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Flashback ~ Please, remember me once more [Jude]

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MessageSam 29 Nov - 6:27

Please, remember me once more
Jude ∞ Mahree


Cela faisait seulement une semaine et demie que Mahree avait affronté sans conviction l’ascenseur qui l’avait menée au Bloc. Elle regardait toujours autour d’elle avec frénésie, tâchant de comprendre au mieux l’univers dans lequel elle se trouvait. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il lui donnait mal au ventre. Elle avait l’impression que jamais elle ne s’y ferait.  Ces jeunes autour d’elle ressemblaient à des adultes. Ce n’était pas normal et elle se faisait la réflexion bien trop souvent pour pouvoir avoir le moral. Elle se souvenait du tout début ou on lui avait laissé deux jours pour émerger et essayer de s’adapter aux lieux. C’était à la fois ridiculement court et affreusement long. D’un côté, deux jours pour s’adapter à un environnement aussi particulier semblaient être une douce utopie, mais de l’autre elle avait passé son temps à penser et à divaguer. Et dans des circonstances telles, ce n’était pas de très bon augure. En fait,  elle n’avait fait qu’espérer faire quelque chose, s’occuper l’esprit autrement que comme elle le faisait. Tout cela pour éviter de réfléchir au fait qu’elle était enfermée. Que des gens s’amusaient à jouer avec eux, à les regarder chercher une solution. Pendant ces deux jours elle avait guetté l’arrivée des coureurs. A chaque fois, ils revenaient à bout de souffle mais ils continuaient quand même à courir vers le centre qui leur été destiné afin de transcrire les changements du Labyrinthe jour après jour. Cela éveillait la curiosité de Mahree. Et même si elle savait pertinemment que ce Labyrinthe n’était que danger, elle aurait bien voulu en franchir le seuil au moins une fois. Pour voir. Voir ce qui les séparait de la sortie, de la liberté. La barrière infranchissable qui faisait que depuis deux longues années des adolescents et des enfants restaient enfermés ici. Elle aurait aimé trouver une solution, faire quelque chose pour tout le monde. Parce qu’elle avait beau se sentir complètement étrangère des autres blocards, elle avait également bien conscience qu’elle n’avait qu’eux.

Plusieurs jours étaient passés à présent et elle avait déjà eu l’occasion de tester quelques classes. Elle se souvenait de la première qu’elle avait essayé et elle regretta aussitôt : Les Cuistots. Sur le moment, il lui avait semblé que les intégrer serait une évidence. Elle adorait la nourriture, elle faisait même des rêves à ce sujet. Mahree ignorait pourquoi elle réagissait de cette façon vis-à-vis des aliments mais elle ne pouvait s’en empêcher. Manger était alors son seul plaisir au Bloc. Et elle ne le boudait pas. Chez les Cuistots, Mahree avait passé une journée et demie. Au bout du second jour, elle avait tout bonnement craqué. Impossible pour elle de rester dans un milieu qui transpirait la tentation et promettait par la même de multiples sanctions. Quand elle était arrivée le premier jour aux cuisines, l’enthousiasme était tel qu’elle en avait même réussi à sourire. Sourire. Elle sentait bien qu’elle était profondément joyeuse au fond, qu’elle ne cherchait que le bonheur. Mais elle s’était tellement laissée emporter par la mélancolie les premiers jours qu’elle en avait oublié de positiver. Les cuisines lui en donnaient déjà l’occasion, et pour elle c’était bon signe. Profonde erreur. Elle avait passé un jour et demi en enfer, entourée de poires savoureuses, de viande juteuse, de céréales tentatrices. A chaque fois qu’elle ouvrait les yeux, elle avait l’impression qu’un vilain serpent à visage d’homme lui susurrait de ne plus résister et de croquer dans ces magnifiques pommes rouges. Elle ne savait pas où elle avait trouvé l’énergie de résister à ce satané reptile. Peut-être que le rêve qu’elle avait fait le soir même où elle le dégustait avec un assortiment de légumes de saisons avait réussi à tuer sa frustration. Dans tous les cas, le lendemain après le repas du midi, elle avait imploré le chef des Cuistots de ne jamais, au grand jamais la laisser travailler avec eux. C’était dommage car elle savait qu’elle avait des prédispositions pour. Mais autant faire ses valises et aller mourir dans le Labyrinthe, parce qu’elle était à peu près certaine que jamais elle ne réussirait à dire inlassablement non au serpent.

Chez les Trappeurs, elle était arrivée comme une blague. Elle se rendit bien vite compte qu’elle serait tout bonnement incapable de protéger quelqu’un d’un énorme Griffeur. C’était comme demander à un hippocampe de protéger une baleine. Risible. Pourtant, elle s’était donnée corps et âme. Mais elle en était sortie sous les rires et les moqueries des Trappeurs. Au moins, elle avait procuré un peu de joie à quelqu’un.  Elle avait ensuite demandé à tester les coureurs. On lui avait bien ri au nez, lui signifiant qu’on ne prenait pas n’importe qui. Cela commençait sincèrement à l’agacer de se faire sans arrêt pousser vers la sortie et Mahree l’avait quelque peu mal prit, mais elle avait insisté et on avait finalement accepté de la laisser participer aux entraînements, mais pas de rentrer tout de suite dans le Labyrinthe. Il fut avéré qu’elle avait une bonne mémoire, et qu’il ne lui serait pas très difficile de retenir les changements que les couloirs pouvaient exercer chaque jour. Et mieux que tout, elle était rapide. Vraiment très rapide. Mais ce n’était pas très étonnant : Mahree était si légère qu’elle filait comme une flèche. Son poids n’était pas réellement une entrave mais son taux de glycémie si. Elle tenait un bon moment en fait, mais à force de courir sans arrêt, elle se sentait un peu étourdie et elle avait besoin de s’arrêter pour manger quelque chose. Plus que les autres en fait. Ce n’était pas la fatigue mais bel et bien le manque de sucre, et il aurait au final fallut lui donner un sac à dos de nourriture deux fois plus gros que celui des autres. Et quand bien même on aurait accepté ça, la charge supplémentaire l’aurait pour ainsi dire épuisée plus rapidement, nécessitant ainsi plusieurs arrêts.Bref, elle avait été obligée de passer son chemin.

Mais le jour suivant au réveil, elle savait qu’elle allait tester les Medjacks. Un garçon le lui avait dit le soir au dîner. C’était presque passé inaperçu car Mahree était bien plus intéressée par sa côtelette et sa purée maison. L’entraînement des coureurs l’avait affamée. L’information était quand même passée, notamment parce que le garçon en question lui avait secoué l’épaule à force de n’avoir aucune réponse. Mais dès qu’elle lui avait confirmé avoir bien intégré ce qu’il venait de lui dire, son attention s’était replongée dans son assiette. En allant se coucher, elle avait espéré que ce serait sa classe. Elle en avait assez de faire le tour de tous les domaines sans être capable de trouver son bonheur. Le soir, en revenant de l’infirmerie, elle avait enfin pu respirer. Ça ne s’était pas trop mal passé, plutôt bien même. Mahree avait été impressionnée par sa propre capacité à supporter les chairs brûlés, les plaies à vif et les membres cassés. Cela lui avait redonné un peu de joie et surtout de l’impatience. Elle devait y retourner le lendemain, et elle avait hâte, espérant avoir trouvé sa nouvelle « famille ». On lui annonça très rapidement qu’elle avait le droit de passer une vrai période d’essai. Mahree en fut enchantée. Cela faisait quelques jours seulement qu’elle était là mais elle s’y plaisait, même si elle savait très bien que tout n’était pas gagné pour le moment, elle avait bon espoir qu’avec de l’entraînement et beaucoup de motivation elle pourrait enfin enfiler sa belle blouse blanche.

Aujourd’hui, en se réveillant, Mahree se sentait plutôt bien. Elle était assez motivée depuis qu’elle était en période d’essai chez les Medjacks. Le temps passait un peu plus vite, notamment parce que les gens défilaient à l’infirmerie et qu’elle n’avait pas trop eu l’occasion de rêvasser et de se la couler douce. Quand il lui arrivait cependant d’avoir un peu de temps, elle en profitait pour ranger ou plonger son nez dans les livres de médecine qui étaient à sa disposition. Si elle voulait entrer chez les Medjacks, il fallait qu’elle se cultive le plus possible. Au fur et à mesure, elle finirait bien par s’adapter aux termes médicaux, c’était d’ailleurs déjà un peu plus le cas qu’au tout début. Lorsqu’elle posa un pied dans l’infirmerie, elle ne fut pas étonnée d’y voir déjà quelques personnes. On lui autorisait à s’occuper des cas les plus simples, et Mahree en avait été honorée. Elle s’occupa donc de deux ou trois personnes avec de petites blessures jusqu’à ce qu’un Medjack lui annonce que le reste de la matinée elle ferait équipe avec un des leurs. La jeune femme acquiesça et attendit son complément d’information. Le garçon blond lui montra d’un geste où elle pourrait trouver le Medjack en question pis la salua. Elle lui fit un sourire et retourna finir de traiter la blocarde dont elle s’occupait juste avant. Cela ne lui prit pas plus de trois minutes. Elle nettoya la table d’examen, rangea les affaires et prit la direction de l’endroit où elle devait se rendre. La seule chose qu’elle espérait, c’était que ce Medjack serait accessible, qu’il lui apprendrait beaucoup de chose tout en restant avenant et sympa. Car depuis qu’elle était ici, Mahree avait côtoyé des gens adorables comme de vraies plaies. Lui revint instantanément le souvenir des Trappeurs qui se marrait bien en la regardant manier une arme. Elle soupira puis revint à la réalité. De toute façon, elle n’était pas là pour se faire des amis, non ?

