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When everything falls apart.. [ft Rebecca]

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MessageJeu 3 Juil - 18:04

Tripotant nerveusement le tissu verdâtre épais et pelucheux, Eva se décida soudain, et referma brusquement le rideau. Ça ne servait à rien de les fixer comme ça. Ils  ne bougeraient pas. Pourtant, elle ne se retourna pas. Elle savait ce qui l’attendait. Elle pouvait l’entendre. Des sanglots épars, discrets. Elle avait beau faire comme si ça ne l’atteignait pas, son corps la trahissait. Depuis qu’ils  étaient venus, elle ne pouvait s’empêcher de trembler.  Incapable d’aligner un semblant de pensée cohérente, elle était pourtant sûre d’une chose. Elle les détestait. Non pire, elle les haïssait de tout son être. Ces espèces d’humanoïdes grotesques dans leurs combinaisons blanches post-apocalyptiques, qui venaient de ruiner sa vie, et celle de sa famille.
Serrant les dents aussi fort qu’elle le pouvait pour s’empêcher de pleurer elle aussi, elle se força à se retourner et regarder la vérité en face. Avec la colère, l’incompréhension, et la peur comme carburant. Aussitôt elle faillit craquer en observant ce qui restait de sa famille, si unie quelques heures auparavant. Elle se mordit la lèvre jusqu’au sang, en essayant de réguler sa respiration pour ne pas céder à la panique elle aussi. Elle ne détourna pas le regard, luttant contre l’envie désespérée d’ouvrir la porte et de s’enfuir. Mais elle ne pouvait pas, sinon ils l’abattraient comme un vulgaire animal. Ou comme un vulgaire infecté.
Ce fut cette pensée qui l’acheva. Eva se laissa glisser au sol, entoura ses jambes de ses bras, et enfouit sa tête dans le creux, profitant de l’abri éphémère pour laisser libre court à son chagrin. Les larmes se mirent à jaillir en flots continus, sans bruit. Elle ne reverrait plus jamais son père. Ils l’avait emmené, quelques heures auparavant. Pourtant, il devait y avoir erreur. Ce n’était pas possible. Son père ne pouvait pas être..
Ses sanglots redoublèrent, et il lui fallut quelques minutes pour réussir à penser de nouveau. Se calmant à moitié, elle entreprit de réfléchir. Il fallait qu’elle réagisse, qu’elle fasse quelque chose. Rien que la pensée de rester amorphe, prostrée sur le parquet du salon la dégoûtait. Si ils étaient là, c’était parce que son père.. Son père avait attaqué et mordu jusqu’au sang un voisin, sans raison apparente. Les hurlements d’une femme avaient rapidement attiré l’attention, et les gardes avaient été prévenus. Peu à peu, la scène lui revenait, comme sortie tout droit d’un songe. Des détails apparaissaient, comme si on les rajoutait au fur et à mesure que la scène repassait en boucle devant ses yeux hagards.

************************************************
Jouant avec une mèche de ses cheveux roux, Eva avançait plus dans le mordillage de son crayon de papier que dans la résolution de son problème de physique. A vrai dire, elle n’arrivait pas à se concentrer, et son esprit préférait vagabonder n’importe où pourvu que cela ne parle pas de mathématiques. Elle sourit un instant, excitée en repensant à ce que Caine lui avait dit. Il viendrait la voir à sa prochaine compétition de gymnastique, c’était une promesse. Elle avait de bonne chance de la remporter d’ailleurs, elle s’entraînait dur chaque soir après les cours, pour un total de plus de 12h par semaine. Mais elle s’en moquait, elle aimait ça. Et ça ne l’empêchait pas d’obtenir de bons résultats, elle était également assez douée en cours. Tout serait parfait, si seulement.. Peut-être que Caine l’inviterait à sortir si elle gagnait ? A cette pensée des papillons lui chatouillaient le ventre, et elle se promit d’appeler Marine, sa meilleure amie, une fois qu’elle aurait résolu ce satané problème pour lui demander son avis. Et aussi peut-être des conseils sur quoi porter. Bref, concentre-toi.  Le problème.

