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Il était une fois...

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MessageDim 1 Avr - 20:31

- Mars 2142 -
Famille Grandière
Nouvelle-Orléans


Il était une fois, tout commence comme ça. On prend son histoire, la vie comme elle va...

Une enfant joue sur un tapis moelleux. Ses mains malaxent les franges pour en sentir la texture qu’elle essaye de mémoriser tant le contact lui plait. Bientôt, elle tourne la tête vers la cuisine adjacente. Des voix s’en échappent, plus fortes que d’habitude. Elle n’a encore jamais entendu ses parents se disputer ainsi et, même si elle ne le sait pas encore, c’est la dernière fois qu’elle les entendra s’adresser la parole…

Leurs voix leur échappent comme autant de poignards qu’ils se lancent dans le cœur. Aussi tranchantes que des lames de rasoir, elles transpercent leur âme et l’amour qu’ils s’étaient jurés : l’un d’eux a brisé le serment, « rien ne sera plus jamais comme avant » crie la femme.

Si elle ne comprend pas tous les mots qui virevoltent dans l’air, la fillette n’en manque pourtant pas un. Elle rampe jusqu’au bord d’une table de jeu que sa maman a spécialement installée pour elle. Bientôt, cette petite chose qui n’arrête pas de gigoter dans son parc et de babiller à tout va viendra l’y rejoindre. Quand il saura marcher, quand il parlera, elle lui en apprendra tant. Inséparables, ils auront cette connexion complice si rare et pourtant si forte, indestructible même. Depuis que ses parents le lui ont fait rencontrer à la maternité, dans cette petite pièce aux murs rosés où sa maman, allongée dans un lit aux draps blancs, tenait dans ses bras la minuscule merveille prénommée Roman, la petite fille ne se lasse pas de contempler ses yeux aussi noisette que les siens. « Mon fè » parvient-elle à dire, les « r » étant encore trop difficile à prononcer pour elle. Dans sa famille, personne ne reste insensible aux douces attentions qu’elle accorde à ce bébé. Elle lui montre ses jouets, commente ce qu’elle fait et peut passer des heures entières assise à côté de son berceau dans les bras de sa mère à le regarder dormir.

Roman pleure désormais. Adieu la douceur du tapis, la fillette se lève pour s’approcher du petit être, lui aussi a senti la tension qui règne dans la belle maison du Vieux Carré Français. Les demeures au style colonial s’étendent de part et d’autre de la rue où les trottoirs baignent dans le soleil éblouissant d’une éclatante journée d’été. Il y existe une ambiance particulière, pleine de légèreté et d’une douceur de vivre propre à ce quartier ancien de la Nouvelle-Orléans. A l’extérieur, on plaisante, on sourit. A l’intérieur, la tranquillité n’a plus sa place. Les paroles se font de plus en plus dures et si son frère pleure toujours, il s’est un peu calmé grâce aux cubes que la charmante demoiselle lui montre à travers le fin filet qui entoure les armatures du parc.

- Comment peux-tu penser que je vais accepter ça ?

- C’est arrivé comme ça Ashley ! Je sais que c’était une erreur mais je ne peux pas abandonner ce gamin, il n’a que moi !

- Et nous, qui crois-tu qu’on ait d’autre ? Qui crois-tu qu’ils aient d’autre que toi et moi ?  hurle la femme dont les traits sont déformés d’une colère qui ne veut pas retomber alors qu'elle désigne ses enfants d'une main tremblante.

Le mari s’approche de son épouse, il aimerait tant qu’elle puisse lui pardonner même s’il a conscience que cela est bien trop lui demander. Pourtant, il n’a d’autre choix que d’essayer, une dernière fois, de tenter de préserver leur famille. Il connait déjà sa réponse mais l’espoir est si puissant qu’il a envie de croire que tout peut encore être sauvé, que leur cocon familial autrefois si douillet avant l'impact de la révélation pourrait ressortir renforcé de cet évènement. Une famille encore plus soudée...

- Elle veut renoncer à tous ses droits, il pourrait faire partie de notre famille, plaide-t-il en pensant bien faire.