Lorsqu’elle arriva à destination Mahree fut confrontée à une impressionnante quantité de boucles brunes. Il était de dos pour le moment, mais Mahree le détailla quand même. Il semblait assez grand – du moins, tout le monde paraissait très grand à côté de Mahree – et bien qu’elle ne puisse pas trop définir sa silhouette avec sa blouse blanche, il lui sembla que son gabarit devait être dans la moyenne par rapport à sa taille. Elle se motiva, le fixant sans ciller, afficha le plus joli sourire dont elle était capable et resserra sa queue de cheval. Puis, elle s’éclaircit la gorge et, tout en regardant ces fameuses boucles, elle lança d’une voix cristalline :

-Bonjour. On m’a dit de venir te voir. Il parait qu’on va faire équipe. Je suis Mahree.

Elle continua de le regarder en souriant, attendant sa réaction. Elle serait contente qu’il se retourne vite pour qu’elle puisse enfin associer un visage à cette multitude de boucles.

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MessageSam 6 Déc - 22:27



Please, remember me once more


Une brise légère vint rafraichir mon visage terne, sale et secouer mes boucles brunes, boucles rebelles. Sous mes pieds, une étendue de terres était venue remplacer ce sol de pierres froides, abruptes et grises sur lequel j’avais passé plus d’une semaine. Autour de moi, le grand air et non ces murs recouverts de moisissures, murs austères, mur de pierre qui, sept jours durant, m’avait étouffé et empêcher tout grand mouvement. À présent, je pouvais étendre mes bras sans risquer de me cogner contre les parois dur et rêche de ma cellule ou encore d’envoyer valser mon poing dans le visage d’un autre tocard. J’étais libre de courir, libre d’étendre mes membres comme il me plaisait, libre de m’étaler par terre, libre de prendre toute la place que je voulais. J’étais libre. Libéré de ma prison, hors du Gnouf. C’était drôle comme cela me procurait toujours une joie immense, une impression de redécouvrir le monde sous un angle nouveau comme si toute ma vie durant, j’avais été confiné dans un espace noir et étroit sans jamais avoir goûté aux rayons du soleil. Ce n’était pas la première fois que je me faisais enfermer dans cette cage réservée aux plus rebelles ou aux plus dangereux, ni la première fois que j’en sortais. Depuis mon arrivée, j’y avais passé maintes et maintes heures à l’intérieur, séquestré derrière de solides barreaux. J’y avais passé des jours, des semaines ! Il était donc usuel pour moi de goûter à cette liberté à chaque fois que l’on me sortait de ce trou à rat et pourtant, jamais je ne me lassais de l’apprécier. C’était une réelle satisfaction, à chaque fois, un pur plaisir de se laisser bercer par la douce mélodie du vent de la liberté. Je fermai les yeux et pendant quelques minutes, je laissai les premiers rayons du soleil réchauffer ma peau qui, depuis plusieurs jours, trop habituée au froid et à l’humidité du Gnouf, avait oublié ce qu’était la notion de chaleur.

Une fois mon rituel de prisonnier fraîchement relâché effectué, mes pieds me menèrent naturellement vers le second lieu dans lequel je passais le plus clair de mon temps : l’infirmerie, espace où je m’adonnais aux divertissements les plus délicieux et où de nombreux blocards au corps mutilé venaient me distraire de la plus belle des manières, avec leur flot de sang, de pue et de chair en lambeaux. Je l’aimais sincèrement cette infirmerie, ses tables d’examens d’un blanc trop propre, d’une pureté sans reproche et ses étagères remplies de médicaments et autre substances curatives envoyés par une entité étrangère, mystérieuse personne se trouvant hors du bloc.
Je rentrai, la démarche légère, à l’intérieur de ce sanctuaire de loisirs, au sein duquel flottait une odeur étrange, un mélange de désinfectant et de pourritures provenant d’on ne sait où. Je respirai un grand coup cet arôme familier qui m’arracha un sourire de plénitude. Qu’il était bon de se retrouver « chez soi » ! Au fond de la pièce, affalés dans un coin, deux medjacks somnolaient, la bouche entrouverte, rattrapant quelques heures de sommeil bien méritées. J’en fus presque jaloux, tant cela m’avait manqué de ne pas pouvoir passer une nuit à m’occuper d’un malheureux patient dans un état des plus pitoyable.

Les heures passèrent à une vitesse hallucinante et l’infirmerie se remplit petit à petit, les blocards agonisants venant frapper à sa porte et les medjacks accourant à gauche à droite pour leur venir en aide. Quoique j’eu été l’un des premiers à arriver, je n’avais encore rien fait. Rien du tout. Pendant ces heures passées, je n’avais fait qu’observer les blessés et les malades s’enchaîner sans jamais leur venir en aide. Plusieurs de mes collègues n’avaient pas hésité à critiquer mon état flagrant d’oisiveté mais aucun de leur reproche ne m’avait atteint. Ils ne comprenaient pas, eux. Ils ne pouvaient pas comprendre. Pour fêter ma sortie du Gnouf, je voulais m’occuper du cas le plus misérable. Je voulais de l’hémoglobine, je voulais des plaies béantes, de la peau déchiquetée, je voulais du rouge carmin à profusion. Je ne voulais pas d’un pauvre tocard fiévreux, d’une simple égratignure aux genoux ou d’un coureur pris de nausées incessantes. Trop ennuyeux, pas assez stimulant. Je voulais du trash, je voulais que le sang coule, qu’il vienne brisé cette blancheur parfaite des tables d’examens. Et alors que je commençais à abandonner cette recherche désespérée du parfait blessé, un malheureux fit renaître cette lueur d’espoir qui, graduellement, s’éteignait, et vint raviver ma passion pour ma fonction de medjack. Au pas de la porte se tenait un pauvre blocard, une large plaie, répugnante, recouvrant la quasi-totalité de son bras gauche. Son visage était blême ; sur ses joues ivoire, de grosses larmes perlaient, laissaient une trace humide sur sa peau couleur de mort et l’infortuné semblait prêt à tourner de l’œil d’un instant à l’autre. Un sourire malicieux aux lèvres, le regard brillant d’excitation, je levai mes bras en m’écriant que je m’en occupais –au plus grand désespoir de certains de mes camarades, connaissant ma passion malsaine pour le gore- et m’empressai d’aider ce tocard dans l’état le plus pitoyable à s’allonger sur l’une des tables d’examen. Je pus alors observer de plus près son entaille, ignoble et profonde, d’où le sang, ne cessait de s’écouler. Sur le reste de son frêle petit corps, d’autres blessures, moins graves, étaient visibles et ne demandaient qu’à être traitées. Et partout sur sa peau, du rouge, du rouge et encore du rouge. C’était beau, c’était parfait et grâce à ce pauvre tocard, j’allais pouvoir retrouver mes plaisirs d’antan. Afin d’agrémenter ceux-ci, afin d’ajouter un peu de piment à mon intervention, il me fallait un ou une collègue medjack avec qui rigoler ou me disputer. C’est sans attendre que j’appelai un volontaire en renfort, priant secrètement pour que la jeune Lyra me soit envoyée, brave enfant dont la colère alimentait mon amusement.

En attendant que l’on m’envoie mon heureux partenaire, chanceux ou chanceuse qui allait avoir l’honneur de profiter de ma charmante compagnie et de faire équipe avec moi, je partis chercher de quoi arrêter cette vilaine hémorragie, ainsi que le matériel nécessaire à soigner cette affreuse et fabuleuse blessure dont ce malheureux blocard souffrait. Et alors que ma main tâtait les étagères, à la recherche d’un pansement compresseur, une voix, douce et féminine, un timbre inconnu, un son que jamais encore je n’avais entendu au bloc, vint chatouiller mes tympans et m’interrompit dans ma tâche.

- Bonjour., disait cette voix étrangère, On m’a dit de venir te voir. Il parait qu’on va faire équipe. Je suis Mahree.

Une nouvelle, devinai-je. Une medjack fraîchement débarquée. Une bleue qui n’avait pas encore fui devant mon sourire charmeur et mes techniques de « grand séducteur » pas encore franchement au point. Une jeune innocente, à en juger par sa voix pure et cristalline, qui ne me détestait pas encore, ni ne me craignait, dont le cœur était à prendre. Une medjack à draguer. Heureux de pouvoir tester à nouveau mes atouts d’enjôleur, je me retournai vers ma nouvelle proie, affichant un sourire aguicheur et arborant mon regard de « tombeur ». Ce qui se présenta sous mes yeux me ravit au plus haut point et je ne fus pas déçu de l’apparence de ma partenaire. Un visage radieux qui gardait encore ses traits enfantins, des yeux rieurs, de beaux cheveux chocolat, des traits exotiques comme on en voyait rarement au bloc, une complexion parfaite ; elle dégageait quelque chose de spéciale la nouvelle. Elle était belle, à croquer, adorable comme jamais et pour peu, je l’aurai presque serré dans mes bras jusqu’à étouffement tant son sourire ingénu me faisait fondre. Tentant de garder mon sang-froid, je lui répondis :

- « On t’a dit de venir me voir où tu as été attirée par mon charme naturel ? Chut, ne dis rien, dis-je en posant un doigt sur ses lèvres roses avant qu’elle ne puisse prononcer un mot, je sais que c’est cette irrésistible envie de me rencontrer et mon fort magnétisme qui t’a amené jusqu’à moi. Personne ne résiste à Jude le magnifique ! Quoi qu’il en soit, ravi de faire équipe avec toi jolie Mahree. »

Pour ponctuer ma tirade, je passai un bras autour de ses épaules, la rapprochant plus près de moi, à quelques centimètres. Une chose des plus étranges se produisit alors : lorsque mon bras frôla son cou délicat, d’étranges images défilèrent à une vitesse hallucinante, presque effrayante, devant mes yeux. Des flashs. Du blanc. Du noir. Des formes floues, des couleurs indéfinies. Je ne pus rien en tirer d’autre qu’un sentiment de profond malaise et, pendant une microseconde, mon cœur cessa de battre dans ma poitrine et mes poumons semblèrent se compresser dans ma cage thoracique, coupant brusquement ma respiration. Lorsque je repris mes esprits, je repoussai violemment la jeune brune et la scrutai d’un air méfiant. Quel était ce tour ? Ces flashs, ces images nébuleuses ? Ces bribes de mémoires que je n’ai pu distinguer ? Je dévisageai la belle brune d’un air sceptique, inquiet et complètement perdu. Je tentais de comprendre, de trouver des réponses dans ses traits enfantins. Rien ne vint et mes questions restèrent désespérément en suspens. L’idée de la toucher à nouveau me traversa l’esprit, pensant revoir ces lumières et ces couleurs en posant une main sur son épaule, mais une peur incompréhensible, une peur inconnue, me fit vite oublier cette folle initiative.