Gribouillant avec application une suite de nombres et de signes qui n’avaient de sens que pour les initiés, elle démontra quelques relations de proportionnalité, avant de refermer son cahier en poussant un soupir satisfait. Une bonne chose de faite. Un sourire malicieux s’empara de ses lèvres tandis qu’elle sortait en coup de vent de sa chambre pour aller récupérer le combiné portable de la maison. Croisant au passage sa petite sœur en pleine crise d’adolescence, Yuna, elles s’échangèrent quelques grimaces avant de continuer leur route chacune de leur côté en riant. C’était un de leurs petits rituels, et même une discussion urgente sur un garçon canon ne justifiait pas qu’on y déroge. Arrivant enfin devant l’objet sacro-saint, Eva composa le numéro qu’elle connaissait par cœur, et sourit en reconnaissant la voix de son amie. Elles commencèrent à échanger quelques banalités, sur les cours, les devoirs, le grand frère tyrannique de Marine qui l’empêchait d’aller sur les réseaux sociaux. Eva s’apprêtait à rentrer dans le vif du sujet, profitant d’un léger blanc dans la conversation, lorsqu’un cri perçant retentit.

Sentant son cœur se glacer d’effroi, Eva laissa tomber le combiné, sourde à la voix qui s’excitait à l’autre bout, inquiète. Dévalant les escaliers, elle rejoignit sa sœur et sa mère sur le palier de leur porte. D’autres cris suivirent, terrifiés et terrifiants. Elle se figea, ne pouvant pas en croire ses yeux. Son père, Éric, médecin respecté et respectueux, était littéralement entrain de mordre avec férocité le bras de Caine, leur voisin. C’était les hurlements de la mère de ce dernier qui avaient attiré tout le monde. Du moins, au début, puisque les cris retentissaient maintenant de partout. Ne pouvant y croire ses yeux, Eva résolut de croire à un canular de mauvais goût, hébétée. Mais cette fausse réalité vola en éclat lorsqu’ils apparurent, fusils au poing. Les gardes. Comme dans un rêve, ils s’établirent en demi-cercle autour de son père et du pauvre voisin, tandis qu’un détachement s’occupait de disperser les badauds, un autre se dirigea vers eux, et les força à rentrer à l’intérieur, menaçants.

Eva se mit à hurler elle aussi, et se débattit pour rejoindre son père. Elle n’y croyait pas, et agissait juste comme une forcenée. Un coup de crosse assénait au visage la fit tomber, et elle perdit à demi connaissance. Lorsqu’elle se réveilla, ils étaient partout dans la maison. Evitant les mouvements brusques, elle s’assit, et chercha sa mère des yeux. Elle était immobile sur le canapé, entourant sa sœur de ses bras, une pommette rougit. Se levant péniblement, elle alla les rejoindre, et posa sa tête sur l’épaule de sa mère. En état de choc, les trois femmes ne réagirent que lorsqu’un des gardes leur aboya de se mettre debout en ligne. Obéissantes, elles s’exécutèrent avec lenteur, prêtes à entendre la sentence qui pouvait signer leur arrêt de mort. Elles savaient ce qui les attendait. Ils allaient leur faire passer le test. Pour savoir si elles étaient saines, ou infectées elles aussi. Parce que c’était bien ce que son père était. Un infecté.  

************************************************

Plantant nerveusement ses ongles dans son bras gauche, Eva se reconcentra sur le présent. Maintenant qu’elle y repensait, elle aurait dû voir les signes. Son père devenait distant, et semblait toujours un peu perdu. Comme s’il se droguait. Au bliss. Tout s’expliquait. Cette drogue qui ramollissait le cerveau était aussi réputée pour calmer les effets de la braise. Et qui de mieux placé qu’un médecin pour s’en fournir ? Et elles, elles n’avaient rien vu venir. Entre sa mère, ingénieure, qui rentrait tard le soir à cause du travail ou de ses passages à la salle de sport, sa sœur en pleine adolescence, et elle bien trop occupée avec ces petites histoires insipides. Elle était vraiment indigne. Ça aurait dû être elle, l’infectée. Elle le méritait, non ?

Soudain, elle sursauta. Et si elle l’était elle aussi ? Elle repensa aux regards soupçonneux que lui avaient lancés les gardes, lorsqu’elle avait passé le test. Ils avaient même parlé entre eux un moment, avant de glisser quelques mots dans leurs oreillettes. Elle sécha ses larmes à l’aide du revers de sa manche, s’irritant les yeux au passage. Elle devait absolument se ressaisir. C’était sans doute la prochaine. Elle n’avait plus rien à perdre. Remarque, elle pourrait retrouver son père comme ça. Mais où allaient les infectés ? Au dehors de la ville ? Sauf si se cacher dans la ville revenait à se faire exécuter sans sommation. A cette pensée, elle frissonna. Malgré tout, elle redevenait maître de la situation. Mieux, elle sentait revenir sa détermination, d’habitude si forte. Il fallait qu’elle se prépare.