C'est pourtant plus atroce encore pour elle à entendre qu'il veuille ainsi ajouter un étranger à leur équation d'amour jusqu'à maintenant si parfaite, ajouter dans leur vie celui-là même qui l'a faite voler en éclat. Cette pensée est injuste et elle le sait, mais elle en veut à la terre entière.

- Comment peux-tu oser me demander ça…  

Ce n’est même plus une question, juste une constatation où l’amertume peine à percer au-delà de l’immense désespoir qui guette cette brune aux longues boucles bien définies. Sa crinière lui donne l’apparence d’une lionne, cependant elle ne rugit plus. Elle abandonne la partie.

Dans le salon adjacent, la fillette sent le regard de sa mère sur elle, elle voit aussi ses traits déformés par une douleur sourde qu’elle ne comprend pas. Cette femme qu’elle trouve la plus belle du monde a l’air si triste que cela lui fend le cœur. Pourtant, sans qu’elle ne sache pourquoi, elle préfère demeurer auprès de son frère : les histoires d’adultes sont trop compliquées pour les enfants qu'ils sont encore.

- Mais il est malade Ashley... Et...

- Et Alex ? Elle ne l’est peut-être pas ?  

Des paroles se bousculent, le ton monte mais, postée à côté du tout-petit qui peine à faire taire son chagrin, la fillette assume son rôle d’aînée pas plus haute que trois pommes. Un silence lui permet de continuer à commenter les couleurs des legos qu’elle a désormais entrepris d’utiliser pour bâtir une forteresse autour de son frère qui la regarde avec attention. Si plus aucun sanglot ne s’échappe de sa gorge, les larmes mouillent encore ses joues rosies de poupon. Attentif au moindre geste de sa sœur, il contemple le mur qu’elle construit comme s’il représentait une barrière infranchissable entre eux et l’univers des adultes qu’ils ne comprennent pas encore.

- Ashley… Je ne peux pas permettre qu’il soit confié aux services sociaux…

La femme se dirige vers l’évier et s’y penche, une main en appui de chaque côté du métal : elle réfléchit à toute vitesse à cette décision qui lui brûle les entrailles et qu’elle sait pourtant inévitable.

- Alors je pense que tu sais ce qu'il te reste à faire… C’est fini, fiche le camp d’ici.

Si on aurait pu croire qu’une profonde haine à l’égard de celui qu’elle a tant aimé transparaisse dans la voix de la jeune femme, il n’en est rien. Les nuances de l’incertitude la teinte. Le mari en profite pour plaider une dernière fois.

- Ashley…

En répétant son prénom, peut-être place-t-il ses derniers espoir dans une énième tentative de la raisonner, de recommencer à plaider sa cause ? Cela a malheureusement l’effet inverse. L’esprit de son épouse ne peut acquiescer à cette trahison, même si elle sait que sa décision est égoïste.  

- C’est fini ! Tu comprends cela ? C’est fini ! Plus jamais je ne pourrai avoir confiance en toi avec tous tes mensonges.  

De loin, la fillette est presque sûre d’avoir aperçu un anneau doré traverser la pièce.

- Tu n’es pas sérieuse ?  blêmit l’homme.

- On en a discuté et… Tu veux toujours élever ce gamin, s’arrête-t-elle en reniflant pour retenir les larmes qui menacent de déborder de ses paupières, sauf que ce n’est pas ma croix… On avait une famille et tu as tout détruit alors… C’est à toi de faire un choix : être là pour tes enfants ou être là pour lui…

- C’est aussi mon fils… rétorque-t-il avec une douceur mêlée de regrets incommensurables, même s’il se rend compte immédiatement que ça n’est pas la chose à dire en cet instant.

- Je sais.

Un silence plane un instant, il ne calme pas les angoisses de la petite demoiselle qui ayant atteint la hauteur désirée avec ses legos, fait désormais danser des animaux en peluche sur sa muraille. Si on avait pu croire les hostilités closes, la conclusion tomba : couperet implacable.

- Mais ce n’est pas le mien.