Ignorant son regard interrogateur, je grimaçai ; la perspective de faire équipe avec la nouvelle blocarde m’enchantait beaucoup moins. Je voulus le lui dire, de but en blanc, insouciant que j’étais, que sa présence à présent me dérangeait mais, étrangement, les mots ne sortirent pas et je me mis à réfléchir à une façon plus appropriée de le lui dire. Une façon qui ne la vexerait pas. Étonnant. Quand était-ce la dernière fois que j’avais pesé mes mots ? Aussi loin que je me souvenais, jamais. Jamais je n’avais hésité à exprimer ce que je pensais, sans prendre la peine d’employer de belles tournures de phrases. C’était bizarre. C’était anormal. Ce n’était pas moi et cela me perturba profondément.

- « Écoute, commençai-je sans prendre la peine d’expliquer avant mon geste soudain de répulsion qui m’avait pris un peu plus tôt, t’es nouvelle il me semble, non ? J’demande ça parce que je sais pas si tu vas bien supporter la blessure affreuse que je m’apprêtais à soigner. J’ai pas envie que tu t’évanouisses et j’ai un peu peur pour... ta santé mentale ! Tu risques d’être légèrement traumatisée par ce pauvre patient, je t’assure que c’est franchement pas beau à voir. Il vaut peut-être mieux que tu commences en douceur. Genre le tocard là-bas, dis-je en pointant du doigt un blocard sur le point de rendre ses tripes, il est pas parfait ? Il a pas l’air très frais mais au moins il ne pisse pas le sang ! »

Joignant discrètement mes mains derrière mon dos, je me surpris à supplier le ciel qu’elle s’en aille. Pourquoi agissais-je ainsi alors qu’elle n’avait rien fait, l’innocente ?




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MessageLun 8 Déc - 15:08

Please, remember me once more
Jude ∞ Mahree


En attendant qu’il se retourne, Mahree se contentait de fixer ces boucles brunes. Elles étaient rebelles et c’était le genre de coupe qui détonait au Bloc. Les autres blocards arboraient en général des apparences simples, sans artifice. De toute manière, le Bloc n’était pas vraiment propice à l’extravagance et aux froufrous. Au moins, cette coupe le rendait plus identifiable. On avait presque envie de passer ses doigts dans cette tignasse. Elle avait quelque chose d’avenant. Et d’amusant aussi. C’était sans doute très bête mais ça le rendait du coup plus rassurant. Quand il se retourna enfin, Mahree se redressa et l’observa attentivement. Il avait le visage expressif. Une bouche bien dessinée formait un grand sourire qui révéla des dents impeccables. Un nez droit et proportionnel par rapport à l’ensemble. Elle distinguait à peine ses oreilles sous cette déferlante de boucles. Mais en réalité, ce n’était pas vraiment ces éléments qui intriguaient Mahree. Le plus parlant dans ce garçon c’était sans doute ses yeux. Ils étaient vraiment très vivants et dégageaient beaucoup d’informations à la fois, au point même que s’en était déstabilisant. Ils étaient assez grands et les épais sourcils qui se dressaient au-dessus d’eux les soulignaient de telle façon à ce que le bleu qu’ils dégageaient soit encore plus intense qu’il ne l’était déjà. Ses cils étaient longs et noirs, ce qui apportait une douceur enfantine à son regard. Douceur complètement empiété par les commentaires qui suivirent. D’abord surprise, Mahree resta là à le regarder sortir sa tirade avec toute la théâtralité dont il semblait être capable. Et quelle performance ! Il sortait les grands mots, se définissait avec de belles éloges, souriait pleinement et usait de la ponctuation de telle manière à accentuer le moindre de ses mots. Il s’avançait vers elle en même temps qu’il parlait, et alors que Mahree s’apprêtait à répondre ironiquement à sa question, il posa un doigt sur ses lèvres. Elle leva un sourcil, le coin des lèvres formant un rictus rieur. Et il disserta sur sa magnificence et son magnétisme naturel. D’après ses propos, il semblait tout naturel qu’elle ait ressenti le besoin de se diriger vers lui tant sa personne toute entière transpirait un charme irrésistible. Mahree afficha un sourire imperceptible. Pourtant, elle trouvait très amusant sa façon d’entrer en contact avec elle ; ça la changeait un peu des mines déconfites et des visages fatigués. Les sourires, c’est plutôt elle qui les faisaient au Bloc. Là, elle tombait face à un individu étrange, un peu lourd mais au moins il avait le mérite de l’amuser. Elle ne prenait pas une seule de ses phrases au sérieux, et doutait très franchement que quiconque puisse s’auto-qualifier avec tant de bonté. Pour elle, il était juste drôle, et ça lui donnait presque envie de rire. Elle appréciait bien cette extravagance. Du coup, elle ne broncha pas et le laissa faire son petit spectacle.
Elle restait là à l’écouter, attendant patiemment qu’il ait fini quand il passa un bras autour de ses épaules. Mahree n’avait rien contre le contact physique, en fait elle était même assez tactile à partir du moment où elle appréciait bien la personne. Pour autant elle le trouvait assez culotté de l’attirer si près de lui alors qu’ils ne se connaissaient que depuis deux minutes. Du coup, elle ouvrit la bouche, déterminée à avoir elle aussi la réplique dans la pièce :

-C’est bon, tu as fini Casanova ? On se déshabille tout de suite ou on se met au travail ?

Elle avait dit ça avec un sourire rieur et une évidente ironie qui criait « bon, tu es bien mignon et rigolo, enchantée, mais sérieusement, on peut s’y mettre maintenant ? ». Mais étrangement, lorsqu’elle tourna le visage vers lui, il semblait complètement ailleurs, absent, absorbé par quelque chose d’impalpable. Elle envoya son sourire aux oubliettes et le fixa, les sourcils froncés. Si proche, elle pouvait voir que quelque chose n’allait pas. Sa soudaine raideur déclencha dans l’esprit de Mahree une foule de questions… Avait-elle dit quelque chose de bizarre ? Ces allusions l’avaient-elles mit mal à l’aise ? Après son petit monologue, elle avait pensé qu’il aurait plutôt trouvé ça amusant… Elle ressentit un froid intense se propager autour d’elle et l’enrober complètement. Mal à l’aise, elle s’apprêtait à lui demander ce qu’il se passait quand il sembla enfin sortir de sa torpeur. Cette « absence » n’avait durée qu’une demi-seconde mais cela avait semblé durer plusieurs minutes. Elle ne s’y été pas du tout attendue, mais elle s’attendait encore moins à ce qui s’ensuivit. Il la poussa de manière assez brutale, et elle en eut le souffle coupé. D’instinct, elle mit ses mains en arrière pour se rattraper au cas où elle heurterait un objet ou un mur. Cela n’arriva pas. Elle n’avait reculé que de quelques pas et elle en déduit que ce pouvait très bien être un geste non mesuré. Mais au froid qu’elle avait ressenti une seconde plus tôt s’ajouta un sentiment d’angoisse. Elle regarda le sol une seconde. Cet arrêt lui fit prendre conscience qu’elle avait le souffle court. Elle releva la tête et regarda le Medjack. Sa vision de lui venait de changer du tout au tout. Elle ne comprenait pas pourquoi il l’avait envoyée balader comme ça alors qu’il avait fait en sorte de se rapprocher d’elle en l'entraînant contre lui. Mal à l’aise, Mahree essaya de calmer son cœur qui avait commencé à battre un peu plus fort. Elle n’aimait pas du tout ce geste qu’il avait eu, de même que cette anxiété qui venait de naître en elle. Un malaise flottait dans l’air. Peut-être qu’il avait eu une absence, qu’il s’était senti mal ? Elle essayait souvent de justifier les actions malheureuses des gens, mais cette fois-ci… Elle n’y parvenait pas. Et quand bien même il s’excuserait ou trouverait quelque chose pour justifier son geste, elle resterait froide à la moindre parole. Elle n’arrivait pas à lui trouver des excuses, parce que dans sa tête, une voix lui murmurait « non, tu sais très bien que ce n’est pas ça. ». Mais comment pouvait-elle savoir quoique ce soit à propos de ce garçon ? C’était la première fois qu’elle le voyait.
Les yeux du Medjack avaient perdu toute chaleur. Il la fixait d’une manière qui la gêna d’autant plus qu’il semblait être devenu quelqu’un d’autre. Quand elle plantait son regard dans le sien, elle lisait une puissante négativité qui la perturbait. Elle ne discernait plus rien de léger et d’amical en tous cas. Mahree l’avait bien comprit en croisant ces yeux profondément bleu. Elle essaya de se reprendre et releva le menton. Après tout, il l’avait juste poussée, pourquoi en faire tout un plat ?
Oui, mais pourquoi ressentait-elle cette angoisse qui ne semblait plus vouloir la quitter ?

Elle resta muette et décida de soutenir le regard du jeune homme. Après tout, elle n’avait pas à baisser les yeux devant quiconque, surtout lorsqu’elle était innocente. L’atmosphère avait basculée en une fraction de seconde de bonne enfant à ce qui s’apparentait à de la tension. Mahree ne cessait de cogiter quand il brisa le silence. Sa voix, les mots qu’il employait, son intonation, tout avait changé. Il n’était plus du tout le même qu’au début. Son apparente assurance s’en été allée très loin, suivit de près par son humour. Mais plus elle l’écoutait, plus elle était déconcertée. Voilà maintenant qu’il cherchait à la faire partir ? A lui coller un vomito en puissance pour qu’elle ne soit plus dans ses pattes sous prétexte qu’elle était nouvelle ? Elle l’écouta sans rien dire, pinça légèrement les lèvres au fur et à mesure qu’elle assimilait les mots du jeune homme. C’était très étrange, parce qu’elle se sentait encore plus mal à l’aise. Quelque chose s’était passé. Elle ne savait pas quoi, mais pourtant… Le Medjack du début semblait content de faire équipe avec elle. Pourquoi cela avait-il changé, ça, elle ne le savait pas et elle décida de s’en aller. Il ne voulait pas d’elle ? Très bien, elle ne s’imposerait pas. De toute manière, elle n’était plus du tout à l’aise. Elle avait la sensation d’être de trop et par conséquent s’éloigner de ce gars étrange lui ferait le plus grand bien. Elle soupira, lâcha un petit rire sans joie en regardant sans le voir le mur face à elle puis se retourna vers lui.