S’animant enfin, elle se leva, alla chuchoter quelques mots rassurants à l’oreille de ce qui restait de sa famille traumatisée, caressant affectueusement au passage les cheveux de sa sœur. Maintenant qu’elle savait qu’elle était condamnée elle aussi, elle se sentait mieux, même si cette idée lui paraissait assez spéciale. Les gardes avaient désertés la maison, mais ils encerclaient l’extérieur. Profitant de l’accalmie qu’ils leur offraient depuis une heure (elles avaient interdiction de quitter la maison, mais rien ne l’empêchait de parcourir les différentes pièces), Eva entreprit de fouiller les tiroirs. Elle allait se faire un nécessaire de survie. Attrapant un sac à dos, elle enfouit des vivres dedans, une bouteille d’eau, une lampe torche, et quelques vêtements. Elle glissa également quelques billets dans sa poche, et un couteau de cuisine dans sa manche, qu’elle fit tenir à l’aide d’une ficelle entortillée autour de son bras.

Elle se sentait parée. Avec l’âme d’une aventurière. Ça lui faisait oublier le drame des derniers évènements de s’activer comme ça. Et à vrai dire, ça faisait un bien fou. Ragaillardie, du moins autant que la situation actuelle le permettait, elle retourna dans le salon, portant son sac en travers de son dos. Elle s’approcha de sa mère et de sa sœur, s’accroupit devant elles, et saisit leurs mains. Elle s’apprêtait à leur dire qu’elle allait ramener leur père, lorsque la porte s’ouvrit brusquement. Un garde s’approcha, et parla d’une voix froide dénuée d’émotion en désignant sa mère et sa fille :

« Vous deux, montez à l’étage. On viendra vous chercher lorsque vous pourrez descendre. Toi, tu restes là, tu as de la visite. »

Il lui adressa un sourire mauvais, et Eva sentit ses jambes se liquéfiaient, entraînant avec elles son semblant de résolution. Trois gardes entrèrent, et poussèrent sa famille vers les escaliers, avant de les enfermer dans une chambre et de camper, un dedans et les deux autres devant la porte. Un autre garde vint rejoindre son tortionnaire, marqua un temps d’arrêt devant elle, et lui arracha son sac qu’il balança dans un coin de la pièce, avant de se placer devant l’escalier. Eva était extrêmement nerveuse, et elle recommençait à planter ses ongles dans son bras, surveillant du coin de l’œil les deux gardes. Elle avait hâte que cela finisse. Qu’ils viennent la chercher, une bonne fois pour toute. Elle était résignée maintenant. Mais elle ne se laisserait pas faire, oh non. Elle vengerait son père… Et Caine..

Dos au mur, elle parcourut la pièce du regard. Du parquet au sol, des murs blancs, ouverts par quelques fenêtres encadrées de rideaux verts. Un canapé chocolat, accueillant, entouré de deux fauteuils assortis, le tout disposé devant une table basse et faisant face à une télévision. Le grand luxe. Une table entourée de quatre chaise complétée l’ensemble. L’escalier débouchait directement sur le salon, tout comme les toilettes et la cuisine. Elle serait bien aller récupérer un autre couteau de taille supérieure pour affronter ses tortionnaires. Mais cela revenait à passer devant le garde posté au bas des escaliers. Du pur suicide. Elle se résolut donc à attendre, fixant la porte d’entrée avec un peu d’appréhension. Qui pouvait bien rendre visite à une infectée ? Son bourreau peut-être ? A moins qu’on ne l’embarque pour réaliser des tests en la torturant ? Pour la millième fois de cette sombre journée, Eva frissonna de peur.
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MessageVen 11 Juil - 14:51

Nous avions discuté, il y a déjà plusieurs années, du cas Xb-20034 , connu sous le nom d’Eva Dotskins. À l’époque, le comité de sélection s’était prononcé contre l’intégration du sujet du fait des relations que sa famille entretenait jusqu’à récente date avec les membre de la Wicked. J’étais, pour ma part, favorable à son intégration dès ses 12 ans – et ce jour là, les éléments étaient en ma faveur pour remettre sur la table le dossier Xb-20034.

« Je ne vois vraiment pas pourquoi nous en reparlons, dit cette bécasse de chargée de l’architecture interne, Madame B.
-Et moi, je ne vois pas pourquoi vous avez voix au chapitre, très chère. Les pièces du dossier restent inchangées pour le sujet, ces mêmes pièces qui m’avaient faite pencher pour sa venue il y a 5 ans de cela, rétorquai-je sur la défensive »
Dieu que je les déteste, ces jeunes prétentieux, bardés de diplômes et de morale, ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez ! Je me retenais alors de dire tout le mal que je pensais de ce comité, sclérosé par les guerres intestines de pouvoir. Madame B, par exemple. Un parfait exemple de ce qui ronge aujourd’hui notre société, la braise personnifiée : acerbe, aveugle devant son incompétence et sournoise.