La conclusion de la mère sonne comme le glas. Elle passe devant son mari sans ciller, elle a besoin de se raccrocher à des actions tangibles plutôt que de continuer à errer, à se questionner et à regretter des choix que d’autres lui reprocheraient d’être purement égoïstes… C’est pourtant un tout autre sentiment qui l’anime : la peur. La terreur même qu’un troisième enfant envahisse leur si belle maison et brise l’image du couple parfait aux deux bambins adorables. Elle qui a toujours cru qu’aucun jeu d'apparence ne l’atteindrait, elle s’était trompée.

La suite se déroule comme dans les films. Le mari déchu monte d’un pas lourd les escaliers en bois qui mène à l’étage de la cossue petite demeure dont le bardage jaune annonçait un bonheur éternel, finalement bien éphémère. Puis il les parcourt à contresens une quinzaine de minutes plus tard, une épaisse valise de cuir à la main, tandis que la femme n’a pas réussi à quitter le soutien du plan de travail sur lequel elle s’appuie encore dans la cuisine, le regard perdu à l’horizon à travers la fenêtre. Elle n’a pas le courage de regarder cet homme qu’elle aime tant, elle sait que si elle le fait elle consentira à ce que cet enfant de l’adultère entre dans leur vie, qu’elle acceptera qu’il grandisse avec sa fille et son fils, qu'il représentera jour après jour sa cruelle trahison et elle ne pourra supporter de leur imposer cela égoïstement pour garder son mari auprès d’eux. Alors au lieu de céder elle lutte, elle serre les dents et pleure en silence pendant que son mari pose un baiser sur le front de sa fille et serre leur bébé dans ses bras avant de franchir la porte d’entrée. Plus jamais il ne la passera dans le sens inverse : aucun retour en arrière possible.

- Maman, où y va papa ? avait demandé la fillette en tirant légèrement sur le pantalon beige de sa mère qui venait de soulever Roman, il venait de fêter son premier anniversaire il y a si peu de temps et ses anniversaires ne profiteraient plus jamais de la chaleur bienveillante du regard de son père.  

Perdue dans ses pensées, elle contemple un long moment sa fille dont le regard triste lui fait réaliser qu’elle a tout entendu et pire encore qu’elle a tout compris. Oh, bien sûr, elle l’a compris avec son raisonnement d’enfant de trois ans et demi : toutefois, qu’elle n’ait pas la maturité de saisir les détails de la destruction de sa famille apaisait-il pour autant toute la peine qu’elle ressentirait quand elle comprendrait que son père ne reviendrait pas ? La suite se jouerait devant les avocats, pensa la mère en adressant un regard triste à son aînée. Son mari ne ferait pourtant pas de vague et, entre le don de la maison, une pension très généreuse et la garde exclusive qui lui sera accordée parce qu’il aurait renoncé en ne voulant pas les blesser pour ses erreurs, elle obtiendrait de multiples dédommagements pour l’aider à aller de l’avant. Pour l’aider à passer à autre chose alors que cela n’était qu’une utopie.

Lorsque sa maman se baissa pour les enlacer ensemble, elle et son frère, la fillette huma profondément le parfum de cette femme qu’elle aimait plus que tout au monde. Sa joue devînt humide, les larmes roulaient à présent du visage de sa mère au sien et les liaient tous les trois dans une existence où régnerait un amour inconditionnel, une famille unie dont l’avenir ne se composerait qu’à trois. Et peut-être était-ce mieux ainsi…


********************************************************************************


Cette petite fille, c’était moi. Alexandra Daphné Grandière, aujourd’hui connue sous le nom d’Alexandra Moore. Si je ne me rappelle guère des paroles qui ont rythmé cette après-midi ensoleillée, je me souviens du vide qu’elle a définitivement laissé dans nos vies. C’était comme un ouragan, sans vent ni nuage annonciateur. Juste un souffle qui avait tout balayé. L’été avait pris fin pour nous avec cette bourrasque d’automne qui avait emporté à jamais l’espoir d’un avenir conjugué à quatre…  


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