-Ça va, ne te fatigue pas.

Il n’y avait pas de haine dans sa voix, juste un peu de déception, de tristesse même. Elle se faisait renvoyer ailleurs sans avoir pu prouver ce qu’elle valait. Et en même temps, elle se rendit compte qu’elle avait employé un ton presque doux en disant cela, alors que franche comme elle était, elle aurait en temps normal plutôt dit quelque chose comme « Un peu de courage, dis-le franchement que je suis de trop. ». De la gentillesse ? Non, non. Elle n’osait pas élever le ton et ce pour une raison qu’elle ne saisissait pas. Elle ne comprenait rien d’ailleurs et cela commençait à être agaçant. Alors elle commença à marcher pour exaucer le souhait de ce garçon déconcertant. Quand elle passa à côté de lui elle retint son souffle et lui lança un regard à peine perceptible.

Elle fixa le tocard prit de nausées avec un regard égal. Elle avait la tête ailleurs et avait dorénavant hâte que la journée se finisse, même si elle savait pertinemment qu’elle avait encore pas mal d’heures devant elle. Mais elle ne devait pas non plus se laisser atteindre par un geste malheureux et une vieille excuse pour la faire partir. Elle était au-dessus de ça. En fait, de manière générale elle n’aurait sans doute pas détourné les talons pour obéir au souhait d’un inconnu. Elle serait restée, elle se serait incrustée même. Mais pas dans cette situation. C’était surprenant, et elle commença à se demander si ses propres réactions n’étaient pas plus étonnantes que l’attitude du Medjack. Le blocard en face d’elle se mit à gesticuler et termina par vomir son repas sur le sol froid. L’odeur infecte s’engouffra dans les narines de Mahree qui reprit aussitôt ses esprits. Une jeune Medjack blonde se précipita sur le blocard malade et le prit en charge. Cela avait laissé le temps à Mahree de prendre une décision. Elle soupira, se tapota les joues avec délicatesse pour se motiver et se retourna. Elle n’était pas venue chez les Medjacks pour tenir une bassine à un blocard nauséeux. Elle était venue pour apprendre des choses, et qu’importe le malaise, elle irait jusqu’au bout.
Elle se retourna donc et marcha avec une volonté qui s’émoussait à chaque seconde. Mais pas assez pour la faire reculer. Quand elle revit le garçon aux boucles brunes, elle se rendit compte qu’elle ne connaissait même pas son nom. Elle avançait, elle avançait, contournant un ou deux blocards blessés au passage. Le chemin lui paraissait étrangement long et le malaise revenait mais elle parvint à passer au-dessus. Une fois derrière le Medjack, elle s’éclaircit la gorge et lui dit, les bras croisés :

-Ecoute, je ne suis pas venue faire ma période d’essai chez les Medjacks pour faire la bronzette.

Elle regarda les boucles brunes et se fit la réflexion que rester derrière lui ne facilitait pas la conversation. Mahree décida donc de se placer à côté de lui. Elle lui lança un regard déterminé puis se retourna vers le blocard blessé. Il était vrai que sa plaie n’était vraiment pas belle à voir : du sang partout, et pas seulement autour de sa blessure : le liquide rouge recouvrait ses vêtements, ses cheveux, son visage même. Le blocard semblait partit très loin, les yeux à demi clos. Ses lèvres se confondait avec le reste de sa peau tant il se vidait de son sang. Il tremblait légèrement. Mahree se retourna à nouveau vers l’entaille profonde et son cœur se souleva. Ils avaient passé un temps considérable à discuter. Temps pendant lequel le pauvre blocard se vidait de son énergie. Mahree s’en voulut aussitôt et cela la décida d’autant plus à rester. Elle se pencha volontairement sur la plaie, l’observa un petit moment puis se redressa et regarda le Medjack :

-Trop tard, ma pauvre âme de bébé Medjack est souillée. On peut commencer maintenant ?

Elle le regarda droit dans les yeux, espérant qu’il arrêterait de tenter de la faire partir car c’était vain. Elle resterait malgré la boule d’anxiété qui semblait avoir élu domicile au creux de son ventre. Mahree essaya de sourire afin de détendre l’atmosphère, mais elle n’y parvint pas préféra finalement détourner les yeux vers le blocard aux paupières closes. Ce Medjack avait un regard impressionnant. Il était vraiment déstabilisant et en même temps, c’était le cœur même de son charisme. Il n’était physiquement pas parfait, mais il avait un naturel intriguant. Ses imperfections le rendaient extrêmement charmant, et c’était aux yeux de Mahree bien plus important que la simple beauté qui souvent la laissait froide. Il était malheureux qu’un garçon comme lui soit si paradoxal dans son attitude. Car aucune fille ne pourrait le suivre. Tout du moins, c'est ce qu'elle pensait sur le moment et aux vues de ce qu’elle ressentait. L'angoisse qui persistait à creuser son trou en elle ne l'aidait pas à voir les choses de façon positive. En fait, elle éprouvait une crainte très étrange vis-à-vis de lui. Quelque chose qui semblait aller au-delà du fait qu'il puisse la pousser brutalement. Les dents serrées, elle décrocha son regard du garçon et s'efforça de se concentrer. Il fallait arrêter de tergiverser.

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MessageLun 15 Déc - 1:30



Please, remember me once more


Quelle horreur c’était que de se trouver en compagnie de cette inconnue. Son visage d’enfant, ses traits innocents, ses yeux étincelants, cette présence étrangement familière, cette peur de la frôler à nouveau, était devenue, en l’espace de quelques secondes, insupportable. Profondément désagréable. Jamais je ne m’étais retrouvé dans un tel état de malaise, aussi embarrassé par la présence d’une blocarde. Pire même, d’une bleue ! J’avais l’impression d’étouffer ; l’air que respirait également la medjack m’asphyxiait, s’étranglait dans le fond de ma gorge. Était saturé de tension au point que j’avais l’impression de me faire engloutir tout entier par cette pénible atmosphère, trouble cruel. Une boule s’était créée dans le fond de mon estomac et me tiraillait les entrailles. Dans ma tête, tel un disque rayé, passait en boucle ce seul et unique mot : « Pars ». Qui était cette jeune femme ? Cette Mahree ? Pourquoi donc me mettait-elle dans un tel état ? Quelle était donc la nature de ce tour, de cette sorcellerie ? On ne me déstabilisait pas facilement. On ne me déstabilisait jamais. Je me sentais bien trop au-dessus de tout que pour me laisser ébranler de la sorte. Et pourtant, voilà qu’elle avait réussi une telle prouesse, l’adolescente. Par le toucher, elle avait réussi à semer ces images floues dans mon esprit, à y semer le trouble.

Le malaise chez elle était tout aussi palpable et la jolie medjack semblait tout aussi perturbée. Ses pupilles brunes agitées trahissaient son trouble ; elle semblait chercher quelque chose de manière aussi désespérée que je cherchais à me débarrasser d’elle. Son expression changeait au fur et à mesure que les secondes s’écoulaient, passant des traits teintés d’incompréhension, à de la colère, pour retourner finalement à cet air interrogateur qui la rendait presque drôle à regarder. Si la situation avait été tout autre, je serais certainement parti dans un fou rire, son visage perdu lui donnant cet aspect comique, prompt à déclencher mon hilarité. Seulement j’étais trop occupé à souhaiter son départ et aucun rire ne sortit de mes lèvres pincées, ni aucun sourire ne vint fendre mon visage. J’attendais juste, impatiemment, qu’elle abandonne l’idée de faire équipe avec moi et qu’elle s’éloigne le plus loin possible, le temps de remettre de l’ordre dans mes idées et mes émotions mêlées. Ce n’était jamais bon signe lorsque ces dernières se plaisaient à former un tourbillon d’états d’esprits paradoxaux.

- « Ça va, ne te fatigue pas. », lâcha l’adolescente d’un timbre coloré d’une déception mélancolique.

À ces mots, je ne pus réprimer un long soupir de soulagement. Cependant, la culpabilité vint vite remplacer ce sentiment d’apaisement qui ne s’installa que le temps d’une fraction de seconde. Le ton qu’avait employé la jeune adolescente m’avait pénétré, déchiré le cœur et j’eus l’impression d’avoir reçu de multiples coups de poignard en pleine poitrine. Je tentai de me consoler en cherchant de la haine dans les prunelles de la medjack mais n’y trouva qu’un noir dépit qui ne vint que renforcer cette peine étrange que j’éprouvais pour l’innocente. Oui, étonnante réellement était cette peine que je ressentais pour la jeune femme. L’on me connaissait insensible et incapable d’éprouver de la compassion, incapable de me comporter comme un être humain ordinaire. Ceci avait été sa deuxième prouesse à la jolie brune, que de m’octroyer un cœur. C’était répugnant. Je trouvais cela absolument ignoble que de ressentir un sentiment dégoulinant à ce point d’humanité. Profondément écœuré par cette soudaine vague d’affection, je grimaçai et frissonnai  tout entier devant une pareille horreur.

