interrogations. Un vrai petit gamin impatient pour le coup ! Pourquoi ce sujet-là le rendait aussi.. nerveux ? Il y avait quelque chose d’étrange, comme s’il était devenu un animal de compagnie capable de sentir autre chose au loin..

Des aspects plus techniques.. des gens pas doués avec les humains.. Cela pouvait-il se relier aux brutes qui venaient les chercher pour les emmener ici de force ? Pourquoi ne pas envoyer des personnes justement capable de convaincre, voir même de persuader afin que le tout se passe en douceur ? Des gens justement pas « doués avec les humains » pouvaient-ils être ceux qui se cachaient sous ces casques de combinaisons ? Alexandra en faisait-elle donc partie ?! Avait-elle déjà arraché des enfants à leur parent sans même essayer de les comprendre ? Il était maintenant en train de sentir son cœur se serrer violemment, imaginant alors des cris, des pleurs et des supplications. L’horreur incarnée. Il s’était perdu pendant quelques secondes et ce ne fut que lorsqu’elle lui parla de badge qu’il remonta à la surface où un vent bien trop glacial régnait. La dernière question avait sauté, la jeune femme n’y avait pas répondu. Était-ce volontaire ou non ? Devait-il la reposer comme à chaque fois qu’on ne prenait pas la peine de lui répondre ?

- Je vois. Des informaticiens alors un peu. Vous allez aussi sur le terrain ?
, demanda t-il afin de dessiner un schéma plus clair sur cette unité.

Aller sur le terrain, oui, sans doute, mais ce qui l’intéressait vraiment était le pour quoi exactement.

- Vous y faites quoi ? Vous analysez les personnes comme j’ai eu la chance de le faire l’autre jour ?


« Avoir eu la chance ». Il se félicitait lui-même d’avoir réussi à le placer en douceur. Ni vu ni connu, simple, mais efficace !

- Et ceux qui s’y connaissent bien en informatique comme toi, peuvent-ils entrer dans cette unité ?
, ne put s’empêcher Niels de reposer la question sous une autre formulation.

Lui aussi s’y connaissait en informatique, il avait pris cette option développée au lycée et il en était ravi. Après, il se pouvait que le système du WICKED soit encore bien plus évolué, mais lorsqu’une personne possédait les bases des codes en tout genre, il estimait qu’elle pouvait aisément s’en sortir. Néanmoins, même s’il savait le faire, ce n’était pas vraiment sa « passion » à proprement parler ! Il préférait passer du temps avec ses patients, ou face à un microscope, plutôt que d’avoir les yeux rivés sur l’écran. Sentir cette lourdeur dans son cou ou encore ses yeux le picoter à cause de la trop forte luminosité n’était guère pour lui. Il était même surpris que la brunette ne possède pas de lunettes.

Alexandra se levait afin d’aller chercher un badge qui allait être imprimé à son nom. Il rêvait d’avoir cette petite chose d’affichée sur la blouse blanche qu’il aurait aussi probablement très vite. Ce badge allait signifier qu’il était officiellement redevenu médecin apprenti et il en frétillait d’avance. Un badge sale, fait par un des leurs, mais tout de même un badge qui signifiait qu’il avait la chance de redevenir le Niels qui aidait et soignait les gens. Passer par le mal pour faire le bien, voilà comment le blondinet innocent percevait la chose en cet instant. Au son du casier qui se referma un peu trop brusquement, le corps du blond sursauta. Il avait été tiré de toutes ses pensées utopiques par le bruit de la sèche réalité. Elle inséra le badge tout neuf et se concentra de nouveau sur son écran afin d’accéder à son dossier. L’avait-elle tout lu d’ailleurs ? Elle n’était pas au courant pour son immunité et pourtant, il avait été contrôlé avant qu’Alexandra ne le fasse elle-même.. Le vent de la mer pouvait-il tourner aussi rapidement afin de faire refermer ses puissantes vagues sur lui ? Non. Alexandra n’allait pas s’amuser à se faire de la lecture alors qu’elle avait juste à programmer cette petite carte tout blanche et toute neuve. L’aspect impeccable du badge le reflétait bien aussi. Il rentrait dans la cour des adultes machiavéliques tout comme cette petite carte qui sortait de son casier. « La pauvre » , pensa t-il. « Elle va être au contact de tous ces bâtiments qui renferment l’horreur » . En se rendant compte de ce qu’il pensait, il se félicitait de ne pas l’avoir sorti à voix haute comme il l’avait fait pour ses chaussures et sa lame. Elle le prendrait encore pour un dingue pas très net d’esprit alors qu’il était juste un solitaire depuis trop longtemps. Même lui se trouvait étrange quand il s’entendait dire ce genre de choses. Il en était conscient alors c’était pour cette raison qu’il ne s’en inquiétait pas.