Malgré cela, elle continua de parler, de défendre son misérable point de vue : « Par respect pour ses parents, pour sa mère qui a été – sans qu’elle ne le sache – une des conceptrices du labyrinthe ; et son père qui a tant fait pour notre communauté.
-Son père pour lequel vous vous êtes pourtant battue pour qu’il n’entre pas à la Wicked, fit remarquer l’électrophysiologiste.
-Exact, mais les raisons étaient différentes alors. Là, nous parlons de faire rentrer sa fille dans un programme qui, j’en suis sûre, n’est pas fait pour elle. Elle n’a pas l’étoffe. »

A ce moment, je décidai de me lever pour me servir une tasse de thé. Il est toujours mieux de faire autre chose que de fixer son interlocuteur lorsque l’on va gagner la dernière manche d’un match délicat. Ainsi, la grande théière dans la main, je versai délicatement le liquide bouillant : « Certes. Elle est immune à 86%, les derniers tests officiels en date montre qu’elle n’a pas contracté la Braise, et… Mitch, le relevé s’il vous plait… elle est saine à l’heure où nous parlons. »
Mouvements furtifs dans les fauteuils, les 7 membres ayant force de vote présents en plus de moi se tournèrent pour me voir, demandant comment, pourquoi, j’avais connaissance de son état de santé actuel. Évidemment, j’ai demandé à l’escadron en charge de l’incident paternel, de pratiquer un TROD. Mitch fit passer le résultat communiqué autour de la table.

« Vous connaissez ma position. Elle est, de plus, gymnaste depuis plusieurs années à haut niveau (l’électrophysiologiste dans la salle hocha la tête, plus que 6 membres à convaincre), elle est curieuse (la psychologue : check) et très mignonne (les 2 pervers eurent les yeux brillants, plus que 3 à faire basculer). Douée en sciences dures, cela peut être un véritable atout dans la résolution du labyrinthe. » Le logicien prit alors la parole, effectivement elle montre d’excellents résultats et c’est un fort potentiel intellectuel qui se présente à nous.
« C’est une machination, dit Ms B.
-Non, c’est juste le comité de sélection qui fait son travail. Son père est mort de la Braise, c’est le parfait moment pour la recruter. Si cela vous dérange, la porte est juste là. Dans le cas où vous êtes prête à mettre vos états d’âme de côté, nous allons procéder au vote. Ceux en faveur… ? »
À 6 voix contre 1 et 2 abstentions, nous décidâmes de me laisser l’honneur de la rencontrer. Le but était alors de la convaincre de nous rejoindre sans usage de la force. Exactement le genre de défi que j’adore relever.

*-*-*
Un quartier des plus agréables, une maison des plus charmantes. À l’intérieur, Rebecca fit un signe vague de la main en direction des gardes et chuchota à l’oreille de Mitch, son assistant « restez en retrait, on ne sait jamais. », puis elle avisa l’un des fauteuils d’apparence moelleux pour s’y loger.
Ainsi commença le jeu du chat de la souris.

« Eva, n’est ce pas ? J’ai bien connu votre père. »
Une attitude d’infinie tristesse se lisait dans les yeux de la grand-mère, qui retira alors ses lunettes pour essuyer une larme invisible.

« Asseyez-vous, Eva. Ce que j’ai à vous dire est d’une importance capitale : votre père, un saint homme, un médecin remarquable, était avant tout un ami et sa perte est d’autant plus détestable qu’il était à la tête d’un programme confidentiel d’éradication de la Braise… Il avait en outre de grands projets pour vous. C’est par respect pour lui que je suis là. »

Elle marqua un temps, pour regarder dans le fond de ses prunelles la jeune fille, pas encore femme, mais plus enfant. Son innocence était partie… c’était tant mieux, étant donné les épreuves qui l’attendaient.
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MessageVen 18 Juil - 20:10

Le moment tant redouté était enfin arrivé. Ils venaient la chercher à son tour. Mais elle ne se laisserait pas faire, pas sans lutter. Quelle ne fut pas alors sa surprise lorsqu'au milieu de tous ces gardes déshumanisés apparurent alors deux personnes on-ne-peut plus normales. Un homme, d'âge moyen, bien habillé, qui accompagnait une vieille dame tout sauf sénile. Elle était même d'ailleurs encore étrangement vive pour une personne de son âge. Cet événement si incongru déconcerta tellement Eva qu'elle perdit toute velléité et toute hostilité. Son cerveau en profitait pour occulter par facilité ce qui venait de se produire, derrière la raison de la venue de ces deux individus. Elle baissait même un peu sa garde, il fallait bien l'avouer. Non pas parce qu'elle sous-estimait une personne âgée, mais plus pare qu'elle ne pouvait s'empêcher de la respecter comme on le lui avait appris. C'était une question d'éducation, et ses parents lui avaient inculqué de bonnes bases.