Je lui tournai le dos tandis que, d’un pas las et trainant, la medjack se dirigeait sans conviction vers le tocard à la mine déconfite par une violente nausée. J’avançai lentement vers mon patient oublié, agonisant et se vidant de son sang sur sa table. Le pauvre attendait toujours que l’on le soigne et poussait dans un effort désespéré des grognements accablés. Je tentais de me concentrer sur celui-ci, tandis que je marchais à pas de tortue vers le malheureux, pensant le fixer pour oublier l’adorable et curieusement insupportable asiatique. Cela devait marcher, la vue de son sang s’écrasant à grosse goutte à terre, colorant de rouge vif et sale le sol de l’infirmerie censé monopoliser mon entière attention et exciter cette passion malsaine et non dissimulée pour l’hémoglobine. Cela aurait dû fonctionner ! Cependant, il me semblait impossible de détacher mon regard de la fragile blocarde, celui-ci ne cessant de se poser sur la chevelure moka de la jeune fille, se balançant à un rythme régulier contre sa frêle taille. Il fallait que je m’assure, ce à tout prix, qu’elle ne reviendrait pas et qu’elle s’occuperait du blocard au visage verdâtre, à présent recouvert de vomi aux teintes les plus étonnantes. Soudain, Mahree tourna les talons et décida d’ignorer ce triste spectacle. Je détournai les yeux rapidement, voulant à tout prix éviter un nouvel affront ; il fallait que je l’ignore, que je l’efface de mon esprit, que je fasse d’elle un fantôme invisible. Qu’il n’y ait plus que ce blocard en sang, couché plus loin, dans mon champ de vision, ses râles, ses plaintes dans mes tympans. Pas Mahree, pas sa voix cristalline, son timbre troublant.

Elle ne me laissa malheureusement pas faire comme je l’entendais.

- « Ecoute, je ne suis pas venue faire ma période d’essai chez les Medjacks pour faire la bronzette. », dit une voix horriblement proche, sur un ton presque défiant.

Sans me retourner, ne voulant pas lui infliger cette expression d’horreur qui s’était dépeinte sur mon visage au son de sa voix, ne voulant lui montrer à nouveau mon trouble profond, je lui répondis, d’un air faussement assuré :

- « La bronzette ? Mais enfin, je t’avais confié une nouvelle tâche d’une extrême importance ! Une occasion en or de nous prouver tes talents de medjack ! Ce n’est pas de ma faute si tu l’as refusé. Quel gaspillage…  »

Soudain, les mots « périodes d’essai » résonnèrent dans ma tête tel un écho se répercutant contre les parois de mon crâne de manière tardive. Doux son libérateur. Porteur d’espoir. Avait-elle dit « période d’essai » ? C’était presque trop beau, trop improbable et sans attendre, afin de confirmer ce miracle inespéré que portait chacune de ces syllabes, je me retournai vers la jeune innocente en l’interrogeant :

- « Attends, t’as dit période d’es… »

Elle ne me laissa pas terminer ma phrase, l’insolente. Elle ignora complètement ma dernière remarque et passa devant moi, telle une ombre insaisissable, en se dirigeant d’un pas déterminé vers ma victime d’aujourd’hui. Elle était résolue, ce jusqu’au bout – son regard en témoignait – à prouver sa valeur en tant que medjack. Elle voulait me montrer qu’elle était capable de supporter la vue du sang, qu’elle n’était pas faible, qu’elle était capable de plus grandes choses que de soigner un tocard en proie de violente nausée. Elle brûlait de cette volonté agaçante qui transpirait à chacun de ses pas et me clouait sur place, m’empêchait d’effectuer le moindre geste. Je n’arrivais qu’à froncer les sourcils et l’observer l’effrontée, sans voix, sans savoir quoi dire, sans savoir quoi faire. Je contemplai avec effroi l’audacieuse se pencher sur la plaie béante et purulente du blocard allongé. Je guettai sa réaction, me rapprochai de la jeune fille, espérant voir se dessiner sur son visage blanc, son visage candide, une grimace de terreur à la vue de l’écœurante blessure. Ce doux rêve resta à l’état de chimère, de belle utopie et la courageuse adolescente, ces mêmes yeux sombres brillant d’une lueur de défi, releva son regard et le posa sur le mien, brisant en un instant tout espoir qu’elle puisse partir et me laisser en paix.


- « Trop tard, ma pauvre âme de bébé Medjack est souillée. On peut commencer maintenant ? »

Cette dernière réplique sonna comme la pire des sentences. Commencer ? Avec elle ? C’était impensable ! Il était certain qu’elle ne manquerait pas d’à nouveau me déstabiliser, d’une manière ou d’une autre. Il était certain que la jeune fille me troublerait une fois encore, sèmerait une fois de plus la confusion au sein de mon esprit. Il ne fallait pas que je fasse équipe avec elle. Je ne voulais pas. Pourtant, il semblait que je n’avais pas le choix. Devant moi se trouvait le patient parfait, sanguinolent à souhait, torturé de la plus belle des façons par la douleur. Il était le patient que j’attendais depuis ce matin, celui qui allait marquer mon retour du Gnouf de la manière la plus grandiose. Je le regretterais, oh oui je le regretterais, si je le laissais au soin de cette débutante. Je haïrais plus encore la regarder s’occuper de ce qui devait constituer mon ultime divertissement de cette longue et éprouvante journée. Il était à moi, ce patient. C’était ma victime. Mon spectacle de souffrance. Le mien.

Elle ne semblait pas vouloir lâcher prise la nouvelle. Elle s’accrochait à ce malheureux souffrant. Elle n’allait pas partir, c’était à présent certain. Pourtant, elle ne pouvait pas rester. Je ne l’expliquais pas, ne le comprenais pas, mais j’avais cet étrange besoin de me tenir loin d’elle. Était-ce de la crainte ? De la haine ? Je ne comprenais rien. Je ne la connaissais pas, la belle adolescente. Je ne l’avais jamais vu. Pourquoi donc ce besoin de la faire fuir, de l’éloigner ainsi ? C’était incompréhensible et j’abandonnai très vite toute tentative d’y apporter une réponse à cette énigme étonnante. Pourquoi devrais-je m’en soucier, après tout ? Je ne me souciais jamais de rien. Il fallait que, comme à mon habitude, j’écoute mes pulsions, et elles uniquement. Mes désirs. Mes envies. Ne pas penser à autre chose. Il fallait que je réfléchisse à un moyen de la faire fuir. Fuir bien plus que cette intervention en équipe. Il fallait que je mette fin à sa période d’essai. Il fallait que je la pousse à ne plus vouloir mettre un pied à l’infirmerie, à abandonner ce boulot gratifiant de medjack. La faire fuir, j’en avais largement les capacités. Combien de blocards aujourd’hui évitaient cet endroit pour la seule cause de ma présence ? Combien de tocards avais-je traumatisés par un seul coup d’œil teinté de folie ? Des dizaines et des dizaines de victimes de mon insanité aujourd’hui m’évitaient et me craignaient. Il suffisait juste que je procède comme à l’usuelle. Que je l’effraie par mes méthodes peu orthodoxes, que son esprit innocent soit à vie marquée par l’horreur que provoque l’extravagance de ma passion inquiétante pour le gore. Cela allait être si simple ! Un vrai jeu d’enfant ! Il me suffisait pour cela de me concentrer sur la douce vision du sang, sur la peau blême comme la mort, les veines bleues et saillantes, sur les délicieuses souffrances du blocard au bras recouvert par la couleur de la rouille.

- « Très bien, lançais-je tout d’un coup beaucoup plus sûr de moi, en lui décochant un sourire joueur et en balayant de ma mémoire les événements précédents, si tu y tiens vraiment. Si tu es si déterminée à soigner ce pauvre tocard. À le soigner sous l’œil sage du grand Jude. Quel honneur, n’est-ce pas ? Tu vas pouvoir apprendre les méthodes du medjack le plus réputé du bloc. Tu peux pleurer de joie, je t’en prie. »

Lui lançant un dernier regard railleur, je me penchai à mon tour vers la plaie, contemplant avec une joie cachée la belle, savourant cette vision de chaire lancinée, ce mélange délicat de pue et d’hémoglobine qui s’écoulait le long du bras du malheureux. Mon visage à quelques centimètres de l’entaille, j’humectais cette blessure sans odeur, fermant les yeux, comme savourant à l’aide de mes sens un met qui promettait d’être divin. Rouvrant les paupières, je couvai avec amour la splendide taillade comme une mère contemplerait son enfant.

- « Elle n’est pas belle la plaie ?, demandais-je à la jeune Mahree sans quitter l’entaille des yeux, N’est-elle pas magnifique, profonde et délicieusement purulente ? Quelle chance tu as de pouvoir t’occuper d’une telle merveille avec moi ! Ce n’est pas tous les jours qu’un tocard se fait une pareille blessure. »

Sans attendre, je m’adonnai à l’un de mes petits plaisirs malsain auxquels je m’adonnais toujours lors de mes interventions. Du bout des doigts, je pressai doucement la blessure, observant avec gaieté l’expression de son visage se transformer en une grimace hideuse. Je tâtai ensuite la vilaine taillade, enfonçant progressivement, sans aller bien loin cependant, un index puis un majeur. Un cri rauque s’échappa du fin fond de la gorge du patient qui ponctua son hurlement par une insulte à mon égard. Je laissai s’échapper d’entre mes lèvres un rire incontrôlable et dit à Mahree, gloussant à moitié :

- « Tu ne trouves pas ça hilarant ? Regarde le pauvre comme il crie et comme il a mal. C’est si drôle »

Toujours riant, me calmant petit à petit, je me redressai et pris un des tabourets à proximité sur lequel je posai mon derrière fatigué. Fixant la belle brune d’un air espiègle, le regard malicieux, sans la lâcher des yeux, je léchai de la manière la plus répugnante qui soit le sang du blessé qui s’écoulait le long de mes doigts. Il fallait que je l’effraie, que je la conduise à fuir en courant le fou que j’étais. Que mon visage la hante à jamais et la dissuade de revenir. Le goût du fer sur ma langue, je regrettai rapidement cette initiative, trouvant l’hémoglobine plus plaisante à regarder qu’à goûter. La saveur du liquide rouge était absolument immonde et me décocha une grimace de dégout que je tentais au plus vite de dissimuler. Me reprenant, tentant d’effacer ce souvenir écœurant de mes papilles gustatives, je repris la parole et m’adressai à nouveau à la medjack que j’espérais avoir traumatisée assez :

- « Tiens, je vais te tester. Si tu me montrais l’étendue de tes connaissances ! Regarde la blessure, que faut-il faire en premier pour la soigner ? Ne me déçois pas. À chacune de tes erreurs, je ferais hurler de douleur ce pauvre tocard.»