Ce Matthew s’avérait vraiment être efficace, car ses données étaient déjà toutes indiquées, mais - bien sûr qu’il existait toujours un mais - il manquait quelque chose qui permettait de valider la création du badge. Une adresse. À ce moment-là, il sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Il força son visage à rester de marbre et à ne pas toujours la regarder dans les yeux. Le plus beau des menteurs était le plus grand fixeur de prunelles. En avait-il une ? Le jeune homme se mit à paniquer intérieurement, prit au dépourvu par la question bien trop soudaine. Il n’en avait pas une qui était communicable et il passa sa main droite dans sa chevelure en lui esquissant un sourire, chose qui lui permettait de gagner deux secondes de réflexion avant de sortir un :

- Bien sûr. Oui, j’en ai une. C’est sûr qu’en informatique dès qu’il manque un truc, rien ne se valide. Ça me rappelle les vieux formulaires pour commander un article en ligne. Pas une seule fois le tout se validait, il me manquait toujours un petit truc
, commença t-il à expliquer tout en réfléchissant à sa situation avant de sentir de nouveau son cœur faire un bond violent.

Comment avait-il pu oublier ?! Il porta sa main à la poche de son pantalon pour chercher ce dont il venait de se souvenir. Rien. Ses doigts palpaient seulement le tissu de son pantalon. Non ! D’un geste rapide, il tâta alors l’autre poche avant de pousser un soupir de soulagement. Le papier était dans l’autre poche ! Il avait senti son rythme cardiaque s’emballer. Sa main ressortie donc un petit papier plié en quatre qu’il ouvrit avec un rythme normal. Son adresse « fictive » était marquée dessus. Il entendit de nouveau le gars lui dire : «  Tiens. Toujours avoir une adresse pour ces abrutis. Sinon tu ne passeras pas. » « Ça va fonctionner ? » avait-il demandé. « Oui. Le Bras Droit sait prendre ses précautions gamin. »

Il commença alors à lire l’adresse à la jeune femme en faisant en sorte de la lire assez rapidement, histoire de ne pas la découvrir. Il lui tendit alors le papier, histoire qu’elle puisse noter le tout.

- Tiens, comme ça, tu pourras être certaine de l’orthographe.

Bref, le jeune homme avait réussi à se rappeler à temps de la pièce d’information incroyable qu’il avait dans la poche de son pantalon. Il n’osait même pas imaginer comment il s’en serait sorti s’il l’avait perdu. Il espérait que la chose n’allait pas paraître étrange. Après tout, il était nouveau ici, alors se rappeler de son adresse ne pouvait pas être si évident que ça. Il pouvait aussi se faire passer pour l’anglais stupide qui voyait dans les adresses américaines quelque chose de totalement différent de celle de son pays. Il fallait trouver un autre sujet de discussion afin de ne pas s'attarder là-dessus.

- Tu as déjà une photo de moi, j’imagine ?
, demanda t-il en voyant justement une photo sur le badge de la jeune femme.

Le WICKED avait toujours presque tout de toute manière. Informations demandées ou volées aux autres pays afin d’être au courant de tous ceux qui passaient les frontières. « Plus de sécurité » pouvaient-ils trouver comme excuse, mais pour Niels, ce serait égal à « toujours plus de vulnérabilité » le concernant. Ils savaient tout. Le WICKED reflétait réellement ce pays d’Amérique totalement dans l’excès.

- Concernant mon emploi du temps, il va être établi grâce au badge aussi ?
, tenta-il alors d'une voix qui reflétait sa curiosité.


Il avait aussi envie de changer le sujet et d'avancer dans toutes ces explications. Il ne pouvait pas attendre, il avait tellement envie de passer au travail et de tout découvrir. Partir et s'embarquer dans cette aventure où il faudrait redoubler de prudence afin de ne pas atteindre le fameux "échec et mat".  

 
CODAGE PAR AMIANTE

___________________________________
We'd stared into the face of Death, and Death blinked first. You'd think that would make us feel brave and invincible. It didn't.”
by wiise

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(TERMINE) The game of secrets has just begun, you better watch your backs. [Niels ft. Alexandra]

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