Eva ne se rappelait pas les avoir déjà vu, ils ne devaient donc pas être du quartier. Ils étaient bien trop propres sur eux pour venir de l'extérieur. Une autre ville saine sans doute ? Ou bien des résidents d'un quartier éloigné de Kansas City. Ce n'était pas comme si elle pouvait connaître tout le monde, hein. En attendant la dame s'installa confortablement dans un des fauteuils du salon. Eva ne releva pas, ça ne la dérangeait pas outre mesure. Jusqu'à ce qu'un déclic se produise et que les souvenirs lui reviennent lorsqu'elle entendit les paroles de la dame :

« Eva, n’est ce pas ? J’ai bien connu votre père. »

Elle sursauta brusquement, laissant tomber le couteau rangé dans sa manche qui alla heurter le sol avec fracas. Mais elle était trop choquée pour s'en rendre compte. Elle connaissait son nom, ce qui n'était pas étonnant. Mais son père ?? Comment cela était-il possible ?

"Mon père ?.. Où.. Où est-ce que vous l'avez rencontrée ? Vous êtes une sorte de médecin c'est ça ?.."


Elle aurait voulu lui hurler dessus, lui jeter à la figure qu'elle n'avait pas le droit de lui parler comme ça après ce qu'ils avaient fait, mais elle ne pouvait pas. Elle n'avait ni le cœur ni le courage de lui reprocher tout ça lorsqu'elle fixait les yeux triste de la vieille dame. Comme si elle partageait une partie de sa peine. Eva était bien trop empathique pour y être indifférente. Elle ne pouvait pas l'accuser de tous les maux, sans lui laisser le droit de se défendre. Oui, elle était naïve. Mais impossible de lutter contre sa nature.

« Asseyez-vous, Eva. Ce que j’ai à vous dire est d’une importance capitale : votre père, un saint homme, un médecin remarquable, était avant tout un ami et sa perte est d’autant plus détestable qu’il était à la tête d’un programme confidentiel d’éradication de la Braise… Il avait en outre de grands projets pour vous. C’est par respect pour lui que je suis là. »

Eva resta un moment hébétée le temps d'assimiler ces nouvelles informations, avant de se diriger comme un automate vers un fauteuil proche de celui de son interlocutrice, et de se laisser tomber dedans. Il lui fallait du temps pour digérer. Elle rassembla ses esprits, et posa les premières questions qui lui venaient à l'esprit :

"Un programme confidentiel d'éradication de la Braise ?.. Mais alors il existe un remède ? Vous.. Vous l'avez trouvé n'est-ce pas ?"

Trop obnubilée par l'espoir pernicieux qui s'infiltrait en elle comme du poison, Eva ne releva pas la fin de la tirade. Tout son esprit était concentré sur l'idée qu'un remède était au stade de conception, voir achevé. Peut-être allaient-ils lui annoncer que son père avait été sauvé ? Et là tout s'effondra. Même en essayant de se persuader, une petite voix dans sa tête lui soufflait que c'était impossible. La vieille dame. Elle lui avait dit "sa perte". Il ne reviendrait pas. La bref lueur d'espoir s'éteignit dans son regard, la laissant un poil hagard. Alors elle se redressa, et dans sa posture on pouvait voir le poids d'une dizaine d'années qui venaient de lui tomber dessus. Malgré le désespoir, elle restait intelligente et ne pouvait se voiler la face. Ces personnes.. Qu'ils soient là pour son père ou pour leur propre intérêt, ils lui voulaient quelque chose. Et ça devait être relié au programme si elle prenait la peine de dévoiler un projet confidentiel. Respirant un grand coup pour empêcher sa voix de trembler, Eva se lança.

"Non. Vous ne seriez pas là sinon. J'imagine que votre présence a un lien avec le programme. Qu'attendez-vous de moi ?"

C'était un peu brutal, mais Eva ne supportait plus de tourner autour du pot. Si ça se trouve, ils n'avaient jamais connu son père, et elle se faisait avoir à cause de sa foutue empathie. Elle ne pouvait leur faire confiance. Après tout, ils avaient participé à l'enlèvement. Néanmoins, s'il y avait de l'espoir pour la Braise, alors elle écouterait cette étrange dame jusqu'au bout.
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