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MessageLun 22 Déc - 4:16

Please, remember me once more
Jude ∞ Mahree


Le trouble s’était insinué en elle comme un poison, imperturbable et vil, il semblait imbiber sa chair et la grignoter rageusement. Ce garçon éveillait en elle une nuée d’émotions contrariantes car incompréhensibles. Elle le regardait, curieuse de saisir le sens caché de ces questions qui se bousculaient dans sa tête, mais détournait aussitôt les yeux. Et chaque coup d’œil, chaque regard, accentuait son angoisse. Parce que c’était bel et bien cela : de l’angoisse. Vive et contraignante, pleine d’ondes négatives. L’apprentie Medjack sentait son cœur battre un peu plus fort dans sa poitrine et son souffle devenir moins régulier. Et pourtant, elle restait là, les yeux braqués sur lui, comme paralysée par une force invisible sur laquelle elle n’avait pas la moindre autorité. Elle avait fui son regard, voilà qu’à présent, elle ne pouvait plus s’en détacher. Tout cela était risible. La situation, les choses qui étaient en train d’éclore en Mahree, sa façon de réagir. Elle avait toujours cette improbable impression d’être redevenue une enfant. Et pourtant, Dieu seul était capable de ressentir le désir profond qu’elle avait de s’imposer en tant que femme, surtout à ce moment-là. Une femme forte, qui ne s’émeut de rien… surtout pas de cela. Surtout pas d’aussi peu.

Inconfortable était un euphémisme pour décrire l’état émotionnel qu’était celui de la jeune asiatique. L’atmosphère était lourde, négative. Mahree en avait la gorge serrée. Et pourtant, elle luttait pour affirmer ses choix : Elle voulait être une Medjack. Au-delà des connaissances médicales indispensables, elle avait conscience que cette classe nécessitait une maitrise de soi, un contrôle quasi-total de ce que l’on ne saurait tolérer habituellement. Cette situation, cet inconfort croissant, elle décida donc de l’assimiler à une épreuve, un défi qu’elle devrait relever pour se prouver à elle-même qu’elle était capable d’obtenir ce qu’elle voulait. Qu’elle n’aurait pas une nouvelle fois à sortir par la petite porte, sous des rires moqueurs pareils à ceux des Trappeurs et des Coureurs. Aussitôt que ce souvenir effleura son esprit, Mahree ressentie en elle une bouffée de rancœur lui brûler la gorge. Cela lui redonna un peu de contenance et de force.
Ce ne fut que lorsqu’elle sentit son propre regard se troubler qu’elle comprit qu’elle s’était involontairement coupé la respiration. Elle entrouvrit ses lèvres purpurines pour prendre une bouffée d’air comme un affamé se saisirait d’une miche de pain. Une main sur sa poitrine, elle s’essouffla un peu, mais tout revint rapidement dans l’ordre. Ce garçon la perturbait à ce point. C’était d’une parfaite stupidité et une certaine colère naquit en elle pour se dresser comme un serpent prêt à mordre. Etait-elle à ce point fragile ? Allait-elle donner raison aux moqueurs, à ceux qui s’arrêtaient à son visage d’enfant ?
Son regard se fixait sur ce pauvre blocard blessé, coincé entre deux feux d’incertitudes. Il ne pouvait pas plus mal tomber. Entre un perturbé et une anxieuse. Il souffrait incroyablement -ses râles réguliers en attestait - et pourtant même Mahree y était sourde. Elle se faisait violence pour lui accorder l’attention qu’il méritait et ce n’était néanmoins toujours pas assez. Même quand elle ne regardait pas le Medjack, elle sentait sa présence auprès d’elle et celle-ci devenait un peu plus suffocante à chaque seconde. Au moment où elle avait fait un pas pour revenir, elle avait senti sa détermination faiblir. A présent, elle était presque au point mort. Seule sa volonté de devenir Medjack la faisait rester ici.

Le titulaire se mit soudain à souligner à quel point le blocard nauséeux était un cas intéressant, capable de révéler les qualités de Medjack de Mahree. Selon lui, elle avait gaspillé cette chance. La voix du jeune homme se voulait assurée, mais Mahree percevait un malaise dans ses mots. Peut-être se faisait-elle des idées ? Mais une chose était certaine, ces paroles ne lui plaisait pas du tout : elle n’était sans doute pas une Medjack aguerrie, mais elle n’en était pas pour autant une abrutie. C’était comme s’il lui avait fait miroiter qu’elle n’était qu’une incapable et cela commençait à devenir sérieusement vexant. Mais pas seulement. En temps normal, elle se serait insurgée, aurait répliqué vigoureusement pour qu’il cesse de la prendre pour une frêle enfant au cœur innocent. Mais son malaise l’empêchait de prononcer le moindre mot. Elle n’attendait qu’une seule chose : qu’ils commencent, et surtout, qu’ils finissent au plus tôt de soigner le blocard.
Il se retourna vers elle, commença à parler, mais elle le méprisa si fort qu’elle l’ignora. Il fallait qu’elle lui prouve que capable ou non, elle n’était pas stupide. Alors elle se pencha, contempla scrupuleusement la plaie sanguinolente et purulente comme s’il s’agissait d’un défi. Et s’en été un, car depuis qu’elle était en période d’essai, elle n’avait guère eu l’occasion de se retrouver face à une blessure si grave. Elle sentait le Medjack près d’elle la contempler comme on surveille un élève qui triche, et elle garda son calme. D’apparence. Car au fond, bouillait de plus en plus fort un sentiment de mal-être. S’ensuivit sa propre réplique à propos de son âme de Medjack. Elle était sèche et pleine d’une confiance apparente. Il devait lui laisser une chance, et elle ne lui laisserait pas le choix.
Cette fois-ci, il reprit le ton qu’il avait employé au départ pour s’auto proclamer meilleur Medjack. Il lui fit comprendre qu’il s’estimait beaucoup, et qu’elle avait de la chance d’apprendre avec lui. Fausse prétention ou pas, Mahree s’en fichait. Elle le regardait avec un air légèrement énervé, les lèvres pincées et les bras croisés. Elle en avait assez de son petit jeu. Pleurer de joie ? Oh, pitié. Il était sérieux là ?
Il lui lança un autre regard railleur qu’elle tâcha d’ignorer. C’était plus facile de ne lui prête aucune attention que de se laisser atteindre. Les ongles de la demoiselle s’enfonçaient dans sa blouse. Soudain, il lui sembla entendre un reniflement. Les sourcils froncés, elle se pencha rapidement pour entrevoir le visage du soigneur qui examinait la plaie. Il semblait presque heureux en voyant la blessure, savourant la moindre parcelle de cette plaie béante, à tel point que Mahree n’avait aucun mal à s’imaginer le garçon pleurer de joie face à ce sanguinolent spectacle. Il avait à peu près la même réaction que Mahree devant un steak. Certes, accorder à un steak une attention telle semblait démesuré pour la plupart des gens, mais avoir ce type de réaction devant une plaie béante relevait de la folie. Mahree en resta bouche bée, les lèvres entrouvertes, à bout de souffle.
Il appréciait cette vision. Le pu, le sang entremêlé, les chairs lacérées… Il semblait éprouver du plaisir en contemplant tout cela. Un plaisir déplacé, barbare, dont il aurait dû se sentir coupable. Mais non, il continuait, le regard illuminé par ce délice sanguinaire qui était le sien. Mahree ne bougeait pas, encore paralysée par ce qu’elle voyait. Et c’était toujours ainsi. A chaque fois qu’elle ressentait quelque chose de fort, son corps manifestait son émotion en se paralysant. Cette fois, elle ne put s’empêcher de fixer le Medjack avec effroi. Elle restait courbée, la tête légèrement relevée vers lui. Ses yeux étaient ronds comme des billes. Et comme pour enfoncer le couteau dans la plaie, il commença  à se délecter verbalement de ce qu’il considérait comme un délice purulent. La joie et la sincérité qui émanait de ses mots était presque blessante. Pour l’humanité, pour la valeur qu’un homme devait avoir pour un autre. Mahree sentait son cœur serré, sa gorge aussi. Il était honnête. Il n’y avait pas de doute, il aimait ça. Sincèrement. S’en été à vomir et Mahree ferma les yeux un instant. Elle avait atterrie avec un fou. C’était le mot parfait pour le définir. Il fallait qu’elle prenne ses jambes à son cou le plus vite possible. Mais sa bonne conscience lui susurrait de ne pas laisser ce dingue avec ce pauvre blocard. Elle devait rester auprès de lui pour le protéger. Elle userait de ses maigres moyens pour empêcher le Medjack de s’acharner sur lui.
Il lui signifia par la suite que c’était une chance de s’occuper de ce cas avec lui. Quelle chance y avait-il là-dedans ? Elle avait plutôt la sensation que c’était un cauchemar interminable dont elle ne songeait qu’à sortir. Une parfaite catastrophe qui foutait sa journée en l’air et peut-être même sa semaine.
Il se mit à presser la blessure avec délectation, sans la moindre gêne. Mahree s’était redressée, mais encore une fois elle ne se sentait pas la force de bouger, quand bien même elle l’aurait voulu. Il regardait le blocard avec intérêt comme pour se nourrir de la douleur du blessé. Du blocard amoché au Medjack puis du Medjack au blocard amoché, les yeux de Mahree dansaient entre les deux hommes. Le tournis la gagna presque. La jeune femme n’en croyait pas ses yeux. Il continuait. Ses longs doigts blancs s’enfonçaient scrupuleusement dans la plaie du blocard. La jeune femme lâcha un bruit du fond de sa gorge et se retint de lui mettre une gifle. Elle leva sa main pour saisir le poignet du Medjack et l’empêcher de continuer quand elle entendit l’insulte du blocard. Elle s’arrêta une seconde et cria avec empressement à l’adresse du Medjack :

-Arrêtes ça tout de suite !

Il ne semblait même pas l’écouter, bien loin de lui de porter une quelconque considération dans ce moment qui n’appartenait qu’à lui. A peine eût-elle le temps de reprendre son geste de la main pour l’arrêter qu’il retira ses doigts de la plaie. Figée, elle resta là, consternée, le cœur battant. Si ça continuait comme ça, elle allait finir par faire une crise cardiaque. Il fallait qu’elle se calme tout de suite. Mais il continua, à croire que ça le faisait rire. Mahree ne pouvait pas cacher le malaise qui se dessinait sur son visage. Elle l’écoutait mais pour la première fois de sa vie, elle aurait préféré être sourde. Il trouvait ça hilarant ? Que ce pauvre type hurle à la mort ? Etait-ce à ce point jouissif pour le pousser à assumer ses propres mots ? Apparemment oui. Mahree se recula, horrifiée de ce qu’elle venait d’entendre. Elle commençait vraiment à avoir peur maintenant. Elle aurait pu penser qu’il s’agissait seulement d’une blague, mais il était sérieux : elle en était à peu près certaine. Il riait fort, sans jamais s’arrêter pour reprendre son souffle. Mahree recula d’un autre pas, inquiète. Comment les gens pouvaient-ils rester impassibles face à ce rire diabolique ? Elle se retourna et contempla scrupuleusement la foule des gens derrière elle. Finalement, elle ne vit que des blessés regarder dans leur direction. Les Medjacks semblaient ne pas réagir, comme s’ils n’entendaient pas. L’habitude de côtoyer le personnage peut-être ? L’apprentie se retourna de nouveau pour jeter un œil au Medjack fou et regretta aussitôt de l’avoir fait.

Ses paupières étaient figées, divulguant ainsi en continue l’atroce spectacle qui se dessinait devant ses yeux. Abasourdie, Mahree était sans doute à cet instant prompt à déclencher l’hilarité de quiconque croiserait son facies déconfit. Les lèvres entrouvertes, les yeux écarquillés et les sourcils froncés elle ressemblait à une droguée à ses heures les plus dégradantes. Mais elle ne s’en rendait même pas compte. Il lui semblait impossible, naïf de croire ce qu’elle voyait pourtant clairement. Lentement, goulûment, le Medjack léchait ses doigts recouverts d’un rouge sanglant, impur, souillé par le pu. Paralysée par l’effroi, Mahree ne parvenait pas à détacher son regard de cette scène des plus improbables. Répugnant, avilissant, dégradant, écœurant, infect, rebutant. Mahree aurait pu trouver un million de termes pour qualifier ce qu’elle voyait mais c’était au-delà des mots. Elle sentit son repas tourbillonner rageusement dans son estomac. Le Medjack parvenait à la faire vaciller dans ses opinions. Peut-être était-il fou ? Peut-être ne valait-il mieux pas travailler auprès d’un blocard mentalement dérangé ? Peut-être sa place était-elle ailleurs, loin de lui ? Elle se sentait à deux doigts de vomir. Sa nausée était si forte qu’elle plaça une main sur ses lèvres, puis deux, et se força à décrocher les yeux de ce pauvre malade dont la raison était morte depuis bien longtemps. Un fin filet de sueur vint recouvrir son doux visage d’enfant et ses yeux parvinrent finalement à se fermer. Elle ressentit une vive douleur tant ils étaient restés ouverts, comme s’ils avaient fini par être secs. Des larmes s’échappèrent de ses yeux pour les humidifier à nouveau. Elle abaissa une main pour venir la loger autour de sa gorge et utilisa l’autre pour effacer les petites larmes de son visage. Dès que cela fut fait, elle ramena la main à sa bouche. Il ne fallait pas vomir, surtout pas, pas maintenant. Sans compter qu’au-delà du fait qu’elle n’avait pas le droit de se montrer si faible devant lui, elle avait besoin de garder le peu de nourriture qu’on lui donnait. Elle n’en avait déjà pas assez comme ça alors il semblait incroyable de penser qu’elle puisse être malade. A moitié courbée, elle se força donc à se redresser et se retourna pour ne plus voir le Medjack. Tout en serrant les dents, elle se redressa calmement et retira la main qui encerclait sa gorge. Puis, elle se saisit d’une feuille provenant d’un gros rouleau de papier blanc fin et l’imbiba d’eau avec une bouteille à côté d’elle. Quand elle déposa le papier humide sur son front, elle inspira et expira calmement à de nombreuses reprises et retira sa main de sa bouche. La fraîcheur qui se propageait sur son visage avait quelque chose de relaxant. Mais elle ressentait toujours dans sa gorge cette gêne causée par ce dégoût grandissant.

Il était écœurant. Faire quelque chose de tel, ça relevait d’un désamour de soi. On ne devait pas beaucoup s’aimer, ni aimer les autres pour sucer ainsi le sang souillé. C’était gênant, et pour elle et pour lui. Mais le pire devait être le pauvre blocard alité, qui avait détourné le regard avec empressement à l’instant où il avait insulté le Medjack. Elle se demanda si elle n’avait pas rêvé, même si elle savait bien que non et elle se força à ne pas partir en courant. Elle ressentait toujours cette aigreur dans sa gorge et avait peur de tout vomir d’ici quelques instants. Les choses tournaient mal, et jamais Mahree n’aurait imaginé se retrouver avec un tel cas. Elle s’était préparée à quelqu’un de froid, d’irritable, de méchant même. Mais surtout pas à un suceur de sang lunatique et prétentieux. Elle était bien loin d’imaginer qu’un Medjack puisse être à ce point démuni de compassion. Il avait enfoncé ses doigts dans la blessure gratuitement, et même s’il n’était pas allé bien loin, c’était causer une souffrance sans fondement, et Mahree ne pouvait tolérer ce genre de comportement. Mais il cherchait sans doute à la tester, ce qu’elle trouvait normal au fond car aucune classe n’avait à supporter des recrues dépourvues de qualités. Mais ce n’était pas une façon de procéder.  Pas aux détriments d’un pauvre blocard. Si les Medjacks étaient tous dotés de ce genre de mentalité d’attardé, elle ne voulait pas être des leurs.

Mahree regardait ce blocard allongé, souffrant, et elle avait du mal à effacer de ses yeux l’image de son visage défiguré par la douleur lorsque le Medjack avait enfoncé ses longs doigts blancs dans sa plaie. Elle se souvenait aussi de cette insulte, complètement assumée et sincère et elle ne pouvait pas lui en vouloir d’employer de tels mots contre un médecin sans cœur. Mahree se retourna, lourde de toutes ses pensées et fixa le Medjack dans les yeux. Elle voulait lui faire comprendre à travers son propre regard à quel point elle était en désaccord avec lui. Elle le regardait, pleine de rancœur mais aussi de pitié. Etait-ce vraiment ça leur test ? Quelque chose lui disait que non. Tous les Medjacks qu’elle avait rencontrés jusqu’ici n’avaient jamais fait de telles choses. Ils avaient été prévenants et doux, parfois un peu détachés mais jamais méchants.
Elle le voyait là, assis confortablement sur son tabouret, à la fixer. Le regard du bouclé était malicieux, rieur. Et il continuait de se lécher les doigts comme il aurait mangé une glace. La comparaison fit froid dans le dos de Mahree qui se jura de ne plus manger une glace avant d’avoir effacé cette image de son esprit. Et c’était quand même fou qu’il soit à ce point capable de la dégoûter d’un des aliments qu’elle préférait. Et puis ce regard, cette façon de la fixer alors même qu’elle était si troublée… De la provocation. Voilà ce que c’était.
Il avait du pouvoir sur elle. C’était indéniable. Il avait compris comment la troubler. Comment la mettre mal à l’aise. Il avait réussi et il le savait. Et ce petit air malsain qui demeurait sur ce visage apparemment jovial lui donnait encore plus envie de vomir. Il était content de lui et n’attendait que ça. Qu’elle succombe, qu’elle lâche prise. C’était profondément déstabilisant et effrayant en même temps.

Mahree était arrivée au Bloc en tremblant et en pleurant. Elle avait souvent montré une part d’elle profondément sensible et fragile. Tous les jours, elle démarrait la journée exténuée et morte de faim. Même après le repas, son ventre réclamait encore. Et pourtant, elle ne se plaignait jamais et faisait toujours en sorte d’être souriante et utile : bien entendu elle ne connaissait personne, bien entendu elle se sentait seule et incomprise et bien entendu que son esprit était plein de questions. Qui était-elle ? Manquait-elle à quelqu’un ? Avait-elle une famille, des amis ? Au lieu de passer des moments agréables avec les siens, elle se retrouvait là, avec un pauvre fou qui se moquait encore une fois d’elle. Tout le monde semblait le faire. Et Mahree sentait sa patience se faner petit à petit. Bien sûr elle n’était ici que depuis peu. Il fallait prendre le temps de s’habituer. Mais la méchanceté, de même que les moqueries n’étaient pas nécessaires. Mahree n’accepterait plus ça, d’autant plus qu’elle avait récemment pris conscience qu’elle n’avait que des blocards auprès d’elle et qu’elle devait les considérer avec le plus grand respect. Mais on ne le lui rendait pas toujours et ce Medjack en été la preuve directe.
L’un ne lâchait pas le regard de l’autre, bien qu’à cet instant Mahree semblait bien plus mal à l’aise que lui. Son visage était humide et la naissance de ses cheveux aussi. Elle ferma les paupières une seconde, passa ses deux mains dans ses cheveux de la racine à la pointe et soupira. En quelques secondes, il avait réussi à la déstabiliser complètement. Mais elle vivait au bloc à présent, et elle se refusait la moindre faiblesse. Elle ne pouvait pas s’empêcher d’avoir peur, mais elle pouvait tenter de la maitriser au maximum. Ce garçon l’angoissait terriblement, et elle savait bien qu’elle était incapable de lutter pour paraitre calme à présent. Mais peu lui importait. Elle se rappela l’instant où il avait enfoncé ses doigts dans la plaie du blocard et elle sentit son estomac se retourner à nouveau. Il la mit ensuite au défi de lui montrer ses compétences de Medjack. Et comme pour la perturber davantage, il la menaça de blesser le blocard à chaque erreur commise. Un sourire mauvais aux lèvres, elle avança de quelques pas et tira les rideaux rudimentaires qui les séparaient des autres. A présent, plus personne ne pouvait les distinguer clairement. Mahree prit trois secondes pour se donner du courage. Jusque-là elle n’avait quasiment rien dit. Mais à présent elle ne pouvait plus taire tout ce qu’elle pensait. Bien qu’effrayée, elle ne tolérait pas que l’on agisse comme il le faisait. Si elle voulait qu’on la respecte, il fallait qu’elle se fasse comprendre et qu’elle démontre qu’elle n’était pas une enfant.

Elle se retourna vers le Medjack avec une rapidité troublante. Dans son mouvement, ses longs cheveux bruns fouettèrent l’air. L’atmosphère s’était assombrie quand elle avait tiré le rideau. Cela donnait une sensation crépusculaire qui baigna l’endroit dans une ambiance beaucoup plus sombre. Elle s’avança de plus en plus rapidement vers lui, cherchant en elle toute la bravoure qu’elle pouvait. Plus elle s’approchait et plus elle distinguait les traits de son visage. Elle voulait faire mourir cette assurance et déformer ces traits trop sûrs d’eux. Au départ, elle estima que lui faire ses réprimandes le plus loin possible de lui serait largement suffisant. Il suffisait juste qu’elle choisisse bien ses mots… Mais finalement, elle se remémora le moment où il l’avait touchée, moment qui avait marqué le premier malaise entre eux. Elle savait très bien que la plupart du temps, on se sentait mal à l’aise lorsque l’on se retrouvait à proximité immédiate d’un étranger. Alors elle en profiterait, espérant le rendre au moins aussi troublé qu’elle pouvait l’être. Quand elle fut en face de lui, le dominant à peine de son petit mètre 61, elle se sentit plus courageuse, plus fière. Il suffisait juste qu’elle soit elle-même. Elle ne se démembrerait pas de ses convictions pour quelqu’un, même s’il lui inspirait une réelle crainte.
Elle se pencha alors sur le Medjack, posa ses mains contre le mur en bois derrière lui et se baissa à quelques centimètres de son visage. Elle balaya d’un revers de main l’ensemble de ses émotions pour se concentrer uniquement sur la colère qui l’animait depuis tout à l’heure. Elle était outrée de son attitude et elle allait lui faire savoir.

-Tu n’es qu’un petit tas de plonk.

Cette première phrase acerbe lui donna le courage qu’elle cherchait vainement depuis le début. Elle sentait monter en elle une bouffée de dégoût qu’elle n’avait que trop refoulé. Elle avait appris à utiliser le langage des blocards à force de les entendre répéter sans cesse les mêmes termes. Quelque part, c’était aussi une manière de s’intégrer dans le groupe. Galvanisée, elle continua :

-Je ne suis pas venue chez les Medjacks pour me faire bizuter par un malade mental qui boit des verres de sang souillé au petit déjeuner. Et bien plus encore, je ne suis pas venue ici pour me faire menacer. Alors, fais ce que tu veux, penses ce que tu as envie de penser mais ne t‘attend pas à ce que je joue à ton petit jeu.

Le regarder ainsi avait quelque chose de déconcertant. Le peu de distance qui les séparaient lui offrait une vue directe sur ses yeux d’un bleu angoissant. Un regard qu’elle savait déjà très parlant, troublant même. Mais qu’elle eut la bizarre sensation d’avoir déjà croisé bien avant cet interlude à l’infirmerie. Même à cette distance, il avait quelque chose de familier, quelque chose d’impalpable qui titillait sa mémoire endormie. Quand elle reprit la parole, sa voix sembla se briser un peu sous l’effet de la surprise et de l’angoisse qui se nichaient toujours en elle :

-Je ne partirai pas. Tu pourras boire tout le sang que tu veux, tu pourras manger tripes et larves blanches, tu pourras me donner des claques, elle s’arrêta un instant et se sentit défaillir, les mâchoires crispés et les yeux pleins de larmes qui ne couleraient jamais, je m’accrocherai comme une sangsue. Je ne sais pas pourquoi tu tentes de m’intimider mais je trouve ça extrêmement anti-professionnel… Et tout simplement pathétique. Et tout ce que tu gagneras en agissant ainsi c'est de me rendre malade au point de me faire vomir. Vomi que, je n'en doute pas, tu t'empresseras de consommer avec appétit comme tu le fais déjà si bien avec le sang.

Elle était à bout, sous tension permanente. Elle venait d’arriver dans un endroit inconnu, sa mémoire était partie en vacances, elle avait continuellement faim, les horaires étaient difficile et elle avait peur de ne jamais être intégrée dans une classe car elle n’était qu’une bonne à rien. Mais au-delà de tout, elle se trouvait dans une quête identitaire permanente qui la poussait au-delà de ses propres limites. Toutes ces émotions devenaient lourdes à porter, comme des poids accrochés à ses frêles chevilles. La démence de son collègue Medjack était une goutte d’eau qui venait de faire déborder un océan.

-Je ferai tout pour être Medjack parce que c’est ce que je veux. Je sais que je peux le faire et je n’ai pas besoin que tu me fasses passer des tests… Oh non, sûrement pas quelqu’un comme toi.

Il était étrange de prononcer ces mots avec la plus grande sincérité et de les regretter aussitôt. Elle ne s’expliquait pas pourquoi elle avait peur de le blesser. Peut-être était-ce à cause de la crainte qu’il lui inspirait ? Celle qui venait de pointer le bout de son nez en braillant qu’elle ferait mieux de se taire sous peine de se faire envoyer dans le Labyrinthe ? La jeune femme tenta de paraître impassible. Si près de lui, même son odeur avait quelque chose de familier. Mahree la sentait sans réellement en éprouver une quelconque envie, néanmoins elle se détendit un peu face à ce parfum simple qui éveillait de nouvelles questions. Elle s'était sans doute un peu emportée en diminuant autant l’espace entre elle et le jeune homme. Même le souffle du Medjack soulevait à intervalle régulier la fine mèche de cheveux bruns qui barrait le visage de la jeune femme. Après un léger soupir, elle ferma les yeux, secoua légèrement la tête et elle se promit de mettre un terme à son petit monologue très rapidement.

-Mais si c’est réellement ce que tu veux, parfait. Tu veux infliger une punition à chaque erreur commise ? Bien. Tu veux me mettre la pression ? D’accord. Tu veux me « tester » ? Allons-y ! Mais tu ne toucheras pas à ce blocard. Pour moi, un Medjack doit avant tout apaiser la souffrance des autres, pas la raviver. Si tu veux t’en prendre à quelqu’un, fait comme tu le fais depuis le début et prend t’en à moi. Lui n’a rien à voir là-dedans.

Elle lui lança un coup d’œil qu’elle voulait provocateur mais qui suintait surtout le mécontentement et la pitié. Les mains de la jeune asiatique étaient secouées de tremblements qu’elle tentait vainement de contrôler. Elle était pâle comme un linge et sa longue chevelure brune qu’elle avait détachée quelques minutes auparavant venait contraster avec sa peau porcelaine. Elle se mordit la lèvre et se recula avec le plus d’aisance possible, mais elle avait la tête lourde et les jambes aussi. Elle regarda le blocard d’en haut, détaillant timidement ses épaules larges et ses longues jambes repliées. Chaque trait de son visage lui parlait, et il en était de même pour son corps. Mais c’était peut-être tout simplement l’intensité de son dégoût qui le rendait si familier à ses yeux.
Elle se détourna de Jude et se dirigea vers le blocard blessé. Sa blessure était infectée, et il semblait logique de se débarrasser de l’infection avant de s’occuper de la plaie à proprement parlé. Le blocard avait perdu connaissance, et Mahree songea que c’était sans doute mieux pour lui. Au moins, il n’aurait pas à souffrir pendant le temps des soins. La jeune fille fixait ce liquide blanchâtre qui couvrait la profonde entaille et repensa à Jude qui en avait probablement ingéré avec le sang.

-Tu n’aurais jamais du lécher ce sang. Tu pourrais attraper des maladies bêtement. Tu es un Medjack, tu devrais pourtant le savoir.

Son ton était plein de reproche. Mais presque imperceptible, l’inquiétude pointait le bout de son nez. Elle se demanda d’ailleurs pourquoi la possibilité qu’il tombe malade était devenu source d’anxiété. C’était profondément risible de se soucier d’un être si peu humain. Lui s’extasierait sans doute si elle devenait fiévreuse ou qu’elle se voyait frappée par la maladie. Elle soupira et alla chercher un peu plus loin ce qu’elle considérait être le bon traitement pour nettoyer la plaie. Du coin de l’œil, elle surveilla le Medjack pour s’assurer qu’il ne prendrait pas une autre lapée de sang en son absence. Elle se méfiait profondément de ce garçon énigmatique et perturbé. Quelques minutes suffirent à la jeune femme pour se saisir de ce dont elle estimait avoir besoin. Tendue, elle se dirigea vers le blessé sans accorder un regard au Medjack : inutile de s’auto-perturber davantage. Une fois près de la table, elle se racla la gorge et déclara à voix haute :

-On ne peut pas traiter une blessure si elle est infectée, il faut donc nettoyer la plaie et éradiquer l’infection en premier lieu.

Elle posa le sérum physiologique et le savon neutre sur son plan de travail avant de se retourner vers le Medjack.

-J’ai droit à une pièce en chocolat ?

Aussitôt eût elle dit ça qu’elle songea avec délice à quel point un bon carré de chocolat serait réconfortant en ce moment-même.



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Flashback ~ Please, remember me once more [Jude]

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